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INTRODUCTION
Le pays des Béchuanas 1 , dans l’Afrique méridionale, s’étend au nord-est de la colonie du cap de Bonne-Espérance, entre la Cafrerie proprement dite et la Hottentotie, jusqu’à une distance considérable dans l’intérieur de ce vaste continent. Moins intelligents et moins guerriers que les Cafres, mais aussi plus actifs et plus habiles que les Hottentots, les Béchuanas semblent tenir le milieu entre ces deux races, qu’ils touchent à l’est et à l’ouest par leur position géographique. Ils se divisent en plusieurs familles, qui, quoique portant chacune un nom particulier, parlent toutes cependant la même langue, qui est le séchuana. Les principales branches de cette vaste tribu sont les Barolongs, les Batlapis, les Baharutzis et les Bassoutos. Ces derniers habitent la contrée comprise entre les montagnes Blanches à l’est, et le Calédon à l’ouest. C’est au milieu d’eux que s’est
‘ Malte-Brun : Betjouanas. Les missionnaires français depuis douze ans dans le pays ont invariablement écrit ce mot Béchuanas , en prononçant l’u comme ou.
VI INTRODUCTION
fixé, il y a sept ans environ, fauteur des Etudes sur la langue séchuana que nous publions aujourd’hui. Quelques détails sur l’origine et les progrès de cette mission sont peut-être nécessaires pour préparer le lecteur à bien comprendre cet ouvrage.
Au mois de février i833, MM. Arbousset et
Casalis, ministres du saint Evangile et missionnaires de la Société des missions évangéliques de Paris, accompagnés de M. Gosselin, aide-missionnaire , débarquèrent à la ville du Cap pour se rendre, de là, dans le pays des Béchuanas. En arrivant à Philippolis, près des sources du Gariep ou Cradock, ces messieurs apprirent que le roi des Bassoutos, Moshesh, désirait depuis longtemps attirer chez lui des missionnaires, pour procurer à ses sujets les avantages dont il avait ouï dire que leurs établissements avaient été la source pour d’autres tribus. Après de longues réflexions, il remit deux cents bœufs à quelques-uns de ses serviteurs, et leur commanda d’aller trouver le grand maître des blancs afin d’obtenir de lui, en échange de ce troupeau, des hommes capables d'instruire les noirs. Ses serviteurs obéirent; mais, après cinq ou six jours de marche, ils rencontrèrent des Korannas, qui leur enlevèrent les bestiaux. Ce revers ne découragea pas Moshesh. Ayant appris qu’un certain Griqua, venu de Philippolis, chassait sur ses terres, il le fit appeler, le questionna sur les in-
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vu
tentions et les travaux des missionnaires, et le supplia de l’aider à parvenir au but de ses désirs. Ce Griqua, à son retour, rapporta l’affaire au missionnaire anglais de Philippolis, qui s’empressa d’en faire part à MM. Arbousset et Casalis, à leur passage dans sa station. Ceux-ci n’avaient pas à hésiter; ils se rendirent à un appel aussi remarquable, et se dirigeant aussitôt, avec la boussole, vers un pays complètement inconnu aux Européens, ils y arrivèrent en juillet i833, neuf mois après leur départ de France 1 . Moshesh leur fit l’accueil le plus amical, les aida lui-même à choisir un endroit propre à y fonder un établissement, et leur donna deux de ses fils pour en devenir les chefs. Cet établissement, qui a reçu le nom de Morija, est à dix lieues environ de Thaba-Bossiou , résidence de Moshesh. Plus tard une station a été fondée à Thaba-Bossiou même; M. Casalis l’occupe, tandis que M. Arbousset et M. Gosselin résident à Morija. Ces deux stations, établies au centre d’une population assez considérable, exercent leur influence sur douze mille âmes environ. Le culte public est assidûment suivi, le dimanche est observé avec une exactitude remarquable; et, dans les villages qui sont trop éloignés pour que leurs habitants puissent se rendre régulièrement à l’une ou à l’autre des stations, l’on se
1 Journal des missions évangéliques , ix° année, p. 8 et suiv.
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réunit devant la porte du chef pour prier ou pour chanter des cantiques. Les missionnaires ayant composé pour les indigènes des livres de lecture, un catéchisme et un recueil d’hymnes , et traduit , en outre, dans la langue du pays, les évangiles selon saint Matthieu, selon saint Marc et selon
saint Jean avec d’autres portions des saintes Ecritures, plusieurs Bassoutos ont promptement réussi à apprendre à lire. Ce succès a excité un désir extraordinaire d’instruction dans tout le district; on a distribué des centaines de tableaux d’épellation et de lecture, et beaucoup de Bassoutos travaillent tout seuls à les déchiffrer, pendant une grande partie du jour et quelquefois de la nuit. Moshesh approuve tous ces progrès; il exhorte ses sujets à suivre les écoles des missionnaires et à assister au service divin ; il leur donne lui-même l’exemple à cet égard , et souvent il leur répète le sermon qu’il a entendu avec eux. Déjà il s’habille à l’européenne et s’est fait construire une maison proprement dite , au lieu de la hutte dont il se contentait autrefois.
1 L’Évangile selon saint Matthieu a été traduit par M. Pellissier, de Béthulie; l’Evangile selon saint Marc, par M. Casalis, de
Thaba-Bossiou , et l’Evangile selon saint Jean , par M. Rolland , de Béerséba, tous trois missionnaires de la Société des missions de Paris; quelques fragments de l’Ancien Testament ont été traduits par M. Arbousset, de'Morija. M. Lemue, de Motito, missionnaire aussi de la Société, travaille en ce moment à la traduction du livre des Psaumes, qui sera bientôt achevée.
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Son fils Molapo est converti ; plusieurs indigènes ont été admis dans l’Eglise par le baptême, et un plus grand nombre sont reçus candidats à ce saint sacrement. On peut dire que la tribu en masse a subi l’influence du christianisme. Tel est le désir croissant d’instruction et de civilisation manifesté par les Bassoutos, que, dans leurs dernières lettres, les missionnaires supplient le Comité de leur envoyer un renfort de plusieurs aides ; ils succombent, disent-ils, sous le poids de leurs occupations multipliées, et il est à craindre, ajoutent-ils, que, si l’on ne satisfait promptement aux besoins intellectuels et moraux que l’enseignement du christianisme a réveillés chez les naturels , ceux-ci ne retombent dans leur apathie précédente , ou , ce qui serait plus fâcheux encore, ne fassent des écarts et ne se jettent, faute de lumières, dans le fanatisme. Sept années ont suffi pour opérer un pareil changement. Et pourtant dans quel état les missionnaires trouvèrent-ils le pays et la nation qui l’habite? Quant au pays, ils furent obligés d’en disputer la possession aux lions et aux bêtes féroces, ses hôtes naturels; et, quant à la nation, elle était livrée à la plus grossière barbarie. On en jugera par les extraits suivants des lettres des missionnaires.
M. Casalis décrit ainsi une chasse au lion , dans une lettre du 4 octobre 1 833 :
« Les lions ont quelque peine à nous abandonner
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leur antique demeure : ils inquiètent sans cesse nos troupeaux, et dernièrement ils ont dévoré un de nos chevaux; il serait dangereux de les laisser plus longtemps dans notre voisinage. Je cède au plaisir de vous raconter une chasse fort heureuse, entreprise immédiatement après la perte de notre cheval. Nous étions dix chasseurs : le frère Gosselin et moi , Adam et quelques-uns de ses parents. Partis à neuf heures, nous nous rendîmes d’ahord auprès du squelette de l’animal, $fin de prendre la trace du lion; le vent l’avait effacée, et nous dûmes battre la plaine dans tous les sens pour la retrouver. Après une heure de recherches, j’arrivai avec trois autres chasseurs au pied d’une montagne , et là nous distinguâmes parfaitement les pas de notre royal ennemi. Us conduisaient directement au haut de la montagne; je fis signe aux chasseurs de se rallier, et nous gravîmes les rochers. Arrivée au sommet, la troupe se divisa en deux bandes; chacune d’elles devait explorer une partie du plateau. Je me séparai de Gosselin et m’avançai vers la gauche, suivi de trois hommes. A peine avions-nous parcouru un quart de lieue, qu’un magnifique lion mâle se présente devant nous ; il appartenait à cette variété que les fermiers hollandais désignent sous le nom de zwart-leeuw (lion noir), à cause de la couleur noirâtre de sa crinière , et qui se distingue de l’espèce commune par son extrême férocité.
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J’estime qu’il n’avait pas moins de sept pieds, depuis le nez jusqu’à l’insertion de la queue. Il s’arrêta un instant pour nous considérer ; mais nous lançâmes nos chevaux au galop, et il alla se réfugier derrière un roc. Parvenus à cinquante pas de lui , nous mîmes pied à terre et fîmes feu. Protégé par le rempart naturel qu’il avait choisi, aucune balle ne parut l’atteindre, mais l’explosion l’irrita; il commença à brandir sa queue et à pousser un rugissement sourd. Nous nous disposions à tirer une seconde fois, lorsque l’animal quitta sa retraite. Sa fuite n’eut rien de précipité ; il marchait d’un air furieux en retournant souvent la tête. Nous continuâmes à le poursuivre jusqu’à ce qu’il atteignît un buisson où il nous attendit. Il paraissait résolu à ne plus en bouger, et, d’après sa posture, nous jugeâmes qu’il se préparait à sauter sur l’un de nous. La position devenait dangereuse ; tous les chiens avaient suivi l’autre bande ; je n’avais que trois hommes, et l’un d’eux était tellement sourd qu’il pouvait à peine entendre les ordres ou les conseils que nous nous donnions mutuellement. Mes gens furent d’avis d’aller chercher le reste de la troupe; nous partîmes à toute bride. En arrivant auprès de nos amis, nous les trouvâmes occupés avec une lionne; comme elle faisait beaucoup de résistance , il fallut oublier pour quelques instants le mâle et nous mettre de la partie. La
Ml
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lionne, après avoir essayé plusieurs fois de s’élancer sur les chasseurs , s’était placée dans les fentes d’un rocher. Pour la débusquer, nous excitâmes les chiens. Ces admirables animaux, symbole du courage aussi bien que de la fidélité , s’avancent jusque sous sa griffe; l’un d’eux ose même mordre sa queue : mais la lionne se précipite sur lui , le saisit dans sa gueule et le laisse pour mort. Aussitôt une grêle de balles pleut sur elle, et nous la voyons tomber sitôt après. La peau me fut adjugée; je la fais préparer, dans ce moment-ci, pour vous l’envoyer 1 . Mon premier soin fut d’examiner attentivement le bout de la queue pour déterminer un point d’histoire naturelle fort intéressant. Didyme d’Alexandrie, commentateur d’Homère, dit, au sujet d’un passage du XX e livre de l’Iliade, que la queue du lion est armée d’une espèce d’aiguillon caché dans le poil, qui sert à irriter la bête lorsqu’elle en frappe ses flancs. Le professeur Blumenbach assure avoir vu cet aiguillon de ses propres yeux, tout en observant cependant que sa petitesse le rend impropre à l’usage qu’on lui prête. Je puis confirmer cette découverte; j’ai vu distinctement dans la peau une excroissance épineuse , longue de deux lignes et demie, et supportée, comme l’a remarqué le savant naturaliste, par une
1 Elle se trouve maintenant dans le musée de la maison des missions , rue de Berlin , n° 7.
espèce de follicule. Notre lionne avait six pieds de longueur sur trois de hauteur; elle était pleine.
«Nous cherchâmes dans l’après-midi le lion, mais nous ne pûmes le retrouver.
«Je crains, Messieurs, qu’en lisant cet article vous ne vous demandiez s’il n’y avait pas de l’imprudence à quitter nos travaux pour faire une chasse aussi dangereuse. Nous y avons été contraints par la nécessité ; le lieu où nous avons tué la lionne n’est qu’à une petite demi-heure de notre maison. Pouvions-nous laisser des bêtes féroces si près de nous?
« Au reste , il ne faut pas croire qu’il soit nécessaire de revenir souvent à de pareilles battues. Les lions semblent s’être déjà éloignés; et comme la présence de l’homme suffit pour les faire fuir, l’arrivée des Bassoutos, que nous attendons tous les jours, nous en délivrera complètement 1 . »
Nous ferons suivre le récit qu’on vient de lire de quelques détails sur l’histoire, le gouvernement, la religion, les traits physiques et le caractère de ces peuples. Nous les empruntons également aux lettres des missionnaires.
« Les Bassoutos ne sont pas les aborigènes du pays qu’ils habitent maintenant. Ce n’est qu’en 1824 que Moshesh y établit sa résidence. Avant cette époque il avait habité, avec sa tribu, un peu plus au nord des Maloutis. Les chants nationaux célèbrent encore
1 Journal des missions évangéliques , ix* année, p. i46 et suiv.
les verts pâturages de Boutaboute et les coteaux escarpés où le jeune Lepoko 1 s’exerçait, avec ses compagnons, à percer l’élan et le sanglier sauvages. Une guerre désastreuse mit fin à ces passe-temps favoris. Matanana , un des vassaux les plus puissants de Chaka 2 , se soustrait avec tous ses sujets à la cruauté de son maître. Il rencontre sur la route Pakarita, chef des Fengous, et, après plusieurs combats, le force à fuir devant lui. Pakarita, vivement poursuivi , traverse la chaîne des Maloutis 3 et fond sur les Mantœtis qu’il trouve sur les sources du Namagari. Ceux-ci , favorisés par la connaissance qu’ils ont des localités, s’enfoncent dans les gorges des montagnes, s’avancent rapidement vers le sud et portent la désolation au sein des vallées paisibles de Boutaboute. Dès lors, le pays devient le théâtre de massacres continuels. Matanana , se croyant assez éloigné de Chaka, s’établit sur les rives du Calédon. Pakarita fixe également sa demeure dans ces quartiers. Les deux peuplades ne cessent de se harceler et de faire sentir les terribles effets de leur
voisinage aux Mantœtis et aux Bassoutos, qui sont toujours aux prises. Les champs restent incultes, et la famine vient ajouter aux horreurs de la guerre.
1 Nom de Moshesh dans son jeune âge.
* On sait sans doute que Chaka a été le prédécesseur de Dingaan, chef des Zoulas de Port-Natal.
3 Nom indigène des montagnes Bleues , qui nous séparent de Natal.
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Des villages entiers sont dépeuplés par ce double fléau; les liens du sang et de l’amitié sont méconnus; chacun se livre au meurtre et au pillage. Quelques-uns des plus démoralisés s’oublient jusqu’à essayer de la chair humaine , et bientôt se forment, dans les cavernes des Maloutis, des associations de cannibales , qui , n’appartenant à aucun parti, vont chercher partout des victimes. Cependant Moshesh, longtemps assiégé, méditait le moyen de s’éloigner de ces scènes d’horreur. Pakarita venait de succomber dans sa lutte contre Matanana, et celui-ci était allé essayer ses armes contre les Tamboukis. Les Mantœtis, seuls, quoique souvent repoussés, revenaient continuellement à la charge. Moshesh appelle à son secours un chef cafre qui surprend les Mantœtis et les force à reculer. Pendant que l’ennemi est tenu en échec, l’émigration s’effectue; les vieillards jettent un dernier regard sur l’antique Boutaboute et s’en éloignent précipitamment avec les femmes et les enfants , tandis que tout ce qui est en état de porter les armes forme l’arrière-garde, et repousse l’affreux cannibale qui cherche à profiter du désordre pour saisir sa proie. Deux jours de marche amenèrent la peuplade entière à Thaba-Bossiou , dont le sommet, fortifié par la nature, se couvre en peu de jours d’habitations nouvelles. Les affaires de Moshesh commencèrent dès lors à se réta-
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blir. Quelques bonnes moissons firent renaître l’abondance ; Moussélékatsi et les Koronnas furent repoussés avec perte , et l’arrivée des missionnaires rendit la confiance à tous les cœurs.
« Cette courte esquisse de l’histoire des Bassoutos, pendant les vingt dernières années, expliquera suffisamment leur attachement pour Thaba-Bossiou et l’avantage qu’ils trouvent à l’avoir pour capitale.
«Thaba-Bossiou est une montagne isolée, de forme pentagone, haute d’environ quatre cents pieds , et offrant à son sommet un plateau de trois quarts de lieue de tour. L’abord de ce platçau est défendu par un couronnement de rochers perpendiculaires. On ne peut y avoir accès que par cinq interstices assez spacieux. Dans le cas d’attaque, ces espèces de portes sont soigneusement bouchées avec d’énormes tas de pierres. Les villes de Moshesh et de son père Mokachane sont sur le plateau même; le pied de la montagne est également couvert d’habitations, au centre desquelles s’élève la maison missionnaire. En jetant les yeux sur les collines environnantes, on découvre vingtdeux villages qui semblent autant de postes avancés, destinés à prévenir toute surprise 1 .
« Le gouvernement des Bassoutos tient le milieu entre le protectorat 2 patriarcal des Batlapis et l’ab-
1 Journal des missions évangéliques , xiv* année, p. 88 et suiv.
1 Je ne trouve pas de meilleur mot pour définir le gouverne-
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solutisme des chefs Zoulas; c’est dire assez qu’il règne moins de liberté à Bossiou qu’à Lattakou, et que le Mossouto jouit cependant de privilèges inconnus à l’esclave de Dingaan. Moslicsh est le maître suprême du pays; il assigne à ses sujets les lieux qu’ils doivent habiter, et ils ne peuvent les quitter sans sa permission; dans certains cas, il dispose même de leurs personnes. S’agit-il d’envoyer des espions, d’entreprendre un travail public, il désigne les individus dont il a fait choix, et nul n’a le droit de protester. Toutes les disputes, tous les différends sont jugés par lui en dernier ressort. La tribu est divisée en villages, et ces villages obéissent à des chefs qui relèvent euxmêmes de Moshesh. Dans des cas pressants, celuici les réunit pour s’aider de leurs conseils.
« La liberté de pensée et de parole sert de fondement et de garantie aux droits nationaux des sujets. Il leur est permis d’exprimer sans détours leur opinion sur la conduite du roi : s’ils la désapprouvent, ils le disent avec une franchise mâle et éloquente dont le fougueux tribun de Rome se serait honoré. On en jugera par l’exemple suivant. Moshesh avait donné la jouissance de quelques pièces de bétail à un officier 1 distingué par son
ment des Batlapis; leurs chefs sont essentiellement des protecteurs.
1 Ce mot, comme plusieurs autres, doit s'entendre dans un
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courage. Il a voulu dernièrement reprendre ce bétail pour l'envoyer en présent à Lepuï , chef des Batlapis de la station de notre frère Pellissier. L’officier, extrêmement irrité, s’est présenté devant Moshesh et l’a interpellé de la manière suivante : « Est-ce ainsi qu’un homme juste doit se conduire ? « Vous m’enlevez toute ma nourriture, toute la sub- « sistance de mes femmes et de mes enfants, pour « l’envoyer à des étrangers. N’avez-vous pas d’autre « bétail à me donner, et faut-il que vous laissiez « dans la misère ceux auxquels vous devez votre « salut? Regardez mon corps, il est couvert de bles- « sures. J’ai combattu contre les Mantœtis, les Zou- « las et les Korannas. Que l’ennemi vienne encore, « on verra si Moshesh ira s’exposer aux assagaies. « Non , il restera sur sa montagne auprès de ses «femmes, il n’osera me suivre. C’est moi qui me «battrai, qui souffrirai la faim, la soif, la fatigue, « tandis que mon chef mangera , boira et dormira « paisiblement. »
« La loi du talion est presque le seul principe de jurisprudence que les chefs béchuanas connaissent. Ils ont cependant quelque idée de l’art d’apprécier la gravité des fautes d’après les circonstances qui les ont accompagnées ou produites. L’homme qui dérobe un bœuf dans un besoin pressant est
sens restreint et comparatif. Roi, officier, sont des termes que nous employons chaque jour, faute d’autres.
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moins coupable à leurs yeux que celui qui vole une chèvre pour satisfaire un penchant secret à la rapine. Ici, comme en Europe, la grandeur de l’offense croît en raison du rang et du caractère de l’offensé. Le rapt et le meurtre sont punis de mort; le criminel est précipité du haut d’une montagne , on lui lie les pieds et les mains, et l’exécuteur le pousse sur d’horribles rochers à deux ou trois cents pieds de profondeur. Outre le bourreau, personnage important, deux hommes veillent particulièrement au maintien de l’ordre. L’un joint à la charge de crieur public celle de déblayeur général; il enlève de la ville les immondices de toute espèce. L’autre veille , pendant la nuit, à ce que personne ne se jette par accident en bas de la montagne ; dans les cas de mort violente et subite, il fait la levée des cadavres.
« On voit, par les détails précédents, que, si les missionnaires donnent quelquefois aux Béchuanas le nom de sauvages, cette qualification doit s’entendre dans un sens restreint. Comparé à l’affreux cannibale de la Nouvelle-Zélande , le Mossouto est un homme civilisé; mais sa civilisation le cède infiniment à la nôtre : toutefois, c’est une espèce de civilisation qui, bien qu’incomplète et grossière, ne laisse pas de surprendre agréablement. On s’attendrait à trouver chez ce peuple des notions religieuses du même intérêt. Mafe, hélas! les Bas-
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soutos vivent sans Dieu et sans espérance au monde; en vain voient-ils la puissance de la Divinité dans ses ouvrages; le spectacle imposant de la création n’a jamais touché leurs cœurs; ils n’ont jamais senti ce pressant besoin de reconnaissance et d’adoration qui inspire l’hymne du chrétien et jette le malheureux Indou sous le char de Juggernaut ; ils ont seulement conservé quelques traditions confuses d’un
Etre suprême, mais elles n’exercent aucune influence sur les individus. Le dieu des Béchuanas
(Morimo) est un homme 1 éternel, infiniment sagace et rusé, porté naturellement au mal, et d’autant plus terrible qu’il fait servir ses attributs à l’exécution des desseins les plus pernicieux 2 . Sous un autre nom, c’est l’Arimane des anciens Persans 3 . Heureusement pour le bien de l’humanité il est relégué dans les entrailles de la terre et s’occupe peu des mortels : aussi n’est-il pas nécessaire de le
1 La langue séchuana, comme toutes les langues muettes, est très-pauvre en mots théologiques et métaphysiques. Nous disons èhaque jour : Dieu est un homme saint, pour être saint, parce que les Bassoutos nont pas l’idée abstraite de l 'être.
5 Celle idée de la perversité naturelle de Morimo a surtout prévalu chez les Bassoutos ; elle n’existe pas à ce degré chez les Batlapis : chez eux Morimo est aussi puissant pour faire le bien que pour faire le mal, et il a autant de penchant pour l’un que pour l’autre.
3 U na le Morimo, «vous êtes Dieu,» est une expression proverbiale pour dire i vous êtes un méchant. Chez les Ballapis, cette expression signifierait-: vous êtes puissant ou sage.
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fléchir par des prières. Les faiseurs de pluie ont seuls le droit de lui offrir une espèce de culte. Ils connaissent dans le désert des cavernes profondes où l’on peut voir Morimo et converser avec lui. Lorsqu’ils arrivent en sa présence , ils ont soin d’enchaîner sa puissance par des charmes secrets. Ces prétendus magiciens révèrent certains animaux que Morimo chérit et auxquels il communique une partie de sa divinité. Tel est un certain chlamydp^ phore ( dasypus sexcinctus) , qu’on ne peut pas tuer sans encourir une punition éclatante.
« Nous avons observé chez les Bassoutos quelques traces de sacrifices. Lorsqu’une personne est dangereusement malade , ses amis immolent des agne^nx pour la soulager (c’est leur propre expression); si elle meurt , on égorge autant de bœufs sur sa tombe qu’elle a laissé d’enfants. Ces rites se terminent pair une sorte de lustration. Les proches parents du décédé amènent un bœuf sur le tombeau, recueillent le sang et les ordures de l’animal dans un vase, et y lavent religieusement leurs mains. Pendant là cérémonie de l’enterrement, on rassemble autour
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du cadavre autant de bestiaux que possible.
serait-ce pas un reste de la doctrine de la métempsycose ?
« Les amulettes n’ont pas autant de crédit dans ces contrées que dans les parties plus australes de l’Afrique ; cependant il est rare de voir un Mos-
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souto qui n’en porte pas sur son corps. Tantôt c’est une vessie de cheval ou l’aile d’un petit oiseau fixée au milieu des cheveux, tantôt un collier de suif et d’osselets. Quelques os du torse d’un animal et deux petites lames d’ivoire offrant à leur surface des points noirs, semblables à ceux des dés, forment u^ amulette divinatoire. Le Mossouto a-t-il perdu son troupeau, il prend cet amulette dans ses mains , le ressasse en prononçant une courte formule et le jette par terre ; puis examinant la disposition des os et des morceaux d’ivoire, les uns par rapport aux autres, il vous dira de quel côté est le bétail perdu , s’il en manque quelques pièces, etc. etc.
« Au reste, je le répète , les Bassoutos parlent de Morimo , consultent leurs faiseurs de pluie et leurs amulettes, immolent des victimes sans paraître y attacher la moindre idée religieuse. « Nous avons « appris cela de nos pères, mais nous n’en connais- « sons pas la raison. » Voilà la réponse qu’ils font aux questions qu’on leur adresse sur ces matières. Peut-être vaudrait-il mieux pour notre œuvre qu’ils n’eussent aucune notion de ce genre. Comment leur prouver la bonté de Dieu et la nécessité de la prière, aussi longtemps que le nom de Dieu leur rappelle un être odieux et insensible aux misères humaines? Le fils aîné de Moshesh, nous entendant un jour prêcher sur la miséricorde divine,
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nous fit l’observation suivante : « Si vous parlez d’un « dieu bon , donnez-lui le nom de votre langue ; « mais ne dites jamais que Morimo est bon. »
« Après avoir parlé des Bassoutos d’une manière générale, comme peuple, il me reste à les considérer comme individus. Je serai court sur cet article, de peur d’être inexact. Une année d’observation ne suffit pas pour donner la connaissance complète des inclinations, des mœurs, des idées d’une lotion. Le cœur de l’homme se dérobe à l’examen; de là les erreurs fréquentes de voyageurs qui prennent souvent l’apparence pour le fond réel des caractères.
« Sous le rapport physique, les Bassoutos diffèrent assez des autres tribus Béchuanas; ils ressemblent davantage aux Cafres. Ils ont généralement la peau très-noire, le nez presque aquilin, les lèvres minces et la barbe touffue. Sauf leur couleur et leurs cheveux laineux, ils se rapprochent beaucoup plus de la race caucasique que de la race nègre.
«Naturellement curieux, causeur, enjoué, le Mossouto chérit la vie sociale. Son plus grand plaisir est de s’asseoir avec ses amis autour d’un feu et de passer des heures entières à parler de diverses choses. La conversation est presque toujours entremêlée de bruyants éclats de rire. Souvent un membre du cercle se lève, s’agite dans tous les sens, déclame d’une voix perçante : vous le croyez
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en furie. . . . pas du tout, il arrive au point le plus intéressant de sa narration; il s’agit d’une chasse, d’un combat, d’une vieille chronique transmise à l’oracle par ses ancêtres. Tels que sont les Bassoutos dans ces moments d’oisiveté, tels ils paraissent dans tous leurs rapports sociaux : simples, vifs, communicatifs. On voit au centre de Bassiou une vaste place entourée de roseaux; c’est là qu’au milieu des cris de joie, des chants, des sifflements, des murmures confus, des conversations particulières, l’un coud un kobo, l’autre étend une peau verte sur le gazon et la fixe avec des pointes de bois dur ; un troisième la décharné ; quelques-uns tressent des corbeilles. Pendant ce temps, les femmes préparent du bogobe ', des haricots, du lait aigre. On les entend, à l’entrée des huttes, broyer le millet d’Inde entre deux grès. Lorsque les aliments sont prêts, elles les apportent dans des vases de terre. Le repas est commun, chacun puise indifféremment au plat de son voisin; et si l’un des convives, plus fortuné que les autres, a pu se procurer à la chasse une antilope ou un zèbre , il en régale libéralement tous ses amis.
« Tel est le spectacle ordinaire que ce peuple présente. Pourquoi faut-il pénétrer plus avant et percer l’écorce séduisante qui recouvre les vrais ressorts de son cœur?. . . . Nos rapports fréquents Espèce de pain.
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avec les individus nous ont appris que cette générosité naïve, ce besoin de rapprochement et d’intimité , sont plutôt le fruit de l’habitude que le produit d’une disposition naturelle à la bienveillance. Les Bassoutos, si aimables à l’extérieur, ne se font pas scrupule de tromper la confiance de leurs amis pour s’emparer de leurs biens. Ils sont d’ailleurs défiants à l’excès. La polygamie la plus outrée règne parmi eux, et cet indice d’un penchant prononcé à la dissolution n’est pas le seul que nous ayons remarqué. J’ose à peine parler de leur gloutonnerie , tant elle est dégoûtante : au pied de la lettre, ils font un dieu de leur ventre; manger est pour eux une affaire capitale , qui semble absorber toutes leurs pensées.
« Espérons que l’Evangile changera bientôt ces inclinations charnelles. Le mal est invétéré, mais il cédera à la toute-puissance du remède. Les Bassoutos ne sont pas apathiques, il y a chez eux une grande vigueur d’âme et beaucoup de jugement; s’ils reçoivent les vérités révélées, ils avanceront à grands pas dans la voie du salut 1 . »
L’espérance du missionnaire n’a pas été trompée; aussi nous empressons-nous d’ajouter que, depuis lors (l’auteur écrivait en mai 1 834) , il s’est fait , sous l’influence du christianisme, une amélioration sensible dans l’esprit, dans le caractère
1 Journal des missions évangéliques, x' année , p. 38 et suiv.
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et dans les mœurs des naturels. Les Bassoutos ne manquent ni de pénétration pour saisir des idées élevées et surtout abstraites , ni de sensibilité pour être vivement émus par les grandes vérités que présente la religion.
Dans Tune de ses catéchisations, le missionnaire Casalis fut appelé à parier du mystère de la Trinité et de ses opérations. Le sujet étant difficile; il voulut s’assurer s’il avait été compris, et il invita l’un de ses auditeurs à rendre compte de ce qu’il venait d’entendre. Voici ce qu’il dit : «Je n’ai pas de langue pour parler de choses aussi hautes; cependant, je dirai dans ma folie : L’homme était malade; Dieu l’a guéri. Dieu le Père a pensé le remède et l’a donné , Dieu le Fils a fait le remède avec son sang, Dieu le Saint-Esprit le fait boire à notre âme mourante. »
Le grand mystère de la Rédemption ne les trouve point insensibles. Le missionnaire de Morija , M. Arbousset , raconte à cet égard ce qui suit : « Un jour que j’avais expliqué ces admirables paroles du prophète : la justice et la paix se sont entre-baisées (Ps. lxxx, v. i i ), et tâché de prouver qu’elles ont eu leur accomplissement en Jésus- Christ, un Mossouto demanda si Dieu n’aurait pas pu faire grâce aux pécheurs sans exiger une réparation pour leurs offenses? à quoi son camarade répondit : « Pas plus que je ne te pardonnerais sans
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« réparation si tu m’avais impertinemment craché « au visage. »Un troisième reprit plus longuement: « Lorsque l’habit est déchiré, dit-on aux deux pièces: « Rejoignez-vous? Non, mais on cherche un fil quel- « conque qui serve à les rejoindre. Or il en est de « même des rapports de l’homme avec Dieu. Adam « était jadis en paix avec son créateur, parce qu’il « n’était ni moins droit, ni moins pur que celui qui « le fit à sa propre image. Une harmonieuse paix ré- « gnait alors entre l’homme et son auteur. Ensuite « qu’arriva-t-il ? Il arriva que Satan mit le péché « entre Adam et Jéhovah. L’un dit : J’aime le péché; « l’autre dit : Je ne l’aime point. Ainsi s’alluma la « guerre entre les deux partis. Maintenant , si Jésus « a paru et qu’il ait ôté le péché, il a ôté le désac- « cord; la paix retourne à son ancienne place. Jésus « ne devient-il pas de la sorte le fil unissant? En lui « la justice de Dieu , qui dit : Frappe l’ennemi; et son « amour de la paix , qui crie : Epargne Adam , se sont « entre-baisés , comme deux anciens amis qui se ré- « concilient. Tout cela n’est que fort vrai, ajouta le « catéchumène; mais pourquoi nos cœurs refusent- « ils l’obéissance ?» Et il pencha sa tête dans ses deux mains en poussant un douloureux soupir l . »
Les Bassoutos ont un attachement invincible à leurs coutumes nationales; ils tiennent surtout
1 Treizième Rapport annuel de la Société des missions évangéliques de Paris, i84o, p. 33.
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opiniâtrement aux antiques cérémonies de la sépulture des morts. Maigre cela les missionnaires oui remporté sur eux, à cet égard, une victoire signalée , dont l'influence s est fait sentir déjà , et se fera sentir davantage encore, par la suite, dans toute la nation. M. Lasalis écrivait, sous la date du 5 septembre 1 8^9 -
« O11 a longtemps cru, et j’ai moi-même partagé cette opinion, que les Béchuanas ne devaient pas être classés parmi les peuples idolâtres. Les pagodes de l’Inde et les maracs de la Polynésie nous ont trop accoutumés à l’idée que tout culte païen doit nécessairement se déceler par un autel et un fétiche, U était difficile de connaître la pensée religieuse des habitants du sud de l'Afrique, parce que son influence ne s’exerce sur presque aucun «les actes de la vie ordinaire. On ne pouvait en découvrir la nature qu’en assistant à ces scènes émouvantes qui arrachent l'homme à ses préoccupations habituelles et le forcent à croire en l'instruisant de sa dépendance. La tombe et le berceau , en présence desquels il est si difficile d’être athée, sont le# autels où le Mochuana sacrifie, et c’est
aux ombre# redoutables de ses ancêtres qu’il demande un doux repos pour la froide dépouille d’un parent bien-aimé et des jours sereins pour l’enfant qui vient d’ouvrir les yeux à la lumière. Ce culte n’a rien de vague et d’indéfini; c’est plus
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qu’un simple hommage rendu aux générations passées,' c’est une adoration réelle. L’homme de tous les pays craint les esprits plus qu’il ne les ' aime; un profond sentiment de frayeur accompagne généralement l’idée que les morts disposent du sort des vivants. Les anciens parlaient beaucoup d’ombres courroucées 1 ; s’ils sacrifiaient aux mânes, c’était le plus souvent pour les apaiser. Ces idées répondent parfaitement à celles des Béchuanas. Ils prient plutôt qu’ils ne rendent grâces; ils cherchent plutôt à détourner les châtiments qu’à s’attirer des faveurs; en un mot ils n’adorent les Barimos que lorsqu’ils pensent qu’il y aurait du danger à ne pas le faire. Cette foi explicite à l’immortalité de l’âme et à l’existence du monde invisible nous a servi comme d’un puissant levier pour remuer la tribu des Bassoutos; mais, d’un autre côté, le système idolâtre qu’on en a déduit a été, jusqu’ici, l’un des plus grands obstacles au succès de nos travaux. On comprendra combien il est subversif de tout progrès et de toute réforme salutaire, si l’on réfléchit que, d’après les notions des naturels, on ne saurait provoquer plus directement la colère des générations divinisées qu’en se départissant des préceptes et des exemples qu’elles ont laissés après elles. Jaloux d’assurer à
1 II est remarquable que les Bassoutos donnent aux esprits le nom de lirilis, proprement ombres; ils les appellent aussi barimos.
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notre Dieu et Père l’adoration et la puissance qui n’appartiennent qu’à lui seul, nous avons .dirigé nos principales attaques contre toute violation directe ou indirecte des premier et second commandements. Celui qui fit triompher sa cause sur le mont Carmel, en présence des dix tribus égarées, a soutenu nos faibles bras, et déjà nous avons à lui rendre grâces d’une victoire signalée dont l’influence est de nature à s’étendre à toute la nation.
« Tséniégi, sœur d’Entlaîoé 1 , était atteinte d’une maladie qui, selon toutes les probabilités, devait terminer ses jours. Son frère, sincèrement converti à l’Evangile , la recueillit chez lui , et s’opposa à ce que l’on eût recours aux cérémonies usitées pour obtenir la guérison des malades. « Dieu seul , « disait-il, a ouvert la porte de la vie à ma sœur, « Dieu seul peut lui ouvrir les portes de la mort; « c’est Dieu seul que nous prierons. «Ni les outrages du plus grand nombre, ni les flatteries et les caresses des gens adroits dans l’art de séduire, ne purent ébranler la résolution de ce fidèle chrétien. Assis jour et nuit auprès de sa sœur, il la pressait de recourir aux mérites du Sauveur, et le nom de Jésus fut le dernier son qui frappa l’oreille de Tséniégi expirante.
« Dès qu’elle fut morte , Entlaloé vint me dire qu’il desirait l’ensevelir chrétiennement, ou plu- 1 Premier indigène converti à Thaba-Bossiou.
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tôt, selon son expression , « la mettre en réserve pour « le jour de la résurrection. » Ce n’était pas une petite entreprise; nous n’avions aucun antécédent dont nous pussions nous prévaloir, et cependant il s’agissait d’attaquer de front l’idolâtrie du pays. Dès qu’une personne a expiré , elle est censée avoir pris place parmi les dieux de la famille. On dépose ses restes dans le parc des bestiaux, afin que ces animaux sacrés la protègent contre les maléfices des sorciers, auxquels on suppose la puissance d’évoquer les morts. Une génisse noire est immolée sur la tombe; c’est la première oblation faite à la nouvelle divinité, en même temps qu’un acte d’intercession en sa faveur, destiné à lui assurer une heureuse réception dans les régions souterraines qu’babitent les barimos. Chacun des assistants aide à asperger la fosse et répète la prière suivante : « Repose en paix avec les dieux , donne- * nous des nuits tranquilles. » J’invitai Entlaloé i à aller instruire Moshesh de ses intentions; il fut accueilli avec bienveillance et le chef lui fit la réponse suivante : « Entlaloé, je te reconnais pour un « chrétien; j’ai vu le changement qui s’est opéré en « toi ,• et j’ai dit : La parole qui renouvelle ainsi « l’homme est la parole de vérité. Loin de m’offen- « ser en faisant bien, tu peux être sur d’avoir mon « approbation. Viens, je veux te désigner moi-même «le lieu où nous allons fonder la ville des morts;
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* ta sœur eu sera la première habitante , mais nous « l’y suivrons tous. » Le lendemain matin, près de cinq cents personnes accompagnaient le corps de Tséniégi au nouveau cimetière. Le cortège, précédé par quatre porteurs, s’avançait dans le plus profond recueillement. Je fis le service funèbre d’après le rite de nos Eglises protestantes; puis la foule se retira , évidemment touchée de la beauté des espérances que la foi donne au chrétien.
« Ceci se passait vers la fin du mois de juin» Nous commencions déjà à sentir les premières attaques de la rougeole, qui a ravagé, cette année, toute l’Afrique méridionale. Quelques jours après l’enterrement de Tséniégi, cette maladie nous enleva notre petite fille. Le Seigneur voulait nous donner une occasion de le glorifier dans cette dispensation douloureuse. Il fallait que les Bassoutos eussent devant les yeux le spectacle de parents chrétiens, pleurant un enfant chéri, mais contenus par la ferme conviction qu’ils le retrouveraient bientôt dans des régions de bonheur et de gloire*, Moshesh voulut..- voir le petit corps avant qu’on fixât le couvercle de la bière. Il fut touché des soins que la mère avait mis à orner les restes hh nocents d’un angefLe discours que notre bienaimé frère Arbousset prononça sur la tombe produisit également une profonde impression sur lui. « Ah! s’écria-tfiL les chrétiens seuls sont heureux;
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a iis pleurent, mais leurs larmes ne ressemblent pas « aux nôtres ! Oui, Emma ressuscitera; la mort n’est « qu’un gué que l’homme traverse pour aller à « Dieu ! »
« Moshesh était à la veille de perdre l’une des personnes qu’il aimait le plus tendrement, la sincérité de ses convictions allait être mise à une terrible épreuve. Mantsanè, sa principale femme, dans un accès de délire occasionné par la rougeole , se précipita du haut du rocher le plus escarpé de la montagne. Le chef, en me faisant savoir cette triste nouvelle , me pria de ne pas le laisser seul parce que ce jour de larmes serait probablement aussi un jour de débats. En effet, la grande question du culte des barimos allait être vidée pour Thaba-Bossiou. Mantsanè appartenait à une famille puissante et malheureusement remarquable par son opposition à l’Evangile. Les funérailles des personnes élevées en dignité se font communément avec beaucoup de pompe , et on leur sacrifie à plusieurs reprises. La chair des victimes sert de pâture à une foule de parasites éhontés qui forment la cour des souverains de ce pays-ci. On pouvait s’attendre à ce que cette tourbe avide se mît du parti des parents de Mantsanè pour maintenir les anciens usages. Je me rendis auprès du chef vers midi, et le trouvai plongé dans la plus profonde douleur. Il était temps que je vinsse à
son secours. Près d’un millier de bœufs avaient
été réunis sur la place principale de la ville, et Ton achevait de percer une fosse dans le parc où la mère de Letsié et de Molapo a été enterrée, il y a quelques années. « Consentirez-vous à faire le ser- « vice sur cette fosse? me demanda le chef. — Non, « Moshesh, répondis-je avec douceur; vous avez un « cimetière, je ne parle que là. Ce bétail m’apprend « assez que vous êtes tentés de prier mon Dieu et vos « barimos en même temps; je serais infidèle à mon « maître si j’accédais à vos désirs. — Je vous l’avais «bien dit! s’écria Moshesh, en se tournant vers la « foule, vous voulez que je serve Jéhovah d’une main « et le démon de l’autre. » Un murmure de mécontentement accueillit ces paroles. Le frère de la défunte protesta contre toute déviation des coutumes nationales. « Sur quoi sont fondés ces usages? re- « prit Moshesh, je voudrais bien voir le livre où « vous les trouvez prescrits. Les missionnaires vous « donnent la raison de tout ce qu’ils font. L’homme « meurt parce qu’Adam nous a tués lorsque nous « étions encore tous en lui, comme la plante du blé « est dans le grain. Il faut enterrer les morts dans « un même lieu , parce qu’il est beau de penser « qu’ils dorment ensemble le long sommeil de la « mort. L’homme n’est seul qu’aussi longtemps qu’il « demeure dans le sein de sa mère; dès qu’il voit le «jour, il se colle à la mamelle de celle qui l’a en-
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« fanté et, dès lors, il vit dans la société de ses sem- « blables. Vous dites qu’il faut sacrifier aux barimos; « mais les barimos ne sont que des hommes comme « nous, seulement, au lieu de vivre sur la terre, ils « sont allés s’asseoir devant leur juge. Et vous aussi , « lorsque vous serez morts, on fera de vous des ba- «rimos; voulez -vous que nous vous adorions dès « aujourd’hui P Mais, comment adorer des hommes? « et, si vous n’êtes que des hommes maintenant, se- « rez-vous plus puissants lorsque la mort aura mois- « sonné la moitié de vous-mêmes? » Ici, Ratsiou, le principal opposant, répartit durement : « Nous nous « taisons, Moshesh, parce que nous ne voulons pas « céder. » Un autre ajouta : « Ce que disent les mis- « sionnaires serait excellent si nous le croyions , « mais je ne le crois pas, pour ma part. — Et c’est « cependant la vérité, reprit le chef. — Oui, la vé- « rité, la vérité !!....» cria une voix, du milieu de l’assemblée ;« courage , mon maître, fais le bien, «tu ne t’en repentiras pas! » Je pris alors la parole, et, m’adressant aux personnes les plus influentes, je leur dis : « Grands de Thaba-Bossiou , « vieillards que nous respectons tous, je hais la pa- « rôle dure. Moshesh vous a dit les raisons pour les- « quelles le culte des barimos doit cesser. Réfutez « les vérités que je vous annonce, me voici, parlez, «j’écoute. — Et moi aussi, j’écoute, dit le chef, « parlez !....» Long silence « Nous parlerons,
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« dit enfin quelqu’un, lorsque lé Morouti (le mis- « sionnaire) se sera retiré.^- Oui,- vous vaincrez «lorqu’il n’y aura plus d’adversaire; parlez main- « tenant! s’écria Moshesh, un peu échauffé par une « opposition aussi opiniâtre. Pourquoi regardez- « vous à terre , pourquoi faites-vous des marques «sur la poussière? Je disais en mon cœur : Il est « autour de moi bien des gens qüi ont la parole « de sagesse; mais, je vois aujourd’hui qu’ils n’ont « que celle de la vanité Qu’on recomble la fosse
« immédiatement, et que le bétail soit conduit au « champ. » Puis, se tournant vers moi : « Vous avez «vaincu; la femme que je pleure ira dormir avec «Tséniégi; et, moi aussi, je veux un jour reposer « avec elles. » À l’ouïe de ces paroles, je serrai la màin au chef, et mon cœur s’éleva vers Dieu pour lë' louer ^ Le frère Gosselin se rendit au cimetière pour donner les directions nécessaires,' et le len- * demain la parole de Dieu fut adressée à une multitude assemblée sur la tombe de Mantsané. Depuis ce j6ur mémorable les» habitants de Thaban BosSioü ont regardé la question comme résolue, éilé sofoi de jrehdre la (péudre à la poudre a été ajoütéâuX 1 autrës devoirs de mon ministère ^ *j?>
I Four fourni & iâfis lecteurs ï>lè moyen d’apprécier lîâd£6rf' j dü christianisme sur l’esprit inculte et saèivàgë îde^&temihesdiej la* nature^ nous lehr 1 Journa mi&^èôaïujéUqnes , -H* *érirléë, p. : J i 2 1 Cl êUiV.
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ferons le récit; de deux conversions, l’une d’un simple Mossouto* l’autre d’un chef de tribu* en mettant* sous leurs yeux les lettres .mêmes dans lesquelles les missionnaires ont fait part au Comité de ces réjouissantes nouvelles :
o jo 'Messieurs* KM’/- ** . ? • : • • , % f j#*». ï •.,. %» ; ■
lat» * Dans ma dernière lettre j’eus la joie de vous apprendre qu’Entlaloé avait été baptisé, çt que Ramaseatsané était sincèrement converti. Depuis lors ce dernier, dont je vous ai dépeint; déjà l’aimable caractère, a été admis dans l’Eglise fin Seigneur. Un autre habitant de Thaba-Bossiop., qui
vous a été jusqu’à présent inconnu, n’a pas tardé l’y suivre. Son nom est Moussetsé. L’histoire de sa vie m’a semblé de nature, à vous intéresser, et je vais essayer de vous la rapporter telle qpojgja 'tiens de lui-même. Elle présente , quelque^ jnçidents qui paraîtront; extraordinaire^, fRU^al- 1 heureusement ne sont que trop communs pays où k religion chré tienne >n’a> jamakpépétré.
-x>cfr« Moussetsé naquit vers fan r $ h? preuï|itf e t enfance fut entourée des soins! ksj>Jns tiendrais. S$n o père était piche, car j M( possédait ^ualqp^ et un troupeau, deicbèvres^d#; plns^ppjajssgjJ^fF champ , < attenant ià botté tflw 16
oJété Y sa provision dfft^JefoA époque,. les
'i iBassoutos j étaient [ pl&s,dis$émmûs , jqp’up ? #£ j* es teouyo aujourd’hui, intervalle
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de paix leur avait fait oublier les avantages d’une concentration de forces. Comment, lorsqu’on ne se croyait menacé d’aucun péril, résister à la tentation d’aller, avec quelques amis de choix, s’établir au pied d’une cascade, ou bien sous l’ombrage touffu d’un olivier solitaire, ou bien encore dans une grotte tapissée de campanules, où l’on était réveillé chaque matin par les doux roucoulements des pigeons ramiers? De longs désastres ont, depuis, fait oublier ces retraites charmantes, et la sécurité qu’offrent les montagnes a couvert . de villages leurs crêtes rocailleuses. Au temps où nous nous reportons, Moshesh travaillait déjà à fondre en une seule nation tous les indigènes qui se réclamaient du nom de Bassoutos. Ce système politique , dont les heureux effets commencent à se manifester, était alors peu goûté. La tribu présentait, quoique sur une échelle infiniment plus petite, l’aspect de notre patrie aux temps féodaux. Chaque petit chef, tout en reconnaissant la suprématie de la maison de Mokachane , travaillait à s’assurer le plus d’indépendance possible. .Telle était la situation du pays dans ces jours que les vieillards de Thaba-Bossiou regrettent encore.
... «Moussetsé, parvenu à sa huitième année, venait de recevoir, de la main de son père, un javelot léger et un chapeau de jonc; il allait devenir le berger de ce précieux troupeau dont le lait
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l'avait fait grandir. Sa joie enfantine était grande, mais elle devait $ë changer en de longues années de souffrance. Un ennemi terrible pénètre dans les vallées de Matlapa, brûle les champs de blé, enlève le bétail et laisse les malheureux échappés au carnage dans le dénûment le plus affreux. Cette avalanche de Matébélés entraîna le père de Moussetsé et tous ses biens. Le lendemain , de légers nuages de fumée qui s’élevaient de différents points, et que le vent roulait le long des collines, apprirent à la triste veuve de Coni que tout ce qui lui était cher avait péri, tout excepté sa hutte délabrée et un enfant trop jeune encore pour lui être d’aucun secours. Il ne restait à l’infortunée aucun ami pour la consoler. Son Dieu était près d’elle, mais elle l’ignorait. Jamais un messager du salut ne s’était assis devant sa porte pour lui apprendre qu’elle avait un père dans le ciel. Ah! pourquoi les fidèles de ma patrie ont-ils tant tardé à déployer au souffle du Seigneur les voiles du navire missionnaire ? Pourquoi des sophistes barbares ontils arrêté l’élan de la charité chrétienne, éh dépeignant avec des couleurs trompeuses ce qu’ils appellent l’heureuse innocence dé ’ l'homme de la nature? Cet hommè de la natüre, l’ ont-ils connu?
Leur a-t-il révélé ' le secret dé sOn cœur? Le croient- ils insensible? Pensent-ils qu’au désert la mort d’un époux, d’un père, fasse couler moins
INTRODUCTION
de larmes qué dans les ^hafnbrësi laissées de
{ crêjjei li funëraires? "Ab ! 1 si i- feu beu ' de ’ se laisser égarer pâhd’ûrgueilléüses théorie^, ily fussent ve<nüi consulter leur frère d’Afrique, il ietïr eût dit
que son âme est ouverte à toutes 1 les impressions, qu’il sent, qu’il aime , qu’il souffre à leur manière^. Appliquée à leurs intérêts spirituels, la prétention que les païèns n’ont pas besoin des secours de 1 la sympathie chrétienne , est un blasphème ; appliquée à leurs intérêts terrestres, c’est, dans bien des cas, l’opulence insultant au dénûment.
«La mère de Moussetsé, après' s’être assurée qu’il ne lui restait aucune provision, prit un bâfe ton pointu à la haie qui entourait sa hutte, et
^ l’ayant remis à son enfant, elle l’envoya déterrer
dés racines et des bulbes sauvages. Elle s’occupa,
<j pour sa part, à lier en gerbes un gramen fort com-
"mün que le bétail dédaigne à cause de sa dureté.
Gëtte herbe était alors mûre : après l’avoir battue,
■ elle eût quelques poignées d’un grain brun , assez 2*1 *
' semblable , quoique plus petit, à de la semence de
choux. Cë 1 grain , ! Ibroyé entre deux pierres , 1 1 lui " donna une 1 pâte grossière et insipide, q^ellë s’estima fort 1 heûreusé cependant d’ avoir obtenue; 1 ^î^uSieurs^én^ides ^feoulèreUV,* fet pas une ancienne céÛnfeiSsfeflëe se f présenta. Mamoussetsé
0 sentit Ses ( forfcëS ' l’abèndohnér , J le chagrin les minait rapidement. Elle i se 1 hâta de faire une petite
INTRODUCTION. xu
provision de pai« <de mosséka \ \ çar elle prévoyait que bientôt il \ lui serait ^impossible , de pourvoir, £ ses propres besoins et à eeu^î de son enfant. Quelques jours plus tard elle était couchée nu fond de sa; hutte, incapable de tout mouvement, .Unnvieîlle peau était tout ce qu’elle avait pour se couvrir lorsque les accès de lièvre Taisaient trembler ses mem- ‘bresde froid. Moussetsé, trop jeune encore pour apprécier le danger où était sa mère , ne comprenait pas pourquoi elle ne venait plus s’asseoir au soleil • avec lui. Un jour il l’entendit l’appeler d’une, voix éteinte. « Mon enfant, lui dit-elle, va te faire re- « cueillir par quelqu’un , on aura pitié de toi ; . quittera moi, je suis morte! Voilà deux jours que tu n’as y* rien mangé*iSuis le sentier qui traverse , la yal^e, « quelqu’un te rencontrera. rrr- Moi ♦ vous quitter» * répondit le petit * tout hors de lui de surprise, ^pe « parlez pas ainsi , cela me ferait pleurer. Non > y<?us « serez bientôt guérie , et alors je n’aurai plus faim; » Et l’innocent enfant se réfugiait, dans sa détresse, sous la peau qui couvrait sa mère ; hélas v jilipe c’était pas, aperçu que pendant qu’il lui parla jt .elle avait! rendu le dernier soupir L^v. ^jTyoi$ jou^ ( s|écoulèrent avant qu’il le la, ( ca;<^ait t endprrnie et n’osait pas) da i réveiller*. ,Une n £emme r £trnngère qui vint à; passer, étonnée ,de »voin Ùft tfÿçfen $ assis , pensif, à la porte de : la hutte, j entra par curiosité *tî î ! $» Mosséka, nom dé l’herbe décri teq>has haut \ $ biqci fis rr '
INTRODUCTION
et apprit à Moussetsé que sa mère était morte. Morte ! . . . . ce mot qu’il avait de la peine à comprendre, lui fut expliqué par l’immobilité et la roideur du cadavre. Un désespoir affreux s’empara de son jeune cœur, tandis qu’il suivait machinalement des yeux celle qui lui avait ravi son illusion, et qui l’abandonnait impitoyablement à son sort l .
« Le lendemain il se rappela le dernier conseil de sa mère, et se mit à marcher le long de l’étroit sentier qu’elle lui avait indiqué. Au bout de quelques heures, il arriva près d’un champ que cultivait un homme d’un aspect bienveillant. Il s’assit à terre sans rien dire. Le maître du champ ne l’eut pas plutôt aperçu qu’il comprit son malheur. Il se hâta d’aller le relever, et le mena près d’un ruisseau pour laver ses membres couverts de poussière et d’ordures. A la vue de l’eau , le petit infortuné, dont la faim commençait à égarer la raison, poussa des cris perçants. « Ah! ne me noyez pas! Je serai
1 On se demandera, sans doute, comment cette femme poussa l'inhumanité jusqu’à négliger d’enterrer ou de faire enterrer la défunte. Il m’est pénible de devoir publier le fait affligeant que les Bassoutos n’enterrent jamais les personnes mortes de faim. C’est une conséquence de leur système religieux. Toute inhumation devant être faite avec des sacrifices aux barimos, l’inhumation ne leur paraît pas possible lorsque l’individu décédé n’a laissé aucun bétail, ou n’a aucun ami qui veuille en fournir pour la cérémonie. Aussi , dans des temps de famine et de dénûment complet, voit-on souvent des enfants traîner le cadavre de leur père dans un ravin et l'abandonner là.
INTRODUCTION
mu
« votre domestique, je garderai vos chevaux 1 »I1 ne se rassura que lorsque le bienfaisant Lékabougnane eut appelé ses propres enfants, auxquels il confia le jeune étranger, tandis qu’il allait lui chercher quelque nourriture. Il revint bientôt portant dans une main un pain de millet, et dans l’autre un vase rempli de lait doux. Moussetsé fit de vains efforts pour manger du pain. Sa bouche était entièrement desséchée, et ses mâchoires adhéraient obstinément l’une à l’autre ; il ne put prendre qu’un peu de lait, et encore ce breuvage adoucissant lui fit-il pousser un cri lorsqu’il en avala la première gorgée. Les soins qu’on lui prodigua ne tardèrent cependant pas à le remettre. Au bout de quelques jours, il fut assez fort pour commencer à se rendre utile , et dès ce moment il se considéra comme un membre de la famille de Lékabougnane.
« Cependant l’état politique du pays empirait chaque jour. Des hordes de Matébélés s’étaient établies sur le sol fertile du Lessouto. Ces envahisseurs tenaient les habitants dans un effroi continuel ; leurs déprédations causèrent bientôt une famine générale; on commençait à parler de cannibales, on savait le nombre des victimes sacrifiées à leurs appétits inhumains 1 .
1 L’existence de hordes cannibales au sud de l’Afrique est désormais un fait acquis à l’histoire, et dont les découvertes de MM. Arbousset et Daumas ont donné la trop triste certitude. (Edit.)
INTRODUCTION
« Lékabougnane crut devoir chercher quelque
retraite sûre pour sa famille; la hutte où Moussetsé avait reçu un accueil si charitable hit abandonnée. Après deux jours de marche, un' pressentiment indéfinissable s’empara de Lékabougnane. « Arrête- -toi ici, dit-il à Moussetsé, ne viens pas plus loin « avec moi. — Pourquoi m’empêcher de vous sui- « vre , répondit l’orphelin ; n’êtes-vous pas mon père? « — Je t’aime comme mon enfant, reprit le Mos- « souto attendri, mais la misère où je suis réduit « m’empêchera désormais de rien faire pour toi. Il « est des chefs puissants dans le pays , va te mettre «à leur service.» Moussetsé, inébranlable, reprit son petit paquet et continua à suivre son maître, qui n’insista plus pour le moment. Vers le soir on passa près de quelques individus qui venaient de tüer un bœuf. Lékabougnane s’approcha d’eux, et ôtant de son cou un collier de cuivre, le seul orne-
"Aient qui lui restât, il l’échangea contre un peu de viande qu’il roula dans un morceau de peau et qu’il attacha aux épaules dè Moussetsé. « Va, mon enfant, * lui dit-il alors, riet’obstine plus â m’accompagner; Vj’ai fait pour toi tout ce que j’ai pu. » Au ton dont cis paroles ’ furètiL proférées , Moussetsé comprit (pi'll dèvâit obéir; u & s’assit â côté dü chemin, et les lâhhès iqtfiî sè* niit à répandre ‘Terripêchèrent de Vôir la roütë qneSa famille ! adoptive avait prise. Tandis qûe èette Scène touchante se passait,
INTRODUCTION. xlv
une troupe 4e f ) cannibales , cachée dans les basfonds savait épié la marche de Lékabougnane et de sa famille. Les malheureux, fugitifs furent poursuivis et le lendemain matin quelques ossements épars étaient tout ce qui restait du bienfaiteur de Moussetsé. Le pauvre enfant que Dieu venait de préserver d’une mort en apparence inévitable, sortit ,, au soleil levant,, de dessous le buisson où il avait passé la nuit. De quel côté allait-il diririger ses pas? Après avoir été abandonné par Lékabougnane d’une manière qui lui paraissait inexplicable , pour ne pas dire cruelle , il n’osait plus se fier à personne. Son imagination ébranlée lui faisait voir partout des cannibales ou des Matébélés prêts à le tuer; la solitude la plus affreuse lui parut préférable à la société des; hommes, , il s’enfuit dans les montagnes des Malouf. Pendant plus d’une année il n’eut d’autre abri , qu’un roc miné par le temps , et qu’il choisit .entre plusieurs autres, parce qu’il observa quelles rayons du 'soleil levant donnaient directement dans son excavation et y répandaient une dquce chaleur, Ihyjryajt (de rajcimes et debaies sauvages, et encprelorsqueda pluie trempécbaift.die sortir, ce.tte, pauyre, ^ourrituye,, lui j manquait-elle entièreinent, À u de.quejqups j mois, son manteau de peap f rd& moidQnJfut tout {déchiré.: Qui pomTfli 1 décrie souffrances du
pendant ,ie$ f Jongo^S ; nuits d’biyer