DE M. DE LAFAYETTE
» —Vous feriez tout aussi bien de les ramener à la raiv son, et de vivre avec eux ! »
Les jugements que Morris porte sur les hommes et sur les caractères sont de la même espèce; austères comme la vérité, calmes et naïfs comme elle, armés de cette ironie sans tpigramme, moins amère que la satire et dont le coup porte plus loin. Nous laisserons nos lecteurs juger si son opinion sur M. Necker, par exemple, semble conforme à celle que l’histoire devra définitivement adopter, Nous extrayons du Diary de Morris, recueil de simples memoranda sans prétention, souvent sans grammaire, le récit de sa première entrevue avec le ministre des finances, si diversement apprécié :
27 mars 4789.—J'ai dîné avec M. et madame Necker. » Notre société se composait d’académiciens et de grands » seigneurs. Si M. Necker était véritablement un grand » homme, je me tromperais bien; si ce n'était pas un grand » travailleur, je me tromperais aussi.
». . . Les gens de cour, dans leurs angoisses, mau- » dissent Necker et ses actes : au fait, il est moins la » Cause que l'instrument de leurs souffrances. Sa popula- » rité n'est point réelle. La nation aime en lui l'homme » que la cour déteste. Si les nobles n'essayaient pas de » le renverser, le parti républicain cesserait de le soutenir ; „ sa position est factice, sa voix n'est déjà plus écou- » téc. Dictateur il y a quinze jours, il a perdu sa prépon- » dérance, Alors il décidait de tout; maintenant il ne peut » rien. On le garde par terr r. On ne le renvoie pas, de » Peur que son renvoi ne se ve de prétexte à une commo-
» tion populaire. Ce géant tombera bientôt.
»I réputation de Necker me semble fausse et soufflée ;
rien de plus commun dans ce pays-ci, Ses ennemis pré- LA