‹ Études sur la littérature et les moeurs des Anglo-Américains au XIXe siècle [microforme]Chapitre 37 sur 138 · ENFANCE ET AVENIR · texte numérisé non relu

ENFANCE ET AVENIR

avouer que la France n'en est pas encore là, et que ce grand remède de l'émigration ne lui offre pas encore la possibilité d'en faire aujourd'hui un utile emploi.

Si nous nous faisons Américains, ayous donc soin d' imiter leur énergie commerciale, leur esprit d'entreprise et leur opiniâtre activité, Si nous devenons Anglais, tûchons d'employer à leur exemple, la colonisation et l'émigration pour augmenter les ressources et guérir les blessures de Ja patrie

On sait combien l'Angleterre est embarrassée du développement qu'elle a donné à l'industrie, de son commerce et de sa richesse. Ses forces pécuniaires et morales, sa population, son ambition et son luxe se sont accrus démesurément; enfermée dans l'île qu'elle occupe, elle n'a pu en élargir le diamètre et offrir à toutes ces avidités ordentes ei affamées un théâtre de travail proportionné à leur désir, De là cette excessive compétition, cette rivalité furieuse et véhémente, cette foule qui encombre toutes les avenues du commerce et de la fortune, ce difficile emploi des capitaux, ce paupérisme épouvantable, ces Jois des pauvres qui ne ſont qu'aggraver le mal; cette pléthore qui entretient une fièvre chaude permanente dans les veines d'un corps vigoureux. Les économistes cherchent: mille moyens divers de contrebalancer co mouvement et d'opposer une digue au progrès d'un mal qui n’est après tont que le progrès de l'industrie , de l’opulence et du commerce. M. Malthus se joint à miss Martineau pour engager les Anglais à ne plus se marier où à se marier très-peu, par ‘considération pour leur patrie, l'accroissement de la population étant la source évidente de ce fléau. D'autres philosophes conseillent l'exportation annuelle des pauvres dans les colonies améticaines, australiennes et meme afri-

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caines Pendant qu'ils offrent une issue et un moyen d'écoulement à cette foule affamée, lui permettant d' aller travailler et mourir dans quelque pays sauvage, bien loin des souvenirs nationaux ; l'Angleterre elle-même sert de récipient à une foule mendiante qui lui tombe de l'Irlande, et qui non-seulement remplace les travailleurs expatriés, mais abaisse par sa misère et son extrême besoin le taux du salaire et le sort des travailleurs qui n’ont pas déserté le sol natal, L Angleterre ressemble done à un vase qui se vide d'un côté pour se remplir de l'autre. L'Irlande est une fabrique permanente de pauvres diables qui n'ont pas de culottes, qui ne savent aucun métier, et qui, trois pommes de terre à la main, passent le détroit et viennent demander aux Anglais du travail au plus bas prix possible. On leur en donne, et ils s'étendent endormis sur leurs halllons. Je à voudrais que les philanthropes et les calculateurs réféchissent à cet état de choses; ils y verraient une des nombreuses preuves de l'impossibilité où est l'Europe de soutenir longtemps encore sa suprématie sur le globe, et l'un des symptômes les plus graves de ce changement qui s'annonce bien autrement intéressant que les révolutions de l'Empire romain, et qui livrera indubitablement le sceptre des destinées humaines à des régions aujourd'hui en apprentissage et qui vont s'émanciper.

Ces vues lointaines ne sont permises qu'aux philosophes. Les hommes d’État de l'Angleterre agissent raisonnablement en encourageant de toutes leurs forces l’émigration des familles pauvres, la fondation de nouvelles colonies, “extension des colonies anciennes et l'emploi des facultés industrielles et des ambitions nationales en dehors du domaine très-resserré de la mère-patrie, Il y a aujourd hui plus de dix settlements en ébauche, et qui commen-

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cent à fleurir sous la protection du gouvernement anglais,

Je citerai ceux que l'on a formés dans les Backwaods du

Canada, dans l'Australie du Sud et dans l'Australie de l'Ouest. Les États-Unis de l'Amérique septentrionale dévo-

rent aussi, avec grand profit pour eux-mêmes, une quantité singulière de travailleurs irlandais, femmes, enfants et visillards, qui, se jetant sur plusieurs vaisseaux, passent l'Atlantique, offrent la faiblesse qu la force da leurs bras, sant. acceptés, et meurent au bout de peu de mois ou d'années, écrasés par le violent travail qu'on leur impose, Ils gagnent deux fois plus que dans leur paye, tavaillent six fois davantage, et périssent sis fois plus tôt. Les grauds efforts sont comme les combats. Le peuple américain, mouté zur le cheval de course de son progrès, ne s'embarrasse guère ni de sa fatigue, ni des existences qu'il peut absorber et dévorer. II marche, ou plutôt il court; et soyez sûr qu'il ne s'arrêtera pas de sitôt, L'usurpation lui eat facile, nécessaire, je dirais presque fatale, dans le sens de la destinée antique; on a vu ayec quelle extrême facilité et par quelle pente irrésistible le Texas lui est arrivés :

Les hommes d’État anglais ont donc: mille motifs pour jeter leurs pupulations indigentes dans les bois du Canada et se faire d'elles comme un rempart intermédiaire contre les envahissements de la fédération américaine. Ile: s'arment contre deux ennemis à la fois; contre la vieille population française du Canada, population qui ne peut souffrir les Anglais, et contre les républicains des États- Unis, qui saveut très-bien prendre leurs avantages. C'est afin de multiplier et de favoriser les émigrations au Canada, que le gouvernement anglais fait publier et répandre avec profusion les lettres de quelques personnes indigentes qui ont éurigré dans ce pays, Elles contiennent la plus gédui-

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sante et Ja plus éclatante peinture du bonheur qui attend les émigrants futurs; elle leur promet un pays de Cocagne, des rivières qui roulent de l'or, des fermes toutes bâties, des essaims de jeunes Canadiennes qui leur tendent leg bras. Ce petit mensonge, hoaz politique comme on en f tant, est fort pardonnable, Il vaut mieux, pour les ouvriers pauyres de l'Angleterre, de l'Écosse et de l'Irlande, aller défricher à la sueur de leur front quelque sauvage domaine auprès des grands lacs canadiens, que de rester affamé et de devenir criminel dans les rues de Glascow, de Rirmingham ou de Londres. | On a compté les victimes des anciens conquérents ; at-on pepsé à celles de l'industrie moderne, générations étiolées, intelligences nouées et racornies; camud de Lyon, crazy-mes de Birmingham? Depnis l'année 1848, les tisserands et les fleurs à la main du nord de l'Écosse et de l'Angleterre pétitionnent incessamment pour qu'on leur donne le moyen de gagner leur vie. Tous les aus le Parle: ment les remet, comme Pon Juan M. Dimanche, à année prochaine, et il n'en est plus question. Cependant lg travail des machines, rival gigantesque du travail de ſ hom · me, continue sun progrès et écrase zur sa route tout ce qui résiste. — « Détruisez les machines! » s'écrient quelques Journaux et quelques pamphlétaires. Favorisez l'émigration, disent des publicistes plus sages ; C vl le seul remède à offrir aux populations exubérantes, aux bras qui n'ont pas d'emploi, aux professions encombrées. Fopdez des colonies en des situations heureus „ Paisibles: Tergent que vous consacreres à cela , tons le nlacerez à gros intérêts; plus vos colons seront satisfaits, plus ils aitirerput de nouveaux colons, plus vous soulagerez la méiropale: ces Sonseils sant celan, bone à tent le mms Les

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