DUCROT
Répétiteur à l'École impériale d'agriculture de la Saulsaie (Ain).
Divers Rappocts adressés au Ministre de TAgriculture, dans les années 1866, 1867 et 1868, représentaient la Corse comme une contrée privilégiée, très-propre à la confection des semences saines. Par l'exemple de la Corse, on prétendait même prouver que la maladie des vers à soie tendait à disparaitre d'une manière générale, puisque Tépizootie paraissait ne pas pouvoir faire invasion dans cette île.
La Note suivante de M. Maillot fait justice de ces erreurs : elle montre; au contraire, que la pébrine est partout répandue en Corse, et qu'elle y a exercé, dans ces dernières années, les plus grands ravages. Mais à côté du mal qu'elle signale, cette Note place le remède, en indiquant les conditions qu'il conviendrait de réaliser pour rendre aux éducations leur état prospère des années 1 863, 64 et 65. En n'élevant que des semences irréprochables confectionnées d'après ma méthode cellulaire, dans cette contrée
de petite culture, isolée du continent, à l'abri de toutes les causes de contagion, on parviendra facilement à faire de la Corse un centre d'approvisionnement de bonnes graines.
SUR LA SÉRICICULTURE EN CORSE, PAR M. ALVILLOT (i).
La Corse est une des rares contrées. où les vers à soie n'ont pas cessé de prospérer, tandis que sur le continent la maladie régnait d'une manière à peu près générale. Sans doute l'isolement du pays, la douceur de son climat, le petit nombre des éducations devaient produire cette situation exceptionnelle. Pourtant la maladie s'y est montrée visiblement en 1866, mais seulement dans certains cantons; c'est ce que constate l'enquête agricole faite cette année-là [voir le Rapport de M. Abbatucci, p. 61, 68, 122, etc.). Depuis, en 186701 1868, on a pu croire que le mal était resté stationnaire, peut-être même qu'il était en voie de décroissance : ce serait une erreur complète. Malheureusement cette opinion a été soutenue dans divers Rapports adressés au Ministre de l'Agriculture, et il en est résulté qu'au lieu de chercher quelque remède au mal, on lui a laissé prendre des proportions excessives.
A la suite des expériences faites par M. Pasteur en 1868, M. de Casablanca conçut le projet d'appliquer en Corse ses procédés rigoureux de sélection, dont il appréciait toute la supériorité; il me proposa dans ce but d'utiliser ses propres plantations de mûriers, qui sont situées près de la côte orientale, dans la partie nord de l'île. L'exécution de cette tâche ne me parut pas trop difficile, et je me rendis en Corse avec l'approbation de M. Pasteur. Aujourd'hui, les résultats des éducations sont connus, et mon devoir est d'en rendre compte, sans m'écarter du simple exposé des faits.
J'entrepris d'abord l'éducation de six lots de graines qui m'avaient été remises par M. Pasteur, et qui provenaient des grainages faits en grand, selon ses méthodes. Toutes réussirent très-bien, et, malgré mon peu d'expérience, malgré divers petits accidents, j'obtins plus de 40 kilogrammes à l'once de 25 grammes, pour cinq de mes lots, et 3o kilogrammes pour le sixième. J'avais négligé tous les vers en retard sur la masse, visant plus à la qualité qu'au rendement, et quand la montée fut achevée, j'eus tout lieu de croire que ces cocons fourniraient d'excellente graine.
Pendant ce temps, que- se passait-il chez les autres éducateurs? L'état des chambrées était loin d'être aussi satisfaisant. Quatre lots, que j'avais condamnés avant l'éclosion, sur l'examen des graines, périrent en totalité. Plus de 1 5o onces d'autres graines, élevées par des Italiens habiles praticiens, ne
(1) Extrait des Comptes rendus de V Académie des Sciences ; séance du 2 août 1869.
parvinrent pas à la quatrième mue, ou n*y surv(^curent guère. Plusieurs autres éducations ne donnèrent non plus aucune récolte, soit à Bastia, soit aux environs. La provenance Porto-Vecchio ne réussit pas mieux. Bref, je trouvai partout une ruine complète par les corpuscules ; il n*y eut d'exceptions que pour quelques chambrées, dix environ, provenant de graines de Cervione, d'Drtaca, ou du cap Corse : celles-là donnèrent une récolte de cocons trèssatisfaisante.
n restait à examiner au microscope les chrysalides de ces éducations réussies : ce moment est critique pour le producteur de graines, tout autant que l'époque de la montée pour celui qui cherche seulement à obtenir des cocons. Grand fut mon désappointement, quand je reconnus, dans ma propre récolte, une très-forte infection corpusculeuse. Le meilleur lot offrit i« pour loo de chrysalides malades, peu de temps avant leur changement en papillons; il était donc impossible de fiiire grainer en masse, et je dus me borner à un grainage cellulaire. Je fus bien plus surpris encore à Texamen des échantillons des autres éducations, tant de Cervione que de Bastia et du Cap : les chrysalides, encore très-peu âgées, avaient déji\ 80, 90 et quelquefois 100 pour 100 de malades. Cette infection venait ici évidemment de la graine, tandis que les 10 pour 100 de mes chambrées peuvent bien avoir eu pour cause les poussières corpusculeuses qui ont dû remplir la plaine vers la fin des éducations.
De ces lots détestables, les uns furent étouffés aussitôt d'après mon conseil, les autres conservés pour le grainage ; heureusement plusieurs de ces derniers donnèrent un si grand nombre de papillons de mauvais aspect, que l'on s'arrêta presque forcément. Je conseillai de petits grainages cellulaires; cette méthode est seule capable de régénérer ces races, et, bien qu'on ait dû l'appliquer dans des conditions peu avantageuses et sur une échelle fort restreinte, je ne doute pas qu'on n'obtienne l'année prochaine de ces petits lots de trèsbons résultats.
En présence de ces faits, ce serait une dérision de prétendre que, dans la Corse, la maladie est en décroissance ou stationnaire. Je n'ai pas trouvé, je le répète, malgré le désir que j'en avais, un seul lot de cocons dont l'état de santé fût satisfaisant, ni au Cap, ni dans la Balagne, ni dans le pays d'Orezza, ni dans toute la plaine qui s'étend de Bastia à Alcria. Cet état de choses malheureux n'est que la conséquence fatale de ce qui existait en 18G6 : les échecs ont été, d'année en année, plus nombreux; en 1868, beaucoup d'éducations ne donnèrent déjà pas de produit en cocons, notamment en Balagne, où les éducateurs découragés ont laissé, cette année, presque toute la feuille sans emploi. Et pourtant il eût été facile de faire d'excellents grainages cellulaires, il y a deux ans, ou môme l'année dernière ; toutes les chambrées dont la graine a donné quelque produit cette année étaient alors d'une qualité suffisamment ,^|bonne.
Cependant je suis loin de croire que la situation de la Corse soit désespérée : une chose m'a frappé surtout, c'est l'absence complète de la maladie des morts-