LES PURITAINS
M. Villemain le peint d'un trait ingénieux et profond, a livré au XVIII siècle un arsenal immense d'arguments, de faits, de doutes et de railleries : il a ébranlé en se jouant toute certitude, et mis en pièces la crédulité et la gloire ; voilà tout. Je ne veux point immoler l'indépendance et la grâce de l'esprit au courage de l'âme; mais je dis que l’une fonde et que l'autre ébranle. Je dis que la force morale est surtout nécessaire à la création, au maintien, à la grandeur des sociétés.
Cette force morale existait au plus haut degré dans la petite colonie puritaine que portait la Fleur-de-Mai, Sa vraie originalité n'était ni la grâce chevaleresque , ni l'éclat de l'esprit. Les colons possédaient seulement cette énergie calviniste , cette vigueur de courage qui allaient se trouver en lutte avec la nature, cette force que l'auteur de Robinson Crusoë (1), Daniel de Foë , le vieux puritain, avait revêtue de couleurs épiques. Proſonde rêverie, fictions colorées, élans tragiques, métaphysique raffinée , habileté de style, recherche harmonieuse du discours, rien de tout cela ne pouvait convenir à des colons farouches à force d'austérité, cruels à force de vertu. L'art répugnait à la dureté de leurs âmes,
Ce ne fut que tard, après les premiers efforts colouisateurs, lorsque les peaux-rouges eurent été forcés de reculer dans les bois, lorsqu'une bande de terrain assez considérable eut été défrichée sur les bords de l' Atlsgtique, qu'une sorte dedittérature naquit en Amériqué; ible, timide, un peu iinitatrice, ne prétendant à rien de sublime ou de passionné, étrangère à toute grandeur, demi-rustique , demi-bourgeoise ; — enfin inspirée du Spectateur et de Robinson. ‘
(4) V. le wn srècus un ancuersanu; — Daniel de Fos.
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