‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 35 sur 79 · FAITS SUIVANT LE PROCÉDÉ PASTEUR · texte numérisé non relu

FAITS SUIVANT LE PROCÉDÉ PASTEUR

PAR P. SIRAND,

FnAlMACIE!< A GRE!<OBLC {l).

J'ai fait, en 1868, l'examen microscopique d'un grand nombre de chr>'salides et de papillons appartenant à diverses chambrées. En insérant le tableau de ces observations dans le ']0\xTïi2Me Sud-Est (numéro de juillet), je promis

(i) « Pour que nos lecteurs, dit M. Franccschiiii, conçoivent plus facilement l'utilité pratique do cette méthode de conTcction, qui est seule capable de soustraire notre précieuse industrie à dos maux plus grands que ceux qu'elle a eu à subir jusqu'ici, nous allons citer cet article public déjà par VIndustria serica. C'est pour ainsi dire un résumé des recommandations que nous avons toujours données, et que nous ne cesserons de donner tant que nous verrons le pauvre ver à soie menacé de la pébrine si désastreuse, que l'on veut, par nous ne savons quelles raisons, nous faire croire absente du Japon, comme si le microscope et la récolte moyenne qui va en diminuant chaque année ne suflTisaient pas à prouver justement le contraire. »

(2) Extrait sommaire de deux articles insérés dans le Sud-Esty journal ajjricole de Grenoble ; juillet 18C8 et août 1869. J'appelle l'attention particulière du lecteur sur l'eicellent article de M. Sirand, observateur aussi consciencieux que sagace.

de suivre, en 1 869, les éducations des graines de ces différentes provenances, et de publier les résultats quels quils fussent^ obtenus d'un côté avec les lots privés de corpuscules, et de l'autre avec les lots corpusculeux. C'était indiquer ainsi à l'avance une expérience publique, dont les phases et l'issue pouvaient être suivies et jugées par un grand nombre de personnes. Je ne pouvais cependant me dissimuler qu'il y avait des difficultés à redouter. Si j'espérais que les lots privés de corpuscules donneraient des chambrées qui ne périraient pas de cette maladie^ rien ne pouvait me faire prévoir quel serait le nombre des échecs causés par la maladie des morts-flats et par les soins mal compris durant l'éclosion et pendant l'éducation elle-même. Qu'on veuille bien reconnaître, en lisant mon premier article de juillet 1868, que tous les lots inscrits ont été examinés seulement au point de vue de la maladie des corpuscules, et qu'ils pouvaient être exposés soit à la flacherie héréditaire^ soit aux cas accidentels de la même maladie.

§ I. — Essais comparatifs sur trois lots différents de graines.

Avant de donner les résultats des grandes éducations industrielles, je vais décrire d'abord trois essais comparatifs qui sont des éducations de laboratoire que j'ai pu faire moi-même.

Éducation avec le /or P (n° iO du tableau inséré dans le Sud-Est, juillet 1 868 ) ; 5 papillons examinés, tous corpusculeux. Corpuscules sur bon nombre de graines. — Nombre de vers éclos, i3o; produit, 20 cocons. Environ 100 vers ont péri avant la première mue : j'ai examiné quelques séries de ces vers, elles étaient très-corpusculeuses. Dans le courant de l'éducation quelques autres vers ont péri, parmi lesquels 3 n'avaient pas de corpuscules et devenaient noirs, et 3 avaient des corpuscules au point que le champ n'était que corpuscules. J'ai examiné i5 papillons provenant des cocons produits, 12 étaient sans corpuscules et 3 étaient corpusculeux. On peut donc voir que, dans ce cas, les vers qui ont monté à la bruyère devaient, pour la plupart, être privés de corpuscules.

Éducation avec le lot Q, n° 18 ; papillons tous privés de corpuscules. — D'autre part, aucune précaution n'avait été prise, comme on le sait, en vue d'éviter la flacherie héréditaire. Poids de la graine, o'^ao; produit, i3o cocons pesant 25o grammes. Avant la quatrième mue, il a péri en tout 3 à 4 vers. Après la quatrième mue, il a péri 36 vers morts-flats, soit aa p. 100, J'ai pris un bon nombre de ces derniers que j'ai soumis un à un au microscope, aucun n'avait de corpuscules ; j'ai pris aussi les débris de feuilles contenus dans le tube digestif, et j'y ai rencontré des vibrions (7>oir aussi les autres éducations du lot n^ 18).

Éducation avec la graine R, que M. Pasteur m'a adressée sous le n* il avec r indication qu^elle était pure aux deux f)oints de lute de la flacherie héréditaire et des corpuscules. — Poids do la graino, o^^aS ; produit, 200 cocons pesant 870 grammes. Peu après Téclosion, 4 à 5 vers morts ; dans le reste da l'éducation, 3 vers morts. Pas do morts-flats après la ({uatrièmc mue (voir plus loin réducation du lot B). ).es trois essais P, Q, R ont été faits dans les mêmes conditions : éclosion en même temps, mémo alimentation^ mêmes soins; la corbeille Q n*a pas cessé d'être à coté de la corbeille R.

§ n. — Pboduits des lots dont les papillons étaient presque tous

PRIVÉS DE corpuscules.

Lot n" 15; 41 papillons examinés, dont 40 sont privés de corpuscules.— Y olcï les noms des personnes qui ont élevé la graine de ce lot :

M. BoiNEAu, au Rondeau, succès;

M. MrrTET, à Barraux, échec, pas de détails à ce sujet ;

M. DE MoRTiLLET, à Mcylan, succès;

M. Perrin (Henri), à Apprieu, succès : sur un nombre de 219 graines, 25 n*ont pas éclos ; mais autant de vers éclos autant de cocons.

Ce sont de foiblcs quantités do graines qu'on a élovros dans chacun de ces essais.

Zot n" 17 ; 19 papillons examinés et tous privés de corpuscules. — Ce lot a été élevé chez M. David, à la Buisse, et chez un certain nombre d'autres propriétaires. Je n'ai pu recueillir sur ces diverses éducations que des renseignements très-insufiisants. Il y a eu le plus souvent soit un faible produit, soit un échec complet; d'une manière générale, l'ensemble des résultats de c^tte graine est donc mauvais. Je n'ai visité aucune de ces chambrées, je n'ai pas davantage pu me procurer des vers morts, et personne n'a pu m'indiquer do quelle manière échouaient les éducations. Je regrette donc de laisser ici une lacune, faute d'avoir pu m'assurer que les échecs devaient avoir pour cause la flacherie, qui, dans ce cas, aurait sévi d'une manière générale, et pouvait par suite être attribuée à une disposition constitutionnelle de la graine. Mais j'ai hftte de dire que je ne veux point substituer des suppositions à des constatatîoiis qui n'ont pas eu lieu.

Lot n° 18; papillons tous privés de corpuscules . — La graine provenant des cocons de cette chambrée a été élevée chez les personnes nommées ci-après :

T. — Éducation de M. Buissard, à Sassenage : graine faite dans cette loca- Hté. 3 onces en une chambrée ont produit 1 kilogrammes de cocons. Échec par la flacherie après la quatrième mue.

S. — Éducation de M. Sirand, à Voreppe : graine faite dans cette localité.

iU MALADIE DES VERS A SOIE.

2 onces en deux chambrées, distantes de i kilomètres. Échec par les mortsflats après la quatrième mue ; la mortalité a commencé déjà à la troisième mue.

V. — Éducation de M. Charles Giroud, à Grenoble : graine faite à Gre- noble avec lo cocons. Cette graine non pesée a donné un rendement en co — cons de 4''^, 1 10. H y a eu lo morts-flats après la quatrième mue.

Aux éducations qui précèdent, s'ajoute l'essai Q que j'ai fait avec la graines prise chez mon père. A la troisième mue de l'éducation S, bon nombre d^ vers meurent au lieu de se réveiller ; je les ai vus, ils devenaient mous et plu^ tard noirs ; un certain nombre soumis au microscope ne m'ont présenté aucu^ corpuscule. Plus tard, quand j'ai vu des morts-flats en quantité dans mon essai Q, j'ai eu alors la conviction que cela tenait à une cause constitutionnelle il était difficile, en effet, d'admettre que ce fût un accident; la mortalité atteignait ces vers élevés au large et avec soin, quand, à côté, ceux du lot R, ayaat le même âge, ne périssaient pas. Si mon opinion était fondée, on devait rencontrer une mortalité plus ou moins accusée sur la généralité des éducations de la môme graine élevée du moins sous le môme climat. En effet, quelques jours après échouaient les deux chambrées S. Ce fut alors que je fis part à M. Buissard de mon appréciation ; je lui dis : « Faites élever vos vers comme vous voudrez, il y a chez eux une prédisposition à peu près fatale à la flacherie, et si cela est, vous verrez dans votre éducation un nombre plus ou moins fort de morts-flats après la quatrième mue, et môme il est très-probable que la plus grande partie de la chambrée sera emportée. » Pendant que les éducations S étaient perdues, les conditions météorologiques étaient mauvaises ; pendant les quinze jours précédents on avait eu des pluies fréquentes et des orages. Or la chambrée T était en retard de deux semaines environ sur les éducations S, et les vers avaient traversé la quatrième mue par un temps sec et bien meilleur. En dépit de cette différence de l'état atmosphérique, les mortsflats ont envahi la chambrée avec intensité.

Pourquoi Fessai Q a-t-il donné une mortalité beaucoup plus faible que les éducations industrielles? A mon avis, c'est surtout parce que, dans le premier cas, dès qu'un ver périssait il était enlevé et qu'il n'y avait pas d'entassement, tandis que, dans le second cas, les vers mourants contagionnaient leurs voisins, môme sains. En dernier lieu se trouve l'éducation V, qui n'a présenté que 10 morts-flats, qui ont marqué là encore, on pourrait le croire, cette disposition à la maladie; mais je m'empresse de l'avouer, on pourrait très-bien penser aussi que ces quelques vers morts ont péri accidentellement. Pourquoi alors cette éducation a-t-elle échappé s'il y avait affaiblissement des parents? Deux raisons plausibles, ce me semble, peuvent ôtre invoquées. D'abord, cette disposition héréditaire n'entraîne pas comme conséquence absolue l'échec dp toutes les éducations : que la généralité des chambrées d'une môme graine soient frappées, que par exception d'autres soient épargnées, on peut croire qu'il y aurait eu guérison dans ces derniers cas. Mais, on peut concevoir aussi

que pour la graine faite avec ces dix cocons seulement, pris dans ce lot supposé malade, mais contenant aussi des ôtres sains, on a pu tomber sur dix bons, tandis que les autres éducateurs ayant 5oo ou 600 cocons devaient nécessairement avoir bons et mauvais.

Loi n® 49; ^o papillons examinés y tous privés de corpmcu les. — Cegrainage important est celui de M~ Philibert. La quantité de cette graine est d'en\iron 180 onces de 3o grammes, élevées en plus de 100 éducations diiïérentes. Le succès de ce lot a été très-général. Parmi les éleveurs, vingt d'entre eux, habitants de Saint-Égrève, ont dressé un état de leurs produits respectifs ; d'après ce document, la moyenne du rendement de l'once de 3o grammes s'élèverait à environ 5o kilogrammes. Une grande partie des cocons de ce lot de graine ont été vendus sur la place de Grenoble, et il est très-notoire que le résultat des éducations a été excellent. Je pense qu'en disant que les rendements, dans leur ensemble, n'ont rien à envier à ceux qu'on obtenait au temps de la prospérité, je me fais ici l'écho des sentiments de tout un public nombreux qui a vu et jugé. Dans les cas assez rares où ce lot a éprouvé des échecs, la perte des chambrées était due soit à une mauvaise éclosion, soit à la flarherie déterminée par des causes accidentelles, et ici la maladie ne doit pas être attribuée à la qualité de la graine, c'est-à-dire à un affaiblissement de la constitution des parents producteurs, parce que la môme graine aurait subi l'influence héréditaire d'une manière assez générale.

Lot n** 20 ; \i papillons examinés y dont 1 1 sont privés de corpuscules, — Éducation faite chez M. Pichot, à Vorep|)e. Poids de la graine, 4 à 5 grammes ; produit, 8 kilogrammes de cocons.

Lot n** 21 ; tii papillons examinés y tous privés de corpuscules, — Éducation faite au Pont-de-Claix et à Champ, par M"" Breton. Poids de la graine, 10 grammes; produit, 17 kilogrammes de cocons. M. Charles Péronnet, à Grenoble, a élevé aussi avec succès un échantillon de la môme graine.

Lot n° 27 ; 8 chrysalides examinées, toutes sans corpuscules. — Race du Japon, reproduite, à cocons verts. Éducation faite à Sassenage, chez M. Buissard; 25 grammes de graine ont produit 28 kilogrammes de cocons.

Les lots dont je viens de donner les résultats étaient indiqués sous leurs numéros respectifs dans le Sud-Est de juillet 1868. Quant aux suivants, ils ne figurent pas dans cette publication, et je les désigne par des lettres.

Lots A <•; B. — Vers le commencement de mars 1869, M. Pasteur a bien

voulu m'adresser de Saint-Hippolyte (Gard) deux sortes de graines avec la

note qu'elles étaient pures au double point de vue de la pébrine et de la fla-

cherie héréditaire. L'une des boîtes, que je désigne avec la lettre A, portait le

n° 8, et l'autre B portait le n° 41 . Ces graines, élevées à Voreppe, ont fourni les rendements ci-après :

M"* Mondon, à Voreppe.

Graine A (n° 8 de M. Pasteur), poids 5 grammes ; produit, 7''^, Soc de cocons.

Graine B (n" 41 de M. Pasteur), poids S^^So; produit, 5''8,35o de cocons.

J'ai fait connaître précédemment, sous la lettre R, le produit que j'ai obtenu avec o^SaS de la môme graine B. Uest utile de faire observer que ces graines, n°* 8 et 41 , de M. Pasteur, sont les mômes que celles dont la Commission des soies a rendu compte dans le Moniteur des soies ^ du 2 5 septembre : dans ce Rapport, il est dit que la graine n** 8 a échoué par les morts-flats et que la cause de l'insuccès est peut-ôtre la flacherie accidentelle. Cette interprétation se transforme en une certitude en présence du rendement parfait que je fais connaître.

Lot C. — A la fin de mars, M. Henri Perrin, d'Apprieu, me présenta des papillons à l'effet de les examiner ; c'étaient des bivoltins de reproduction. Je soumis au microscope 18 papillons, tous étaient privés de corpuscules. A la date du 28 juin, M. Perrin m'écrivait ensuite : « Le résultat a justifié les données microscopiques : aucun de mes vers n'a péri de la pébrine, tous ont parfaitement fait leurs cocons, et si je n'ai pas obtenu le rendement maximum {25 grammes de graine ne m'ont produit que 10 kilogrammes de cocons), c'est que l'éclosion a laissé à désirer : j'estime à un cinquième le nombre de graines n'ayant pas éclos ; à part cela, l'éducation a marché à souhait. »

§ III. — Produits des lots dont les papillons étaient corpusculeux

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