ORDRE I
er
PHOTEINA.
I" Famille. — AfflCKBtlVA.
La famille des Amœbéens, telle que nous la comprenons, se différenciant de celle des Actinophryens, surtout par son mode de locomotion, il importe de bien se rendre compte par quel procédé se meuvent les animaux qui en font partie. Ce n'est point là une étude facile, et la plupart des auteurs, bien que liappés de l'étrangeté des mouvements des Rhizopodes amœbéens, ne sont point entrés dans l'étude de leur mécanisme. On s'est d'ordinaire contenté de dire que les Amœbéens progressent en émettant des expansions sarcodiques ; on a bien aussi donné à ce mode de progression le nom de reptation, mais on n'est guère allé au-delà. Il y a cependant deux manières bien distinctes de comprendre le mouvement de ces animaux. D'une part, il ie pourrait que les Amœbéens roulassent sur eux-mêmes, sans qu'il y eût chez eux aucune opposition d'une surlace ventrale ou reptatrice et d'une surface dorsale. Toutes les parties du corps arriveraient dans ce cas successivement en contact avec le sol. D'autre part, il est admissible qu'il y ait chez ces animaux une opposition constante entre une face ventrale ou reptatrice et une face dorsale, tont-à-l'ait inapte à produire la locomotion.
L'examen de certaines espèces d'Amœba semble parler lonl-à-fait en faveur de la première hypothèse. Lorsqu'on considère attentivement VAmœba Limax Auerb. {A. Gutlîda Perty) ou VA. quadrilinealtt Carter, on croit positivement voir l'animal rouler sur lui-même. Aussi comprend-on que M. Perty caractérise la progression des Amœbéens comme « une espèce de reptation ou plutôt de lente roulade (eine Art sehr lang-
sames Kriechen, oder besser Fortwalzen'). » Toutefois, il est déjà, à "priori, précisément chez ces espèces-là, fort difficile de comprendre comment un roulement du corps sur lui-même peut avoir lieu. Ces deux espèces ont une forme à peu près semblable. Elles sont élargies en avant et se terminent en pointe en arrière. C'est la partie large qui progresse d'une manière active et semble rouler toujours sur elle-même ; la partie postérieure paraît être traînée d'une manière purement passive. De plus, VAmœba quadrilineata présente sur sa surface supérieure des côtes élevées longitudinales, qui ont été figurées par M. Carter" et M. Focke\ Ces côtes vont mourir insensiblement dans la partie antérieure, où leur niveau vient se confondre avec celui de la surface générale. La surface supérieure de l'animal ressemble parfaitement à une main humaine, dont les doigts sont écartés les uns des autres et vont s'atténuant à l'extrémité. Si l'Amœba roule réellement sur elle-même, on est obligé d'admettre que les côtes élevées s'effacent continuellement au bord antérieur et se reforment également sans cesse dans la partie postérieure. Aucun point donné de la surface du corps ne fait alors partie d'une manière constante d'une côte ou d'un intervalle intercostal, mais l'image que présente la face supérieure de l'animal, reste néanmoins perpétuellement la même. Dans cette hypothèse, la constance de forme de la surface supérieure de l'Amœba pourrait être comparée à la constance de la courbe d'une cascade. En effet, la cascade présente toujours le même aspect, bien que les éléments qui la composent disparaissent constamment pour faire place à d'autres. Le témoignage des sens paraît parler tout-à-fait en faveur de cette manière de voir, et bien qu'un pareil phénomène paraisse étrange, il ne présente rien d'impossible en lui-même. TouteXois, il est une autre circonstance qui nous défend d'accorder ici pleine et entière confiance au témoignage de nos sens. C'est la persistance de la vésicule contractile à la même place. Cette vésicule est située un peu en avant de l'extrémité postérieure. Pendant la progression de l'Amœba elle subit de légers déplacements en avant, en arrière, à droite ou à gauche, mais ces déplacemenls ne sont jamais bien considérables, et l'on peut
i. Perty, inv Kenntniss, etc., p. 184.
2. Noies on the Freshwater Infusoria of Ihe Island of Bombay. Annals and Mag. of Nat. Hist. 2. Séries. XVIII, 1836, p. 247.
5. Gustav Woldemar Focke: Pliysiologische Studien, 2. Heft. Bremen, 1854, PI. IV, Fig. 27.
(lire hardiment que la position de la vésicule contractile reste constamment à l'arrière. Or, il n'est pas possible de concevoir que le corps de l'Amœba roule sur luimême et que néanmoins la vésicule contractile, située dans l'épaisseur du parenchyme, ne prenne pas part à cette rotation. On ne pourrait expliquer le phénomène qu'en admettant que la vésicule contractile n'est que la coupe par le plan focal d'un vaisseau circulaire longitudinal qui ferait tout le tour de l'animal. Nous nous sommes assurés qu'il n'en est rien et qu'il n'existe pas de vaisseau semblable.
Il n'est donc théoriquement pas possible d'admettre que V Amœba quadrilineata roule sur elle-même, et l'on en vient à se demander si ce roulement apparent ne serait pas une pure Ulusion d'optique. C'est bien aussi là notre opinion. Les granules contenus dans la cavité du corps sont soumis à un mouvement réel, et nous transportons involontairement ce mouvement à toute la masse du corps. On peut s'assurer qu'il en est bien ainsi, en fixant, non pas un granule de la cavité digestive, mais un granule du parenchyme. Il est vrai qu'il n'est pas toujours facile d'y réussir, car le plus souvent le parenchyme, vu même à de très-forts grossissements, se montre d'une homogénéité désolante. On trouve cependant çà et là des individus plus propres que d'autres à ce genre d'observation, et l'on peut s'assurer chez eux que la face dorsale est permanente et que l'animal ne se roule point sur lui-même. Notre ami M. Lieberkiihn, dont l'attention a été, comme la nôtre, attirée tout spécialement parune espèce aussi favorable à l'étude que celle-là, est arrivé aux mêmes conclusions que nous. Il s'est convaincu que VA. qimdrilineata rampe sur sa face ventrale'.
hWmœha Limax Auerb. (.4. Gvtlula Perly) peut servir de sujet à des recherches tout-à-fait analogues. En effet, sa vésicule contractile occupe une place constante non loin de l'extrémité postérieure, et chez elle aussi le roulement du corps sur lui-même n'est qu'apparent. D'autres espèces offrent des particularités anatomiques qui permettent également de s'assurer que les Amœbéens ne roulent pas sur eux-mêmes. Telle est, par exemple, une Amœba, dont l'extrémité postérieure est hérissée de petites épines
I. Nous devons cependant dire que notre collaborateur, M. Lachtnann, n'est pas tout-à-fait du môme avis. Il croit s'être assuré que VA. quadrilineala roule sur elle-même. Si son opinion était fondée, il serait complètemeut impossible d'expliquer maintenant la permanence de position de la vésicule contractile.
et qui a été figurée par M. Lieberkùhn'. Telle est encore une grosse espèce voisine de cette dernière, mais qui, au lieu des petites épines, porte une agglomération d'appendices renflés en massue.
Il est donc avéré pour nous que les Amœbéens, rampant sur une surface de reptation qui est toujours la même, et qui, elle seule, est chargée d'émettre et de retirer les expansions destinées à produire le mouvement. C'est un fait qui était déjà hors de doute pour les Arcelles et les Difllugies, mais qui est vrai même des Amœba proprement dites.
Nous ne savons pas d'une manière positive si les Amœbéens peuvent, comme les Actinophrys et les autres Rhizopodes, absorber de la nourriture à une place quelconque de leur corps, et, dans le cas contraire, nous ne savons pas s'ils sont monostomes ou polystomes. Les Podostomes paraissent cependant parler en faveur d'ouvertures buccales préexistantes en nombre multiple.
Réparlilion des Aniffbécns en genres'.
Pseudopodes ne s'étcndan! pas / Une seule sorte de pseudopodes.. . . 1. AMOEBA. à leur extrémilé en feuilles V Deux espèces de pseudopodes; les Pas de } minées. ( uns l.irges el servant à la loco-
coque. ) / motion, les autres en l'orme de
■i \ I ' fouet et servant à la nutrition.... 2. PODOSTOMA.
g I \ Pseudopodes cjlindri(Hics s'élalant ;i leur extrémité en feuilles minces .. 5. PETALOPUS.
g < (Flexible 4. PSEUDOCHLAMYS.
3 I Une coque, s tiolide, non I Non incrustée de substances étrangères îi. AP>CELLA.
I l flexible. Incrustée par des substaiices , Ornée de prolongements
' étrangères agglutinées. \ tubuleux ouverts 6. ECHINOPYXIS.
j Sans prolongements tu-
( buleux 7. DIFKLUGIA.
/" Genre. — AMŒBA.
Notre intention n'est pas d'entrer ici dans une discussion détaillée de toutes les espèces qui ont été établies dans ce genre. En elfet, nous ne pensons pas avoir en
1. Evolution des Grégarines. — Académie de Belgique. Mémoires des savants étrangers. Tome XXVI, PI. XI, Fig. 10.
2. Le genre Cyphidium Elir. 'Inf., p. 15.')) ne nous est pasconnu jusqu'à ce jour.
main les matériaux suffisants pour tenter une réforme systématique des Amœba, et nous aimons mieux ne rien faire que mal faire. Jusqu'ici nous n'avons pas de caractères positifs, tranchés, anatomiques, qui nous permettent de séparer clairement les différentes espèces les unes des autres. On est toujours réduit à les distinguer par leur mode de progression vif ou lent, rectiligne ou sinueux, par la forme qu'elles présentent le plus habituellement, et autres caractères aussi peu certains. M. Auerbach a essayé dans une monographie d'éclaircir la question d'espèce dans le genre Amœba', et il est incontestable que son travail a fait faire à la science un pas en avant; mais ce n'est qu'un premier pas. Il faut souvent un peu d'audace pour donner un nom à telle ou telle espèce d'Amœba qu'on croit nouvelle, et cette audace n'a fait défaut ni à M. Dujardin, ni même à M. Anerbach. Combien souvent n"arrive-t-il pas qu'on poursuit une Amœba en lui voyant conserver, durant des heures entières, la forme étoilée si caractéristique que M. Ehrenberg nomme A. radiosa, puis tout à coup le même individu s'étale, sous le regard de l'observateur surpris, en une feuille mince, à contours irréguliers, à laquelle M. Ehrenberg appliquerait immédiatement le nom iVAinœba dif- (luens. La forme à laquelle M. Auerbach donne le nom à' A. actinophora peut, elle aussi, s'étaler en yl. dlffliiens. Quel garant avons-nous donc que 1*4 . actinophora el VA. radiosa ne soient pas une seule et même espèce? Il est sans doute des formes qui sont si positives et si constantes qu'il ne peut régner aucun doute sur leur valeur spécifique. Telles sont l'il. qtiadr II Ineata Car Icr, et 1'^. bilimbosa kuerh." ; telles sont encore l'Amœba figurée par M. Lieberkûhn, dans la figure 10 de la planche XI de son « Evolution des Grégarines » et plusieurs autres non décrites jusqu'ici . D'autres sont également fort reconnaissables comme formes typiques. Ce sont VA. princeps Ehr., VA. verritcosa Ehr., 1'^. radiosa Ehr., 1'^. LiinaxAuevh., VA. Guttula Auerb.^ Mais il est bien difficile de fixer leurs limites. L'A. Gleichenii Duj. et VA. multiloba Duj. sont singulièrement difficiles à séparer de 1'^. Limax Auerb. , bien qu'on rencontre çà et là des formes
1. Auerbach: Ueber die Einzelligkeil der Amœben. Zeitschrifl f. wiss. Zoologie, VII. Bd., 4. Heft, 18oo.
2. Celle dernière devra peiil-èlre former un genre à part, genre qui devra porter le nom de Corycia, car il ne nous parait point douteux que l'animal décrit sous ce nom par M. Dujardin, soit identique (génériquenient tout au moins) avec l'A. bilimbosa. V. Ann. des Se. nat., 183-2, p. 2il.
5. Nous n'oserions affirmer que ces deux dernières soient les mêmes que celles pour lesquelles M. Dujardin avait créé ces noms.
qui répondent beaucoup mieux à la description que M. Dujardin donne de son A. multiloba qu'à celle que M. Auerbach donne de son A. Liniax. Une foule d'autres prétendues espèces, comme VA. polypodio Schultze, l'^. lacerala Duj., VA. cmssa Duj., VA. brachiata Duj., VA. lotujiprs Ehr.', VA. punctata Eiclnv.', sont autant de protées qui se permutent à volonté les uns dans les autres ou dans quelqu'une des formes précédemment citées.
Il est évident que des actions extérieures ont une grande influence sur la forme, la taille et l'énergie des mouvements des Amœbéens. Il sera, en particulier, intéressant d'étudier l'inllaence exercée par la concentration des liquides. Tant que les limites de ces actions ne seront pas connues, la discussion des espèces du genre Amœba restera assez aride.
Il est toutefois quelques espèces qui présentent des caractères anatomiques positifs, comme nous l'avons remarqué à propos de 1'^. quadHlineata Carter, et de quelques autres. Nous attirerons en particulier l'attention des observateurs sur les espèces à vésicules contractiles nombreuses, espèces qui n'ont pas été étudiées jusqu'ici. On trouve fort fréquemment aux environs de Berlin une forme, excessivement petite, qui possède trois ou quatre vésicules contractiles. Une autre, beaucoup plus grande, et qui adopte en général la forme d'une feuille très-mince, en possède une vingtaine, toutes de dimensions fort petites.
Remarquons enfin, comme nous l'avons dit ailleurs, qu'il faut exclure du genre Amœba toutes les formes à pseudopodes pointus et déchirés, à la surface desquels on voit circuler des granules, comme chez les Gromies et les Polythalames. Ces formeslà doivent être rangées dans la famille des Actinophryens. Quelques-unes seront peutêtre encore mieux placées auprès des Gromies. Parmi ces espèces à exclure du genre Amœba, nous nommcronsl'Jmœôa/wrn'c/aSchultze", observée parM. Max Schultze, dans la mer Adriatique, et qui devra être placée dans la famille des Gromidcs. Aux environs de Berlin, on trouve parfois une espèce hérissée de pseudopodes irréguliers sur. toute sa surface, qui est un véritable Actinophryen.