UN LIVRE SUR LA « COMEDIE NOUVELLE » I2S
nies et séparer de la masse les œuvres qui font date. Au surplus M. Filon ne s'était jamais désintéressé du mouvement de notre littérature théâtrale; ce qui serait singulièrement dangereux. Un homme qui serait devenu tout à fait étranger aux artifices du théâtre, deviendrait probablement incapable de s'y prêter à nouveau et risquerait de donner quelque jour, à la manière de Tolstoï, quelque rude coup d'épaule dans leur ordonnance compliquée. M. Filon n'a pas de ces intransigeances de sauvage. L'île où il habite n'est pas une île déserte. On y peut lire chaque semaine, ou chaque jour, les articles des « maîtres de la critique dramatique ». Les « maîtres de la dramatique » sont MM. Sarcey, Lemaître, Faguet, Henry Fouquier, Paul Perret et F. Duquesnel.
M. Filon est revenu de beaucoup de vanités. Dans l'exil volontaire où il se confine, il y a belle heure qu'il a dit adieu aux dernières de ses illusions. Mais il reste plein de respect pour lacritique dramatique et sa « puissante hiérarchie » ; c'est donc que ce respect n'est pas une illusion. Et il a conservé ce goût pour les choses et les gens de théâtre que, bien décidément, tout Français a dans les moelles et dans le sang. Si nous ne faisons pas tous des pièces de théâtre, crainte de les mal faire, du moins parlerons-nous de celles des autres. Si d'aventure nous avons serré la main d'un comédien ou si nous avons été reçus dans la loge d'une actrice, nous en concevons de
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Torgueil, et nous nous arrangeons pour qu'on ne l'ignore pas. M. Filon parle du théâtre en homme qui Taime, qui y retrouve un plaisir avivé par l'absence. A ne voir les choses que par l'extérieur, il parait qu'elles n'ont guère changé pendant un quart de siècle. Les marchands de billets ont conservé leurs positions, et les contrôleurs sont restés à leur poste. C'est tout juste si M. Filon a eu lieu de constater que rEntr'acte ne paraît plus et que le marchand de caramels a introduit une légère modification dans sa mélopée. Mais le lustre est toujours aussi aveuglant, lea loges sont aussi incommodes, la corporation des ouvreuses est aussi rébarbative. C'est bien ce qui explique que la littérature dramatique soit de toutes les formes delà littérature la plus opiniâtrement traditionnelle, etcelle où les changements sont le plus longs à s'imposer. L'immeuble lui-même est ici conservateur de la tradition ; l'atmosphère de la salle en est tout imprégnée; les murs, les coulisses, les portants des décors lui sont autant de barrières protectrices. Depuis le concierge jusqu'au régisseur, tous les fonctionnaires de la maison sont intéressés à son maintien. Un spectacle à monter étant une entreprise qui exige une mise de fonds, le directeur hésite à tenter la chance par des moyens qui n'ont pas encore été éprouvés ; les acteurs ont leurs procédés qu'ils ont appris à l'école de leurs prédécesseurs ; le public a ses habitudes