M. DE LAFAYETTE
» quelque agent confidentiel, homme d'esprit, bion payé, et chargé de l'empêcher de faire des bétises (ces mots v sont en français). On peut se servir des fils de P. .. , en » leur donnant 50 livres sterlings (1,200 fr.) à chacun, »...... Dresde, 19 août. — Les rues sont pleines » d'émigrés français, qui fuient devant la marche des armes républicaines. Cela est curieux à observer. Leur » gaîté, leur bon ton, leur bonne grâce ont quelque chose » de frappant dans leur situation. L'on ne croirait assuré- » ment pas que la fortune les persécute : leur front est » serein et mème gai; une calanité si grande pèse sur » eux sans les accabler ! On ne leur permet pas de rester » plus de trois jours daus chaque ville. Ils tirent bon parti + de ce temps limité, visitent les monuments, observent „ toutes les curiosités et au milieu des ruines de leurs » espérances détruites montrent une philosophie prati- » que et une force d'âme, melées sans doute de quelques- » unes des faiblesses de l'humanité, étourderie, caquetage, » médisance, légèreté ; mais, quoi! ce sont des hom - » mes! »
Trois mois après, il revient sur le chapitre des émigrés, fait encore l'éloge de leurs excellentes manières et de leur courage dans l’adversité, mais ne néglige pas le revers de la médaille
« Vienne, 26 octobre, méme année. — J'ai rencontré » ici madame dA. .., dont la première question a été de » me demander si je ne venais pas à Vienae, de la part du » Congrès d'Amérique, demander la liberté de Lafayette, » détenu prisonnier à Olmutz. Là-dessus on commence de » violentes déclamations contre Lafayette, déclam: tions » soutenues et commentées par le comte Dietrichstein. Je » réponds de l'air le plus caline que je regarde la déten-
38 M. DE LAPAYETTE.
„ tion de Lafayette comme une absurdité; mais que le » Congrès n'est pasassez dénué de sens pour tenter une ré- » clamation à laquelle il sait d'avance que l'on n'accèderait » pas. La Vaupaillière entre et se montre plus acharné contre „ l'infortuné Lafayette que tous ceux qui avaient pris part
„ à la conversation, II le traite d'homme incapable et l'ac-
» cuse d'ingratitude envers le Roi. Je le défends, non-seu- » lement parce que je le dois, muis pour savoir quels sont » les prétextes de cette accusation d'ingratitude. La Vauv paillière, après m'avoir averti qu'il se flattait bien de „voir Lafayette pendu l'un de ces jours, m'apprend „ que Lafayette o reçu deux faveurs de la cour; la pre- „ mière de ces faveurs est qu'on ne l'a pas envoyé à la » potence à son retour d'Amérique; et la seconde, que la » cour u donné du service dans l'armée à plusieurs de ses » parents. Par conséquent, Lafayette est le plus ingrat des
„ hommes. Je ne réponds rien à de tels raisonnements ; „ mais quand M. de la Vaupaillière traite-M. Lafayette de „ lâche, je crois devoir lui donner, aussi poliment que le » bon ton le permet, un démenti complet et positif.
„ Ces’émigrés persécutés et que l'on ne peut s'empê- » cher de plaindre, sont tous prêts à devenir persécuv teurs, Quand je cause avec eux, quand je vois ce qui „ leur reste des vertus de leurs ancêtres, je suis tenté d ou- » blier-les crimes de la révolution-et de me ranger de la- » vis de leurs ennemis, Si les nobles eussent été vainqueurs „ dans la lutte, disent les jacobins, ils na se fussent con-
„ duits ni avec plus d'humanité, ni avec plus de prudence
» que nous; la fortune seule a décidé de quel côté devaient
„ 60 trouver la défaite, la misère, l'exil, la mort, »
Pendant que les émigrés, repoussés du sol natal par la démocratie, formaient des vœux de haine et de vengeance
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M, DR LAPAYETTE. 89
contre le prisonnier d'Olmuts, les démocrates de France le frappaient de la même malédiction ; sa destinée vraiment affreuse était de ne trouver de pitié dans aucun parti. Eu 1796, madame de Staël, dont on connait le cœur généreux et le noble enthousiasme, écrivait à Morris la lettre suivante, inédite même en Amérique avant la publication de la vie de Morris, et qu'on nous saura gré de conserver ici, comme un nouveau titre de cette femme illustre,
« Coppet, 21 septembre 1793, — Monsieur, je n'ai auo cuo droit pour faire cette démarche et m'adresser à vous » J'ai pour vous la plus haute estime, mais qui ne l'aurait » pas? J'admire vos talents, car je vous ai écouté ; mais je » ne suis pas la seule, Toutefois ce que j'ai à vous deman- » der est si bien d'accord avec vos propres sentiments, » que ma lettre ne fera que répéter leur langage, en leur » prêtant des expressions plus faibles. Vous voyages en Al- » lemagne ; t. que vous soyez chargé ou non d'une mis- » sion diplomatique, vous avez de l'influence, Ces gens-ci » ne sont pas assez sols pour négliger de consulter un » homme tel que vous. Ouvrez à M. de Lafayette les por- » tes de sa prison, Vous avez arraché sa femme à la mort. » Eb bien, soyez le sauveur de toute la famille; payez la » dette de votre patrie. Quel plus grand service un citoyen » peut-il rendre à son pays que de remplir ces obligations » de reconnaissance ? Peut-on imaginer ua malheur plus » grand que celui qui accable M. de Lafayette ? Une injusx tice plus éclatante peut-elle attirer l'attention de l'Eu- » rope? Je vous parle de gloire, et je n'ignore pas qu'un » sentiinent plus élevé est le mobile de votre condélte. La » malheureuse femme de M. de Lafayette écrit à ses amis » qu'elle les supplie d'avoir recours à celui qui l’a déjà
1⁰ Me DE LAFAYETTE.
» sauvée, C'est vous, monsieur, Je n'ai pas eu de peine à » inf
v vous reconnaître. Dans ces temps de troubles et de ter- » dés
# » reur, il y a mille vertus par lesquelles ceux qui redou- » fay à: » tent de prononcer votre nom peuvent vous distinguer. 9 » avo
» Quant à moi, plus afiligée que personne, je crois, de la » situation de M. de Lafayette, je n'aurais pas la présomp- pt
1 » tion de penser que ma recommandation soit d'un grand » disc
77 » poids, et je me fie à votre cœur. » de
À Morris répondit très-froidement à cette épitre brûlante, e
À et se contenta d'agir prudemment, sans se presser, sans He rien hasarder, Il fit remettre à l’empereur d'Autriche la cours
lettre par laquelle Washington demandait la mise en liberté ris et
de M. de Lafayette, Madame de Staël récrivit à Morris: rendu
j 4 « Coppet, 2 novembre 1796. 10
+ » Monsieur, 19 845
55 » Le lieu d'où votre lettre est datée suſſit pour me don- prouve
4 » ner quelques espérances. Il est impossible que vous soyez par M
. » là sans réussir. Cette gloire vous est réservée ; et en est- Un
» il de plus brillante, de plus délicieuse pour vous, pour révolu!
» tout honnête homme? Il est certain que la femme de Morex
» cet infortuné a été bien accueillie par l’empereur, qu'elle qui ret
À » a reçu la permission de lui écrire; cependant jamais il que de 1 » n'a pu lire une de ses lettres. Quelle position ! quelle rè- parc:
1 » compense d'un si noble dévouement ! Ou'attend- on? Que
» les ennemis du prisonnier viennent demander sa mort ? 10
. » Il me semble que si, pendant une heure seulement, vous 5 jeune
» parliez à ceux qui tiennent son sort entre leurs mains, Hauen
É » tout”irait micux. Je connais votre influence et les opi- 1
„ nions les plus opposées à vos opinions personnelles, et je Rs
v suis tentée de me demander quel effet produirait cette
eu de peine à ibles et de tereux qui redouus distinguer.
je crois, de la pas la présomppit d'un grand
pitre brûlante, > presser, Sans d'Autriche la mise en liberté it à Morris:
t pour me donque vous soyez rvée ; et en estjour vous, pour ue la femme de npereur, qu'elle ndant jamais il tion ! quelle réattend · on? Que ander sa mort ? seulement, vous re leurs mains, 1ence et les opirsonnelles, et je produirait cette