‹ Etudes sur la Litterature Francaise (volume 3)Chapitre 20 sur 31 · NOUVELLE · texte numérisé non relu

NOUVELLE

Il y a un Français qui, pendant vingt-cinq années, n'a mis les pieds ni à la Comédie-Française, ni au Vaudeville, ni aux Variétés, ni aux Folies- Bergère. Il est vrai que ce Français réside à Londres. Mais c'est à peine une excuse. Son cas restera pour beaucoup de gens inconcevable et leur semblera même un peu inconvenant. Puis la tentation a été la plus forte : M. Filon a eu la curiosité de savoir ce qui se passe dans ces théâtres qui ont charmé sa jeunesse. Il a pensé que vingt-cinq ans c'est un long espace de notre vie mortelle, et que, tant de choses ayant changé sur le théâtre du vaste monde, quelques changements aussi pouvaient bien s'être faits dans le monde des théâtres. Il est retourné à la Comédie-Française, au Vaudeville, aux Variétés et ailleurs, afin d'y éprouver de l'étonnement. Il nous conte ses impressions dans un livre de critique qu'il intitule : De Dumas à Rostand *.

I. Augustin Filon, De Damas à Rostand. Esquisse du raouvemeat dramatique contemporain, i vol. in-iB, chez Armand Colia.

Le titre risque de nous induire en erreur, puisqu'il semblerait indiquer que le théâtre, en s'éloignant de Dumas, ait abouti à M. Rostand; mais Tau teur voulait inscrire sur la couverture deux noms dont les syllabes fussent retentissantes ; au surplus il importe peu, et un titre n*est qu'un titre. Le livre €st agréable et instructif; et, si abondante que soit la littérature spéciale dont nous entourons les productions de l'art dramatique, il ne fait double emploi avec aucun autre. La raison en est sans doute dans les rares qualités de l'écrivain : sa culture très étendue, sa verve spirituelle, la franchise de sa critique; elle est encore dans cet éloig-nement qui Ta tenu longtemps en dehors de notre atmosphère. Ceux qui, par devoir professionnel, fréquentent régulièrement les salles de spectacle y éprouvent moins le sentiment de la différence que celui de la continuité. En cela pareil à la nature, Tart dramatique ne procède pas par bonds. Et parfois il nous faut un effort assez énergique pour ne pas cédera l'illusion de croire que la pièce à laquelle nous assistons fait suite à celle d'hier, ou, si vous voulez, que c'est une même pièce qui, de soirée en soirée et d'un théâtre à l'autre, se prolonge à travers l'année tout entière. Spectateur intermittent, M. Filon était mieux placé que nous pour discerner •ce qu'il y a de nouveau dans la comédie d'aujourd'hui, pour distinguer les étapes qui ont été four-

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