‹ Études sur la littérature et les moeurs des Anglo-Américains au XIXe siècle [microforme]Chapitre 80 sur 138 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

L'ancien monde, malgré ses nouveaux penchants démocratiques , diffère en cela de la jeune Amérique. II doit la culture intellectuelle et la délicatesse exquise de ses femmes à l'ineffaçable trace de ses vieilles institutions, mêlées de vices et de grandeur, d'ombre et de lumière, incomplètes d’ailleurs, irrégulières et mauvaises à plusieurs égards, comme tout ce qui est de l'humanité. Aujourd'hui les institutions américaines, qui repoussent la chevalerie et qui s'appuient exclusivement sur l'intérêt personnel, produisent des résultats contraires.

Au surplus l’avenir s'ouvre encore si vaste devant cette nation novice, et sa situation est si évidemment transitoire, qu'il serait injuste de croire sur parole les critiques des touristes de la Grande-Bretagne. Un pays qui se forme, ils le jugent comme s'il était mûr et accompli. Ils ne voient pas que les qualités les plus aimables et les plus appréciées dans le monde ancien seraient des vices et des dangers, appliquées au monde nouveau. Ils disent que sous le rapport de l'instruction et de la politesse les femmes américaines sont supérieures à leurs frères et à leurs maris. Comment en serait-il autrement ? Et quel besoin les Américains ontils aujourd'hui de ce raffinement et de cette politesse ? Quel bien leur feraient un Dante, un Raphaël ou un Molière ? Ils ont une tâche bien plus pénible à mener à bonne fin. C'est à eux qu'il faut pardonner la rude ambition, le négoce ardent et impitoyable. Si les individus y perdent la patrie en profite.

Malheureusement l’activité qu'on exagère abrutit. Le repos, la rèverie, l’oubli des nécessités du jour font naître toutes les grâces et toutes les délicatesses. N'attendez aucune poésie de ce pivot de fer brülant qui s'appelle un homme d’affaires, et qui roule éternellement dans un cercle d'acti-

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vité égoïste ; si vous êtes sur la route de son intérêt il vous mettra en lambeaux.

Politesse de la démocratie, — Oui, Monsieur !! — Conversation entre deux chapeaux,

Quelques coteries de Philadelphie et de New-York essaient de calquer leurs usages sur ceux de Londres et de Paris : c'est cette portion affectée des mœurs américaines que M. Grundt a saisie avec assez de bonheur et reproduite avec un sentiment un peu grossier du ridicule. Quant à Dickens, beaucoup plus malin, ses portraits se distinguent par une finesse et une gaîté souvent profondes. Il ne s’arme pas d'une folle colère contre la démocratie, mais il signale les bons côtés qu'elle met en relief et les germes bienfaisants qu'elle développe. Parmi ces qualités que les institutions nouvelles de l’Amérique ont évidemment protégées, on trouve en première ligne l’activité, puis la patience, la complaisance mutuelle et la douceur dans les relations, C'est un grand maître de philosophie que la foule. Cette masse aveugle, cyclope qui n'a pas d'œil et qui est mue par ses instincts, force chaque membre de la communauté à ne pas exagérer sa propre valeur et à compter pour beaucoup ses semblables. On se porte mutuellement secours, on s’entr'aide , on tolère le voisin.

L'habitude de la démocratie a même donné aux Américains du Nord une sorte de politesse banale, une complaisance d’assentiment qui devient insipide. Tout le monde est

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