‹ Etudes sur la Litterature Francaise (volume 3)Chapitre 30 sur 31 · LE BILAN D'UNE GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

LE BILAN D'UNE GÉNÉRATION

Le frisson du malade qui, en s'éveillant, prend conscience du mal dont il vient de subir l'accès, c'est celui qu'on éprouve en relisant aujourd'hui, à quinze ans de distance, cette enquête que M. Paul Bourget menait naguère sur la sensibilité contemporaine. Lecture instructive et poignante, comme un retour sur un passé tout proche et tout plein des erreurs dont nous continuons d'être victimes, si nous avons cessé d'en être dupes. Ces dix Essûis de psychologie, que M. Paul Bourget réimprime au premier volume de ses œuvres complètes *, forment un des livres essentiels pour qui veut être renseijjné sur les idées et les sentiments qui avaient cours hier. Très jeune, et à l'heure de ses débuts, M. Bourget voulait faire le compte des influences qui régnaient dans ce monde de la littérature où il allait entrer, et que subissait ce public lettré auquel il voulait s'adresser. Il remarquait justement

I . Paul Bourget : Œaures complètes, t. 1. Essais de Psycholo'

ijie contemporaine (Pion).

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que les états de Tâme particuliers à une génération nouvelle sont enveloppés en germe dans les théories et les rêves de la génération précédente. C^est par les œuvres des grands écrivains que se propagent ces théories ; et la faveur dont elles sont entourées, à un moment déterminé, témoigne de l'accord où elles sont à ce moment précis avec l'état des âmes , car « nous n'acceptons que les doctrines dont nous portons déjà le principe en nous. » Ainsi, en étudiant l'influence des écrivains dont la chapelle était la plus fréquentée aux environs de i883, Tauteur des Essais de psychologie rassemblait les faits épars de Tàme d'alors, et se faisait l'historien d'un moment de notre conscience et de notre vie françaises. A quel point il y a réussi, c'est ce qui apparaîtbien aujourd'hui. Car ces états de sensibilité, vagues encore et confus, que le psychologue démêlait avec une rare perspicacité, et que, parfois, il était le premier à définir, nous les avons vus par la suite se préciser, se renforcer, développer leurs conséquences. Et, bien placés maintenant pour en apprécier la nature et la portée, ce qui nous frappe, c'est d'y retrouver une même tare morbide.

Ces maladies de l'âme, si M. Bourget les a jadis si bien décrites, c'est que lui-même alors il en subissait la contagion; et, en les décrivant, il les propageait. Il n'est guère disposé à l'admettre aujourd'hui. Car le parti où il se range désormais est

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