Slein, p
vert-bleu qu'elles affectent parfois provient des débris des algues qu'elles ont avalées. Que la couleur jaune-rouille ou rouge de brique qu'elles présentent le plus souvent ait pour cause un stade plus avancé de la digestion des Oscillariées, c'est ce dont nous n'avons pas réussi à nous convaincre jusqu'ici. Mais, quant à l'accumulation constante de granules violets que présente, dans une région déterminée de sa partie antérieure, la Nassule que M. Ehrenberg nomme Chilodon ornatus, nous ne croyons pas qu'elle ait une origine semblable. Les granules dont elle se compose ne paraissent pas prendre part à la circulation des matières alimentaires. Sans donner notre assentiment à Vorgane biliaire de M. Ehrenberg, nous croyons devoir considérer cet amas de granules violets comme un organe particulier à fonction encore inconnue.
M. Perty a fondé, pour une nouvelle espèce de Nassule, le genre Cydogramma. La définition qu'il donne de ce genre nouveau convient parfaitement à tout le genre Nassule, et, comme il néglige de nous donner une définition de ce dernier, nous sommes fort embarrassés de dire par quoi M. Perty veut distinguer les deux genres l'un de l'autre. Il est vrai que M. Perty place sept à huit soies (baguettes) dans la bouche de ses Cydogramma, et qu'on serait embarrassé de justifier ce nombre pour toutes les Nassules. Cependant, nous ne pensons pas qu'on puisse baser un genre sur le nombre des baguettes de l'appareil dégluteur, puisqu'il n'est pas même démontré que ce nombre soit constant chez une seule et même espèce. Nous avons, du reste, retrouvé le Cydogramma rubens de M. Perty, et nous n'avons pu le différencier des Nassules jusqu'ici connues que par un seul caractère, savoir l'existence de trichocystes dans ses téguments. Cette différence ne nous semble pas assez importante pour justifier la conservation du terme générique proposé par M. Perty. En effet, nous ne nous sommes servis nulle part des trichocystes dans la caractéristique des genres, et nous pensons avoir bien agi en cela, puisque, dans certaines circonstances non encore déterminées, des espèces à trichocystes, tel que le Paramecium Auielia, se trouvent entièrement dépourvues de ces organes.
ET LES RinZOPODES. 327
ESPECES
i° Nos.sn/(i flava.
Syn. Chilodon ornalus. Elir., p. 53S. PI. XXXVI, Fig. IX.
(V. PI. XVII, Fig. 6.)
DlAGNOSE. Nassule cylindrique. Appan'il dogluteiir rcnflo splicriquenient à sa partie aiiUVieure et composé de baguettes; partie antérieure montrant une dépression dans la région dorsale, et dans la partie correspondante de la cavité du corps un amas de granules violets; deux vésicules contractiles.
Cette Nassule est de forme cylindrique , en général trois ou quatre fois aussi longue que large ; cependant on trouve des exemplaires beaucoup plus gros que les autres, chez lesquels la proportion de la largeur à la longueur n'est pas plus que celle de 1 : 2 '/j ou même 2. L'appareil dégluteur est assez long, et se distingue par le renflement sphérique de son extrémité buccale. A ce point de vue, cette Nassule se différencie du Chilodon ornatv.s de M. Ehrenberg, chez laquelle, d'après les dessins de ce dernier, l'appareil est linéaire, comme celui des Chilodon ou des Prorodon. M. Stein se demande déjà, à propos de sa Nassida ambigiia, qui oifre un renflement analogue, si le dessin que M. Ehrenberg donne de l'appareil dégluteur de son Chilodon ornatus est bien exact. Il est parfaitement vrai que l'appareil même du Chilodon Cucullulus est susceptible de prendre, dans l'occasion, une forme plus ou moins analogue à celle de l'appareil de notre Nassule, à savoir dans le moment même de la déglutition. La partie antérieure de l'appareil se resserre alors derrière l'objet saisi, tandis que la région placée immédiatement au-dessous se trouve dilatée par l'objet luimême, ce qui produit dans la partie buccale de l'appareil dégluteur un renflement pyriforme. M. Ehrenberg a fort bien figuré cet acte de la déglutition. Mais le renflement que présentent la Nassula flava et la N. ambifjiia est de nature toute différente. Il n'est point passager, mais constant. Il n'est point le produit d'une activité momentanée de l'appareil, mais il représente, au contraire, son état de repos. D'aillem's, l'appareil dégluteur de la Nassula flava est susceptible de se dilater considérablement, pendant la déglutition, comme celui des Chilodon.
La région que, par rapport à la position de la bouche, on peut nommer dorsale, présente en général, chez la Nassula flava, une dépression assez évidente, située à peu
près sur le parallèle de la bouche. Cette dépression devient parfois méconnaissable chez quelques individus, surtout chez ceux qui ont beaucoup mangé et dont le corps se trouve par suite distendu. C'est immédiatement au-dessous de cette dépression que se trouve, dans la cavité du corps, Tamas de granules, tantôt violets, tantôt bleuâtres, que nous avons déjà signalé. Cet amas paraît être adhérent à la paroi du corps, ou du moins reste toujours en contact avec elle. M. Ehrenberg le signale comme une tache, vivement violette, à la nuque, expression qui désigne assez exactement sa position réelle.
Le nucléus est unique et arrondi; il est situé, en général, vers le milieu de la longueur du corps. Cependant, quelques individus le portent dans la partie antérieure, en avant du parallèle de la bouche, c'est-à-dire dans le front ou dans le hcc, comme dirait M. Ehrenberg.
Les vésicules contractiles sont toujours au nombre de deux, et c'est là une circonstance qui, jointe à la forme de l'appai'eil dégluteur, empêche de rapporter avec une parfaite certitude le Chilodon ornatus Ehr. à la Nassnla flava. En elfet, le Chilodon ornatus n'a, au dire de M. Ehrenberg, qu'une seule vésicule contractile. Chez notre Nassula, l'une des vésicules est située un pou en arrière du premier tiers de la longueur totale, et l'autre dans le troisième tiers. Si l'on considère la génératrice du cylindre qui passe par la bouche comme divisant la face ventrale en deux moitiés symétriques, les vésicules contractiles sont toutes deux du côté droit, et en outre, si nous nous souvenons bien (nous avons négligé de noter cette circonstance), la vésicule postérieure est dans la paroi dorsale. On pourrait supposer que M. Ehrenberg n'a aperçu qu'une des vésicules de son Chilodon ornatus, mais c'est une supposition que nous n'osons pas faire, parce que la position attribuée par cet auteur à la vésicule contractile ne coïncide exactement, ni avec celle de l'une des vésicules de. notre Nassule, ni avec celle de l'autre. Elle est un peu trop en arrière pour être la vésicule antérieure de la Nassula flava, et beaucoup trop en avant pour être la vésicule postérieure. De plus, la vésicule contractile du Chilodon ornatus affecte, au moment de la contraction, une forme de rosette, causée sans doute par le gonflement des vaisseaux qui partent ■de cette vésicule, phénomène que M. Stein a aussi observé chez la Nassula amliyua, tandis que n'avons jamais rien observé de semblable chez la Nassula flava.
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Ce sont ces difTérences qui nous ont empêché d'assimiler sans aucune hésitation le ChilodoH ornatus à la Nassula '/lava. Nous n'aurions pu, du reste, conserver pour celle-ci le nom de Nassula ornata, parce que M. Ehrenberg l'a déjà employé pour une autre espèce.
Tous les exemplaires de la Nassula fîava que nous avons rencontrés jusqu'ici présentaient une teinte jaune de rouille, ou plus souvent encore rouge de brique, couleur dont M. Ehrenberg veut trouver la cause, chez son Chilodon ornatus, dans la présence d'ovules dorés, et qui s'explique, chez notre Nassule, par une grande abondance de gouttelettes jaunâtres dans le contenu de la cavité du corps.
La Nassula aurea Ehr. (Ehr. Inf., p. 340, PI. XXXVII, Fig. III) est aussi proche parente de notre Nassula flava, mais elle n'a, suivant M. Ehrenberg, qu'une seule vésicule contractile et ne possède pas l'amas de granules violets. Il se pourrait donc, à supposer que les granules violets ne fussent pas essentiels, que le Chilodon ornatus Ehr. et la Nassula aurca Ehr. formassent une espèce unique, mais différente de notre Nassula flava. Il est vrai que, d'après les figures de M. Ehrenberg, la Nassula aurea a une forme bien plus lourde que le Chilodon ornatus, mais c'est une différence de peu d'importance, car la Nassula flava présente des variétés de forme parfaitement correspondantes.
Nous avons trouvé la Nassula flava dans plusieurs localités des environs de Berlin. Sa longueur varie en général entre 0""",li et 0,20.
2° Nassula amhigua. Stein. hif., p. 248. PI. YI, Fig. 42-44.
DuGNOSE. Nassule en forme de cylindre court ; appareil dégluleiir sans bagueltes, renflé en massue en avant ; une seule vésicule conlniclile.
Cette Nassule, que nous ne connaissons pas nous-mêmes, a été bien décrite et figurée par M. Stein, dans son ouvrage sur les Infusoires. Son appareil dégluteur suffit à la distinguer de toutes les autres espèces.
3" Ncissula ruhens.
Syn. Cyclogramma rubens. Perty. Zur Keniitniss, etc., p. 146. PI. IV, Fig. 10.
(V. PI. XVII, Fig. 8.)
DiAGNOSE. Nassule cylindrique, à appareil relallvemcut gros et renflé dans la région buccale; parenchyme semé de tricliocystes ; une seule vésicule contractile.
Cette Nassule est environ trois fois aussi longue que large. Son parenchyme est rempli de trichocystes de taille vraiment colossale, relativement à la grosseur de l'animal. Ce sont ces" organes qui nous permettent de rapporter avec quelque certitude cette espèce au Cyclogramma rubens de M. Perty. M. Perty n'a, il est vrai, connu les trichocystes chez aucun infusoire, mais il signale, chez son Cyclofjramm,a nibens, un système de stries marginales concentriques (koncentrische Randstreifung) qu'il a aussi indiqué sur ses planches. Or, ce système de stries est, à n'en pas douter, l'apparence particulière produite par les trichocystes.
La bouche est située dans une dépression en général assez apparente. Il en existe, du reste, une semblable, mais moins évidente, chez la Nassula jlava. L'appareil dégluteur fait une saillie assez prononcée ; il n'est point droit, mais se courbe brusquement en arrière immédiatement après son renflement buccal. M. Perty ne l'a vu que fort imparfaitement ; il le signale comme étant facilement reconnaissable chez certains individus, et absolument invisible chez d'autres. Parmi les sept figures qu'il donne de cette espèce, il n'en est qu'une (Fig. 10 /) sur laquelle l'appareil dégluteur soit indiqué, mais avec une direction renversée et sans trace de renflement.
La vésicule contractile est unique; elle est placée à peu près vers le milieu de la longueur du corps et à droite de la ligne médiane, celle-ci étant déterminée par la position de la bouche.
La couleur ordinaire de la Nassula rubens est un rouge de brique, tirant sur le rosé. Parfois cette couleur devient si pâle que l'animal en paraît presque incolore. Quelques individus sont aussi colorés d'un vert-bleu intense. Cette teinte paraît provenir d'Oscillariées à demi digérées.
Nous avons trouvé cette espèce dans les tourbières de la Bruyère aux Jeunes-Filles (Jungfernhaide), près de Berlin. Sa longueur moyenne est de 0"™,05.
4» Nassula laterida. (V. PI. XVII, Fig. 7.)
DiAGNOSE. Nassule ovoïde, ayant une cchaiicrure en avant et un peu sur la gauclie; appareil déghiteur formé de baguettes et reiillé dans la région buccale; deux vésicules contractiles; des tricliocystes semés dans le parenchyme.
Cette espèce présente des tricliocystes comme la précédente, dont elle se distingue à première vue par sa forme. La partie antérieure est en effet échancrée du côté gauche, à peu près comme la partie correspondante du Paramecium Bursaria ou du P. putritmm. Les tricliocystes sont, du reste, relativement bien plus petits que ceux de la Nassida rubens.
L'appareil dégluteur est renflé dans la partie buccale, comme celui de toutes les espèces que nous avons déjà décrites.
Le nucléus est un corps discoïdal, situé dans la partie postérieure du corps.
Les vésicules contractiles sont au nombre de deux. Elles sont placées l'une et l'autre dans la moitié droite et dans la paroi dorsale du corps. L'une est située à peu près au niveau de la partie postérieure de l'appareil dégluteur, l'autre plus en arrière.
La couleur générale de la Nassula lateritia est un rouge de brique pâle, tirant sur le rosé. Le corps est strié longitudinalement.
Nous avons trouvé cette espèce dans les environs de Berlin. Sa longueur moyenne est de O-n^sOS.
Sous les noms de Nassula ornata et de Nassula elegans, M. Ehrenberg décrit deux espèces que nous ne croyons pas avoir rencontrées jusqu'ici, et dont les caractères ne nous semblent pas encore bien fixés. huN. elegans (V. Elir. Inf. , p. 339. PI. XXXVII, Fig. '1) est proche voisine de notre N. flava et du Chilodon ornatus Ehr. Elle s'en différencie surtout par la couleur, caractère auquel nous ne saurions ajouter d'importance. D'un autre côté, elle possède, comme eux, l'amas de granules violets dans la nuque, pour s'exprimer avec M. Ehrenberg. Ce qui nous empêche principalement de réunir celte Nassule à notre N. flava, c'est la circonstance que M. Ehrenberg mentionne chez elle trois vésicules contractiles, et en outre une rangée de vésicules contenant un suc bleuâtre, laquelle s'étend de la mujue k l'anus. Nous ne savons trop
ce que peuvent être ces vésicules-là. Peut-être s'agit-il d'organes analogues à ceux du Loxodes Rostrum.
La iV. ornatu (Ehr. Inf., p. 339. PI. XXXVII, Fig. 2) est une espèce beaucoup plus grosse que toutes les précédentes, dont elle se distingue surtout par sa forme plus ou moins discoïdale. Elle n'a qu'une grosse vésicule contractile. Il est fort probable que cette espèce est la même que M. Dujardin décrit sous le nom de Nassida viridis (Duj. Inf., p. 495. PI. XI, Fig. 48).
II est possible que le Chilodon depresstis de M. Perty (Zur Kenntniss, etc., p. 446. PI. III, Fig. 7) soit une Nassula. C'est, du reste, peu important à décider, car cet infusoire a été observé d'une manière trop insuflîsante pour qu'il soit jamais possible de le retrouver avec certitude. La circonstance que cet animal nageait en tournant autour de son axe, montre sufiisamment que, malgré sa forme déprimée (d'après les figures de M. Perty, on croirait plutôt cet infusoire tout-à-fait cylindrique), ce n'était pas un Chilodon.
^0^ Genre. — CHILODON.
Les Chilodon sont des infusoires très-déprimés, chez lesquels la distinction d'une face ventrale et d'une face dorsale se fait toujours tiès-facilement. Ils rampent en appliquant leur face ventrale aux objets. La bouche est située entre le milieu et le bord antérieur de cette face ventrale, et elle est munie d'un appareil dégluteur en baguettes. La face dorsale est glabre ; par contre, la face ventrale est ciliée dans toute son étendue. Les cils du bord antérieur sont un peu plus longs que les autres. L'anus est terminal.
La cavité digestive ne remplit pas uniformément tout le corps, et lorsqu'on considère un Chilodon de face, on le voit entouré d'un limbe transparent, formé par une zone du parenchyme, dans laquelle la cavité du corps ne pénètre pas. Cette zone atteint son maximum de largeur en avant, où elle forme ce que M. Ehrenberg nomme une lèvre membraneuse ou une oreillette en bec latéral.
ET LES lUIIZOrODES. 333
Le genre Chilodon, très-bien compris par M. Ehrenberg, a été méconnu et mutilé par M. Dujardin, qui n'en a pas saisi les caractères essentiels ni les analogies. M. Dujardin a divisé les Chilodon en deux genres, qu'il a répartis dans des familles différentes, et il nous semble même probable qu'il a décrit une seule et même espèce sous deux noms dans ces deux genres. Les uns, auxquels il conserve le nom de Chilodon, sont classés par lui dans sa famille des Paraméciens. Il les caractérise comme des animaux à corps ovale, irrégulier, sinueux d'un côté, lamelliforme, peu flexible, avec des rangées parallèles de cils à la surface et une bouche obliquement située en avant du milieu et dentée ou entourée d'un faisceau de petites baguettes. Les autres, auxquels il donne sans raison justifiable le nom de Loxodes, déjà employé par M. Ehrenberg pour des infusoires tout différents, sont rapportés par lui h la famille des Plœsconiens. Il les différencie des vrais Chilodon par la présence d'une enveloppe membraneuse ou cuirasse qui revêt leur corps aplati, et par la circonstance que les cils sont restreints au bord antérieur seulement. D'ailleurs, les Loxodes doivent être privés d'un appareil dégluteur. On voit donc que l'union monstrueuse des Chilodon-Loxodes avec les Euplotes dans la singulière famille des Plœsconiens, est basée essentiellement sur la prétendue existence d'une carapace chez les Loxodes de M. Dujardin. Or, cette carapace n'existe pas. M. Perty lui-même, bien qu'habitué h marcher aveuglément sur les traces de M. Dujardin, déclare n'avoir jamais pu la voir. D'ailleurs, M. Dujardin en personne, après avoir établi en principe l'existence de la cuirasse, paraît douter lui-même de ce caractère. Il dit, en effet' : « On distingue presque toujours le contour de la partie charnue vivante, au milieu d'une enveloppe plus transparente, mais qui, cependant, n'est pas une membrane persistante, comme le prouve la facilité qu'ont les Loxodes de s'agglutiner quand ils viennent à se toucher entre eux. » — C'est là, il faut en convenir, un singulier passage ! La prétendue cuirasse se trouve réduite à n'être pas même une membrane persistante! Cette phrase contient, du reste, plus d'une inexactitude. Le « contour de la partie charnue vivante» est de fait le contour de la cavité du corps, et ce que M. Dujardin considère comme \a partie charnue vivante est le contenu de cette cavité, le chyme, c'est-à-dire précisément ce qu'il y a de moins