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8 Ier,
Joël Barlow, Dwight, Colton, — Washington, poème héroïque, — Robert Payne et Charles Sprague. — Dans, Drake et Pierrepont. — Femmes-poètes, — Street et Halleck.
Dans un des recueils américains les plus répandus, le rédacteur, à propos des romans peu dangereux de Federika Bremer, écrit six pages contre la fiction en général et le roman en particulier, « La vie positive et pratique, ditil, suffit à l’homme; l'imagination est un péril, les arts sont un malheur. » Que les Américains se rassurent, l'imagin. tion et le raffinement ne sont pas près de les ruiner. Dans un autre article du même recueil, la philosophie est traitée avec le même sans-façon. En définitive, ce sont les plus hautes facultés de l'esprit que l'on frappe d'anatheme; et ce qui nous effraierait, si l'avenir n’était pas le grand réparateur, c’est que la civilisation européenne paraît s'engager à son tour dans cette rainure d’un matérialisme épais, si contraire au progrès de la destinée humaine.
La civilisation américaine, née de la prose, bâtie sur la prose, en lutte contre la matière, et n’estimant, quand elle se rend compte d'elle-même, que la matière exploitée au profit du corps, n’en a pas moins ses poètes ; elle en pos-
sede même une foule, et cela se comprend; la poésie ne leur coûte rien, ils fabriquent le vers à leurs moments perdus, comme on s'amuse le dimanche à la paume ou au billard, quand on a passé la semaine sous le joug laborieux d'une industrie casanière, Un M. Rufus William Griswold s'est plu à recueillir en un énorme volume qui en vaut douze Ja masse colossale de la poésie américaine, Une introduction historique sert de propylées à ces redoutables cinq cents pages, où brillent les noms de plus de cent poètes indigènes (1). Le signe distinctif de toutes ces œuvres, c'est le lieu-commun; tout y est fabriqué à l'emportepièce, Tirez votre chapeau à ces épithètes, saluez ces images; c'est de la poésie de Gradus ad Parnassum. Les formes usées en Europe font fortune R-bas, comme les bonnets passés de mode font fortune aux colonies. Les images sont stéréotypées; le lac est toujours bleu, la forêt toujours frémissante, l'aigle toujours sublime. Les mauvais poètes espagnols n'écrivaient pas plus vite, stantes pede in uno, leurs misérables rimes que ces modernes versificateurs américains, banquiers, settlers, commerçants, commis et maîtres d'hôtel, leurs épopées ou leurs odes.
En fait de contrefaçon, ils ne se gênent pas. Tel refait le Giaour, tel autre la Dunciade. M. Charles Fenno Hofmann décalque les chansons de Thomas Moore. M. Sprague se modèle sur Pope et sur Collins, Tel s'empare de la stance byronienne, tel autre s'approprie la cadence et les images de Wordsworth, Mistris Hemans, Tennyson, Milnes trouvent leurs imitateurs; il suffit d’avoir reçu la consécration du public anglais pour subir la contrefaçon amériçaine,
(4) The Poets and Poetry of America, with an historical intro duction by Rufus W. Griswold, Philadelphie, 4849.
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Pourquoi une muse décrépite et provinciale s'assiedelle au pied des monts Alleghanis ? Je l'ai dit plus haut (1); cette nation est trop jeune. La fraîcheur de ces golfes de feuillage vieux comme le monde et le soleil se brisant en prisme sur les immenses cascades, ne peuvent féconder encore une poésie qui possède les éléments de son œuvre, mais non la force de l'accomplir.
La plupart des poètes vantés par M. Griswold offrent les reflets décolorés de la métropole, les échos affaiblis de la nationalité britannique. Chez la plupart la rapidité de l'exécution et l'incorrection du langage, se joignent étrangement à une exagération descriptive, à un flot de métaphores vagues et énormes qui n'expriment rien. Quelques-uns renoncent même à la grammaire, et la formation néceséaire des mots anglais est mise en oubli par eux, Le poète Payne ne craint pas d'employer les mots fadeless et tireless, qui sout d’affreux barbarismes, nés d'une composition de mots contraire à la grammaire et à l'analogie saxonnes (2). Le privatif less (qui n'est autre que le gothique laus et l'allemand Los, « exempt de, libre de, privé de » ). ne peut évidemment s'adapter qu’à un substantif, — house-less, colour-less, « sans maison, sans couleur. » Rien de plus facile à concevoir que cette règle peu abstraite,
Les Allemands, si libres dans leurs formes, la suivent constamment ; ils disent ekr-los, furcht-los, « sans hon neur, sans crainte, » Ils ne disent pas plus erAlich-los ou ſureſibar- las que nous ne pouvons dire sans honorable, sans redomable, au lieu de « sans honneur et sans crainte, » Le vrai poète ne détruit jamais les éléments
(2) V. page 5: Qu'asr-ce QUE L'IMAGINATION ?
(2) V. plus haut, Hermann Melville,
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d'un Jangage; il en use avec une savante hardiesse qui les féconde.
Fidèles d'ailleurs à la probité commerciale, les poètes américains font en général « houne mesure, » et vous livrent des tonnes pleines de vers médiocres; le lecteur se retrouvera sur la quantité, La Colombiade, de Joël Barlow; la Conquête de Chanaan, par Dwight; Tecumseh, par Colton (1), pobmes épiques, colosses de coton et de papier mâché, forment une masse de près de dix mille vers qui doivent céder la palme du ridicule à une épopée américaine intitulée Washington (2).
Channing avait accusé les États-Unis de n'avoir pas de littérature nationale : « Cela me frappa, dit l’auteur dans sa préface, et je pris aussitôt la résolution de faire à ma patrie le cadeau d'une épopée. » Mais notre homme avait une boutique à garder, Le moyen de faire marcher de front les soins du comptoir et ceux du poème pique! — « J'eus la prudence, ajoute-t-il, de remettre la fabrication de mon poème à l’époque où j'aurais achevé ma fortune, Gâter un bon commerçant sans créer un bon poète, c'eût été conscience. Je commençai donc par mettre mes affaires à jour, après quoi je me retirai dans la solitude avec mon imagination. » Retiré dans la solitude « avec son imagination, » le poète américain « fit donc ca-
deau » à sa patrie de ce poème épique extraordinaire et
vraiment grandiose, intitulé Washington, épopée nationale.
Le début en est simple. Washington prend le thé
(1) Tecumseh, or the West thirty years since, by G. H. Colton. New-York, 4842, 5 (2) Boston, 1843,
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ington prend le thé
since, by G. H. Colton.
avec sa femme : « Oui, bien sûr, comme il est vrai que je me lève de cette chaise, s'écrie le héros, j'entreprendrai cette nuit de soulever le peuple! » Sa femme voudrait qu'avant de soulever le peuple, il prit une tasse de thé; car elle est là, « armée de sa porcelaine chinoise reluisante, et elle est prête à lui verser le rafraîchissement. »— « Très-chère femme, reprend Washington, mon temps n'est pas à moi, et je ne suis venu que pour L’assurer (1), etc. » Le monde, qui a vu bien des épopées ridicules, n’en avait pas vu de pareille,
Que dire ensuite des grands hommes dont M. Griswold a peuplé son Parnasse américain, Trumbull, Alsop, Clason, sans compter Robert Payne, Charles Sprague, Cranche, Leggeit, Pike, Hopkinson et près de cinquante autres? L'un d'eux, Robert Payne, représente Washington debout, repoussant avec sa poitrine les coups du tonnorre ct tenant son épée nue, « en guise de conducteur électrique, pour diriger la foudre vers l'Océan où elle va s'éteindre. » Ge héros-paratoanerre est le chef-d'œuvre de la poésiemachine.
Quelques autres, par exemple Percival, ont poussé loin l'art d'entasser lee mots sans idée: « Oui, dit-il quelque part (nous le traduisons littéralement), l'arc-en-ciel nébuleux qui se joue en frémissant dans les flots d'azur du ciel, et
(1) «+... For me, as from this chair I rise, 80 surely will J undertake this night To raise the prop'e.…., »
«There by her glisieniny buard, reudy 10 pour Forth the refreshment of her chinese cups, »
VVV! HR ISLE LE EC ESC EN ACT Washington, cautu 1% v. 70.
l'écume chatoyante dont les nymphes sacrées entourent l'âme vibrante et l'harmonie innée du poète... c’est la poésie, „A la bonne heure!
M. Charles Sprague, caissier de la maison de banque du Globe dans le Massachusetts, et qui vit fort retiré, fabrique laborieusement sur le modèle de Pope des vers didactiques agréables : c’est un Pope républicain, américain et caissier.
M. Dana, auteur du Boucannier, et M. Drake, qui a écrit la Fée coupable, s'élèvent un peu plus haut. M. Jean Pierrepont, avocat renommé et auteur des Airs de Palestine, est excessivement moral, monotone et peu poète. Plusieurs femmes, imistriss Osgood, mistriss Sigourney, wistriss Brooks, surnommée Marie de l'Occident, ont publié des poèmes. Ceux de la première sont d'une puérilité prétentiense, la seconde ne se distingue que par une verbeuse facilité; quant à mistriss Brooks, auteur de Zophiel, sen talent extraordinaire est si fatigant par l'entassement
des couleurs, des sons et des images, par la complication
du rhythme et par la recherche fantastique du sujet, que l'esprit et l'oreille demandent également grâce au poète. Les seuls noms que l'on puisse isoler honorablement au milieu de cette forêt de versificateurs sont ceux de Street, Fitz-Greene-Halleck, William Cullen Bryant, Henry Wadsworth Longfellow et Emerson,
Street est un poète descriptif agréable et diffus, Halleck, surintendant du riche M. Astor, capitaliste et propriétaire du plus grand hôtel de New-York, est auteur de Marco Botzaris et de la Jaquette rouge, poèmes agréables et purs, William Cullen Bryant lui est de beaucoup supérieur,
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maison de banque du it fort retiré, fabrique des vers didactiques américain et caissier.
et M. Drake, qui a plus haut. M. Jean de Airs de Palese et peu poète. Plumistriss Sigourney, ? l'Occident, ont pusont d’une puérilité ue que par une ver- , auteur de Zophiel, nt par l'entassement par la complication stique du sujet, que ent grâce au poète.
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ANGLO-AMÉRICAINSe 291 8 l.
William) Cullen Bryant, — Fragments de zes poésies. — Ralph ene PR NRA
William Cale Bryant NS deb de bone out ges; sa voix est faible, mélodieuse, vn peu vague; elle est pure et solennelle, et n'est pas imitatrice, ;
sensations ue fait naître et GS 45 doute aù AT LS dés hé Eh 22 west point do son domaine; son charme spécial est pensive et chaste tristesse dul s'associe aux l hjets naturels et aux êtres de la créations. Il les aime (4 la plété modeste qui, se mêle à cette ‘affection respire nne grâce pa-
, Poëte chrétien et anglais, la solennité share de sa poésie émarie de sa conyiction religieuse. Met-il le pied dans une forêt? c'est Dieu seul qu'il y voit,
« Sortons ensemble, dit-il dans un de ses plus aimadi ae n Du Ae à neige ca e où a suspendu aux arbres des fruits de glace: bosquets bizarres qui resplendissent sous le soleil oblique de février. Un portique de cristal s'ouvre à nous un flot de clarté y pénètre ; nos pieds font craquer la surface argentée du 801 qui résiste à leur pression, Une cuirasse de verre entoure ces énormes troncs de chene qui portent des ormures de géants, Chaque rameau soutient et balance une multitude de petites perles que Pair agite, od la lumière se joue et dont les mouvements projettent zu loin les nuances de l'iris, Autour de la coloune principale de longues branches
202 „uu GULLEN
tes por la civilisation dine son progrès, repaud zur les œuvres de Bryant um intro plas vic Nots cſterons chm dés chef-d'œuvre de pathétique la Jeune: intien au tombeau de ses aïeux , lé Cadavre 4
en les Monuments de la Mona.
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Ÿ Rendez! ah l'rendes-huf sa tombe! Deren lc do gement, solennellesient sou» à verdure de le plaise ! L'homine qui pense, vous le saves, doit un cite aux débris de l'homme, un bommage b le mort Co moule Gr gile où le souille de Dieu a chioisk son temple est à jamais
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umme primitif n'a hes de sa existence que o rellques méconnelsables. Qu'elles reposent jusqu'à. o q
| gelée, attachées à la e multitude d'arcades atelier où le diamant choseut ; palais megistal, sux longues cors diaprés étounent le e de vagues clartés ; 10 clel seul recouvre, nt s'évanouir sous le