‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 18 sur 79 · EXTRAIT DU JOURNAL LE VAR, N° DU 14 JUIN · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU JOURNAL LE VAR, N° DU 14 JUIN

A BI. L. PASTEUR, MEMBRE DE l'iNSTITUT, EN MISSION A ALAIS (gARD).

Monsieur,

La campagne séricicole touche à sa fin dans ma commune : je suis donc en mesure de vous faire connaître le résultat des éducations faites avec les graines n° 1 et n** 2 que, sur ma demande, vous aviez bien voulu soumettre à un examen microscopique.

Dans l'intérêt de la sériciculture de notre département, vous daignâtes consigner les déductions pratiques, fournies par votre examen, dans une lettre qui, selon votre désir, fut insérée dans le journal le Var du 3o avril et reproduite dans un journal de Toulon.

NOTES ET DOCUMENTS. 7i

Comme vous devez bien le penser, l'émotion produite par votre communication fut grande parmi les éducateurs nantis de ces deux graines ou de Tune des deux. On hésita d'abord sur le parti à prendre : fallait-il jeter au feu ces graines que vous veniez de condamner? En d'autres termes, fallait- il ajouter foi aux prévisions de la science? Eh bien! vous l'avouerai-je, l'hésitation ne fut pas de longue durée. Après s être passé de mains en mains le numéro du journal qui avait reproduit votre lettre, on finit par se dire que, après tout, le microscope n'était pas infaillible, que les jugements de la science étaient parfois frappés d'appel, etc., et on procéda, comme si de rien n'était, à l'éducation de ces graines, à l'occasion desquelles vous aviez prémuni les éducateurs. Tout au plus si, parmi ces derniers, quelques-uns jugèrent faire acte de prudence en s'approvisionnant d'une faible quantité d'autres graines.

Il s'en est donc suivi que, selon que vous en exprimiez le désir, mais dans une mesure plus large qu'il ne convenait à l'intérêt des éducateurs euxmêmes, on a soumis votre jugement à l'épreuve des faits. Eh bien! les faits ont parlé, et, malheureusement pour notre localité, ils n'ont que trop conûrmé le verdict que vous aviez porté sur les graines n° i et n* 2, soumises à votre examen dans le courant d'avril dernier.

Les éducations faites avec ces deux sortes de graines ont complètement échoué ; à peine si quelques-unes, réputées les mieux réussies, ont donné de 2 à 5 kilogrammes de cocons par ^5 grammes de graines. Que dire des autres, sinon constater des résultats véritablement navrants! Au même moment où je trace ces lignes, je reçois la visite d'un éducateur désolé, qui, m'exhibant un cocon anif/uef m'afRrme que c'est là le produit tout entier d'une éducation de 25 grammes de la graine n** 2.

J'ai, de mon côté, me conformant à vos intentions, fait procéder sous mes yeux à l'éducation de 4 grammes de la graine n° i , que je croyais excellente avant l'examen que vous en aviez fait; ni le choix du local, ni la qualité de la feuille, ni les soins les plus minutieux n'ont pu un seul instant arrêter les progrès du mal, dont les symptômes ont apparu dès la première mue. Aujourd'hui, au moment de la montée en bruyères, je conserve à peine une demi -claie de vers, ne devant probablement pas donner plus de \ kilogramme de cocons.

Ainsi donc. Monsieur et très-honoré Maître, vos appréciations sur les qualités pathogéniques des graines n** i et n** 2, après l'examen microscopique du mois d'avril, ont reçu dans cette commune la consécration rigoureuse des faits. Et, s'il ne vous a pas été donné d'épargner à nos éducateurs, pour l'année i868, des mécomptes que vous aviez prévus d'avance, votre lettre du 24 avril aura eu ce résultat inappréciable de démontrer aux plus incrédules que la science, encore impuissante aujourd'hui à guérir le mal quand il est déclaré, peut du moins le prévenir en faisant connaître les conditions dans lesquelles il se développe. Et, par suite, j'aime à penser que, dès cette année, on ne procédera dans notre département à aucun grainage sans avoir préalablement soumis à

Texamen microscopique les papillons destinés à la reproduction ; je suis d'autant plus fondé à Tespérer, que le Comice agricole deDraguignan, selon l'avis que m'en donne M. le professeur Barles, se trouve dès à présent en mesure de soumettre à l'épreuve du microscope les échantillons de cocons qu'on voudra bien lui adresser.

Le D-^ PIERRUGUES,

Maire de Callas (Var).

Depuis plusieurs années, M. Henri Marès, correspondant de TAcadéniie des Sciences, avait renoncé à l'éducation des vers à soie, particulièrement des races indigènes, tant tHait grande la difficulté de se procurer des semences saines. M. Marès, qui s'était rendu compte par lui-même des résultats de mes expériences dans plusieurs visites à notre laboratoire du Pont-Gisquet, près d'Alais, n'hésita pas à entreprendre, en 1868, une éducation de 25 onces, et son frère, M. Léon Marès, une éducation de i5 onces aux environs de Montpellier. La réussite fut complète dans ces deux éducations. Encouragés par ce succès, MM. Marès ont renouvelé la même épreuve en 1869, ^^ ^^ succès n'a pas été moindre. La Note de M. Marès renferme, en outre, d'excellents conseils sur la production de la graine saine.

PRODUCTION DE GRAINES DE VERS A SOIE EXEMPTES DE GERAfES

CORPUSCULEUX, PAR M. MARÈS (i)

J'ai eu, cette année, l'occasion de faire une série d'éducations avec la môme graine de vers à soie, et d'en observer les larves, les chrysalides et les papillons, au point de vue du développement des corpuscules dont ces insectes sont actuellement le siège, et de la maladie dont ils sont attaqués. Les résultats de ces éducations m'ont paru offrir quelques indications relativement aux conditions les plus propres à reproduire facilement des graines saines, et font l'objet de cette Note.

Ayant suivi avec le plus vif intérêt les beaux travaux de M. Pasteur sur la maladie des vers à soie, et m'inspirant de ses idées sur les garanties que doivent offrir les œufs de ces insectes pondus par des papillons vigoureux et

(i) Extrait des Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences, séance du 39 juin 1868.

exempts de corpuscules , j'ai élevé en 1 808 des vers à soie de race jaune du pays, dont les graines m'ont été remises fiar M. Haybaud-Lange, et (fui avaient été obtenues par lui au moyen du prooklé de sélection fondé sur l'emploi du microscope, ainsi que Ta indiqué M. Pasteur.

Un kilogramme de ces graines a été divisé en deux éducations : l'une de 6*25 grammes (soit i5 onc<»s), laulre de 375 grammes (soit i5 onces), et faites l'une et Tautre aux environs de Mont|)elIier, mais dans des directions différentes, éloignées de a5 kilomètres, ont complètement réussi au point do vue industriel (1), et ont confirmé la justesse des vues de M. Pasteur. Ce résultat est d'autant plus remarquable que les graines de ce pays ont généralement échoué. On peut juger ainsi des immenses services que la sériciculture est appelée à retirer d'un procédé de sélection destiné à paralyser, sinon à supprimer, la production des graines défectueuses.

Mais, si la réussite pour la production des cocons a été complète, il n'en a pas été de même pour la production d'une graine saine. La plupart des lots de cocons tirés de ces belles chambrées pour le grainage ont donné des \\apillons de belle apparence, qui ont beaucoup graine, mais que le microscope a fait connaître comme corpusculeux : aussi les graines qui en proviennent doivent-elles être considérées comrtie suspectes.

Un pareil résultat a été si fréquemment constaté, depuis quolcfues années, dans les conditions actuelles de la maladie des corpuscules, qu'il est de ceux auxquels on devait s'attendre. Mais si , considéré isolément , il ne présente pas d'intérêt spécial, il n'en est pas de même quand on le rapproche d'autres résultats fournis par la môme graine, élevée dans d'autres conditions. Ce sont les suivants :

I** Je remis un échantillon de cette graine, pour être essayée en hiver à la magnanerie expérimentale de Ganges, à son directeur, M. le comte de Rodez. Les vers se comportèrent parfaitement, et reçurent la bruyère le '12. mars dernier. Sur 100 graines, on obtint 98 cocons, qui furent tous considérés comme filés par des vers sains et vigoureux.

2** Le i5 mars, je retirai de cette graine un deuxième échantillon d'un demi-gramme environ, et je le mis à éclore. Les vers naquirent dans les premiers jours d'avril et furent élevés dans la chambre à éclosion, où le 7 avril on porta les 6^5 grammes d'œufs de la grande éclosion.

Cette petite division de vers s'est parfiiitement comportée. Il ne s'en est pas perdu, car les retardataires, mis de côté, ont fait leurs cocons sans maladie. Les vers sont montés du 6 au 8 mai, et ont produit 960 cocons. Conservés pour graine, les papillons sont nés du 26 au 29 mai. Sur plus do

(1) Les quantités de cocons obtenues ont été, pour l'éducation de 25 onces faite chez moi, à Launac, de qio kilogrammes, et pour celle de i5 onces faite chez mon frère, à Saint-Gely-du-Fescq, de j'jj kilo{];rammes.

loo vers examinés au microscope et pris au hasard, il s'en est trouvé 3 de corpusculeux, à raison de 5o à loo corpusculeux par champ. Quelques vers de cette petite division, isolément élevés, chez moi et chez ma mère, à Montpellier, quinze jours avant la montée, et nourris de feuilles de provenances diverses, ont tous donné, après la ponte, des papillons, soit mâles, soit femelles, exempts de corpuscules.

3° Dans la grande éducation dont la graine fut mise à éclore le 7 avril, une petite division, qui a produit 20 kilogrammes de cocons, a été conduite séparément dans la chambre d'éclosion. Les vers montèrent du 18 au 20 mai, par un temps très-chaud. On trouva quelques gras au moment de la montée, mais en quantité insignifiante. Après la montée, je trouvai pour la première fois quelques retardataires tachés ou pébrinés, et je les reconnus corpusculeux, mais leur nombre était très-petit. Une partie des cocons a été réservée pour graine. Sur 1000 papillons, j'en ai examiné plus de 100 au microscope; il s'en est trouvé les 7 de corpusculeux , à raison de 1 5o à 5oo corpuscules par champ.

4" Dans la grande éducation, conduite dans une magnanerie divisée en deux pièces, les vers montèrent très-bien du 21 au 24 mai. Après la quatrième mue (du 12 au 14 mai), l'éducation marchait si bien, qu*en enlevant les litières on n'y trouvait aucun ver malade d'une maladie quelconque (i). A peine y restait -il quelques retardataires. A la montée, il y eut quelques gras, et, pour la première fois, çà et là, quelques pébrinés, corpusculeux. Ils étaient plus nombreux dans les dernières divisions, qui montèrent du 23 au 24 mai.

Quelques petits lots de beaux cocons ont été prélevés sur la grande chambrée pour en faire grainer les papillons. Ayant examiné ces derniers à diverses reprises, je les ai reconnus corpusculeux, à raison de 20 sur 21 , et la plupart des champs observés ont présenté de 5oo à 2 000 corpuscules.

5° Sur la grande chambrée , deux petits lots de vers furent prélevés, le i"" et le 2 mai, dans le troisième âge, et élevés à Montpellier, l'un chez moi, l'autre chez ma mère , avec les soins les plus minutieux. L'un de ces lots a donné 700 cocons et l'autre 56o. Tous les deux ont été gardés pour graine. Ces vers ont parfaitement marché ; néanmoins j'ai trouvé dans chaque lot deux retardataires légèrement pébrinés, corpusculeux, et, en outre, dans le mien (de 56o cocons), il y eut deux gras à la montée.

Celui de 700 cocons, arrivé à la bruyère le premier, du 21 au 23 mai, a donné des papillons presque tous exempts de corpuscules. Sur 100 que j'en

(1) Je trouvai deux muscardins et quelques petits, que je reconnus exempts de corpuscules, dans des litières occupant dans les magnaneries plus de 400 mètres carrés. Je n'y trouvai ni gras, ni morts-flats. A la montée, cette dernière maladie s'est à peine montrée.

ai examinés au hasard , 5 ont été trouvés corpusculeux , à raiifion de 1 5o à 25o corpuscules par champ.

Le lot de 56o cocons, auprès duquel j avais eu l'imprudence de mettre quelques vers malades, dont j'avais formé une petite infirmerie, monta du tï4 au Tj mai. Sur loo |)apilIons examinés, j'en ai trouvé lo de corpusculeux, à raison de i lo à 5oo corpuscules par champ en moyenne.

6** Des faits analogues se sont passés chez mon frère { i ) ; quelques vers que son magnanier Ht éclore en mars donnèrent, au commencement de mai, des papillons que j'ai reconnus tous exempts de corpuscules. Tous les papillons provenus des lots de sa grande éducation , gardés pour graine, ont été reconnus comme très-corpusculeux. U est vrai qu'à la distance de ({uelques centaines de mètres de ses magnaneries, et sous le vent régnant habituellement , se trouvait une éducation de 75 grammes très-corpusculeuse , qui a pu être pour ses vers un foyer d'infection , auquel les miens n'ont pas été exposés.

Ces diverses éducations d'une même graine me paraissent présenter, au point de vue de Tinvasion des corpuscules, une gradation marquée.

En laissant de côté l'essai précoce de la Magnanerie expérimentale^ dont les papillons ne furent pas examinés au microscope , nous voyons une première petite éducation , plus précoce que les grandes chambrées, mais conduite à une époque où l'on trouve déjà des feuilles de mûrier en abondance dans tous les terrains chauds et abrités , donner des papillons à peu près exempts de corpuscules, et qui se trouvent dans les meilleures conditions pour pondre les graines destinées à former les futures éducations de l'année suivante. Pourvu qu'on parte de graines non corpusculeuses (ce qui est aujourd'hui très-facile), la réussite de ces petites éducations précoces me |)araît certaine.

Les petites divisions de vers qui viennent après la petite éducation précoce, et en même temps que les grandes chambrées , donnent des papillons plus corpusculeux, malgré les soins dont ils sont l'objet, et leur nombre est beaucoup plus grand; ainsi il est double et même triple.

Sous l'influence des grandes éducations et de l'accumulation de vers qui en résulte, on voit, à l'époque ordinaire où on les fait, le corpuscule envahir presque tous les papillons. Cependant, quelques jours auparavant, au moment de la montée, on ne trouvait que fort peu d'individus corpusculeux dans ces mêmes chambrées, soit parmi les vers, soit parmi les chrysalides.

Je dois ajouter qu'ayant eu l'occasion de visiter à Montpellier plusieurs petites éducations de graines distribuées par 5 grammes à la fois , et issues de papillons exempts de corpuscules, je les ai trouvées réussies quant aux cocons; mais au moment de la montée, j'ai toujours reconnu, parmi les retar-

(1) C'est chez lui que s'est faite réducation de 376 grammes de graine.

dataires, des vers pébrinés corpusculeux. Plus tard, l'inspection des papillons a démontré que les corpuscules les avaient envahis dans la proportion de 20 à 65 pour 100 des individus examinés. Les vers de ces graines sont montés du 1 5 au 20 mai; il est probable que leur éducation, avancée de huit à quinze jours, aurait donné des papillons bien moins atteints de corpuscules.

On a souvent parlé de l'heureuse influence de la précocité des éducations sur leur réussite ; les résultats qui viennent d'être cités montrent que cette opinion est fondée. Dans le courant d'une pratique déjà longue, j'ai eu souvent l'occasion de m'en assurer, en observant aussi l'influence de l'élévation générale de la température, dans la dernière quinzaine de mai et le courant de juin, sur les maladies du ver à soie et sur l'activité de leur propagation (1). Mais alors nous manquions de faits comparables comme ceux de cette année, et nous étions dépourvus des moyens d'observation qui permettent de contrôler l'état du papillon après sa ponte et même après sa mort. Nous croyons donc les faits que nous signalons susceptibles d'être mis à proGt par la pratique, pour la facile reproduction des graines saines et exemptes de corpus- •cules. Les éducations de vers desquelles on peut tirer des papillons reproducteurs sont rares, si on les cherche parmi celles qu'on fait à l'époque ordinaire, surtout si les chaleurs sont précoces comme cette année; elles sont, au contraire, communes si, partant de graines non corpusculeuses, on les conduit plus tôt et au moment où les chaleurs sont seulement suffisantes pour développer la végétation du mûrier.

L'époque qui nous paraît la plus favorable, sous le climat de Montpellier, pour mettre à éclore les œufs destinés aux petites éducations de graines, est, selon les années, la première quinzaine de mars. On peut alors obtenir la montée des vers dans les premiers jours de mai. Le papillonage et le grainage ont lieu quinze jours après , à une époque de l'année où les chaleurs ne se font pas encore sentir, et où elles ne compliquent pas encore les difficultés de l'éducation des vers.

Ces petites éducations devront être faites dans des locaux spéciaux , qui leur seraient exclusivement destinés. Il ne faudrait pas y élever, plus tard, d'autres vers, pour ne point y accumuler les germes d'infection qui jouent un rôle si actif dans le développement des maladies du ver à soie. On devrait se borner à élever la quantité de vers strictement nécessaire pour reproduire les graines dont on croit avoir besoin pour l'année suivante. En isolant par couples les papillons d'un certain nombre de pontes, et en les examinant ensuite au microscope pour séparer tout ce qui est corpusculeux, il est facile de se procurer, dans chaque petite éducation précoce, des graines tout à fait exemptes de germes corpusculeux, et d'en faire la base des éducations futures.

(1) Tous les magnaniers savent combien il est dangereux de retarder l*éducation des vers à soie, et d'arriver à la montée à Tëpoque des chaleurs.

RAPPORT DE LA COMMISSION DE SÉRICICULTURE DU DÉPARTEMENT DES PYRÉNÉESORIENTALES A M. PASTEUR, MEMBRE DE L'INSTITUT DE FRANCE.

Perpignan, le 8 juillet 18G8.

La Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales entreprit, l'année dernière, sous votre savante direction, l'œuvre de la régénération des vers à soie.

La Commission séricicole formée dans son sein vous doit un compte rendu des observations qu'elle a faites et des résultats qu'elle a constatés : elle vient remplir ce devoir, qu'elle consi(lère d'ailleurs comme une obligation im|)osée par la reconnaissance.

Le désastre était grand ; il devait appeler la sollicitude du Gouvernement et des hommes, comme vous, dévoués à la science et à leur pays. Notre Société, dans une bien petite sphère, s'est efforcée de seconder les vues généreuses auxquelles vous sacrifiez votre temps et votre santé, et elle éprouve une véritable satisfaction en pensant au bien produit.

La Commission séricicole départementale nommée par M. le préfef a, en effet, constaté l'excellence de vos procédés de sélection. Vos prévisions se sont toutes réalisées, les faits le prouveront ; et l'on peut espérer de loucher, dans un avenir très-prochain, au terme de l'épreuve à laquelle est soumise l'industrie séricicole.

Vous aviez, en 1867, visité, avec M. Vilallongue, président de la Société, et M. Siau, membre de la Commission, un grand nombre des magnaneries de notre département. Et, après l'examen microscopique des chrysalides et des papillons, vous désignâtes l'éducation de M™* Guchens comme devant donner de bons résultats. Elle était presque exempte de corpuscules. Celles de M. Melchior Thomas et des demoiselles Pech-Marty étaient Irès-corpusculeuses: vous annonçâtes, avec la certitude profonde de la science, qu'elles ne pourraient point arriver à la reproduction.

La Société de Perpignan eut foi en vos indications, et, pour vous aider autant que possible, selon la mesure de ses faibles forces, dans la haute mission que vous remplissez, elle acheta les cocons de M"* Guchens. Par les soins de M. le président, un grainage fut opéré, et la graine obtenue a été distribuée par lots de 3 à 8 grammes dans vingt-deux communes. C'était une expérience publique et décisive qui était tentée; mais il ne suffisait pas de donner une graine presque irréprochable aux éducateurs, la Société devait leur transmettre vos conseils pour conduire heureusement l'éducation, et c'est là qu'a commencé, en 1868, la tâche de la Commission de sériciculture.

Les chambrées du département ont été visitées par la Commission. Les recommandations qui pouvaient assurer le succès ont été faites : on a insisté

des papillons qui lui ont été soumis : il a mis son expérience et son savoir au service de la Société ; il a dirigé les éducateurs dans ce qui leur restait à faire, et visitant le département avec M. Siau, il s'est assuré que ses indications étaient suivies par ceux qui les avaient reçues. Enfin, il a exercé au maniement du microscope M. Ablard fils, qui a pu l'assister d'abord, et ensuite continuer les travaux après son départ.

La Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales pouvait considérer sa mission, à elle, comme terminée, mais elle a pensé qu'elle devait encore assurer un autre avantage au département, en faire en quelque sorte le centre d'approvisionnement des éducateurs du Midi. Nous avons eu une bonne graine et un bon rendement ; mais il nous faut une graine irréprochable et le rendement maximum. Nous sommes pour cela dans une situation climatérique exceptionnelle ; nous devons en profiter pour le bien du pays, pour l'industrie qui réclame les efforts de tous.

Dans ces vues, deux grainages ont été entrepris et conduits avec un soin remarquable par notre président M. Vilallongue. Le premier a été fait d'après la méthode ordinaire; le second, comptant mille vingt couples, a été cellulaire. M. Ablard fils a vérifié chaque couple en particulier, et il en a constaté cinq cent quatre-vingt-douze complètement exempts de corpuscules. La graine do ces cinq cent quatre-vingt-douze couples, dont il vous sera adressé un lot, a été conservée pour être distribuée gratuitement, comme l'année dernière ; elle sera confiée à des mains habiles, à des éducateurs consciencieux. L'autre graine, le couple n'offrit-il qu'un corpuscule, a été rigoureusement rejetée. Le grainage ordinaire a donné de bons résultats; il ne pouvaif en être autrement, car les cocons provenaient des éducations constatées les meilleures parmi les bonnes, savoir : de celles de M"" Dorca, de M. Montoya, de M™* V* Philip et M™* Guchens.

Le succès de la campagne présente est une garantie de celui de la campagne prochaine, et le but que la Société se propose sera sûrement atteint. Ne l'est-il pas déjà en quelque sorte?

Depuis le départ de M. Maillot, plus de trente éducateurs du Gard sont venus s'approvisionner dans le département. Ils ont demandé à la Société des renseignements qui leur ont fait sans crainte conclure des affaires importantes. M. Ablard fils, par les inductions qu'il a tirées de ses observations, a facilité les marchés et a rendu là encore un véritable service, que la Société a voulu récompenser en lui décernant une médaille d'argent. Nous pouvons donc avancer que le département des Pyrénées-Orientales se trouvera en mesure, grâce à votre direction, de fournir des graines indigènes qui conduiront à la régéi\ération.

La Commission a insisté sur les résultats obtenus par la race roussillonnaise ; c'est que tout l'avantage a été en sa faveur dans la comparaison faite •avec la graine de Sauve, que nous devions à la sollicitude de S. Exe. le Ministre de l'Agriculture.

La graine de Sauve a en effet donné trois quarts de cocons blancs, bons sans doute, niais les vers ont été moins vigoureux que ceux de la race roussillonnaise, qui, du reste, est préférée ; ils sont plus lents à la montée et plus impressionnables aux variations de Fatmosphère. La chambrée de M. Montoya a cependant bien réussi, mais c*est la seule qui mérite une mention spéciale.

Il est encore un point sur lequel vous avez appelé Tattention de la Société, et dont la Commission doit vous entretenir : c'est la maladie des morts-flats. n y a eu une chambrée détruite, avons-nous dit, mais là se sont arrêtés les ravages de la maladie. Le soin que les éducateurs ont eu d'enlever les vers languissants devait enrayer le mal ; lorsqu'il se produit avec intensité, qu'il s'étend sur toute la chambrée, la mortalité étant considérable, les éducateurs emploient un remède radical, trop radical peut-être : ils jettent la chambrée entière. Dans cet état de choses, le danger pour la reproduction n'est pas considérable ; il est prévenu par la séparation ou détruit par la perte de la chambrée.

Les vers corpusculeux, voilà le véritable danger. Nous avons recommandé d écarter soigneusement tous les papillons qui présenteraient une teinte noire sur les anneaux de l'abdomen et principalement sur les flancs ; ces papillons sont en effet chargés de corpuscules, comme vous l'aviez annoncé, et ce caractère permettra à l'éducateur de faire lui-même un triage qui, en éliminant les sujets malades, contribuera à la rapidité de la régénération.

Ainsi, pour la Société de Perpignan, l'expérience est faite; elle est concluante. Vos procédés de régénération sont infaillibles, nous pouvons le proclamer hautement. Ce n'est pas le seul résultat obtenu. Il en est un de l'ordre moral qui a également une grande importance. La fraude dans la vente devient plus difficile, presque impossible, car l'acheteur aura un auxiliaire éclairé, le microscope, et alors encore la dégénérescence sera plus lente, arrêtée même pour longtemps, et la ruine de nos éducateurs aura été un fait malheureux, mais que les mêmes causes ne feront plus craindre.

La Commission de sériciculture termine là son Rapport : elle voudrait qu'il vous fût un témoignage de ses sentiments de reconnaissance et de profond respect.

Suivent les noms de Messieurs les membres de la Commission :

ViLLALONCiE, président; ('ompanyo, vice-président; Siau, trésorier; Ferrer; A. Massot; Labau; Béguin*; Pellet; Danjan et Ablard, secrétaires.

RAPPORT ADRESSÉ A M. PASTEUR, PAR M. DE LAGHADENÈDE, PRÉSIDENT DU COMICE AGRICOLE D'ALAIS.

Alais, le 22 juillet 1S68.

En comparant la date dé ma lettre avec la date de celle que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le ay mai dernier, je suis frappé du long espace de temps qui les sépare. Je n'ai pu répondre plus tôt parce que c'est aujourd'hui seulement que je reçois les derniers renseignements qui m'ont servi à dresser les tableaux que j'ai l'honneur de vous adresser. Cela vous prouve, Monsieur, une fois de plus, combien il est difficile de savoir d'une manière précise ce qui se passe dans nos magnaneries.

Je ne voulais porter dans ces tableaux que les rendements qui m'ont été donnés par écrit, afin de procéder avec exactitude; mais, pour quelquesuns , les réponses que j'ai sollicitées à plusieurs reprises n'arrivant pas, je me décide à accepter les renseignements verbaux après en avoir vérifié la véracité.

Vous regretteiez probablement. Monsieur, que ces tableaux ne soient pas plus complets, et que de plus nombreuses observations n'y soient pas consignées. Dans les lettres que j'ai entre les mains , ces observations sont si peu précises, si vagues et si diverses, qu'il eût été difficile de les mentionner. Il en résulte cependant que les échecs des diverses graines ou leurs faibles rendements correspondent presque toujours à une éducation faite (au moins pendant les premiers jours) dans la môme magnanerie que des graines d'une autre provenance, ayant échoué ou n'ayant donné que des résultats peu satisfaisants, tandis que les lots qui ont bien marché ont été, en général, élevés séparément. C'est un fait qui a son importance et qu'il est bon de constater dès à présent, sauf à le vérifier encore plus tard.

GRAINE DE M. R A.TBAUD-LA HGE.

S20 ONCES. — 31 irucATio.fa. — 20 eil. 6 iikctogi. pab oncb.

M. de BoiMon. (Commune d'AllèBre.)

M. de Lucoun. (Comi de BaiHet-et.Guiiic.]'

[. C«urF*bre. (Alds.)

M. de Coehorn. (S*inl-Jeinj

du-Garil.) |

M VilUreL-'CuniiniiriadoSor-'

M. Pontet. (ArdècheO- ..

M'" deUphadriicdi'.(SerTa*.){ M PuQRi. CommunodeSiiDl-l

ri^t-dcs-Vieui 1

M. Mai. d'Homfarm. (Véiéno-)

H*» de Maubec. (Ri*îère>.J. .

H. Tuech. (Salindrei.)

Mll<de Canibii. (Stliodru).

' Vario d'Ainvelle. (Ser-

M. de LogèreB. (Ardèche-I- - -

M. Riricre* de Jeta. (Alais.).

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