LA FRANCE
nuent leurs mystifications et leurs petits soupers, Morris ne laisse pas que de s'intéresser à ces familles blason nées de gloire ancienne. 11 se moque des arts déchus et des artistes du temps, si peu associés au mouvement politique et qui s'occupent encore, en face de la révolution française, d'académies, de nymphes riantes et d'amours joufllus, Un peintre, pensionnaire du roi et admiré des connaisseurs ,. fait voir à Morris un bel Énée at son père Anchise qui couvrent une vaste toile. « Vous feriez „ mieux, dit l'Américain, de peindre la prise de la Bas- » lille, C'est moins héroïque, mais un peu plus intéressant » pour nous, „
La faiblesse de Louis XVI, son défaut total de décision et de courage intellectuel dans des grandes circonstances, inspirent à Morris une espèce de dédain : il ne se trompe pas un instant sur le sort du roi dont il estime la probité et plaint la situation, entre des amis perſides et des ennemis inexorables. 11reçoit un dépôt d'argent des mains du monarque, et, dans plusieurs notes fort remarquables , que Morris lui communique, il lui donne d'excellents conseils qui ne sont jamais suivis, Un plan de Constitution pour la France, rédigé par Morris, a cela de curieux, que, sauf quelques modifications et spécialement la fondation d’une pairie héréditaire qui semble nécessaire à Morris, le régime que l'Américain des États-Unis indiquait en 1790 comme devant sauver la France, est précisément celui sous lequel elle a essayé de vivre entre 1830 et 1808 : un régime mixte, très - peu aristocratique , accordant beaucoup à l'industrie, donnant peu de latitude aux volontés personnelles du souverain, assurant un contrôle étendu aux Chambres délibératives, et laissant au talent une grande facilité d'ascension vers le pouvoir, Ultra-fédéraiiste dans
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ET M. DE LAPAYETTE, 95
son pays, Morris emblerait aujourd'hui-à la plupart d'entre nou, soutenir des opinions ultra- monarchiques; combien ne devait-on pas se plaindre de lui quand la révolution bouillonnait, lorsqu'on n'imaginait pas d'autre état social que l'égalité spartiate ! Il lui est impossible de sentendre avec M. de Lafayette ; leur amitié ne tarde pas à se refroidir; celle de Morris ne se ranime qu'au moment où, placé dans une situation fausse et fatale entre le peuple souverain et le roi déraciné, M. de Lafayette , incapable d'arrêter l'un et de sauver l'autre, broyé par leur collision, tombe maudit à la fois du pouvoir qu'il vient d'affaiblir ct de la démocratie qu'il a servie sans la suivre,
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M. de Lafayette, — Les Émigrés français,
Cet Américain Morris, que l'on accuse de froideur pour les utopies et d’indifférence pour les systèmes enthousiastes, fait sans aucun bruit plusieurs actions très-belles et trèsgénéreuses; héros et dévoué avec prudence, il sauve la vie à madame de Lafayette et finit par devenir suspect aux républicains, qui le renvoient en 1793. Son journal avait cessé d'être détaillé: Morris, toujours circonspect, sentait qu'il serait ridicule de risquer sa tête pour le plaisir de griſſonner quelques notes; à la date de janvier 1790, on lit les paroles suivantes, les dernières de son journal écrit en France: *
« La situation des choses est telle, que je ne puls conti-
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