OPINIONS ET CONDUITE
» tion française c'est un essai malheureux, qui ne peut » avoir que des résultats ſunestes. »
Tout cela, Morris ne se contentait pas de l'écrire sur son carnet; il le disait dans les salons, Jugez si la société française était surprise; la liberté avec laquelle l'Américain émettait de pareilles opinions semblait étrange dans un temps où tout était espérance, fougue, ardeur, entraînement vers la félicité sociale que l'on rêvait. Gens de bien et gens sans honneur, têtes faibles et intelligences capaces, Mirabeau et Marat, tous voyageaient en idée vers Eldorado de la politique. Morris prétendait suspendre ou ralentir cet essor; on lui reprochait donc d’être inſidèle à sa propre cause et de Lrahir cette indépendance que son titre d’Américain lui faisait un devoir de propager.
« M. de Lafayette, dit-il, m'a entrepris.ce soir et m'a re- » proché de nuire aux intérêts du bon parti. Je ne dissi- » mule pas assez, à ce que M. de Lafayette préteud, que » je désapprouve rs actes, les désirs et les espérances des » patriotes. J'ai saisi, avidement cette occasion de me jus- » tilier à ses yeux:
»— Je suis, lui ai-je dit, ennemi de la démocratie, par » amour pour la liberté, Vous allez tête baissée vous jeter » dans un gouffre ; vous y courez en aveugles, et je voudrais » vous arrêter alors qu'il est encore temps. Votre manière » de voir et de juger la nation française, vos idées sur son » bonbeur ei sa destinée n'ont aucun rapport avec les ma- » tériaux réels dont elle se compose. Le plus grand mal- » beur qui puisse vous arriver, cet que vos plans se réali- » sent, c'est que vos vœux s’accomplissent,
« — Je le sais, me répondit-il; les gens de mon parti » sont fous ; mais je suis déterminé à mourir avec eux!
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