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HERMANN MELVILLB. 187
sait pas exactement le degré de confiance que. l'on doit lui accorder, Nous ne nous portons donc pas caution de ses descriptions efflorescentes.
Il est, comme tous les voyageurs, très-enthousiaste de Noukahiva. Depuis les pages où le docteur Saaverde a décrit ces parages, jusqu'aux récits aphrodisiaques de Bougainville, ces latitudes ont la propriété singulière d'échauffer la plume des voyageurs. M. Melville a subi la même influence ; il écrit comme tous ses prédécesseurs, à cette exception près que don Christoval Saaverde de Figueroa était plus mystique, c'est-à-dire plus homme de son temps; Cook plus simple, plus naïf et plus marin; Bougainville plus orné, plus dix-huitième siècle et plus rafliné dans ses peintures à la Vanloo; tandis que M. Melville, notre contempofain, hardi, violent et brusque, vise surtout à la terreur, à l'intérêt et à l'imprévu. C'est à lui, non à nous, de répondre de la fidélité des narrations que nous analyserons brièvement, et qui nous fourniront de curieux détails sur un recoin obscur de ces archipels à peine explorés.
Sans doute il raconte des choses un peu romanesques ; mais la violence du coloris, naturelle chez un morin, prend sa source dans la force et la variété des impressions reçues. Le marin ne procède pas lentement et par degrés, allant tout doucement d’une latitude à une latitude voisine; il n'y a point de nuances pour lui rien ne prépare son imagination à recovoir le choc de ces énergiques oppositions qui l'ébrantent et la secouent incessamment. Il passe sans préparation de l’activité d'un port de mer européen, de Liverpool par exemple ou de Brest, aux solitudes fleuries et silencieuses de Noukahiva, et des sites charmants du Mexique aux glaces polaires qui battent son navire et l'emptisonnent dans leur désolation silencieuse, Ausi per-
sonne ne ressemble-t-il plus à un conteur des Mille et
une Nuits qu'un véritable marin. M. Hermann Melville, . doué d'un goût très-vif pour les récits merveilleux, se | trouvait à bord de Ja Dolly; il ne nous dit pas à quel
titre; peut-être exécutait-il pour son divertissement spécial une de ces traversées auxquelles les Américains consacrent volontiers leur argent de poche.
Quoi qu'il en soit, monté sur la Dolly, il l'avait suivie dans ses excursions des années précédentes. Tour-àtour, avec elle, il avait visité les côtes glacées des régions antarctiques, les scènes de canuibalisme frénétique des îles Viti, les Tertullias et les Alamedas espagnoles de Mauille, singulicr pays où la guitare de Séville résonne sous les doigts de femmes à peine vêtues, enfin les fêtes nocturnes données sur des lacs par les habitants de Soulou, drapés de mousseline et menant la vie indolente des rajabs de l' Hindoustan.
Puis {a Dolly s'était rendue avec M. Melville à la Nouvelle-Galles du Sud, dont les tribus féroces avaient associé l'équipage à leurs rites de guerre et à leurs danses de mort. La relâche de {a Dolly à Noukahiva succédait à tant d'émotions et d’impressions diverses, à six mois de fatigues et de dangers; on va voir que notre causeur sut la mettre à profit.
L'imagination des gens de l'équipage était toute remplie d'idées agréables et voluptucuses, et ils cspéraient bien régner en maîtres absolus sur ces plages. ou disposer du moins sans contrôle de toutes les délices accumulées dans Flle de Noukahiva. Grande fut leur surprise, quand ils y jetèrent l'ancre , de voir en ligne cinq beaux vaisseaux portant pavillon français. M. Hermann Melville, auquel nous devons le récit que nous allons abréger, ne pardonne pas à
a P RÉ + QU TA ARR
eur des Mille et lermann Melville, s merveilleux, se 15 dit pas à quel vertissement spé- Américains consa-
lly, il l'avait suiédentes. Tour-àlacées des régions je frénétique des as espagnoles de e Séville résonne es, enfin les fêtes habitants de Souvie indolente des
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nos vaisseaux de s'être emparés de cette station ; il exècre les Français, et je crois même qu'il a pour ses anciens ennemis les Anglais plus d'indulgence et plus de bienveillance que pour nous.
A peine la Dolly eut-elle paru en rade, les matelots virent se diriger vers eux une petite flottille de marchands de noix de cocos nageant vers le navire; chaque tête se montrait au-dessus et au milieu des cocos à vendre, de manière à offrir un curieux coup d'œil, A ces boutiques non pas ambulantes, mais navigantes succéda un bataillon de sirènes aquatiques , dont les bras nus fendaient les flots en Cadence. On sait que les habitudes légères de ces Ondines n'ont pu être réformées jusqu'à ce jour ni par les puritains ni par les Français.
Le premier objet qui frappa ensuite les regards de M. Melville, ce fut le campement de nos matelots qui avaient établi une forge portative sous un groupe d'arbres du rivage. Ce petit établissement paraissait être l’objet de la curiosité intense des Noukahiviens qui accouraient de toutes parts, admirant l'incandescence des charhons, haleine du souſſlet, la flexibilité du fer tordu sur enclume ct la facilité avec laquelle le métal rebelle se métamorphose sous le marteau. C'était avec la plus grande peine du monde que les sentinelles françaises empêchaient la foule de se précipiter sur la forge et de s'assurer par ellemême, au risque de tou. renverser et de se brûler les doigts, de la malléabilité du fer rouge et de sa souplesse.
Ce qui balançait ou éclipsait l'enthousiasme excité par les procédés industriels de la forge , c'était un beau cheval venu de Valparaiso et qui avait fait la traversée à bord de l'Achille, Remisé sous des rameaux de cocotier, et remarquable eu effet par l'élégance et la beauté svelte de
ses formes, il causait autant de surprise parmi les insulaires que le premier coursier ainené par Cortez en ſit naître chez les Mexicains. Quand le cheval noir, brillamment caparaçonné et monté par un officier français dont les épaulettes d'or et l'uniforme s'harmonisaient bien avec les harnais écarlates du cheval, exécütait un temps dé galop sur la grève, de longs cris d'admiration et de joie le suivaient dans sa course; les insulaires l'escortaient de leurs hourtas ; faute d'autres points de comparaison , ils lappelaient pouarkie nouſtie (le porc colossal). Nos Américains, Toby et Melville, trouvaient un peu sotte cette admirätion des Noukahiviens pour un cheval français et pour un officier français; c'était chez eux une vraie manie que cette irritation contre la France; et je serais tenté de croire qu’ils s'en allèrent bivouaquer chez les cannibales, pour ne plus voir flotter le drapeau tricolore.
Ce fut deux jours après l'entrée de la Dolly dans la rade de Noukahiva que M. Melville exposa son plan de campagne à son camarade Toby. II s'agissait d'une petite plaisauterie américaine, d'un larking, comme on dit là-bas ; en Amérique tout s'opère sur une échelle gigantesque. Les distances s'y calculent par milliers d- milles, les populations par millions. M. Melville, le loustic américain, est un plaisant de proportions peu communes. Ses facéties le jettent dans les déserts , sur les rochers arides, loin de tout secours humain, parmi les anthropophages ; son école buissonnière expose à se faire manger tout vif avec son Cainarade de route et d'aventures,
Toby acceptä, par indolence et par ennui de la discipline maritime, la proposition que Melville mettait en avant par amour des aventures et du danger; et la résolution com-
parmi les insuar Cortez en fit heval noir, bril- \ officier français armonisaient bien zutalt un temps dé ation et de joie le scortaient de leurs raison, ils l'appe- . Nos Américains, tte cette admira- Francais et pour un nie manie que cette nté de croire qu’ils ales, pour ne plus
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mune fut prise de s'échapper le plus tôt possible, de dézerter ensemble et d'aller goûter de la vie sauvage. Leur intention fut remplie. Le capitaine Vangs donna campo pour une journée à l'équipage, et nos héros s étant approvisionués d'un peu de biscuit, de beaucoup de tabac et de quelques mètres de cotonnade dont ils bourrèrent leurs poches, saisirent l'occasion, montèrent dans une chaloupe, cinglèrent vers le rivage, et dirent adieu à {a Dolly, pour ne la revoir jamais,
Il fallait d’abord se cacher dans les forêts vierges et attendre le départ du baleinier , sauf à devenir ce qu'il plairait à Dieu ; c'est ce que firent nos aventuriers. Quand ils atteignirent le rivage , une ondée violente les força d’aller prendre asile au fond de quelques grands canots de guerre, où ils s'endormirent. Dès qu’ils le purent, ils sortirent de leur cachette et se dirigèrent vers une colline qui conduisait par une pente assez douce au sommet d’un pic fort élevé ; ce à quoi ils parvinrent avec une difficulté extrême. Une forêt de grands joncs de couleur jaune, et extrêmement serrés, s'opposait à leur passage; quand ils essayèrent de se frayer un chemin à travers cette colonnade compacte, ils reconnurent à leur grande surprise et à leur extrême chagrin que ces joncs étaient à la fois souples et dure comme autant de barres d'acier. La forêt de jones s'étendait jusqu’au milieu de la colline, Point de route praticable , aucun sentier. II s'agissait d'en créer un, et ce n’était pas chose aisée, Hermann, homme athlétique, passa devant Toby pour essayer ce que la force et l'adresse pourraient accomplir dans cette occurrence. Abatiant et maintenant à droite et à gauche les dents serrées de ce peigne naturel et gigantesque , il sentait les tiges flexibles et dures se replier malgré tous ses efforts et les retenir captifs lui
et son compagnon de route, Furieux alors de rencontrer un obstacle si peu attendu et si redoutable, ils se mirent à fouler aux pieds pour les briser ces longues épines dont les éclats ensanglantaient les voyageurs ; à force de répéter cet exercice ils avancèrent de quelques pas, et Hermann vaincu par la fatigue tomba couvert de sueur sur un lit composé de jones fracassés. Toby, petit homme mince et maigre, voulut relayer son camarade, et prit l'avant-garde avec très-peu de succès. Dans cette lutte corps à corps, où les joncs avaient souvent le dessus, il fallut que Hermann reprit son poste et continuât la bataille. La pluie avait recommencé à tomber par torrents; on peut se représenter la situation de ces deux hommes, qui par simple partie de plaisir et par délassement se trouvaient au milicu de cette forêt d’épines colossales, le corps ruisselant de sang et de sucur, et tout lardé des éclats des joncs qu'ils avaient brisés. Bientôt la pluie cessant fit place à une chaleur intense. Les joncs devenaient un peu moins épais à mesure que nos voyageurs avançaicnt; ils essayèrent de s’y insinuer sans les rompre, et ils y parvinrent ; mais l'élasticité des jones, les faisant prisonniers comme dans un ressort qui se replie, les embarrassait singulièrement. Les joncs mêmes qui avaient été meurtris ou cassés se redressaient peu à peu, et malgré leur persévérance et leur courage nos Américains marchaïent dans une prison perpétuelle, ne pouvant découvrir aucun objet ni s'orienter parmi ces tiges de huit à dix pieds de haut. Le plus robuste des deux fut celui qui se lassa le plus vite de cette marche périlleuse, Hermann dont la chemise était trempéc de l’eau de la pluie, tordit sa manche pour étancher sa soif et tomba comme mort au milieu de la route qu’il avait frayée. Pendant l’assoupissement de son camarade, Toby tira de sa
rs de rencontrer „ ils se mirent à s épines dont les ce de répéter cet , et Hermann sueur sur un lit homme mince et rit l'avant-garde corps à corps, où ut que Hermann La pluie avait peut se repré- , qui par simple waient au milieu ps ruissclant de des joncs qu'ils place à une chaeu moins épais à ils essayèrent do arvinrent ; mais ers comme dans singulièrement.
ou cassés se resévérance et leur ne prison perpéjet ni s'orienter Le plus robuste de cette marche trempéc de l’eau r sa soif et tomba vait frayée. Pen- Toby tira de sa
poche le fameux Bowie-hnife (couteau- Bowie, arme ſavorite des Américains, espèce de couteau catalan) , et par une ingénicuse invention dont les voyageurs auraient pu s'aviser plus tôt, se mit à faucher à droite et à gauche les joncs réfractaires, Hermann en s'’éveillant, suivit le bon exemple que son camarade lui donnait et fit un abatis considérable autour de lui. Mais plus l’œuvre de destruction s'élargissait, plus l'élévation et l'épaisseur des jonce augmentaient. Le désespoir allait les prendre l’un et l'autre, lorsque tout-à-coup une éclaircie s’offrant à eux dans le taillis, laissa pénétrer leurs regards jusqu’à un horizon très-lointain. Ils se remirent à l’œuvre avec plus de force et de courage qu'auparavant, et travaillèrent si bien qu'ils finirent par se trouver au pied du pic qu'ils gravirent à genoux, glissant à travers le gazon comme des serpents, de peur que les indigènes les aperçussent.
C'était faire un assez triste apprentissage de la vie nomade. Ils ſinirent par atteindre la crête de la colline, vers laquelle plusieurs autre croupes s'élevaient comme autant de degrés , et d’où l’on apercevait la mer, les prairies et le vaste horizon. Dès qu’ils se crurent libres, ils se redressèrent, respirèrent, ét, charmés de trouver sous leurs pieds un tapis de gazon fin et serré qui couvrait la crête aiguë , ils se mirent à courir de toutes leurs forces sur celte surface élastique et douce; leurs silhouettes, se dessinant à vives arêtes sur le fond du ciel, ne tardèrent pas à se faire remarquer: bientôt, du creux des vallons les plus solitaires et des gorges les plus cachées on entendit sortir les cris des sauvages, qui, étonnés de cette apparition, courant çà et à, quittant leurs petites cabanes éparses dans la plaine comme autant de points blancs, essayaient de se di · riger vers les deux aventuriers,
A cet aspect et à ces cris, Melville et Toby commen cèrent à courir plus fort qu'auparavant, et se trouvèrent enfin arrêtés par une espèce de muraille ou de pan oblique, semée de racines d'arbres et d’arbustes qui leur servirent de marches et d'échelons pour gravir cette élévation nouvelle. Au risque de se rompre cent fois le cou, ils atteignirent le sommet d'une espèce de pyramide tronquée, irrégulière et naturelle, dont le plateau basaltique, entouré de fleurs et de végétations parasites de toute espèce , s'élevait à près de trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer comme une grande corbeille de pierre. Ils étaient partis de bonne heure ; à sept heures du soir ils se trouvaient sur ce plateau, en parfaite sécurité, n’ayant évidemment rien à craindre ni de la recherche de leurs camarades de la Dolly, ni des atteintes des sauvages, mais beaucoup de celles de la faim. A cette élévation , nos voyageurs ne trouvaient plus d’arbres fruitiers, pas même de racines comesübles, et les provisions qu'ils avaient emportées ne pouvaient pas les mener très-loin. II fallait toutefois se résigner, et ils s’arrangèrent de leur mieux pour passer la nuit dans les solitudes inexplorées où ils se trouvaient perchés.
Le lendemain, après avoir un peu dormi à l'abri des rocs basaltiques, affamés et assez inquiets, ils redescendirent lentement et s'enfoncèrent dans un sentier creux qui les conduisit à une ravine profonde, Là tombaient à la fois, de cinq gorges obscures taillées dans la roche vive et d’une hauteur de quatre-vingts pieds, cinq avalanches d’eau torrentueuse qui, se mêlant et tourbillonnant au fond d'un entonnoir, semblaient aller se perdre ensemble dans les profondeurs mêmes et les entrailles de la terre. Une voûte, formée des racines gigantesques et des branches séculaires des arbres voisins, tremblait sous le
t Toby commen et se trouvèrent u de pan oblique, ui leur servirent te élévation noule cou, ils atteiamide tronquée, isallique, entouré ute espèce , s'éledu niveau de la re. Ils étaient parr ils se trouvaient ayant évidemment urs camarades de mais beaucoup de oyageurs ne troude racines comesmportées ne pouitefois se résigner, asser la nuit dans ent perchés.
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choc perpétuel des cascades grondantes, et faisait pleuvoir de sa longue chevelure une incessante pluie. Les lueurs enflames du jour qui mourait pénétraient d'une manière incertaine et avec un tremblement mélancolique à travers cette arcade humide; « et jamais lieu, dit M. Melville, ne fut à la fois plus bruyant et plus lugubre. » II n'y avait plus à craindre que les cannibales vinssent relancer les deux étrangers dans un repaire semblable ; mais comment y dormir? Comment surtout se mettre à l'abri de cette pluie éternelle et de ce rejaillissement sans fin des cinq cataractes confondues? On essaya de hâtir une hutte avec des branchages et d'en boucher les interstices avec des touffes de gazon humide ; on épuisa toutes les ressources d'une ingénieuse activité pour obtenir un lit sec ou du moins qui ne fût pas absolument détrempé. Vains efforts! Le pauvre Toby s'appuya sur la paroi de la muraille basaltique le long de laquelle coulaient des gouttes éternelles et glacées ; la tête entre ses genoux et les membres agités par un frisson convulsif, il n'avait plus ni souffle, ni pensée, ni parole. M. Melville, plus vigoureux, tâchait de s'établir sur un tronc d'arbre et n'y réussissait guère.
Telles étaient les premières jouissances que leur apportait la vie bohème. Les jours suivants ne valurent pas mieux. Les fruits sauvages se présentaient rarement, et les sublimes désordres de ces solitudes primitives ne suffisaient pas pour apaiser les ardentes et àpres angoisses de la faim dont nos voyageurs étaienttourmentés, Melville avait la fièvre et s'était grièvement blessé à la jambe, Toby se traînait à peine. Ils en vinrent à souhaiter de rencontrer un village quelconque, un groupe d'humains , même anthropophages ; perspective d'ailleurs assez probable. Les deux tribus qui se partagent
l'île, Talpies et Happars, aiment beaucoup la chair du cochon, à laquelle ils préfèrent encore la chair de l'homme, surtout de l'Européen, que la civilisation rend, h ce qu'il paraît, plus tendre et plus délicate au goût, Hermann et Toby couraient grand risque de tomber sous la main, c'est-à-dire sous la dent des Taïpies, Leurs provisions en petite quantité s'étaient mixtionnées dans leurs poches; le biscuit rompu et réduit en poudre s'était mêlé au tabac, et le tabac dominait dans ce déplorable pudding.
Après s'être glissés de hallier en halſier, et s'être tapis dans le creux des roches, à peine capables de se mouvoir, qu'aperçurent-ils sous l'ombrage épais des arbres séculaires? Debout, complétement immobiles, un jeune garçon et une jeune fille, l'un de seize ou dix-sept ans, l'autre de quatorze ou quinze aus, d'une beauté et d'une régularité de formes exquises, et dont la nature avait seule soigné les atours, paraissaient frappés de terreur, Leurs deux têtes penchées et attentives, la main de la jeune fille serrée dans celle du jeune homme, le bras de ce dernier appuyé sur le col de sa compagne et à demi-caché sous ses longues tresses de cheveux, l'élégante délicatesse de leur taille et le mouvement de crainte simultanée qui les penchait en avant et comme balancés ensemble vers le bruit qui se faisait entendre; cet accord d'attitudes gracieuses, reposées et logères, formait, s’il faut en croire le narrateur, un groupe sculptural de l'effet le plus charmant et le plus naïf, Le jeune couple, à l'aspect des voyageurs, recula épouvanté en vain nos voyageurs essayèrent-ils de l'apprivoiser ; il ſupait toujours, Ce fut en s'attachant à sa piste et en le suivant aussi lessement que leur faiblesse et leur épuisement le permettaient, que Melville et son Sancho Gnirent par
up la chair du cochair de l'homme, ation rend, à ce ate au goût, lerde tomber sous la pies, Leurs provionnées dans leurs Joudre s'était mêlé e déplorable pud-
ier, et s'être tapis es de se mouvoir, des arbres séculaiun jeune garçon ept ans, l'autre de t d'une régularité avait seule soigné „ Leurs deux têtes e fille serrée dans nier appuyé sur le sous ses longues de leur taille et le penchait en avant t qui se faisait en- »s , reposées et lérateur, un groupe t le plus naïf, Le recula épouvanté$ e l'apprivoiser ; il piste et en le suit leur épuisement ncho Gnirent par
découvrir une vingtaine de huttes rondes enscvelles sous les feuillages, séjour ordinaire de la tribu à laquelle ces deux jeunes gens appartenaient,
N'en pouvant plus de fatigue et de faim, Melville et son camarade vinrent tomber plutot que s'asseoir sur le seuil d'une de ces cabanes, pendant que la foule bruyante des femmes , des enfants et des jeunes garçons les environnait avec de grands cris et des exclamations interminables, Un des hommes du groupe, presque nu, et qui semblait avoir quelque autorité, vint se planter droit et debout devant ceux; l'imnobilité de son visage correspondait à celle de son geste. On eût dit une statue de marbre.
Ici allait se décider le sort des étrangers. La politique de Noukahiva, ou du moins celle des races qui habitent l'intérieur de l'ile, se compose de deux fractions hostiles, de deux partis tonjours en guerre, qui se tuent quand
ils se rencontrent, et qui ont la réputation de manger l'ennemi quand il est tné, En fait de cannibalisme, les Happars ne valent pas mieux que les Talpies, ni les Taïpies que les Happars. II s'agissait, pour Melville et son compagnon, de savoir comment il répondrait aux premières interrogations qui lui seraient adressées sur le parti qu'il avait embrassé. Taïpie ou Happar ? les sauvages ne connaissent que cela. Mois comment s'assurer s'il était chez les Happars ou chez les Talpies, ce qu'il ne pouvait reconnaître à aucun signe ni deviner à aucun indice? Les lèvres longtemps muettes et fermées du gucrrier de bronze qui s'était placé devant lui comme une statue vivante, s'ouvrirent enfin, et ce fut précisément cette question que le guerrier sauvage adressa au voyageur :
« Talpie ou Happar ? »
Herman répondit au hasard : Taïpie! Un long cri de Joie salua cette réponse; la Sate de bronze baissa la tete en signe d'approbation, et du même accent interrogatif :
— « Mortarkie? »
Hermann répéta : « Taïpie Mortarkie ! » Une foule de bruns et olivâtres personnages se mirent à danser autour de lui; on battit des mains, et la forêt retentit mille fois de ces mots magiques : Tatyie Mortarkie, qui apprenaient aux deux aventuriers qu'ils étaient sauvés.
Aussitôt on leur donne à manger d'une bouillie faite d'arbre à pain; on frotte leurs membres d'huile ; on les régale de toutes façons; surtout on palpe leur corps, on examine leur épiderme avec une attention si délicate, si amicale et si étonnée, que Melville et Toby se sentent émus et reconnaissants.
Pour moi, si j'eusse été l’un d'eux, ce soin aimable de reconnaître toutes les parties de mon corps et ces vives exclamations causées par une peau blanche, des chairs européennes, des muscles élastiques et d'un tissu moins coriace que l'épiderme noukahivienne, m'auraient inspiré de terribles soupçons. Ces insulaires ont des goûts qui répugnent à toutes les idées européennes. Les Talpies, et en général les races primitives, tiennent bien peu à la vie de l'homme. Si leur enfant crie ils l'assomment, et si leur vieille mère a faim ils l'étranglent. Notre civilisation, toute corrompue qu’elle soit, a du moins des ressources légales contre ceux qui reviennent à la vie primitive, et ce qui est la règle universelle pour les insulaires de la mer Pacifique est l'exception chez nous.
On laissa dormir les deux aventuriers; on échangea leurs vêtements contre des robes de tappa, et enfin le chef du village, en grand costume et en grande cérémonie, vint
{ Un long cri de ze baissa la tète nt interrogatif :
„Une foule de t à danser autour retentit mille fois e, qui apprenaient 8,
‘une bouillie faite res d'huile, on les pe leur corps, on ion si délicate, si by se sentent éinus
e soin aimable de corps et ces vives he, des chairs euin tissu moins coauraient inspiré de les goûts qui répu- Les Taïpies, et en jen peu à la vie de mment, et si leur e civilisation, toute ressources légales ritive, et ce qui est le la mer Pacifique
iers; on échangea pa, et enfin le chef ide cérémonie, vint
les visiter solennellement, Abaissant , sous la porte cintrée ei peu élevée de l'habitation, le diadème de plumes qui flottait sur sa tote, et s'avançant au mileu des gens de Fendroit, qui se retiraient avec respect et lui faisaient place , il vint se poster devant Melville et Toby, qui restèrent comme éblouis de sa splendeur barbare, Un demi-cerele de plumes de cod, entremêlées des plumes éclatantes de l'oiseau des tropiques, avait pour soutien une rangée de graines écarlates qui brillaient sur son front verdâtre. Quatre énormes colliers faits de défen::, de sanglier , polies comme l'ivoire , se balançaie nt sur sa vaste poitrine, et les plus gros grains descendaient jusqu'à ses hanches, En guise de boucles d'oreilles, il portait deux dents de baleine, dont la cavité, placée en avant, était remplie de feuilles fraîches et de fleurs variées qui s'en échappaient comme d'une corne d'’hondance, L'autre bout, sculpté avec beaucoup de recherché et taillé à jour, présentait mille dessins et bas-relicfs fantastiques. Sur les reins du guerrier, et retombant des deux côtés en plis élégants et massifs, se nouait une ceinture brune faite de l'étoffe nommée tappa, Des bracelets de cheveux d'hommes oruaient les bras et les pieds de Mehevi (tel était son nom), et complétaient son costume unique. II tenait à la main droite une arme de près de quinze pieds, faite pour servir à IA fois de lance et de pagaïe, très-aflilée d'un bout , et de l'autre aplatie de manière à pouvoir donner l'impulsion à une barque.
Ce roi ou ce chef fit mille politesses barbares à Melville, et commença par lui assigner, ainsi qu'à son compagnon de dangers, un domicile, un domestique, même une compagne. Parlons d'abord de leur logement,
L'espèce de voliere où l'on introduisit les voyageurs et
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qu'on leur donna pour palais était aussi pittoresque que convenable aux nécessités du climat. On peut même y remarquer, si M. Melville n'abuse pas du droit immémorial des conteurs, une disposition d'architecture gracieuse et habile, Sur le front d’une colline en pente douce, couverte d'une végétation abondante, des dalles blanches, superposées par étages, à la hauteur d'environ huit pieds, formaient une espèce de perron ou de terrasse sur laquelle la maison était perchée. Ce parquet régulier et oblong avait douze toises de long sur douze pieds de large. Au fond de l'habitation, un treillage serré, fait de rameaux et de feuilles de cocotier artistement tissus, ne laissait passage ni à l'air ni au jour, et, formant un angle très-ouvert, s'inclinait doucement pour atteindre le sommet de l'habitation ; de ce point, le toit formait un autre angle aigu qui s’arrêtait à cinq pieds du sol. Les trois autres côtés de l'habitation , formés de joncs entrelacés , et comme brodés d’écorces rouges et bleues, laissaient pénétrer librement la lumière , la brise et le parfum des fleurs. Sur le devant on avait ménagé un espace libre, avec deux petites cabanes, l’une destinée à la cuisine, Pautre servant de garde - manger. f
De cette toiture pointue descendaient en festons les lon gues feuilles de l’hibiscus et les guirlandes du tamarin qui régnaient comme un ornement régulier autour du léger édifice. En entrant par une porte basse et étroite dont j'ai parlé, on apercevait au fond, parallèles à la palissade ou muraille deux poutres ou troncs de cocotiers, ronds, admirablement bien polis et placés à deux toises environ l’un de l'autre. L'espace qui les séparait se trouvait occupé par plusieurs nattes de couleurs vives et de dessins variés, servant de lit aux indigènes, C’est Jà qu’ils font la sieste pen-
assi pittoresque que
On peut même y du droit immémod'architecture grae colline en pente ondante, des dalles à la hauteur d'ence de perron ou de perchée. Ce parquet de long sur douze |, un treillage serré, ier artistement tisu jour, et, formant ment pour atteindre t, le toit formait un j pieds du sol. Les rmés de joucs entreuges et bleues, laisla brise et le parfum agé un espace libre, ée à la cuisine, lau-
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dant la chaleur du jour et qu'ils reposent pendant la nuit, à l'abri de la pluie comme de la chaleur, protégés contre les exhalaisons et l'humidité du sol, rafraichis par l'air qu’admettent les interstices du treillage. Je doute que l’on puisse rêver une architecture dont l'appropriation soit plus convenable au climat, aux localités, aux habitudes de ceux qui l'ont crée.
Une fois installés dans ce domicile, ils jouirent pleinement des biens matériels de la vie, du moins de ceux que la civilisation de Noukahiva peut fournir, Le poie-poie, bouillie faite de lamoëlle d'arbre à pain, leur semblait un mets excellent, et Kori-Kori leur aide-de-camp sauvage était un remarquable et excellent domestique, comme en effet il y en a peu; ce Kori-Kori servait à M. Melville de valet de chambre, de groom, de précepteur, de maître de langue, de cabriolet et de cheval. C'était à lui que l'Américain demandait les renseignements nécessaires quand des mœurs si nouvelles pour lui l’étonnaient: s’agissait-il de se transporter sur un point de l'ile tant soit peu éloigné , Kori- Kori prêtait son dos, M. Melville s'armait de son fusil, enfourchait la monture humaine et se laissait porter au pas de course par Kori-Kori.
Quiant à la jeune et belle Fayaway , qui avait seize ans, c'était la propre fille du maître de l'habitation ou volière concédée à Melville et à Toby: elle concourait avec Kori- Kori à l'éducation du premier des deux, et elle passait pour sa femme, Comme il n'y a pas d'autres rites légitimes dans le pays, c'est le nom qu'il faut donner à Fayaway, devenue madame Melville, Elle excellait en fait de cuisine, du moins de celle que les insulaires de Noukahiva connaissent et qui est assez peu compliquée; elle savait ramer,
nager et monter aux arbres comme un écureuil. Ses excursions avec M. Melville dans les forêts voisines étaient fréquentes. 5 Un jour que Fayaway et l'étranger avaient fait sur le lac une longue promenade, la jeune Noukahivienne pria M. Melville de diriger son canot vers un point de la rive qu'elle désigna. Là s'élevait un bouquet de palmiers qui balançaient leurs panaches verdoyants au-dessus d'une petite crique d’un charmant aspect. Ils descendirent ensemble , et conduit par la Noukahivienne le voyageur pénétra dans le bosquet. A quelques toises de la rive s'élevait un petit pavillon carré, dont la toiture, en feuilles de palmiers, reposait sur quatre bambous si minces qu'on avait peine à les distinguer. Le pavé, ainsi que dans tous les édifices noukahiviens de quelque importance, était composé de ‘dalles oblongues et superposées, au centre desquelles on voyait, comme amarré et immobile, un canot d'environ sept pieds de long, entouré d’une petite balustrade et dans lequel se trouvait, assise à la proue, l'effigie d'un guerrier enveloppé d’une longue robe brune ; elle ne laissait passer que ses mains et sa tête , finement sculptées en noix de coco, et cette dernière surmontée d'un vaste diadème de plumes. II était représenté courbé sur sa pagale qu'il tenait à deux mains pour faire avancer le canot immobile; er face de lui la singulière et ingénieuse invention du sculpteur noukahivien avait placé un crâne de mort poli et luisant, qui, planté sur la proue de l'embarcation, le regardait et emhlait lui so irire lugubrement. 9 Ces deux têtes, — la tête noire et sculptée du guerrier mort, — et à deux pouces devant elle, ce crâne au rictus hégnt, qui paraissait railler l'impatienc inutile du héros
écureuil. Ses excurvoisines étaient fré-
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sauvage, produisaient l'effet le plus étrange. Les plumes oranges et écarlates du diädème dansaient sur le front de l'effigie et lui ôtaient l'apparence de l'immobilité ; — les longues colonnes des palmiers de la rive se balançant avec majesté jetaient dans le temple funèbre leurs ombres-portées, qui vacillaient tristement ; — pas un murmure ne se faisait entendre, excepté le sourd bruissement du flot sur le gazon et la plainte lente des palmiers agites; enfin M. Melville Iri-même, qui ne semble pas être d'un tempérament mélancolique , resta saisi d'une mystérieuse terreur. |
La jeune Fayaway lui expliqua que le lieu était tabou, c'est-à-dire sacré, et qu'il était défendu sous peine de mort de pénétrer dans l'intérieur de l'enceinte ; elle lui montra un petit rouleau mystique fait d'étoffe de tappa, et suspendu par un cordon de même matière au bout d'un bâton planté dans l'enceinte; ce rouleau indiqÿait la consécration du lieu. Ce qui était le plus remarquable assurément, c'était la poétique et funèbre idée de ces deux têtes représentant la vie et la mort, l'activité et le repos, la force et l'impuissance, l'impatience et le destin en conversation éternelle. Ce chef sauvage était mort dans son canot; au moment où vainqueur il se dirigeait impatiemment vers le rivage , une flèche l'avait atteint, — la mort. qui se moque de tout l'avait arrêté dans sa route: voilà ce que l’architecte du monument avait voulu indiquer.
La jeune Fayaway et le fidèle Kori-Kori demeuraient donc ayec Melville dans la maison cédée par Marheyo (c'étaitle nom de l'ancien maître du logis). La femme de Marheyo se nommait Tinor ; celle-ci, bien faite et svelte, mais dont la couleur était brune et verte, ce qui lui donnait à peu près l'aspect du bronze florentin, ne quittait pas
20h HERMANN MEI. vil. l. E.
l'ouvrage. « C'était, dit M. Melville, la seule personne laborieuse de la vallée. „ En revanche s:s trois grands fils, les plus paresseux des dandies, avaient pour occupations exclusives la pipe, la chasse et l'amour. « Jamais, selon l'Américain, jeune ennuyé du boulevard Italien ou de Bond-street n'a mieux rempli les obligations de son état. »
Filles, sœurs, cousines et petites · cousines aſſluaient dars la cabane et se distinguaient de l'autre sexe par la légèreté d’un costume plus succinct et par un tatouage infiniment moins compliqué. L'Américain nous fait remarquer, por exemple, que mademoiselle Fayaway, attachée particulièrement à sa personne avec Kori-Kori, ne portait pas d'autres marques hiéroglyphiques que trois petits points jaunes et verts, distribués sur les lèvres inférieure et supérieure, et une jolie épaulette formant un petit cœur ouvert, sur chaque épaule. II paraît même que le voyageur a fini par trouver ce doublé ornement d’assez bon goût.
Ils menaient une vie douce : ce ne furent pendant trois mois que parties de chasse, de pêche et de natation, diners de porc grillé et promenades au clair de lune, Les Américains furent solennellement conduits dans le Ti, lieu consacré, recouvert d’ombrages mystérieux et peuplé d'horribles vieillards stupéfiés, dont toute la vie se passe dans un félicité profonde composée d'immobilité et de sommeil. On leur donna aussi la grande fête des calebasses, pendant laquelle on mit le feu à une partie de la forêt pour rôtir en cérémonie deux ou trois pores; — mets dont les Taïpies sont très-friands. :
Au milieu de cette fête des calebasses, et pendant que les rites gastronomiques s’accomplissaient avec beaucoup de ferveur, Melville fut curieux de savoir ce que voulait dire un pas de ballet exécuté par six vieilles femmes,
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et dansé à l'ombre des grands arbres sans que personne y fit attention, si ce n'est l'Américain Melville. Ces danseuses, parvenues à un âge avancé, ne portaient aucun votement ; tenant leurs bras collés des deux côtés de leurs corps, comme des statues égyptiennes , elles sautaient en l'air à des intervalles assez rapprochés, parfaitement raides et semblables à des bâtons que l'on veut faire entrer dans l'eau et qui en ressortent. D'ailleurs elles restaient graves, solennelles, silencieuses, et continuaient leurs évolutions en liberté sans que l’on s'occupât d'elles, Le curieux Melville ne savait comment expliquer les soubresauts périodiques de ces six bâtons noirs qui se soulevaient comme par ressort, Il questionna là-dessus Kori-Kori, son valet et son précepteur, qui entra dans les développements les plus scientifiques sur la matière. Tout ce que notre voyageur put y comprendre, c'est que les vicilles danseuses étaient veuves, et que, n'ayant plus d'appui sur la terre depuis que leurs maris avaient été tués dans le combat, elles se trouvaient légères, privées de solidité , choses flottantes et dansantes ; elles exprimaient de leur mieux cette mélancolique conviction par les soubresauts symboliques dont nous venons de parler.
: Cependant on pressait les deux personnages , ainsi festoyés par les Talpies, de reconnaître les complaisances et l'hospitalité de leurs nouveaux amis en se laissant tatouer , c'est-à-dire en recevant définitivement l'espèce de baptême sans lequel on n'est pas membre de la tribu. Pour cet effet on leur amena l'artiste en ce genre, homme fort considéré qui se nommait Karki. II connaissait à fond l'élégance des spirales vertes tracées autour de la bouche, la profondeur allégorique du triangle rouge pointillé sur le front, la beauté majestueuse des sphères bleues gravées