LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE
«J'ai osé, dit-il, prononcer ici des paroles très-dures, » auxquelles on est assez peu accoutumé. J'ai dit de grosses » vérités que l'on a entendues avec joie ; comme on est » rassasié de douceurs et de flatterie, la vérité est un mets » nouveau, singulier et qui plaît; mon succès a été grand. » C'était un contraste inattendu que l'on aimait, J'aurai » soin, cependant (ajoute-t-il assez finement), de ne pas » les blaser sur cette jouissance. »
Quant à lui, il ne rend pas à ses hôtes flatterie pour flatterie. Bien Join d'estimer au-dessus de sa valeur la politesse française, il volt d'un coup d'œil ce qu'il y a d'apprêté et de factice dans ce brillant et doux mensonge de la politesse. « Elle est agréable, dit-il, mais il faut êtré un sot pour y croire. „ Toutefois il se laisse aller au charme de la conversation facile, prête à tout , qui caractérisait l'époque et qui commence à n’être qu'une tradition. Dès que les premiers symptômes de l'agitation se déclarent, l'avenir de la France se montre à lui clairement, — « La cour est extrêmement faible, dit-il, les mœurs sont très-relâchées, et le moindre effort de la nation renversera le trône. » II assiste à l'ouverture des États-Généraux ; quelle que soit la solennité de cette scène, il ÿ découvre un intérêt plus grand que l'intérêt frivole excité par une cérémonie d'apparat. Ce qu'il devine, c'est un changement total dans la vie de la France. Quand il voit la reine, déjà humiliée, abaisser son orgueil autrichien, dévorer ses larmes, et toute frémissante, saluer le public qui la dédaigne, lorsqu'il entend les nobles déclamer contre la tyrannie féodale, quand il observe l'énorme pouvoir usurpé par la facilité de l'élo-
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