MADAME DE STAEL
l'impétuosité , l'éloquence; Morris était trop sévère pour cette femme extraordinaire :
« 26 septembre 1789, diné chez madame de Tessé, j'y » encontre madame de Staël. Madame de Tess Jui a dit » que j'étais un homme d'esprit et une jembe de bois » (Morris avait été mutilé par suite d'une chute), cela ne » l’effraie point. Elle m'atiaque par la phrase suivante :
» — N'avez-vous pas écrit un volume sur la Constitu- » tion d'Amérique ?
p Non, madame, inais j'ai fait mon devoir en con- » Courant à la rmation de cette Constitution,
-» — Mais, monsieur, votre Conversation doit être fort » intéressante; car je vous estends citer de toutes parts,
» — Ah l madame, je ne suis pas digne de cet éloge.
» Puis tout-à-coup et sans transition : — Comment avez- » vous perdu la jarnbe?
» Par un accident ordinaire; je regrette que ce ne » soit pas au service de mon pays.
» — Monsieur, reprend-elle d'un ton grave, vous avez » l'air très- imposant.
» — Je le crois, madame,
» — M, de Chastellux m'a souvent parlé de vous.
» Au moment où l'œil de madame de Staël s'animait de » Celte expression qu'un peu de fatuité de ma part eût pu » interpréter favorablement, on lui apporte un paquet de » lettres et entr'autres une iettre de son ami M. de Nar- » bonne; ceci la rappelle à elle-même, pour le moment du » moins. Madame de Tessé se rapproche d'elle, On parle » politique; ces deux dames s'échauffent et ne tardent » pas à oublier la politesse ordinaire, »
Les ridicules légers, la frivolité appliquée aux plus graves intérêts, le mélange de niaiserie qui se joignait à la
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32 M. DE DOUFFLERS,
grâce éclatante et facile de l'esprit à talons rouges, n'é: chappent pas à Morris :
1 mars 1789. — J'ai soupé avec madame de la Suze; » on jouait au quinze et on était absorbé, M. de Boufflets, » faute d'avoir rien de mieux à faire, me parle de l’Amé- » rique ; la négligence avec laquelle il m'écoute me prouve » qu'il ne donne pas la moindre attention à ce qu'il me » demande :
» — Mais comment feriez- vous pour vous garantir d’une v invasion, sans flotte et sans armée ?
» — Rien ne serait plus difficile, lui répondis-je, que » de subjuguer une nation dont tous les individus sont » rois, et qui, si vous les regardiez avec dédain, vous ré- » pondraient : Je suis homme; êtes-vous quelque chose de plus?
» — C'est très-bien, reprit M. de Bouſſlers, tout cela » est très-bien; mais comment voulez-vous que j'aille dire » à un de vos individus-rois : « M. le roi, faites-moi, s’il „vous plaît, une paire de souliers? „
» Mon compatriote n’hésiterait pas à vous répondre : Avec grand plaisir, monsieur, C'est mon devoir et ma » vocation de faire des souliers, et je désire que chacun » fasse son devoir dans ce monde. » M. de Boufilers ne ré-
> pondit rien, Cette manière de penser et de parler est trop » mâle pour le pays où je me trouve. »
Il faut encore que je cite une scène qui en dit assez sur l'esprit religieux des grands et sur leurs occupations à la veille de la catastrophe.
11 juin 1789. Ce inatin j'ai été au Raincy. A onze » heures personne n'était visible. A près de midi on fait » semblant de déjeuner. Comme j'avais eu soin de me muv nir d'un premier déjeuner de précaution, je neus pas à
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