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i30 MALADIE DES VERS A SOIE.
flats, qui sévit au contraire avec tant de force dans nos départements du Midi. Je n'ai pas vu mourir un seul ver de cette affection, ni dans mes éducations, ni dans toutes celles que j'ai pu observer dans le voisinage. Partout la maladie des corpuscules exclusivement ; mais il paraît facile d'éloigner celleci par l'application rigoureuse de la méthode de M. Pasteur; et, dès lors, on aurait en Corse des chances de réussite tout à fait exceptionnelles. Que l'on parte d'une graine rigoureusement pure, qu'on l'élève dans des localités choisies, bien isolées, et tout nous permet de croire qu'elle se multipliera d'année en année en restant saine : la Corse deviendra donc bientôt un centre d'approvisionnement pour les éducateurs du continent français. Cette mesure trouverait un appui, j'en ai la certitude, auprès de M. de Casablanca, qui se préoccupe toujours avec tant de sollicitude des intérêts de son pays, et peutêtre verrions-nous, dans un avenir prochain, les sériciculteurs oublier enfin le Japon et tourner tous leurs efforts vers l'éducation des races indigènes.
LE PROCÉDÉ PASTEUR, PAR M. DE CHAVANNES (i).
Quand M. Pasteur reprenant les travaux de l'école italienne sur les maladies des vers à soie découvrit et vulgarisa le procédé qui gardera son nom, il pouyait s'attendre à ce que les sériciculteurs n'adoptassent pas ce procédé de confiance, à ce que des doutes, des objections se manifestassent de tous côtés; mais rien ne devait faire supposer que le savant académicien se verrait en butte à des récriminations aussi injustes que passionnées. Si le procédé Pasteur avait dû, pour se faire place, se substituer à un autre procédé, on comprendrait encore la vivacité, les entraînements de la défense de ceux dont l'œuvre se trouverait menacée. Mais rien de pareil ne s'est produit, puisque l'examen microscopique est tout simplement un moyen de plus pour les magnaniers d'obtenir et de poser des graines saines. Celui qui veut s*en servir peut le faire sans modifier en rien son système d'éducation, sans renoncer à aucune de ses pratiques, de ses précautions pour se procurer de bonnes graines, soit qu'il les achète, soit qu'il les fasse lui-même. L'examen microscopique des papillons ne dispense ni des petites chambrées pour graine, ni de la sélection des mâles et des femelles, ni des délitements fréquents, ni de l'aération presque toujours incomplète des magnaneries. Il nous apporte purement et simplement le critérium tant demandé, si inutilement cherché jusqu'à ce jour, et dont l'absence laissait l'éducateur dans l'inconnu, rien ne lui indi-
(i) Extrait du Journal d * ^4 gri culture pratique , n^ du 19 août 1869. M. de Chavannes est chargé, depuis plus de trente années, d'inspections séricicoles par le Ministère de rAgriculture.
quant qu^ la graine qu'il avait faite avec les plus grands soins et dans les meilleures conditions fût saine ou non. Ce critérium, ne constituât-il qu une simple probabilité; serait encore un auxiliaire précieux qu'il faudrait bien se garder de dédaigner , de repousser, puisque, malgré toutes les recherches, toutes les tentatives, tous les procédés qui ont été tour à tour essayés, abandonnés, personne, en dehors de l'examen microscopique, n'est en droit d'affirmer qu'une graine n'est pas infectée. Y avait-il là, je le demande, matière à une polémique aussi passionnée que celle dont les expériences et les résultats obtenus par M. Pasteur font les frais depuis deux ans? Heureusement qu*en ce monde le bien natt toujours à côté du mal, et que, sans la façon acrimonieuse et bruyante dont le nouveau procédé a été attaqué, il serait peut-être encore loin d'avoir la notoriété qu'il [)ossède aujourd'hui.
Examinons le procédé en lui-même. D'abord i)eut-on admettre qu'un pa» pillon dont l'organisme entier est envahi par des myriades de corps étranj^ers ne soit pas profondément altéré dans sa constitution, qu'il soit dans un état normal? Or comment reconnaître, constater cette altération autrement que par le microscope, puisqu'il s'agit d'infiniment petits? Que les corpuscules soient la cause, la conséquence ou simplement le symptôme de la maladie, que ces corpuscules appartiennent au règne animal ou végétal, qu'im[)orte au magnanier; il lui suffit de savoir, et c'est acquis aujourd'hui, qu'un {)apillon corpusculeux est un papillon malade, que sa constitution est altérée, et que, par conséquent, il est impropre à la reproduction, puisque, sauf des cxcep^ tions excessivement rares, il communiquera à sa descendance le vice dont il est atteint. Je dis, sauf des exceptions y parce que, de môme que chez l'homme on peut citer des pères, des mères phthisiques, cancéreux, qui ont donné le jour à des enfants restés exempts de toute affection cancéreuse ou tuberculeuse, de même on pourra citer des [)apillons corpusculeux cx)mmc ayant donné naissance à des vers qui ont traversé sans encombre toutes les ))hases de leur existence.
Mais que prouvent ces exceptions contre le procédé microscopique? qu'il n'est pas absolu? Personne n'a élevé cette ridicule prétention d'infaillibilité. Qu'il arrivera que tel reproducteur, reconnu mauvais, donnera par extraordinaire des œufs sains? je l'accorde, mais est-ce un motif pour condamner un procédé parce qu'il n'est pas infaillible? Ne suffit-il pas, au contraire, pour l'adopter, qu'il donne, dans l'immense majorité des cas, des indications exactes? Or Texactitude de ces indications est démontrée par des faits trop nombreux pour que le doute à cet égard soit possible. Et lorsqu'on voit les adversaires les plus décidés du procédé Pasteur en être arrivés à croire à l'utilité pratique du procédé sur une très-petite échelle (comme si un procédé bon pour faire une once de graine pouvait être mauvais pour en obtenir mille), on peut dire, avec l'un des plus respectables doyens de la sériciculture, que le microscope n'a plus besoin d'être défendu et qu'il a surabondamment prouvé son efficacité à indiquer la présence de la pébrine dans les vers à soie.
Quant aux difficultés que présente le maniement d'un microscope, dans le cas spécial de l'examen des papillons, elles sont loin d'être sérieuses, et je crois pouvoir poser en fait que toute personne capable de diriger une chambrée de vers à soie en saura assez après quelques leçons pour se tirer d'affaire. Il est évident qu'au début il y aura des tâtonnements, que la besogne n'ira pas vite ; mais le commençant n'aura pas fait cinquante observations sans être assez suffisamment familiarisé avec l'instrument et les corpuscules pour se guider dans son grainage.
Seulement il s'agit de ne pas demander au procédé Pasteur plus qu'il ne peut donner. Que vous indique-il? que les reproducteurs que vous employez sont sains, que la graine que vous en obtiendrez ne contiendra pas le germe originel de la pébrine. Il ne vous apprend rien de plus, il ne vous donne pas d'autre garantie. Si donc votre chambrée venait à sombrer, cet échec ne prouverait absolument rien contre l'examen microscopique, à moins qu'il ne fût causé par la pébrine. C'est dans ce cas là seulement que le procédé Pasteur se trouverait en défaut. Or ce fait, dans ces conditions, ne s'est peutêtre jamais produit , je dis peut-être^ parce que les quelques exemples qui ont été cités n'offrent pas, au point de vue de la précision de l'examen, toutes les garanties désirables.
Aussi n'est-ce pas sans un sentiment de surprise que j'ai vu les adversaires de l'examen microscopique chercher à se faire une arme de tous les échecs, quelle qu'en fût la cause, qui frappaient les graines faites d'après le procédé Pasteur, comme s'il suffisait de poser une graine saine pour être certain d'avoir une belle et bonne récolte de cocons. Je sais bien que c'est un préjugé qui a cours dans les pays séricicoles, que tout est là, et que beaucoup mettent invariablement leur insuccès sur le compte de cette malheureuse graine, qu'ils traitent un peu comme le baudet du fabuliste.
De ce qu'il n'y a pas de succès à espérer avec de la graine infectée^ est-il permis de conclure qu'on ne peut pas échouer avec la meilleure graine du monde? Mille fois non, par la raison que la vie animale et végétale est soumise à des vicissitudes sans nombre. En posant des œufs sains, qui donneront des vers bien constitués, on met de son côté le plus de chances possible ; mais on ne les conservera, ces chances, qu'autant que l'éducation sera conduite avec soin et intelligence. Plus les vers seront robustes et sains, mieux ils résisteront aux fautes du magnagnier, aux influences d'une saison contraire. Sans doute il vaudrait mieux que M. Pasteur nous eût gratifiés d'une panacée qui assurât pleine récolte au sériciculteur, quoi qu'il fasse et quoi qu'il arrive. Mais en attendant qu'on trouve cette recelte miraculeuse, remercions le savant qui, en nous donnant le moyen simple et sûr de ne poser que des graines saines, nous permet d'échapper à la cause qui rend tout succès impossible.