‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 28 sur 79 · EXTRAIT DU MONITEUR DES SOIES, 26 JUIN · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU MONITEUR DES SOIES, 26 JUIN

Alais, 24 juin 1869.

Comme tant d'autres personnes, j'ai été fort surpris de trouver dans votre numéro du 12 juin courant les allégations suivantes :

a Les graines des chambrées choisies au microscope ont généralement échoué Les plus heureux n'auront que quelques kilos par once La désolation est à Alais. »

Pour vous montrer toute l'exagération des paroles que je viens de citer, j'ai l'honneur de vous adresser quelques résultats extraits de lettres que j'ai déjà reçues au sujet des graines faites au microscope, et que je tiens à votre disposition. Je suis l'ordre de leur réception :

M. Chabaud, à Saint- Albans.

M. Castanier, à Genolhac.

M™* Sprecher, à Anduze.

M. Mares, de Montpellier .

M. Villaret, à Servas. .

M. Albert, à Cendras.

M'"" de Lachadenède

M™* Varin d'Ainvelle, à Servas.. . . .

MM. Guisquet et Vidal, à Saint- Ambroix

( * ) Distribuées entra 79 édacatears .

Chambrées.

Onces.

Rapport

,re

ire 2«

,re

aii

/• ite

3ii

i63ao

Sur ce dernier nombre de 539 onces, il y a eu des graines brûlées, des chambrées étouffées qui ne devraient pas entrer en ligne de compte.

Il résulte de ce tableau que 802 onces de chambrées choisies au microscope, sans défalcation de celles où les fautes commises par les éducateurs sont palpables, ont produit dans le Gard plus de i63oo kilogrammes de cocons jaunes d'excellente qualité dont le prix moyen a atteint 9 francs le kilogramme. C'est un rendement considérablement supérieur aux meilleures graines japonaises. J'ai encore d'autres résultats analogues aux chiffres qui précèdent, mais dont je ne parle pas, parce qu'ils ne m'ont été fournis que verbalement.

La désolation est si peu à Alais, et l'on a si peu confiance dans les graines corpusculeuses, que l'on continue à se pourvoir de microscopes, à faire grainer cellttlairement, et que tous les jours on vient me prier de retenir des graines à M. Raybaud- Lange ou aux personnes qui appliquent les procédés de M. Pasteur. Aussi, quelle que soit la quantité des graines qui se fabriquent cette année par ces procédés, elle ne pourra suffire, à Alais seulement, aux demandes déjà formulées. Heureusement que le procédé se vulgarise de plus en plus, et que déjà M. Raybaud-Lange a des imitateurs dans le Gard, l'Hérault et les Pyrénées-Orientales.

Permettez-moi d'ajouter, Monsieur, puisque j'en trouve l'occasion, que, dans ces dernières années, je me suis convaincu par mes propres expériences de l'excellence des procédés de M. Pasteur, pour la confection de la graine de vers à soie. Sans doute, nous avons eu à regretter encore cette année bien des échecs par la maladie des morts-flats, mais ces échecs doivent être attribués d'une part à l'inclémence de la saison, si bien constatée par votre correspondant, et de l'autre à la mauvaise conduite des chambrées. En voici la preuve : je ne connais pas une seule sorte de graines authentiquement faite parle procédé de M. Pasteur, qui n'ait fourni, une ou plusieurs fois, chez divers éducateurs, de 35 à 45 kilogrammes par once de ^5 grammes. Si un éducateur obtient un pareil rendement, souvent en grande chambrée, et que, tout à côté de lui, un autre, avec la même graine, puisée dans le même sac, élevée avec la même feuille, n'ait qu'une récolte nulle ou insignifiante, n'est-il pas de toute évidence que ce dernier a fait prendre mal à ses vers? souvent d'une manière inconsciente, j'en conviens ; mais il est impossible d'accuser en cfuoi que ce soit la qualité de la graine et le procédé qui l'a fournie. S'armer des insuccès de quelques-uns ou des fautes de nos magnaniers pour condamner le procédé de M. Pasteur me paraît souverainement injuste.

M. Pasteur, depuis cinq années, n'a qu'un but, qu'une pensée, poursuivie avec le dévouement le plus patriotique. Il a recherché et découvert les moyens de produire des graines saines, et il juge à bon droit que ce problème est résolu. C'est à nous, éducateurs de vers à soie, à trouver les conditions qui tantôt nous font réussir extraordinairement, tantôt nous font échouer avec une même bonne -graine. Ce que nous savons tous, c'est que la plupart des graines de race du pays, faites autrefois sans la connaissance des procédés de

M. Pasteur, échouaient constamment chez tous les éducateurs, quels qu'ils fussent. Aujourd'hui nous pouvons supprimer ces sortes de graines. C'est un immense progrès.

Beaucoup de personnes pensent que la confection de la graine saine par l'application des procédés de M. Pasteur exige que l'on aille faire des éducations dans des pays éloignés, isolés et de petite production. Sans doute, ces conditions doivent être recherchées par tout industriel qui désire préparer de grandes quantités de graines ; mais j'ai encore acquis la conviction, par ma propre expérience, qu'en suivant les indications de M. Pasteur, on peut faire d'excellentes graines à Alais, qui passe pour une des localités les plus infectées: ce qui est possible ici doit l'être partout ailleurs.

L'an dernier, j'ai fait moi-même une partie de la graine que j'ai élevée cette année. Elle a été de qualité supérieure et trouvée telle par les personnes que j'avais priées de l'élever dans le Gard, l'Ardèche, l'Isère, le Gers et les Basses- Alpes. Quant aux graines que j'avais rejetées de* mon grainage comme malades, le savant professeur de Milan, M. Cornalia, qui les a expérimentées, a déjà fait connaître ce qu'elles valent. Présentement je fais ma provision de graine pour l'an prochain.

En résumé. Monsieur, je suis de ceux qui attachent le plus grand prix et la plus grande importance pratique aux travaux de M. Pasteur, travaux qui acquièrent tous, à mesure qu'ils sont mieux connus, une notoriété plus considérable dans tous les centres séricicoles de la France et de l'étranger.

P. DE LACHADENÈDE, Président du Comice d' Alais.

Page 1