‹ Études sur la langue séchuanaChapitre 28 sur 43 · TOKO DE MAKONI ANE · texte numérisé non relu

TOKO DE MAKONI ANE

Le furieux de Makoa prépare son bouclier.

11 en achève la ganse.

Ces préparatifs réjouissent son roi.

Mokacliane et le père de Mohato sourient;

La femme, mère de Mohato, a ri d’espérance.

Le guerr^pr de Makoa, c’est Tantsi, l’enfant des Matébélés. Qui lui a remis sa hache ?

Il l’a reçue de sa femme.

La mère de Moséniégi a placé cette arme dans ses mains. Elle a dit : Va! frappe une génisse au poil bleu.

C’est lui qui dans les retraites Fait une porte de son corps.

Tout tombe, tout tombe autour de lui.

Dans la troupe des Malékas,

Il n’est aucun guerrier qui ose poursuivre l’ennemi aussi loin.

Un dard est lancé c’est celui de Makoniane!

Un coup de massue retentit. . . . c’est la sienne !

Elle a terrassé un combattant.

Moi et Ramachosso , nous avons tué un homme;

C’est en vain qu’il a répandu des larmes.

Blessé à mort , il pleure encore Dans le jardin de Céfouba.

Que mon nom soit redouté dans ces contrées!

Mon nom rend la nation célèbre.

Le compagnon des Malékas dit :

J’ai soif de frapper sur des hommes,

Comme on bat le fer.

Il sort de la retraite consacrée à l’amour,

Et il saisit sa massue.

C’est le héros Maléka ,

C’est le père de Moséniégi.

La pluie tombe à Calaoqué, près de Moricoané.

Makoniane s’empare de tous les troupeaux ,

Des vaches de deux étés et de celles de trois.

11 les fait défiler en ligne.

Toi qui es aussi fécond qu’une plante de blé,

Emmène ces troupeaux ;

Purifie-toi par le sacrifice d’une génisse Noire comme les ténèbres.

Un vol d’oiseaux se pose sur les bords d’une rivière.

C’est Makoniane et ses guerriers.

Ils en remontent le cours pour conquérir.

Us courent vers les génisses grises de Maapéo ;

Us les dirigent dans la vallée, vers la ville de Chossa. Tantsi, voilà l’aube du jour.

Des troupeaux courent dans la plaine!

Elance-toi à l’aile principale,

Tu auras une vache rouge

Qui a lavé les crins de sa queue dans le ruisseau.

Makoniane est célèbre , parmi les Bassoutos , pour l’impétuosité de sa valeur. Il se trouve , en comptant ses divers faits d’armes, qu’il a tué quarante-deux hommes de sa propre main. Moshesh et lui se doivent réciproquement la vie; inséparables sur un champ de bataille, ils ne le sont pas moins dans leurs relations domestiques. Le chef des Bassoutos se plaît à le désigner aux étrangers comme l’homme le plus brave de sa tribu. L’Evangile a fait de ce destructeur terrible, un chrétien plein de douceur et d’humilité ; triomphe sublime qui atteste la toute-

puissance des convictions religieuses. C’est avec peine que nous avons obtenu du guerrier repentant, le récit d’un de ses chants de victoire.

Ces préparatifs , etc. — Ce passage donne à entendre que la famille régnante tout entière se repose sur Makoniane pour l’exécution de ses projets d’agrandissement. Mohato est le nom que le fils aîné de Moshesh reçut à sa naissance. L’usage veut que les jeunes gens se choisissent un nom nouveau, lorsqu’ils sont circoncis, et Mohato a adopté celui de Letsié, sous lequel il est maintenant connu dans le pays. Les lecteurs du Journal des missions évangéliques savent que ce jeune homme est le chef principal de Morija.

Tantsi, ïenfant des Matèbêlés. — Les parents de Makoniane étaient d’origine matébélé (ou cafre). Ds appartenaient à la tribu des Amazizis.

La troupe des Malékas, etc. — Les individus circoncis en même temps forment une espèce de corporation qu’on appelle mopato . Ils se considèrent comme tout particulièrement liés les uns aux autres, s’aident mutuellement dans leurs besoins , et se placent ensemble dans les combats. Dès qu’un des fils du chef principal de la tribu a atteint l’âge requis pour la célébration du rite, on rassemble les jeunes gens de son âge, et on les circoncit avec lui. Le mopato reçoit son nom, et est placé sous ses ordres. Le corps de Makoniane s’appelait autrefois Matlarfia, d’après Moshesh, dont le nom de

circoncision est Letlama ; mais, il y a quelques années, le chef lui-même ordonna que son bataillon prît le titre de Maléka en l'honneur d’une ancienne phalange de ce nom , dont la bravoure est proverbiale dans le pays.

Parijic-toi, etc. — Il est bien remarquable que des nations privées des lumières de la révélation, attachent une idée d’impureté morale à l’effusion du sang humain , dans les guerres. Comment se fait-il que les peuples de l’Europe, civilisés et chrétiens dç profession, soient étrangers à ce remords instinctif?

Noire comme les ténèbres. — Les prières et les oblations des Bassoutos sont offertes aux ombres de leurs ancêtres, et ces divinités, comme celles duTartare classique , demandent qu’on leur sacrifie des victimes noires.

Duc nigras pecudes ; ea prima piacula sunto.

Un vol d’oiseaux, etc. — Image d’un intérêt tout local. Cette partie de l’Afrique a peu d’attrait pour les oiseaux, à cause de la rareté des ombrages. La plupart des espèces chantantes fréquentent exclusivement les bords des ruisseaux, et suspendent leurs nids aux roseaux flexibles qui croissent spontanément le long du courant. Makoniane et ses guerriers sont comparés à ces oiseaux, parce qu’ils profitèrent du cours tortueux d’une rivière pour se glisser furtivement vers l’ennemi qu’ils allaient attaquer.

Elance-toi à l’aile, etc. — L’ordre de bataille que ces

peuples observent le plus communément , est une courbe profonde aux deux extrémités de laquelle se placent les hommes les plus résolus. L’art consiste à manœuvrer de façon que les deux ailes aillent, sans se détacher du centre, se réunir derrière l’ennemi, qui, par là , se trouve cerné de toutes parts.

Une vache rouge qui a lavé les crins de sa queue au ruisseau. — Manière poétique de dire : « Une vache dont le bout de la queue est blanc. »

TOKO DE COUCOUTLÉ.

Je suis Coucoutlé.

Les guerriers ont passé en chantant;

L’hymne des combats a passé près de moi.

Elle a passé méprisant mon enfance.

Et est allée s’arrêter devant la porte de Boncoucou. Je suis le guerrier noir.

Ma mère est Bossélesso *

Je m’élancerai comme un lion ,

Comme celui qui dévore les vierges ,

Près des forêts de Foubaséquoi.

Mapatsa est avec moi ;

Mapatsa, le fils de Télé.

Nous partons en entonnant le chant du trot.

Ramacoala , mon oncle , s’écrie :

Coucoutlé, où combattons-nous?

POÉSIES DES BASSOIJTOS.

Nous combattrons devant les foyers de Makossé...

Nous arrivons !...

Les guerriers ennemis , rangés en ligne ,

Lancent ensemble leurs javelots.

Ils se fatiguent en vain ;

Le père de Moatla s’élance au milieu d’eux .

Il blesse un homme au bras Devant les yeux de sa mère,

Qui le voit tomber.

Demandez où est la tète du fils de Sébégoané.

Elle a roulé jusqu’au centre de sa ville natale.

Je suis entré victorieux dans sa demeure Et me suis purifié au milieu de sa bergerie;

Mon œil est encore entouré de l’argile de la victoire.

Le bouclier de Goucoutlé a été percé.

Ceux de ses ennemis sont intacts;

Car ce sont les boucliers des lâches.

Je suis la foudre blanche Qui gronde après la pluie.

Prêt à retourner vers mes enfants ,

Je rugis, il me faut une proie.

Je vois des troupeaux qui s’échappent A travers l’herbe touffue de la plaine ,

Je les enlève au berger au bouclier blanc et jaune. Montez sur les rocs élevés de Macaté ,

Voyez la vache blanche courir au milieu du troupeau. Makossé ne méprisera plus ma massue.

L’herbe croît dans ses parcs déserts.

Le vent balaye le chaume De ses huttes détruites.

Le bourdonnement des moucherons est le seul bruit qu’on entende

Dans son village autrefois si bruyant.

Las et mourant de soif, j’ai passé chez Entéié ;

Sa femme battait un lait délicieux Dont l’écume était blanche et mousseuse Comme la salive d’un petit enfant.

J’ai ramassé à terre un éclat d’un pot cassé Pour puiser dans le vase.

Que j’ai bientôt laissé vide.

La vache blanche que j’ai conquise A la tête noire;

Son poitrail est haut et bien ouvert.

C’était la nourrice de la fille de Matayané.

J’irai l’offrir à mon prince.

Le nom de mon chef est Makao ,

Et Makao c’est Makao !

J’en jure par le bœuf bigarré De Mamassiké.

Elle est allée s’arrêter, etc . — Le chant accompagne la plupart des évolutions militaires; il est surtout regardé comme indispensable à la marche. Le pas ordinaire, le plus accéléré, la course, l'attaque, ont des airs qui leur sont particuliers. Dans leurs mouvements vers l’ennemi, les troupes, en traversant les hameaux de leur propre tribu , s’arrêtent devant la porte des personnages distingués par leur bravoure et y exécutent une danse pyrrhique. C’est un appel à la valeur de celui qu’ elles honorent ainsi, une invitation à se joindre à elles. Il est rare que la danse se termine avant qu’on voie le maître du logis s’élancer au milieu du cercle bruyant , armé de toutes pièces et brandissant sa javeline comme

s’il était déjà sur le champ de bataille. Un hourra sauvage s’élève de toutes parts; l’horrible acclamation retentit au loin comme une menace de mort. Tout à coup il se fait un profond silence, la ligne se reforme et la troupe défile en entonnant un air grave et mélancolique.

Coucoutlé, jeune encore, mais déjà plein du feu des combats, s’indigne de ce que la porte d’un rival a été jugée plus digne que la sienne de l’honneur d’une pareille sérénade.

Comme celai qui dévore, etc. — Il était sans doute impossible de prouver la férocité du lion d’une manière plus incontestable qu’en l’accusant de dévorer les jeunes filles de Foubaséquoi. Coucoutlé ne savait pas que ce chant dût aller en France, et que dans ce pays fortuné, où des griffes et une crinière excitent beaucoup d’intérêt, grâce à leur rareté, le roi des animaux jouit d’une réputation de générosité qui aurait dû être respectée.

Devant les yeux de sa mère, etc. — Cette particularité n’est pas relevée sans dessein. L’auteur ne souffre pas que les femmes de Makossé puissent se vanter, comme les citoyennes de Lacédémone, de n’avoir jamais vu un camp ennemi.

Entouré de l’argile, etc. — Le guerrier qui tue un ennemi se distingue de ses camarades par une raie circulaire tracée autour de l’œil droit avec de l’argile rouge. Au temps de leur simplicité, les Romains trouvaient que quelques brins d’herbe formaient une cou-

romie obsidionale digne de l’ambition des plus grands généraux.

Je sais la foudre blanche, etc. — La foudre est généralement attribuée, par les Béchuanas, à un oiseau blanc du genre des flamans, qui laisse après lui, lorsqu’il vole , une longue traînée de feu. Le battement de ses ailes produit les coups de tonnerre bruyants et précipités , tandis que les mugissements sourds et prolongés sont un roucoulement. Cet oiseau est appelé letoulou ou tlali; on lui donne aussi les noms de ciel et de seigneur. Lorsqu’il tue un homme ou un animal, on dit que le seigneur a mangé, et il est défendu de s’affliger, vu qu’il y aurait de l’impiété à mener deuil lorsque le seigneur se réjouit. Les accidents produits par la foudre sont considérés comme les avant-coureurs d’une grande prospérité.

Subi toque fragore

Intonuit lævum

Dî patrii

Vestruni hoc augurium

Makao c’est Màkao! — C’est-à-dire que Makao est suffisamment connu pour qu’il soit superflu de s’étendre sur son compte.

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