ENFANCE ET AVENIR
colonies sont des exutoires admirables, utiles à la métropole, même à l'heure où ils se détachent d'elle, Malheareusement la France n’a jamais su que découvrir pour les autres le territoire propre aux colonies, sans les fonder pour elle-même,
Nous ne reviendrons pas sur cette triste et vieille maledie de notre France, qui semble destinée à semer tous les germes du progrès sans les recueillir, L'Angleterre est au contraire essentiellement colonisatrice. C'est une nécessité pour elle de continuer cette œuvre qui a créé les États- Unis, et de la continuer avec un redoublement d'énergie, d'activité e de persévérance. Elle est avertie de cette nécessité par ‘es faits les plus hideux et les plus avérés,
U y a trcis armées de pauvres en permanence, paysans d'Irlande {cottiers), laboureurs de Sussex et tisserands de Glascow; — qui forment, à elles trois, une masse de plus de trente mille hommes, sans moyens d'existence, lesquels ne savent pas comment ils se procureront le pain du lendemain. On voit sur les grandes routes, disent les rapports de la Chambre des Communes, des troupes de trente ou quarante ouvriers, qui vont d'un bout de l'Angleterre à l’autre chercher de l'ouvrage, demandant l’aumône sur la route, ramassés par les officiers de police, et heureux du pain bis que leur offre le work-house, où leur paroisse les confine. Si l'exagération guerrière de la conquête et de la discipline romaine finit autrefois, malgré les grandes qua-
lités des coùquérants, per retomber sur leurs propres e-
tes, et par livrer aux Héliogabales l'Empire languissant et
déshonoré, il est facile de reconnaltre que les excès de
la civilisation commerciale donneront, sous d'autres formes, des résultats équivalents, Tous les documents publiés per les comités d'enquête attestent P'urgence du mal, et
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montrent des populations entières gagnant à peine du pain et de l'eau, en travaillant le jour et la nuit ; des mères réduites à la détresse et sacrifiant elles-mêmes leurs petits enfants au labeur des manufaciures qui les anéantit avant la puberté ; des familles de laboureurs parqués et classés dans des asiles, où le gouvernement leur donne, à grands frais, une nourriture insuffisante ; en Irlande enfin, des districts entiers, dont tous les habitants vivent de quelques pommes séchées au four, sans viande, sans pain, sans bière et sans vin, jusqu'à ce que le sang de leurs veines ait perdu sa couleur et ses propriétés, de rouge devenu jaune, comme le prouvent les rapports des médecins envoyés dans le comté de Clare. C'est là ce que fait de ses paysans la contrée la plus riche et la plus éclairée du globe; un pays qui exporte annuellement pour plusieurs millions sterling de produits. Quand les philosophes du XVII siecle ont crié contre la barbarie du vasselage, contre le moyen-âge, contre les seigneurs suzerains et contre les abbés ; lorsque l'abbé Raynal a hurlé contre l'esclavage ses déclamations impertinentes; lorsque M. Dulaure a prouvé savamment que l'émancipation du genre humain date d'hier ; — aucun d’eux n'a prévu cette nouvelle immolation des masses humaines sur le champ de bataille de l'industrie, c'est-à-dire de l'intérêt.
Depuis 4829, il est parti d'Angleterre pour les États- Unis et le Canada, année commune et en prenant une moyenne entre les années les plus fortes et les moins chargées, cinquante mille émigrants par année, ce qui fait six cent mille émigrants. Malgré cette énorme saignée qui continue toujours, la Grande-Bretagne ne cesse point de se plaindre que sa population la tue, Un économiste moderne porte à trois cent mille âmes par an l'accroisse-
ment de ceue population, à cent mille le nombre d'iudivi- Le dus que I industrie anglaise peus employer sur le sol britan- | nique, et par conséquent à deux cent mille le nombre des bouches superflues et des personnes dont l'exportation serait
j iudispenssble. Pendant que les politiques et les économis- 0 tes anglais lultent contre esue qui aggrave
| unn du Canada demandent à grands cris les bras qui usé
| à manquent à leur culture : « Tout le moude sait, disait ré- fest | »ceppment un jourual canadien, que population c'est ri- Les | »chesse, » Ainsi, pour les uns, la richesse est dans cette la
ö | meme population qui pour les autres constitue la pauvreté. im
D | On peut voir dans ces deux axiômes juxtaposés l'avenir de Bist
l'Europe et celui de l'Amérique ; — ici, rivalités, ambitions Fri inassouvies , au sein d'une grande prospérité industrielle, d'e ceute décadence et cette presse d'individus affamés dont la de Chine offre l'exemple ; — là, progrès continu, marche ra- me pide, ascendante et inévitable, du | Ces émigrations, que l'Angleterre et meme la France leu doivent favoriser, augmentent et précipitent le progrès co! de l'Amérique septentrionale, II n’est point probable que na
les colonies anglo-canedieunes et les diverses possessions | britanniques voisines des républiques fédérées des États- eil Unis restent longtemps insensibles à cet exemple pro- ve che et contagieux de l'indépendance et de l'autonomie.
Lorsque leurs villes seront consiruites, leurs champs dé- F0 frichés, leurs forêts éclaircies, leurs relations commercia- qu 1 les établies, on les verra se détacher l’une après l'autre de co | la souche maternelle, et s'affilier à ce groupe formidable pi de républiques qui borde la mer Atlantique ot va s'étendre pl | jusqu'au grand Océan. | 1
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DE L'AMÉBIQUE. 419
Des mouvements populaires en France et en Angleterre, — Éduca-
Le désespoir de la vicille Eurape fatiguée de son labeur, usée par ses jouissances , énervée par ses désirs, se mani fesle surtout en Angleterre, en France, en Allemagne. Les mouvements chartistes qui unt récemment ellrayé Ja Grande-Brejagne ne sont autre chose que l'aspiration lmpuissaute et furcenée vers un bien-être désiré; le rugissement du lion populaire s’agitant dans sa caverne. En Francs, il se mêle à ces mouvements plus d'amour-propre, d'envie et de haine jalouse ; ches nos voisins, plus de faim, de soif et de douleur. L'insurrection des vanités n'est pas moins féroce que celle de la faim, Ici et de l'autre côté du détroit, les masses émancipées cherchent l'emploi de leur pouvoir. II n'y a pas à s'opposer au fait ni à lutter contre ce qui existe. Toute bonne politique, digne de ce nom, accepte les situations et les dirige.
On agite maintenant en Angleterre une question diffieile et redoutable ; L'éducation populaire aurait-elle prévenu des malheurs ?
L'éducation populaire, pu mode de distribytion, le contrôle à exercer par elle et le choix des auxquels elle doit être confiée, préoccupent aui Phu beaucoup les politiques de l'Angleterre, ou plutôt tous les esprits méditatifs en Europe. Ce n'est pas une question simple. On convient qu'il faut éclairer le peuple; on n'est d'accord ni sur le degré d'instruction, ni sur les moyens d'éducation, ni sur la proportion relative de l'éducation
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