IL
Les voyages de Melville sont-ils apocr phj Mel: il'e
„ Vie d'Hermann
J'avais pris ces voyages » Les critiques anglais prétendirent que te M. lermann Melville n'était qu 4 e, et que ses romans-voyages attestaient sculement une vigoureuse puissance d'imagination et une grande hardiesse à mentir.
Je ne fus pas de l'avis des critiques anglais, Sans doute il avait raconté mille aventures étranges ; il parlait de nymphes érotiques et sauvages. de cannibales idylliques, de temples enfouis dans les bois et perchés sur les rocs de Noukahiva, de beaux morais dans les vallées, d'anthropophagie mêlée à des danses sentimentales: mais toutes ces choses se retrouvent à peu près chez Bougainville, Ongas, Ellis et Earle. 11y avait chez lui un cachet de vérité, une saveur de nature inconnue et primitive, une vivacité d' impressions qui me frappaient. Les nuances ine paraissaient réelles, bien qu’un peu chaudes et à l'effet ; selon moi, les aventures romanesques de l'auteur se déroulaient avec une vraisemblance suffisante,
214 HERMANN MELVILLR.
Cependant on s’obstinait à rire de mes crédules éloges et à prendre son livre pour un hoat du plus beau calibre. Le style, sans être pur ou élégant, avait de la vivacité et de l'entrain; on s’étonna de voir un Américain si imaginatif et si gascon, maison l'admira. Les Américaius;comprennent la plaisanterie , excepté dans ce qui touché l'honneur national; ils l’aiment assez, et quand elle est de haut goût elle ne leur répugne pas. On se dit des choses fort singulières dans les chambres législatives; certains journaux sérieux et estimés antioncent toujours la célébration des mariages dans une colonne surmontée d’une petite vignette qui représente une grande souricière, avec cette légende en caractères énormes : Souricière matrimoniale. C'était d'ailleurs une vieille coutume anglaise et puritalne, cultivée avec une -dextérité remarquable par Daniel de Fos, que d'attraper ainsi le public par des fictions ornées de tous les détails de la vraisemblance. On se souvenait encore de la Révélation de madame Leveau faite au lit de la mort, feuille que l'on criait dans les rues de Londres vers 1688, et qui déçut beaucoup de bonnes âmes Calvinistes dans l'intérêt de leur salut (1). La plaisanterie ne déplut donc à personne, et M. Hermann Melville passa pour un conteur de bourdes très-amusant et très-original.
Cependant une revue austère, l'Évangélisté de New-
‘York, maniſesta quelques scrupules, fit ressortir les inveris
tions romanesques de M. Melville, le traita de mauvais
plaisant et lui reprocha d'avoir parlé légèrement et calom-
nieusement des missionnaires de Taïti et des Marquises.
Ce n'était point l'affaire du narrateur de se trouver ainsi
réfuté, Il ne répondit rien; mais tout-à-coup, en janvier (4) V. nos Érupss sua Le Xin“ std AN Ant AT EUA, T. 11,
LE
mes crédules éloges 0 du plus beau calint, avait de la vivacité un Américain si ima- Les Américaius;comdans ce qui touché
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législatives; certains it toujours la célébrasurmontée d'une peande souricière, avec s : Souricière matrie coutume anglaise et ité remarquable par pablic par des fictions mblance. On se soudame Leveau faite au dans les rues de Lonjoup de bonnes âmes (1). La plaisanterie ne rmann Melville passa musant et très-origi-
Épangélisté de Newfit ressortir les invenle traita de mauvais légèrement et calomti et des Marquises.
r de se trouver ainsi t-à-coup, en janvier Anctéréané, 7. 11.
D eee en erden r
HERMANN MELVILER. 215
1846, on vit paroître dans l'un des journaux d’une province très-éloignée (Buſſaio commercial Advertiser) une lettre du valet de chambre matelot Toby, escortée d'une note de l'éditeur qui, dit-il, a vu Toby en personne. « Son père est un bon: fermier de la ville de Darien, dans le comté de Genesée, Toby habite notre ville, où il exerce la profession de peintre en bâtiments ; il affirme que les aventures racontées par Hermann Melville sont vraies dans leur ensemble et dans tout ce qui est essentiel. On n'a pas de motifs pour révoquer en doute l’assertion de Tuby. qui est un fort honnête homme, „ Ensuite vient la lettre de Toby lui-même « qui, dit-il, n’a pas été mangé, mais peu s'en est fallu ; — et qui s'appelle Richard Green de son vrai nom, La marque du coup que lui a porté un des chefs sauvages de Noukahiva est encore gravée sur son front. Il désire beaucoup retrouver son maître et son compagnon d'inſortune Melville, et il prie M, l'éditeur d'insérer sa lettre; il espère qu’elle sera répétée par les feuilles d'Albany, de Boston et de New-York, et qu’elle parviendra à la connaissance de M. Melville. + La lettre de Toby ne persuada personne; on ne douta pas que tout ne fût arrangé d'ayance. Comment en effet aller aux preuves et vérifier les noms, les dates et les faits ? Toby se porte caution de Melville qui se porte caution de Toby, et tous deux ont pour garant le brave éditeur de Buffalo, qui reçoit à son tour son breyet de véracité, Mascarille répond-de Jodelet et Jodelet de Mascarille, L'affaire se compliquait et la galerie s’en amusait fort; il y avait là pour les spéculateurs américains de quoi deviner, spéculer, conjecturer et calculer (guessing, speculating and calculating). Les chances des paris et les hasards du jeu de Bourse entrajent dans le domaine de la littérature,
M. Hermann Melville poussa sa pointe en véritable enfant des États-Unis : going ahead ( aller de l'avant ) y est le mot d'ordre universel, Le go-ahead system, l'entreprise, l'en-avant, emportent aujourd'hui la plus allante, la plus active nation du globe, the smartest nation in all creation. « Nos mères, dit à ce propos un Américain de beaucoup d'esprit, se dépêchent de nous mettre au monde; nous nous dépêchons de vivre; on se dépêche de nous élever, Nous faisons notre fortune en un tour de main; nous la perdons de même, pour la rebâtir et la reperdre encore en un clin d'œil. Notre corps fait dix lieues à l'heure; notre esprit est à haute pression; notre vie file comme une étoile; notre mort est un coup de foudre, »
M. Hermann Melville se dépêcha donc de mettre à profit son premier succès ; il donna vite une suite à Typee (Taipie), raconta comme quoi Toby avait failli être mangé et intitula cette suite Omoo (Omod). Les mêmes qualités ou à peu près se retrouvaient dans le second ouvrage qui eut assez de succès; la réputation du conteur était faite. Chacun convenait que M. Hermann Melville avait infiniment d'imagination, qu'il inventait les plus curieuses extravagances du monde, et qu'il excellait, comme Cyrano de Bergerac, dans la mystification sérieuse.
Après avoir lu Typee et Omoo, il me restait, omme je l'ai dit, bien des doutes sur la justesse de cette opinion qui avait prévalu en Amérique et en Angleterre, et que l'on trouve consignte dans la plupart des journaux et des revues où les « romans » de M. Melville sont? ‘ysés. La fraîcheur et la profondeur des impressions reproduites dans ces livres m'étonnaient ; j'y voyais un écrivain moins habile à s’amuser d'un rêve ét à jouer avec un nuage que gêné d'un souvenir puissant qui l’obsède. Type de l'Anglo-Américain ac-
pointe en véritable
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tuel, vivant pour la sensation et par elle, curieux comme un enfant, aventureux comme un sauvage, se jetant la tête la première dans des entreprises inoules et les menant à Gin avec un héroïsme acharné, je trouvais que M. Hermann Melville s'était peint lui-même fidèlement. Cependant je me contentais de douter, lorsque le hasard me ra de l'un des plus honorables citoyens des Etatu- Un, homme lettré et spirituel, au courant des choses intellecwialles de sa race :
— «. Voulez-vous, lui demandai-je, m'apprendre le vrai nom de ce singulier écrivaia qui s'intitule Hermann Melville et qui a publié aux États-Unis de curieux contes, Omoe et Typee?
— » Vous êtes, me répondit-il, des gens trop subuils, qui cherchez malice. à tout. M. Hermann Melville se nomme Hermann Melville ; il est fils de l'ancien secrétaire de légation de notre république près la cour de Saint-James. D'un tempérament ſougneux et ardent, il s’embarqua de bonne heure, et, comme nous le disons, il suivit la mer, Fit-il partie du regular navy, où monta-t-il à bord d'un privateer ? Quelles aventures marquèrent le cours de ses études orageuses et peu classiques? Lui seul pourrait vous instruire là-dessus, et, si jamais vous visitez le Massachussets où il est établi et où il s'est marié, je vous conseille d'aller lui demander des renseignements. C’est un homme athlétique, jeune encore, hardi et entreprenant de sa nature, un de ces hommes tout nerfs et tout muscles, qui se plaisent à lutter contre les flots et les orages, les hommes et les saisons. II a épousé la fille du juge Shaw, l'un des magistrats les plus distingués de la Nouvelle Angleterre, et il vit maintenant dans le calme de la vie de famille, entouré d'une juste et singulière . * fl
218 HERMANN ut vn ix.
‘accepte le erte un peu équivoque ; car on le regarde généralemeñt comme un conteur de fables bien faites, mais de fables à dormir debout. Sa famille, qui sait que les aventures ‘racontées 225 de sont Pad t'est point flattée de la part
Bau 15 * * de vowlalent voir Perse et sa des peènes fantastiques, — Mon cousin, di N bort blen, surtout dan. Air produit
! de qu'i à set ; d'agent pas fait e le bend ie et stéépié de es not, il a Conte fraicheur des impressions. C'est précisément h sa vie de jsséé au milieu des sauvages qu'il a dû de réalité et un coloris extraordinaires ; il u- 10 e eee: qu'il à a décrites. Charmé de cette répütation improvisée , l séfalt fiché, je crois, de perdre sa renommée d'inveñteur. La réapparition de son compagnon Toby ou Richard Green, personnage réel , l'a contrarié jusqu'à un certain point ; elle le faisait descendre de son plédestal de romancier Jusqu'au rôle: ordinaire
narrateur.
„Mol qni connais la mauvaise tête de M. Merile et ren plol fait par lui de ses premières années , — moi qui ai In son joursal, ses Rough- Notes, actuellement entre les mains de son beau-père, et qui al causé vingt fois avee Richard Green son fidète Achate, je ris de la précecupation du public, habile à voir le mensonge où est la vérité, la vérité où est le mensonge, Relisen Typee, je vous le demande; fe ne parle pas d'Omoo, pâle contre-épreuvé; — relisen le premier de ces livres, non plus comme un roman, mais comme portant l'empreinte la plus naïve des mœurs de
on le regarde géné-
bien faites, mais de
sait que les aventures vint flattée de la part . Hermann Melee
e M. Melville et Tems,— moi qui ai lu ment entre les mains t fois avec Richard réoccupation du pula vérité, la véritéoù ous le demande; ſe preuve; — relises le me un roman, mais dave des mœurs de
l'archipel polynésien. Le nouveau voyageur est Mus vrai que Bougainville, qui a changé en boudoirs à la Pompadour les bosquets de Tabiti ; — que Diderot, qui met ep œuvre, pour embellir et colorer son matérialisme sensuel, les récits voluptueux de Bougainville ; — Melville est plus croyable que les Anglais Ellis et Earle, occupés de justifier les missionnaires anglicans; gens qui manquent à la fois de sens phttorestue, de verve et de style. Sans doute M. Mel-
‘employé des couleurs trop violentes, et cela n'est nine. A l'âge où l était, à cette époque on la pre-
5e de la vie prête aux idées une force passionnée , à BéeNEr d udn Me exagérée si Ton veut, de la nouveauté des aspects et de la singularité des périls. Son style est exubérant ; ses téintes à la Rubens, sa prédilection pour les effets dramatiques blesent le goût. Cependant 1! % a guère moins de détails romanesques chez le vieux docteur espagnol Sanverde de Figueroa, qui a décrit le premier ces voluptueux parages; comme tous ses prédécesseurs, comme don Christoval Sasverde de Figueroa, comme le capitaine Cook et Bougainville, Melville a écrit sous lé charme d un enivrement causé par le prestige de la nature et l'étrangelé des eoutumes.
220 RBAMANN MELVILLE,
Nouveaux voyages d' Hermann Melville, — Comment, n'ayant pas été mangé, il 2 jette dans la région des chimères, — Mardi, — Les Symboles,
La valeur réelle de ces deux ouvrages consiste dans la vivacité des impressions et dans Ja légèreté du pinceau. Séduit por son premĩer succès, l'auteur essaya ensuite d'écrire un nouveau livre humoristique (Mardi ou Le-Voyage làbas). Gens par la fausse réputation d’inventeur qu on lui avait faite, il se mit en frais pour la mériter; il essaya de déployer les trésors d'imagination qu on Jui prétait ; nous allons dire comment il a réussi,
D'abord, en bon commerçant, ne voulant pas perdre le crédit que ss première affaire avec l’île de Tior lui avait rapporté, il ne quitta pas la Polynésie, ce qui était une faute. Ensuite il prétendit se montrer absolument original; seconde erreur; — est-on original à volonté ?
U ne faut point reprocher aux Américains de manquer d'originalité dans les arts; l'originalité est chose. qui ne se commande pas et qui vient tard ; peuples et hommes commencent nécessairement par limitation. L'originalité n'oppartient qu'aux esprits mûrs, qui ont parfaite conscience de leur profondeur et de leur étendue ; l'enfance n'est jamais originale, Cette prétention d'excessive nouveauté n'a pu aboutir ici qu’à un triste mélange de comédie grotesque et de grandeur fantastique qui ne se retrouve dans aucun livre, Rien de fatigant comme le pompeux dans le vulgaire , le lieu-commun dans l'inintelligible, l'éteumulation des catastrophes et la lenteur em-
inventeur qu'on lui ériter ; il essaya de on lui pretait; nous
oulant pas perdre le de Tior lui avait rapqui était une faute, ument original; selonté? ga
éricains de manquer té est chose qui ne peuples et hommes nitation. L'originalité ui ont parfaite conx étendue ; l'enfance on d'excessive nouiste mélange de contastique qui ne se e fatigant comme le mmun dans l’inintels et la lenteur em-
. ments érdiier.
phatique des descriptions. Ces divagations, ces ornements, ces grâces, ce style fleuri, festonné, en astragales, ressemblent aux arabesques de certains maîtres d'écriture ; on ne peut plus lire le texte.
Un livre humoristique, voyage sans boussole sur un océan sans limites est le plus rare produit de Fart; Sterne, Jean-Paul et Cervantes, navigateurs de génie, ont seuls pu l'accomplir. Que d' „ de réflexions et de travaux, quelle science du style, quelle puissance de combinaison et quel progrès de civilisation ne faut-il pas pour créer Rabelais;:Swift ou Cervantes!
M. Melviile débute par la féerie pour continuer par la fiction romanesque et essaye ensuite de l'ironie et du symbole; ces éléments disparates se brisent en criant sous sa main novice. Ne nous étonnons pas que Mardi ait tous les défauts de la littérature anglo-américaine naissante , et cherchons ce qu’il contient de remarquable et de nouveau. Observons le développement curieux d’une nationalité de seconde création; souvenons-nous qu'il y a des maladies de croissance, et que les hommes comme les races ne se développent pas seulement par leurs vertus, mais par leurs vices. x
Un Américain, M. Melville lui-même, est engagé comme matelot sur un vaisseau baleinier en pariance pour les nes de la Sonde. Cet engagement, qui ne doit durer qu'un cspacede temps limité, est valable seulement pour certains
parages. Mais les vents et la mer sont changeants. Un long calme enchaîne le navire; le capitaine privé de ses bénéfices change le plan de l'expédition et annonce à l’éque son intention est de se diriger vers le Spitz-
berg pour y chercher les cachalots et les baleines. — « Vous manquez à votre engagement, lui dit Melville;
j'ai passé traité avec vous p" vous accompagner sous d'autres latitudes. Je ne veux pas vous suivre.
— n Partez si vous pouvez, » lui répond le capitaine qui rentre dans sa cabine après avoir jeté à son subore donné cet étrange défi,
L'Americain l’accepte tacitement, grimpe sur les hau+ bans, et là confère avec le vieux Jarl, son ami d'enfance, sur les moyens de s'emparer d'une des chaloupes baleinières pendues au flanc du navire et bien outillées. Jarl est un loup de mer, athlétique comme un Scandinave des temps païens, bronzé et silencicux comme une statue; dévoué à son ami, incapable de trembler devant le péril, prudent néanmoins et redoutable, un véritable Viking, un de ces rois de la mer que la Norwége et le Danemark jotaient au ve siècle sur les côtes d'Angleterre , d'Écosse et d Irlande. Jarl n'est pas trop de l'avis de son compagnon ; mais Melville le désire, et Jarl obéit. Pendant une nuit obscare, le vaisseau ſilant peu de nœuds à l'heure et le timonier sommeillant à demi sur le roue du gouvernail, la cheloupe est lentement abaissée ; les deux fugitifs, munis de provisions
qu'ils ont dérohées préalablement , ss lancent sur l'im= mense océan Pacifique, et leur entreprise est accomplie, L'enlèvement nocturne de la chaloupe , les péripéties des dix-huit jours passés en mer, l'ouragan qui scccède au calme sur ceseaux transparentes et sans fond, l'observation des tribus bizarres (à peine étndiées par les naturalistes) qui habitent cet Océen, seraient d'un intérêt vif-si l'auteur n'en avait étouffé la vie sous ie mans et des hyperboles.
Al semble aux Américains, 5 n'ont pas encore de littérature personnelle, que la simplicité soit vulgaire. L'hyperbole est un des vices les plus
accompagner sous
suivre.
répond le capitaine jeté à son subore
les chaloupes baleien outillées. Jarl est un Scandinave des me une statue, délevant le péril, pruble Viking, un de ces inemark jotaient au Écosse et d'Irlande.
HERMANN MEL VILLx. 223
communs des littératures qui commencent et de celles qui finissent, A ce premier défaut se joiut l'incorrection née de Ja rapidité du travail. M, Hermann Melville n’use pas de la langue anglaise comme Wadsworth Longfellow, avec une habileté savante, ni comme Bryant, autre poète remarquable, avec une grâce un peu timide, II brise les vocables, renverse les périodes, crée des adjectifs inconnus, invente des ellipses absurdes, et compose des mots insolites contre toutes les lois de J'antique analogie anglo-germanique ; il invente » unshadow, — tireless, — fadeless, » et beaucoup de monstres de cette espèce (1).
Néanmoins et en dépit d'un style inoul, les émotions de la mer sont admirablement rendues, Tantôt il la représente comme le coursier rebelle et puissant que domptent à leur gré. l'industrie, la patience et la science; tantôt comme une force herculéenne qui se joue de l'homme ainsi que le vent promène la plume dans les airs, \
Melville et Jarl ont calculé qu'en se dirigeant vers le sud ils de pouvaient manquer d'atteindre une de ces iles fortunées qui émaillent l'océan Pacifique, Dix-huit jours s'écoulent, L'eau va leur manquer, leur courage faiblit, une voile apparaît à l'horizon; ils se dirigent vers le navire quel qu'il puisse être. 5 la
(+) Un-, qui exprime la négation comme l'a privatif des Grecs, ne peut précéder que les adjectifs, les adverbes et les verbes : un- · taly, un- willingiy, un-tie, Less, adverbe exprimant la privation (los en d, le laus gothique), ne doit se placer qu'après les substantifs : father. las, penny-less. Ces principes qui émanent du génie spécial et sont adhérents à la logique du langoge , règlent dans tous les idioues de souche scandinave et germanique la formation des vocables composés, Être infidèle à ces lois essæntielles, c'est de-
22h RERMANN MELVILLE.
C'est la nuit. Aucun bruit, aucun mouvement sur le pont du navire aperçu au loin; poitit de lumière. Les voiles frappant les mnâts de leurs lambeaux déchirés, que rat tachent des agrès en débris. Jarl et Melville montent à l'abordage. Personne encore’; c'est un brigantin malais, de forme étrange, abandonné de son équipage, du moins à ce que Fon peut croire. Les deux aventuriers, lanterne en main, visitent l'entrepont et la sainte-barbe, y trouvent de vieux débris et des fragments de costumes, des aliments et de la poudre, et, après avoir fait flotter leur chaloupe à la remorque du brigantin, soupent paisiblement sur le pont. Cependant au-dessus de leur tête, dans les baubaus, un bruit se fait entendre. Un homme et une femme, tous deux indigènes des îles de la Polynésie, se sont réfugiés dans les hunes à l'approche des étrangers. L'un est Sancosh, l'autre sa femme, terrible amazone ; ces sauvages, après un combat où l'équipage entier a péri, ont lancé le brigantin à la mer pour échapper au carnage , et jetant les c:.\avres dans l'Océan, ils sont restés maîtres du gantin, Sancoah le Polynésien a perdu un bras dans la Ons'entend. Melville, secondé par cet équipage d'étrange fabrique, prend le commandement de l'embarcation, et le brigautin ſinit par entrer dans ces archipels verdoyants et ces lagunes transparentes, pour lesquels, depuis son dernier séjour parmi les Taïpies, M. Melville semble avoir une
Toute cette première partie du livre, sauf le besoin sans cesse manifesté par l'auteur d'êire éloquent, ingénieux et original, est charmante et pleine de vie. I y a. beaucoup d'intérêt et de vigueur daus les scènes maritimes, la peinture du calme et de l'orage, et surtout la prise du brigantin abandonné, Vous espérez un récit d’aventures vraisembla-
ir tête, dans les baumme et une femme,
„ ie FEU e ITR EURE e „ * 1 1 nne i n e . N
HEAMANN MELVILLE. 225
bles ou vraies... Nullement. A peine l'auteur est-il entré dans ces lagunes où le printemps est éternel et la nuit lumineuse comme le jour, il renonce à la réalité ; la féerie et le somnambulisme commencent.
Voici une barque double, portant à l'une de ses deux proues un dais chargé de fleurs et d'étoiles précieuses, et condeite par douze Polynésiens qui semblent obéir à un vieillard à barbe blanche, surchargé d'ornements. Jarl. Melville et les deux indigènes s'embarquent sur leur chaloupe pour aller à la rencontre des étrangers. Un combat suit cette rencontre; le prêtre qui attaque avec fureur Melville et ses amis est frappé à mort; ses acolytes fuient, et une jeune fille qui est restée cachée sous le dais, fille blanche comme une Européenne , transparente comme la nacre, aux yeux bleus comme la fleur de l'iris, devient la conquête des ravisseurs. C'est une tulla ou fille blanche, comme ces régions en voient naître quelques-unes; elle se nomme Ayla: le prêtre la conduisait en grande cérémonie dans l'île sacrée où elle devait être sacrifiée au dieu du mal. Melville s'éprend d' Ayla, qui n'a pour elle que sa beauté; on ne peut imaginer d'héroïne plus insignifiante et de divinité plus iasupportable.
Autant que le somnambulisme éveillé de cette partic du livre permet de deviner les intentions de l’auteur américain, Aylla doit représenter le « Bonheur humain » sacrifié per les prêtres ; M. Melville garde une vieille dent au sacerdoce depuis que les missionnaires du New-York Evangelist lui ont reproché son irrévérence.
Ici commence une odyssée symbolique de la plus étrange nature; — imitation gauche de Rabelais, odyssée qui va nous plonger dans un monde de fantômes extravagants. Tour-à-tour les aventuriers rendent visite aux chefs des pe-
tites nes de l'archipel, qui tous ont une signification symbolique. Barobolla le gastronome représente évidemment l'épicuréisme; Maramma, c'est le monde religieux , la su perstition ; Donjalolo, c'est le monde poétique; l'entiquaire Oh-eh est le symbole de l'érudition. Us chapitre semble conseré à l'étiquette des ene, un autre au génie artiste des Itoliens, un troisième à la mobilitt (rançaise. Je pense que l'ile de Piseminie doi être le bone monde, la socié.: “var. dont M. Melville falt une setire assez pi-
La jeune Amérique se moque de la vieille Europe. Nous ne Vrin point fâchés de recevoir de estte jeune enfant précoce et robeste quelques leçons dont notre décrépitude a besoin; car nous jouons des comédies fort tristes; mais M. Melville s'y est mal pris. Que nous importent les encursions de Meville, de Sencoah et de Jari? O' wong; vous à faire du roi Prello et du roi Xipho qui symbolisont la e féodalité » et la « gloire militaire? . trs}
Eafñn une reine, la reine Hautis, qui s'est éprise da voyageur, s'avise d'enlever la jeune captivé. De temps à autre Hautia qui doit être quelque chose comme la Volupté, envoie à Melville trois de ses femmes de chambre, armées de fleurs symboliques que le héros ne manque pas de lui renvoyer. Au milieu de ce chaos, les vieilles théories d'Holbach, les dngmes déjà surannés de Hegel et l'algèbre panthéistique de Spinosa se mêlent ct se heurtent dans une des écoles incrédules se voilent sous mille replis symboliques, et l’auteur paraît eroire eue ce sont là de bien grandes audaces.
Le second volume est consacré à cette satire obscure des croyances européennes et aux vagues doctrines d'un pan-
dhéisme sceptique. Nos voyageurs n'ont pu rotrouver le Bonheur humain (Aylla) ; ils n'ecceptent pas la Volupté (Hautia) comme compensation suffisante. Alors on fait voile pour Mardi, une espèce de monde dans les nuages; — du syimbolisme métaphysique nous passons à l'allégorie an-
parente,
Mardi, c'est le monde politique moderne. Cole partis offre l'intérêt le plus piquant de l'ouvrage ; on est curieux de savoir comment un républicain des États-Unis juge la civilisation du présent et celle de l'avenir, et résout l'obecur probléme de nos destinées. Passons rapidement our les noms étranges dont l'Europe, la France et l'Amérique sont baptisées por l'auteur : c'est Dominora (l'Angleterre), Franko (la France), Ibiria ( , Romara (Rome), Apsburga ( Allemagne), Kanntda (le Canada). Cette erlequinade rappelle trop notre Rabelais, si féc:nd en appellations dont le son grotesque suffit à provoquer la titillation pantagruélique. M. Melville n'est pas un magicien de cette espèce. II a du bon sens et de la sagacité; il voudrait en faire de Humor, ce qui est plus difficile.
Le vaissean fantastique sur lequel se trouvent un poète, un philosophe, M. Melville et je ne sais quels autres personnages fabuleux, touche tour-à-tour aux rivages d Europe ou Porphyro G étoile du matin), et de l'Amérique ou de la Terre de vie (Vivenza). On visite donc ! Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne, l'Italie, la France; il y a dans la manière dont l'auteur parle de la Grande-Bretagne un respect filial et un profond amour qu'il faut noter, et dans la pitié qu’il accorde à l'Irlande une sévérité tout-à-fait anglo-saxonne, Enſin il aperçoit la France; l'année 1848 vient de commencer :
« Glorieuse Europe (ainsi chante le poète pendant que le
soleil se couche, éclairant les crêtes blanches et crayeuses de l'Angleterre et les côtes verdoyantes de Irlande), tu es le séjour magique des demi-dieux; tu nourris des peuples entiers de philosophes, de savants, de sages et de bardes qui chantent en chœur ; tes rois paisibles portent sans peine des-sceptres longs comme le mât d'un navire! Des perspectives de rochers, des multitudes de dômes, de coupoles et de miñarets, des avenues de colonnes, des armées de staes, des horizons tout entiers de splendides peintures, font ta gloire et ton bonheur, à pays de délices! Surtout, je voudrais aborder en France, dans la région favorisée, et toucher la main de son vieux roi!
» La brillante langueur de la nuit semblait redoubler de beauté et de calme, quand tout-à-coup la mer se troubla, le ciel devint noir, un jet de flamme qui retomba en pluie étincelante jaillit de ce Vésuve que la France porte toujours dans son sein : le monde trembla, le palais et le trône du vieux monarque s’enfoncèrent dans le cratère.
— » C'est l’ancien volcan! s’écria l'un des voyageurs. — Toujours le même foyer, répondit le philosophe, sculement il a trouvé une nouvelle issue, — Celle-ci, reprit le troisième, est plus redoutable que l’éruption que j'ai vue dans ma jeunesse, en 1789; ne serait-ce pas la fin de la France? La lave coule sur l'Europe; l'Angleterre palit. Ce feu lugñbre menace la civilisation. Ici bientôt nous ne trouverons qu'un désert. — Mes amis, reprit le philosophe, le feu qu dévore les gazons puriſie et fertilise la prairie. L’agriculteur le plus habile ne parvient jamais à rendre longtemps fertile le même sol, Si en est épuisée, il faut qu'elle se ravive, »
On voit que l'auteur garde un très-beau sang-froid en
es et crayeuses de Irlande), tu es le is des peuples ens et de bardes qui portent sans peine ire! Des perspeces , de coupoles et es armées de stades pcintures, font s! Surtout, je voufavorisée, et tou-
hblait redoubler de la mer se troubla, e qui retomba en e la France porte bla, le palais et le dans le cratère.
un des voyageurs.
philosophe, scule- Celle-ci, reprit le ption que j'ai vue ce pas la fin de la l'Angleterre palit.
lei bieutôt nous amis, reprit le puriſis et fertilise parvient jamais à l’Europe est épui-
au sang-froid en
contemplant nos misères, Dès qu'il aperçoit la terre américaine, ce calme phitosopbique disparait :
« Salut, mon Amérique libre, terre du printemps! Le printemps! le printemps! chante le poète. Il vaut mieux que l'automne ; il a toute l’année devant lui.
„We la terre nouvelle! la terre du printemps! Voici la race qui ne connaît point de passé, qui ne connaît pas de ruines, qui ne marche pas en triomphe lugubre sous les vicilles arcades qui tombent et s'écroulent. L'églantier sauvage et le sapin odorant sont pour elle l'arche triomphale. Elle aime le creux des fraîches vallées; elle ne s’enferme pas sous la voûte sombre de l’ermite, Vive la race du printemps !
» C'est une terre nouvelle et au berceäu ; c'est un géant à peine né qui sourit dans sa force. Monde nouveau, monde de joic : l'Océan le berce; la rosée du matin couvre son front, la verdure qui caresse ses jeunes tempes est embaumée, Tout est pour lui fraîcheur, espérance, avenir, joie, entreprise et nouveauté !. Le jeune ſaon bondit près de lui, les jeunes fleurs sont en bouton, le rouge - gorge essaie ses ailes et ges chansons dès l'aube. Le géant déploie ses bras, il essaie ses forces! Vive le jeune et hardi géan: !. vive la race du printemps et de l'avenir! -
Il y a peu de chants lyriques plus réellement beaux que celui-ci; le poète y est vrai quant à son emotioff propre, vrai quant à ce qu'il exprime. Que deviendra en effet cette vaste Amériqude où chaque ‘ännée des föts de populations diverses viennent s'agréger ad vieux noyau puritain et calviniste de la colonie anglo-saxonne? Quel sera le génie de ce nouveau monde à peine ébauché? C'est un des plus curieux sujets de spéculation et de conjecture qui puissent
s'o@rir au philosophe (1). Co que l'on doit aflirmer avec certitude, c’est, d’une part, que l’Amérique est très-loin de son développement nécessaire; d'une autre, qu elle atteindra des proportions qui repouseront l'Europe dans l'ombre, Les Européens sont trop portés à croire. que la civilisation européenne renferme l'avenir et le passé du monde. Les zônes de lumières changent; la marche de la civilisation ne peut plus être l’objet d'un doute, et cette
ascendante est seule conforme à l'amour divin,
M. Melville prédit la transformation de tout ce continent en une Europe immense et renouvelée. « Il est impossible, dit-il, que le Canada ne devienne pas indépendant comme les États-Unis. C'est un événement que je ne désire pas, mais que je prévois : la chose doit arriver. Il est impossible que l'Angleterre prétende conserver son pouvoir sur toutes les nations qu'elle a protégées ou couvées; les vicissitudes Alles des choses ne le veulent pas. L Orient a pouplé gent, qui à son tour repeuplera l'Orient : c'est le flux u 1e reflux éternels. Qui sait si des rivages de l'Amérique, aujourd'hui à peine habitée et qui débordera dans quelques siècles, des flots de jeunes gens et de vieillards n'iront pas régénérer l'Europe devenue déserte, ses villes ruinées et ses champs stérilisés? »
Malgré cette ardeur patriotique, M. Melvillé adresse à ses concitoyens, sous le voile du symbole, il est vrai, des vérités bonnes à entendre :
« O citoyens des États-Unis, rois souverains, vous qui n'écoutez jamais que votre propre sagesse, je veux garder l’anonyme; en votre qualité d'hommes libres, vous tuez ceux qui ne sont pas de votre avis. Vous estimez que le passé n'a pas de valeur, tandis que le passé est le grand (2) V. plus bas, vs L'AVSNIR DE L'AMÉRIQUE,
rme à l'amour divin, de tout ce continent >. « Il est impossible, dépendant comme les one désire pas, mais II est impossible que douvoir sur toutes les ées; les vicissitudes s. L'Orient a peuplé Orient: c'est le flux vages de l'Amérique, lébordera dans quelet de vieillards n'idéserte, ses villes rui-
M. Melvillé adresse à bole, il est vrai, des
souverains, vous qui agesse, je veux garhommes libres, vous is. Vous estimez que
le passé est le grand
HERMANN MELVILLB, 231
apôtre de l'avenir. Voas imaginez que le grand diable (qui est le mal) va mourir, tandis que le grand diable vivra autant que l'homme et le monde, O souverains. Fois, vous êtes des fous, quaud vous penses assister au dernier acte
du drame humain, ayant pour dévouement la république
universelle et permanente ; — rien n'est permanent,
» Quel est le siècle qui ne s'est pas regardé lui-même comme la consommation des siècles? Quelle est la mouarchie qui n'a pas prétendu donner le dernier mot de toutes les monarchies? Quelle est la république qui n'a pas eu foi dans son éternité ? Les hommes vont de vieilleries en vieillerles, croyant marcher de nouveautés en pouveautés.
„ Haine aux républiques! criait la Rome de Romulus ; » et les courtisans.de répéter ces mots, « Haine aux monarchies! crisit l'autre Rome de Brutus: - et tous les pelits orateurs répétaient en chœur :« Un roi est une bête féroce ! » Ensuite vinrent les empereurs, majestés plus royales que les rois; et on les adora. … . . 1 al
„ Vous êtes libres, dites-vous? Cela est vrai. O tonne rains rois, vous avez de. l’espace devant vous, vous pouvez vous livrer à vos ébats les plus vioients, Le jeune cheval sauvage: des pampas galope en liberté dans les hautes herbes, crinière flottante, naseaux. ouverts ; rien ne l'arrête; chaque muscle est chargé d'électricité, chaque mouvement est triomphal. Et vous aussi, vous n'avez ni bride ni mors ;
mais à qui le devez-vous? Avez-vous de quoi vous vanter ? Si vos populations étaient pressées et serrées dans un espace étroit comme celui de la vieille Angleterre, si vous n’aviez pas eu vos immenses prairies et le gigantesque Océan pour vous défendre, 6 souverains rois, vous qui n’êtes ni des stoïques ni des contemplatifs, mais ardents, actifs, brates et avides comme vos ancêtres, vous auriez crié : God save
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the king! ou vous vous seriez dévorés les uns les autres. Rendez grâce à Dieu. Vous avez de l'espace pour être libres. — Vous serez vieux un jour et vous aurez grandi. Tous les membres de votre communauté se coudoieront. Vous deviendrez oppreseurs, car vous aimez la ve et le gain; — et vous serez opprimés !
» O souverains rois, vous êtes dB des! oppréasturs ct
des tyrans sans le savoir. Ne venez-vous pes, à votre insu, de vous précipiter sur ane race voisine (1) ? ‘ » Vos épées ruiselaient du sang mexicain, avant que vous eussiez la conscience de les avoir tirées. Vos lois ne défendent-elles pas aux chefs de votre république de déclarer la guerre. Cependant votre chef a 086 quelque chose de plus impérial; — il à fait la guerre sans la déclarer.
» O citoyens rois et souverains aveugles, apprencz que les républiques tombent comme les monarchies, que la dépendance de l'homme envers l’homme ne cessera que sur les ruines du monde, que les monarchies ne sont pes en elles-mêmes essentiellement mauvaises, que pour certains peuples elles valent mieux que les républiques ; que la paix armée du sceptre vaut mieux que le triban farouche armé de la corde et du glaive, Le beau sort que celui d'un homme libre en France, n’osant pas tourner un coin de rue de peur d'y voir un échafaud qui s'élève (2)!
v est vrai que les États-Unis prospèrentet grandissent : la bannière aux étoiles conféderées est l'arc-en-ciel des nations; mais nous sommes bien jeunes, nous n'avons point passé par les épreuves de notre foi. Pour une nation, mes amis, Cinquante ans sont peu de chose: il n'y a pas Was
(1). Le Mexique,
(2) Cet excts d'exagération appartient tout entier, bien enténdu, à M. Hermann Merville,
mexicain, avant que r tirées. Vos lois ne re république de déef a 006 quelque chose e sans la déclarer.
veugles, apprenez que rouarchies, que la déne ne cessera que sur rchies ne sont pes en es, que pour certains républiques ; que la ue le triban farouche au sort que celui d'un s tourner un coin de | s'élève (2)!
pèrentet grandissent :
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ut entier, bien entendu,
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règnes de monarques que ces pays appartenaient à un roi, Nous n'avons pas revêtu la robe virile, nous ne sommes pas même adolescents, et déjà nous avons des ambitions de czar et de furieuses aspirations vers le pouvoir, Enfants! ne jugeons pas trop vite ; les années tiennent beaucoup de leçons en réserve.
» La liberté politique est-elle donc le but supreme? Non, elle doit être un moyen de bonheur, non un but définitif. Est-ce que l'homme ne reste pas esclave des suprèmes lois, alors même qu'il s’est déclaré maître ? Êtes-vous bien sûrs, Ô souverains rois, d'être en possession de la liberté véritable, c'est-à-dire de la suprême sagesse? N'ajoutezvous pas foi à d'incrayables folies ? Quand vous vous dites une grande natian, vous dites vrai, assurément ; mais votre race et la géographie n’y sont-elles pas pour beaucoup? Vos pères ne se sont-ils pas battus pour vous ? Avant de vous être déclarés libres, ne l’étiez-vous pas en réalité? Les pèlerins calvinistes avaient semé legermede votre indépendance; elle a grandi dans vos solitudes. Souvenez-vous donc, 6 souverains rois ! que votre force et votre grandeur vous viennent de ces mêmes institutions monarchiques que vous affectez de mépriser et de ces Anglais dont le sang coule dans vos veines avec leur imperturbable obstination a
» Remplis de préjugés et de superstitions, vous croyez voir la servitude là où vous voyez des chambellans, des couronnes d’or, des manteaux d’hermine, des colonnes de marbre et des palais de rois. La servitude est chez vous; car le riche y marche sur le pauvre ; elle est dans tout l'univers, d'où la souffrance et le malheur ne seront jamais bannis. Tâchez de les neutraliser ou de les modérer per la vertu; c'est ce que vous avez à faire de plus excellent.
Pour moi, j'aimerais mieux vivre tranquille sous un roi que soumis à l'oppression de vingt millions de monarques, quand même je serais un de ces monarques,
» Fanatiques et superstitieux que vous êtes, ne croyezvous pas qu'une béatitude et une sérénité ineffables vont couronner la vieillesse du monde, et que tous les maux vont disparaître de la face du globe! Apprenez donc, enfants, que tous les inaux peuvent être allégés, que le mal en luimême ne peut se détruire, Partout de grandes réformes sont nécessaires ; nulle part les révolutions sanglantes ne le sont. Bien que la mort soit le remède souverain , quel malade insensé s’ouvrirait les veines et appellerait la mort pour se guérir ? .
+ Quant à vous, enfants des États-Unis, voici quelques conseils qui vous regardent : — « Toutes les démocraties hurlent contre les monarchies, et celles-ci contre les républiques; ne joignez point vos clameurs à ces cris ridicules, ne vous Compromettez pas avec la vieille Europe que le Dieu suprême a séparée de vous par l'Atlantique. Chez vous-mêmes, gardez-vous bien de la cupidité, Voler, ce nest pas être libre. N'agrandissez pas votre puissance, croyez-moi; avez-vous besoin de prosélytes? Le temps nous sert quand nous respectons le temps, »
— bas le monarchiste I. . . A la lanterne le radoteur tory ! cria une foule enragée. On chercha vainement à connaître l’auteur du sermon, tout le monde se défendit de l'avoir écrit; jamais les vingt millions de sec e ne sé trouver le coupable, »
: Quand M. + a bien visité.et critiqué l’Europe et l’Amérique, il se dirige de nouveau vers les régions méta-
LE
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physiques, où il admire, sans pouvoir les habiter, les royaumes d' Alma et les domaines de Serenia. Alma représente évidemment Jésus-Christ dont Serenia est le domaine; Aylla ou le Bonheur terrestre est perdu à jamais, et M. Melville se résigne à s'en passer.
Telle est la colossale machine inventée par M. Melville. Vous diriez ce panorama gigantesque et américain, affiché longtemps sur les murs de Londres en ces termes : « Panorama gigantesque, original et américain, Dans la grande salle américaine, on peut voir le prodigieux panorama mobile du golfe du Mexique, des cataractes de Saint-Antoine et du Mississipi, peint par J.-R, Smith, l'illustre artiste des États-Unis, couvrant une étendue de toile de quatre milles de longueur et représentant près de quatre mille milles de paysage américain. »
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DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES MELATIFS AUX VOYAGEURS ANGLAIS ET AMÉRICAINS.
( 1240 * | a lu Ft, Miss Martineau. America, etc, Marryatl Diary, ec Fenimore Cooper. Residence in France, etc.
Willis, Peucilipgs, 010.
el cireulation, .
e in France, eic.