‹ Études sur la littérature et les moeurs des Anglo-Américains au XIXe siècle [microforme]Chapitre 76 sur 138 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

ligence. Ne pas écraser l'être faible , lui faire sa part au soleil, reconnaitre ses priviléges et lui assigner une influence , c'est le symptôme d'une société très-perfectionnée, qui sait enſin que la loi du corps est la loi des brutes. Vient ensuite le moment où la civilisstion s’épuise per son excès , où elle se dégrade par son raffinement , où l'on ne s contente plus ds protéger l'être faible , où l'on fait dominer la faiblesse avec la volupté. Cette époque de galanterie et de décadence aboutit définitivement au même réaultat que la vie sauvage , à l'avilissement de ja femme , à la promiscuité des sexes et à la confusion des devoirs, La belle époque, l'époque saine et magnifique est celle où , selon l'état de chaque société, tout prend sa place naturelle, où la femme n’est plus seulement une nourrice, une esclave, une gardienne fidèle de la maison (1), où elle ne s’est pas transformée encore en arbitre de la foiie contemporaine, en distributrice des faveurs de la mode. Dens nos derniers temps, elle a voulu davantage encore; elle a réclamé pour ses mains débiles la charrue, le glaive , la hache , le timon d'un vaisseau, le portefeuille d'un ministre et le pénible gouvernement des sociétés,

Cette ébauche puissante de civilisation qu'on appelle l'Amérique septentrionale donne à la femme une situation intermédiaire. Là elle essaie en vain d'imiter les mœurs aristocratiques d' Europe et de conquérir les élégances, les recherches, le bon ton, auxquels les vieilles sociétés sont accoutumées; imitation qui ne peut réussir. Une société jeune et marchande n'a que juste assez de temps pour disposer de ses balles de coton et défricher ses forêts (1).

(i) v. nos Erbes sun L'Anriqurré, Les Étaïres,

(Y V. plus bas, sur la situation actuelle des femmes en Amérique, o dernier chapitre de ee ve ume.

ble, lui faire sa pert ou et lui sssigner une insociété très-perfectionps est la loi des brutes, iisation s’épuise per son raffinement , où l'on ne faible , où l'on fait do- Cotte époque de galanivement au même réonfusion des devoirs, La magnifique est celle où, out prend sa place natument une nourrice, une a maison (1) , où elle ne rbitre de la fosie contemars de la mode. Dans nos antage encore; elle a ré- \ charrue, le glaive , la le portefeuille d'un mides sociétés, lation qu’on appelle l’Ala femme une situation vain d'imiter les mœurs iquérir les élégances, les les vieilles sociétés sont dent réussir. Une société assez de temps pour disfricher ses forêts (2).

Les Étaires, 9 he des femmes en Amérique,

11 faut que l'Amérique attende encore ; quand elle aura du loisir, elle créera une littérature et des arts, et la femma du monde, produit exquis et singulier d'une civilisation extrême, y apparaîtra enfin, On s'est beaucoup élevé contre les oisifs, les improductifs, les hommes de loisir. Sans ce loisir et cette oisiveté , il n'y a pas de poésie, de style, d'art, d'élégance, pas même de méditation et de pensée. Ces fleurs n'éclosent que dans la parfaite abstraction de tous les soins matériels.

On peut affirmer que la grande beauté artistique de la civilisation grecque ne s'est développée avec tant de force et tant d'éclat, avec une aussi féconde et une aussi facile splendeur, que grâce aux loisirs dont jouissaient les Épaminondas comme les Socrate, les Platon comme les Praxitèle : c'étaient des gentilshommes, Toute la partie inférieure et matérielle de la vie humaine restait livrée aux esclaves, Le soin de ces derniers était de moudre ou de tisser ; les maîtres se chargeaient d'être de grands hommes. de brillants écrivains, de sublimes artistes, Malgré la loi du polythéisme, qui faisait de la femme la première esclave, on voyait les Aspasie et les Sapho apparaître tout-à-coup au sein de cette civilisation singulière dont nous n'avons plus aucune idée, et partager la couronne des Pindare, des Anacréon et des Tyrtée,

L'Amérique actuelle, née de l'élément chrétien, est arrivée à une phase de civilisation bien plus haute ; mais dans cette même phase des nations modernes elle est beaucoup moins avancée que ne l'était, relativement aux nations antiques, la Grèce à l’époque dont nous parlons. Miss Martineau, femme philosophe qui espérait trouver en Amérique le paradis de la philosophie et de l'indépendance républicaines fut bien étonnée de recon-

naître dans quel cercle étroit et misérable les facultés et les forces féminines sont parquées et renfermées par les Américains des États-Unis.

La colonie anglo-américaine a eu pour point de départ, non pas l'esprit chevaleresque et catholique, favorable aux gide et dominé par la terreur du dogme fataliste. Le culte de la vierge Marie était effacé , la séparation des sexes devenait lol. Cette rigidité inhumaine de la croyance calviniste n'a pes encore perdu toute influence : dans le Connecticut elle u laissé des traces profondes. On n'y tolère point les théâtres. En 4840, les directeurs d'une troupe équestre furent obligés de s'arrêter sur les limites de la province, après avoir donné des représentations dans les provinces voisines; le gouvernement du Connecticut leur fit parvenir l'atile et loyal avertissement de ne pas se hasarder dans les domaines de l'État, à moins de vouloir s'exposer à la confiscation de leurs chevaux. Les habitants des provinces limitrophes ne manquent pas de dire que la sévérité du Connecticut est pure hypocrisie et que tous ses habitants se livrent en secret aux vices les plus odieux,

L'esprit fondamental et créateur des États-Unis, modifié depuis l’époque primitive par la philosophie plus tolérante de Locke, ne se retrouve que dans le vieux code puritain , le Code bleu, qu'on aurait dû nommer le Code noir, « Si, dit te chapitre XIII de cette charte draconienne , un enfant ou des enfants au-dessus de seize ans et possédant l'intelligence , frappent ou maudissent leur père ou leur mère naturels , il ou ils sera ou seront mis d mort, selon l'Exode, 21, 17,—et le Lévitique, 20, »—«8i, dit le chapitre x1v, quelque homme a un fils rebelle et entêté (stwbborn), d'age compétent et d'intelligence suffisante , lequel fils n'abéisse

n n'y tolère point les d'une troupe équestre mites de la province, dans les provinces ecticut leur fit parveo pas se hasarder dans vouloir s'exposer à la abitants des provinces e que la sévérité du que tous ses habitants u odieux,

les États-Unis, modifié osophie plus tolérante e vieux code puritain , ner le Code noir, « Si, raconienne , un enfant ns et possédant l'intelzur père ou leur mère à mort, selon l'Exode, Si, dit le chapitre x1v, niet (stubborn), d'age , lequel fils n'obéisse

LE CODE ni. xu. 255

pas à la voix de son père et de sa mère, ses parents naturels doivent mettre sur lui la main et l'amener devant les magistrats , en prouvant qu'il est indompté, entêté , robelle, qu'il ne cède ni à leur voix, ni à leurs châtiments, mais qu'il vit dans divers péchés notoires ; — alors ce fils sera mis d mort (shall be put to death).»

Le mensonge est puni du fouet, le blasphémateur est

mis au pilori ; l'usage du tabac n'est pas traité moins cruel-

lement, « Personne, dit la loi, ne se servira de tabac, à moins d'avoir apporté au magistrat un e signé d'un docteur expérimenté en médecine, lequel attestera que le tabac est utile ou nécessaire à cette personne. Alors elle recevra sa licence et pourra fumer. Il est défendu à tout habitant de cette colonie de prendre du tabac publique: ment, sur les grandes routes, etc., etc. » Les extraits des registres judiciaires relatifs à l’époque où le code bleu était en vigueur, offrent des détails beaucoup plus comiques , et d'une pruderie tellement indécente que notre plume, par égard pour le lecteur, ne peut reproduire ici qu’une faible partie de ces incroyables détails,

Ces choses se passaient en 1660, pendant le règne écla tant de Louis XIV et le règne débauché de Charles IT, « Le 1% mai 1660 , on a fait appeler devant la cour Jacob Mac Murline et Sarah Tuttle pour les causes suivantes : lo jour du mariage de Jean Potter, Sarah Tuttle alla chez mistriss Murline, à laquelle elle demanda du fil. Mistriss l'envoya en chercher dans la chambre de ses filles , où se trouvaient le marié Jean Potter et sa femme , tous les deux boiteux, Sarah Tuttle y alla, et, en causant avec les deux boiteux, se servit... d'expressions mal séantes relativement à cette circonstance, Alors entra Jacob Potter , frère de Jean Potter, et Sarah Tuttle ayant laissé tomber ses gants,

256 LE CODE RLEU.

Jacob les ramassa. Sarah les lui redemandant , il répondit qu'il ne les lui rendrait que si elle lui donnait un baiser ; l-dessus ils s'assirent tous deux, Sarah Tutile posant son bras sur l'épaule de Jacob, et Jacob tenant embrassée la taille de Sarah; ils restèrent ainsi une demi-heure environ devant Marianne et Suzanné, qui témoignent aussi que Jacob donna un baiser à Sarah. .. . A ce propos, les témoins se suivent à la file, déclarant, certifiant , désignant où était le bras, où était le front, où étaient les lèvres, et circonstanciant ce baiser fatal avec une rigueur d'analyse qui mettrait toute la critique du monde aux abois et qui remplit les trois pages les plus étonnantes, les plus pudiques, les plus impudiques , les plus sévères et en définitive les plus licencieuses qui se trouvent dans aucun roman, si bien qu'il est impossible de les trauscrire. Jacob et sa complice non-seulement sont admonestés, mais inis à l'amende, la cour déclarant que « c'est chose singulière età déplorer éternellement que la jeunesse ait de pareilles idées, et que les personnes de l'un ou de l'autre sexe se corrompent ainsi mutuellement, En ce qui concerne Tutile , elle est une corruptrice injustifiable du discours et de la parole, Pour ce qui est de Jacob, sa manière et sa conduite sont inciviles, immodestes, corruptrices, blasphématrices et démoniaques; » il ira en prison et paiera l'amende,

Pour s'être enivré, le pauvre Isale, domestique du capitaine Turner , paie cinq livres sterling, ce qui, eu égard au changement de valeur de l'argent, ressemble fort à trois cents francs d' aujourdhui; la servante Ruth Acie est fouettée pour avoir menti et reçu chez elle ia nuit William Harding , le don Juan de la colonie ; Marthe Malbon subit le même châtiment pour avoir soupé avec ce même bandit de William Harding ; Goodman Hunt est chassé du Connec-

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nandant, il répondit i donnait un baiser ; ah Tutile posant son D tenant embrassée la p demi-heure environ Émoignent aussi que A ce propos, les técertifiant, désignant étaient les lèvres , et ne rigueur d analyse nde aux abois et qui antes, les plus pudis sévères et en défirouvent dans aucun > les transcrire. Jacob monestés, mais anis à chose singulière et h > ait de pareilles idées, utre sexe se corromoncerne Tutile, elle cours et de la parole, > et sa conduite sont „ blasphématrices et iera l'amende.

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