F, COOPER EN FRANCE
meute sous d'assez aimables couleurs, et se voyant surpris par elle.dans les rues de Paris, il se met tout-à-coup sous la protection d'un corps-de-garde et s'écrie : « Je trouvai bon une fois dans ma vie dee juste-milieu, » On connaît le talent de Cooper pour la narration, et l'on supposerait qu'un raconteur aussi pittoresque aurait dû trouver dans le Paris de 1830 des matériaux dignes de lui. Non; cet observateur a passé parmi nous les terribles années de 1830, 1831, 1832, du choléra et de Saint-Méry, sans avoir fait sa récolte, Cela est arrivé à M. Cooper. On est effrayé de cette nullité des observations d’un homme de genie qui ne sait pas voir. Dickens, homme d’une sagacité et d'une bonne humeur charmantes, amuse et distrait du moins, quand il parle des États-Unis, Mais Fenimore Cooper à Paris, remarquant que les Tuileries ont été construites par Catherine de Médicis et qu’un garde national qui passe est possesseur d’un très-gros ventre, fait peine en vérité; à quoi servent le talent et la gloire ?
Cooper en revanche fait des révélations curieuses sur son pays, II allegue des faits dont la valeur et l'importance futures sont énormes, Il évalue à cinq cent mille âmes par année l'accroissement de la population en Amérique, y compris l'émigration. Déjà la population d'un seul État dépasse celle des royaumes de Hanovre, de Wurtemberg et de Danemark. Souvent aussi il se trompe d'une manière bizarre. À Philadelphie, le mot français mére a remplacé pour beaucoup de personnes le mot anglais mother, Cette étrange substitution dicte à M. Cooper une réclamation plus étrange encore. Il prend le mot mère pour le substantif anglais mare, qui se prononce à peu près de même, et zigniſie une jument, A: von ja-
24h F. COOPER EN FRANCE.
mais vu, demande-t-il gravement 0% K un fils appeler sa mère une jument ? »
Dissertations sur la soupe au lait, sur son identité avec le pap qui nourrit les enfants anglais, sur les croisées et leur origine, sur les jardins à Paris et les bons bourgeois qui s'avisent de diner dans leur jardin; voilà ve qu’il a recueilli d'intéressant dans notre vieux monde cc jeunes désirs, réservoir d'ambitions qui s annulent mutuellement et de folies qui vendent la sagesse, — à Paris.
Ses opinions et ses préceptes politiques sont marqués d'un timbre particulier et souvent profond, II écrivait en 1835 que le meilleur gouvernement pour la France seri it Henri V à la tête d'une république, Un monarque absoſu, fils de monarques absolus, commandant à une démo cratic u,, puissante ne l'étonnait pas ! Un soir, il rencontra dans les Tuileries, pendant le feu d'artifice, un peut vieillard qui lui prédit que la révolution recommencerait en l'an 1840; elle a recommencé ou plutôt contindé en 1848.
Un autre jour, il tomba en extase devant un 9090 espion de son métier, qu'il rencontra dans une antichambre, orné de la double vertu de nettoyer des bottes et d’avoir menti toute sa vie. Certaines gens aiment la fraude pour la fraude : tel était ce nègre, nommé Harris, que Fenimore Cooper loue singulièrement, tant les idées de probité sont altérées par les passions politiques. Herris avait servi d’espion double à lord Cornwollis pour les Anglais, et au marquis de Lafayette pour les Américains. Lorsque Cornwallis se fut rendu, il trouva dans l’antichambre du vainqueur, auquel il faisait sa visite, ce 1 traître qui nettoyait les bottes du marquis :
(4) Residence in France, p, 232, édit, Duudry.
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