‹ Études sur la langue séchuanaChapitre 27 sur 43 · EN MÉMOIRE D’ÜNE VICTOIRE REMPORTÉE SUR LES GRIQCOI · texte numérisé non relu

EN MÉMOIRE D’ÜNE VICTOIRE REMPORTÉE SUR LES GRIQCOI

Les troupeaux ne disent-ils pas :

Nous couvrons les plaines de boue?

Ne disent-ils pas :

Nous faisons de profonds sentiers dans les champs? Alors que la terre était sèche,

On vit les guerriers transpirer.

Les hommes des hommes mouraient de soif.

Ils essuyaient en vain la sueur Qui coulait de leurs fronts.

Le brave Lisaniane lui-même A dû s’asseoir pour respirer.

Il s’est assis avec Sacoane.

Le fils 1 de la tête rasée,

Insensible à la fatigue.

S’avance rapidement vers la ville ;

Il entre par la porte des braves.

Les femmes des maisons d’en bas Sont Machéli et Mamachéliso.

Elles entrouvrent les roseaux Qui entourent leurs demeures.

Elles disent : Nous voulons voir La génisse aux couleurs bigarrées ,

La génisse rayée par le feu.

Qu’on nous montre les filles de la fumée des fusils.

L’époux de Mokoli 2

Est un vieux léopard sans dents.

1 Moshesli. — * Le même.

Il a déchiré de ses griffes Le manteau de toiles d’araignée.

Son bras est moucheté.

Le bouclier du père 1 de Machupa Brille comme un tison ardent ;

Il luit comme la demi-lune.

Le dévastateur 2 s’est emparé de la vache blanche;

Il lui a rasé la tête.

R a tondu la génisse de Namékoé.

La génisse de l’allié des blancs 3 est blanche et rousse. Ces génisses , ce sont les filles des sueurs de la guerre. Des sueurs de ceux qui combattent avec vaillance. Que la vache de Chopo entre dans la ville.

Au milieu des cris de deuil Et de lamentation.

Un serpent impur l’a souillée;

Elle est devenue une bête des champs.

Détournez-la , elle souillerait mes troupeaux.

Qu’on la conduise dans la ville des petits;

Quelle aille vêler parmi les animaux sauvages.

Ces troupeaux , d’où viennent-ils P Demandez à ceux qui se plaisent A s’asseoir sur les rochers plats....

Les troupeaux ne disent-ils pas, etc . — Manière de parler figurée et très-élégante, fort commune dans les poésies de ce peuple. Dans le discours ordinaire, le Mossouto dirait tout simplement : « Les troupeaux couvrent les plaines de boue. »

Nous couvrons les plaines de boue -, etc. — Le poète veut donner une idée du nombre prodigieux des troupeaux 1 Moshosh. — 1 Le même. — * Le même.

enlevés à l’ennemi. Dans un pays comme celui-ci, où l’on voyage à travers champs et où l’herbe est fort touffue, il faut, pour qu’un troupeau fasse de la boue, qu’il soit extrêmement nombreux.

Les hommes des hommes. — L’élite des hommes. Ceux qui sont le plus hommes parmi les hommes. L’auteur s’étend au long sur la fatigue des troupes, pour mieux faire ressortir la valeur et la persévérance de leur chef, qui ne s’accorde aucun repos jusqu’à ce qu’il soit rentré triomphant dans ses foyers.

Le fils de la tête rasée. — La mère de Moshesh a la tête rasée; elle ne porte qu’une petite touffe de cheveux sur le sommet de la tête : c’est ce qui la distingue des autres femmes de Mokachane , toutes ses inférieures en rang. Appeler Moshesh le fils de la tête rasée, c’est dire qu’il est le souverain légitime de la tribu.

Elles entrouvrent les roseaux. — Ne se rappelle-t-on pas involontairement, en lisant ce passage, la mère de Sisera , qui se place à la fenêtre dans l’espoir de repaître ses yeux du riche butin enlevé sur Israël ?

La génisse rayée par le feu, etc. — Dans l’affaire dont il est ici question , les Bassoutos eurent à combattre les Griquois, qui, comme on le sait, font usage d’armes à feu. Le poète donne à entendre que l’action a été si vive , que les balles ont bariolé les robes des innocents animaux que les deux partis se disputaient.

Est un vieux léopard, etc. — Les griffes du léopard ne sont jamais plus redoutables que lorsque 1 âge a privé l’animal de ses dents.

Le manteau de toiles d'araignée. — Tel est le nom que les Bassoutos donnèrent aux étoffes de laine, lorsqu’ils les observèrent, pour la première fois , sur les cadavres des Griquois tués dans le combat. Je ne sais si ce fut * par dérision ou par terme de comparaison ; dans tous les cas, l’analogie était frappante.

Son bras est moucheté. — Allusion 'au léopard.

Le dévastateur sest emparé de la vache blanche. — Chez les Béchuanas, une vache blanche est le symbole de la royauté. Les vassaux d’un chef souverain lui font hommage en lui présentant une génisse blanche. La tonsure étant une marque de distinction affectée aux reines , le poète , en disant que Moshesh a rasé la tête de la vache blanche , fait entendre , par cette figure , qu’il l’a établie reine dans ses troupeaux, et qu’elle y restera comme un symbole vivant de la souveraineté de son maître.

Le bouclier ... brille comme un tison ardent. — Le bouclier du chef est couvert de plaques de cuivre fort luisantes, qui réfléchissent les rayons du soleil. Ce vers rappelle celui de Virgile ( Énéid. X) :

Vastos umbo vomit aureus ignés.

Que la vache de Chopo , etc. — Ce morceau est une

effusion élégiaque sur la mort d’un frère de Moshesh , qui fut tué , dans une occasion différente , par les guerriers de Chopo, chef Matébélé. En revenant de ce funeste combat, les Bassoutos rencontrèrent un serpent sur leur route ; le poète a profité de cette circonstance pour exprimer d’une manière allégorique les regrets que causa la perte de Ralisaoane. Moshesh, qui commandait l’expédition en personne, s’écrie, à la vue des feux de sa ville capitale : «Que la vache de Chopo (c’est-à-dire le bétail que j’ai enlevé à Chopo ) entre dans* la ville , au milieu de cris de deuil et de lamentation ! Le serpent impur (de la mort) l’a souillé, etc. »

Ceux qui se plaisent à s'asseoir sur les rochers plats . — Les vieillards bassoutos , ayant beaucoup de loisir, vont communément s’asseoir sur les rochers qui bordent les montagnes au sommet desquelles les villages sont bâtis. De là, semblables aux vieillards de Troie, dont l’innocent babil est si bien décrit par Homère , ils observent ce qui se passe autour d’eux, et s’en entretiennent. C’est aux vieillards qu’il faut demander d’où le butin vient , parce que c’est leur sagesse qui a concerté le plan de la guerre, et dirigé les pas des jeunes guerriers.

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