‹ Études sur la littérature et les moeurs des Anglo-Américains au XIXe siècle [microforme]Chapitre 61 sur 138 · RÉELS ET FANTASTIQUES · texte numérisé non relu

RÉELS ET FANTASTIQUES

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Séjour de deux Américains dans l'ile de Noukahiva,

Le vaisseau baleinier américain la Dolly, commandé par le capitaine Vangs des États-Unis, avait passé six mois en mer sans toucher terre, sans entrer dans un port, sans une seule relâche. C'était en 1842, au mois de juin, à l'époque même où notre amiral M. Dupetit-Thouars, venait de planter le pavillon français sur le rivage de Noukahiva.

Les marins de {a Dolly avaient longtemps couru le monde, Après avoir harponné les baleines, tué des ours blancs et souffert du scorbut pendant cette longue demiannée qui les avait tenus complétement étrangers au mo: vement des choses humaines, ils avaient besoin de repos et de plaisir; aussi ne se sentirent-ils pas de joie quand le capitaine eut déclaré son intention de passer un mois dans une Île de la Polynésie, à Noukahiva, C'étaient la de véritables vacances; l'équipage s'apprétait à en profiter avec la violence et l'impétuosité réfléchie que les républicains des

tats-Unis portent dans leurs amusements comme dans leurs spéculations, Cette relâche jouit depuis deux ou trois siècles d'une réputation brillante parmi les marins qui la regardent comme une autre Cythère, l'ile de Calypso, ou

les jardins d’Armide; la Dolly mit donc toutes ses voiles dehors et navigua vers l'île vantée dont le grave docteur espagnol Sandoval Saaverde a fait une si belle description.

La Dolly portait à son bord, entre autres personnages plus vu moins importants, un matelot nommé Toby, que le service maritime ennuyait, et un jeune Américain de bonne humeur courant après les aventures, acceptant la nouveauté des sensations et des incidents, même au péril de sa vie, et trouvant que l’existénce humaine ne vaut pas la peine d’être supportée, si quelques mouvements dramatiques ne viennent en relever la monotonie.

M. Hermann Melville, tel est son nom, s'entendit donc avec le matelot Toby, pour exécuter ensemble une fantasia chez les sauvages de Noukahiva, excursion dont luimême a donné la divertissante histoire. Nous la lui emprunterons tout entière ou à peu près. Ce récit a l’avantage de nous introduire chez un peuple dont la France occupe ou du moins protége le territoire.

M. Melville a vécu pendant quatre mois absolument comme un homme primitif de ces régions, dans une valléé assez inconüue des îles Marquises, au milieu d'une tribu dé l'intérieur à peine visitée par les missionnaires, et qui n’a pas subi les transformations de demi-civilisation impo sée aux indigènes des côtes par le contact européen. Ces dernières, on le sait, sont devenues des échantillons assez étranges de barbarie prétentieuse et d’ignorance coquette. M. Melville qui a peu demeuré parini ces demi-civilisés a beaucoup connu les vrais sanvages qui ont mangé son camärade et qui ont été sur le point de le manger.

Malheureusement le style de M. Melville est si orné, ses teintes à la Rubens sont si vives et si chaudes, et il a tant de prédilection pour les effets dramatiques, que l'on ne

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