‹ Études sur la littérature et les moeurs des Anglo-Américains au XIXe siècle [microforme]Chapitre 79 sur 138 · SERVICE DES · texte numérisé non relu

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res; partout la spéculation etouſſe les sentiments du cœur ; tout est immolé aux règles de l'arithmétique. Miss Martineau, avec son ardeur de femme, appelle cela une prostitution légale et se révolte amèrement contre « la sainteté du mariage profanée par l'interêt, „ Je ne puis adopter aveuglément les véhémences romanesques de la philanthrope; je me contente d'être le rapporteur d'une accusalion que je me réserve d'examiner plus tard (1).

Un résultat collatéral de cet anéantissement des rapports entre les deux sexes, c'est, dit-elle, la destruction du ménage et de la famille. On va loger dans un hotel garni. Le mari court à ses affaires, la femme reste dans son boudoir. On dine à table d’hôte, et cette vie commune, sans domicile, sans abri, sans foyer domestique, cette vie errantc et à vol d'uiseau ne déplaît à personne. Les hôtels garnis contiennent quelquefois jusqu'à cinquante ménages, si l'on peut appeler ainsi la réunion accidentelle d’un homme et d’une femme. qui se rencontrent à peine deux fois par jour, à dîner et à déjeuner. On comprend quelle doit être l'éducation des jeunes personnes qui passent leur vie dans ces parloirs encombrés ou assises à ces tables entourées de convives de mille espèces différentes ; la vie d'hôtel garni doit produire sur elles le même effet que la vie d' estaminet produit sur les hommes. D'ailleurs il est difficile d’avoir un ménage dans un pays où rien n'est plus rare qu'un domestique, 3

Le mot même n'existe pas. Cette personne, que vous payez et que vous appelez votre help, votre appui, accompagnera sa maîtresse à l'église, vêtue d'une robe de soie, avec un chapeau à plume, ou elle se placera derrière sa chaise à table, coiffée en cheveux avec une couronne de

(1) V. le dernier chapitre de ce volume.

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DOMESTIQUES OU HELPS. 261

roses et un peigne d'or. « J'en ai vu une, dit miss Martineau, qui, pour la commodité du service, avait ajouté à cet attirail coquet une paire de lunettes vertes. » Au moindre mot et à la plus légère observation, vous êtes mepacé du magistrat par ces domestiques, dont en réalité les Américains sont les esclaves. On trouve plus commode et moins coûteux d'employer les services des garçons d'hôtel garni, mercenaires actifs, obéissants et empressés.

La femme américaine ne s'attache donc à rien, elle n'a point de maison à tenir, personne ne cause avec elle, et ses prétentions à l'originalité de la pensée seraient plutôt un sujet d'irritation et de mécontentement pour ses concitoyens qu’un honneur pour elle. Dans les maisons qui tiennent ménage, c'est le inari qui va au marché, saus doute par économie,

Tels sont les portraits que nous offrent les voyageurs que j'ai cités, portraits dont je suis loin d’accepter la responsabilité personnelle, S'il faut se fier à eux, les femmes américaines qui n’ont rien à faire lisent beaucoup et ne réfléchissent guère. Elles savent en général plusieurs langues, bien que l’activité de la pensée leur manque; laseule faculté qu’elles cultivent est la plus humble de toutes, la mémoire. Jolies, d'une fraîcheur délicate et éblouissante dans la première jeunesse, douées de toute la finesse, de toute la bonté et de toute la grâce que Dieu a départies à leur sexe, ayant du loisir pour cultiver leur esprit et élever leur âme, de la richesse pour s’entourer des élégances de la vie, que leur manque-t-il? Une société moins absorbée par le commerce, plus chevaleresque, plus impétueuse, plus avide de l'idéal, moins concentrée dans l'intérêt. II leur manque des juges qui les stimulent et les

rècompensent.

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