‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 46 sur 79 · INSTRUCTION PRATIQUE POUR PRODUIRE DE RONNES GRAINES · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PRATIQUE POUR PRODUIRE DE RONNES GRAINES

DE VERS A SOIE (i).

M. Pasteur (2) va poursuivre ses expériences pendant la campagne de 1867, afin de contrôler les conclusions de celles qu'il a faites en 1866. Le nouveau travail que l'on vient de lire doit donc traduire encore sur plusieurs points l'incertitude qui accompagne toute recherche scientifique inachevée. M. Pasteur est le premier à proclamer qu'il ne possède pas les preuves définitives de ses opinions. Mais, comme il importait beaucoup de gagner une année, et qu'il y a, dans tous les cas, un puissant intérêt à multiplier le plus tôt possible des essais tentés d'après des vues qui, dès à présent, s'offrent avec des caractères nombreux de vérité et de déduction logique, nous pouvons supposer un instant très-exactes les vues qui servent de guide à M. Pasteur, et admettre avec lui que le critérium de la bonne graine pourrait bien être, en effet, l'absence des corpuscules chez les papillons reproducteurs. Voyons, dans cette hypothèse, et en nous plaçant exclusivement au point de vue praticfue, ce qu'il y aurait à faire pour se procurer de la bonne graine pendant la campagne prochaine.

Pratiques à suivre pour se procurer de la bonne graine.

Ne nous arrêtons pas aux indications tirées de la marche de l'éducation. Chacun est édifié sur ce point, c'est-à-dire que, suivant les pratiques anciennes consacrées par l'usage de tous les pays sérigènes, il ne faut recher-

(i) Extrait du Messager agricole du Midi, numéro de février 1867.

(2) La Note qui forine cette Instruction pratique a été soumise à M. Pasteur, qui en a autorisé la publication.

cher pour le grainage que des éducations (lui ont été satisfaisantes. On comprend, en effet, que si des vers ont souffert, s'il y a eu parmi eux une assez grande mortalité par une cause inconnue, alors même que les pa{)i lions provenant de leur éducation seraient exempts de corpuscules, ces papillons pourraient avoir une affection cachée héréditaire sans rapport avec la maladie propre à ces petits corps. Cest même une circonstance qui se prtsente assez fréquemment, ainsi que j*en donnerai des preuves lorsque je traiterai de la maladie des morts- Qats.

Notez bien Tépoque de la montée. Ce sera, si vous le voulez, le lo juin qu'elle aura lieu pour la presque totalité des vers de voire chambrie. Le 1 5 juin, allez prélever en différents points, dans la chambrée, vingt cocons ou davantage. Examinez ai^ microscope séparément chacune de leurs chrysalides. Je suppose qu'elles n'aient pas de corpuscules. Le 20 juin, refaites le même travail; puis le a5 juin. Supposons toujours que vous ne trouviez pas de corpuscules. Vers le 3o juin, apparaissent les papillons. Nouvel examen sur cinquante de ces papillons pris au hasard. Admettons encore que tous, ou presque tons, n'aient pas de corpuscules. Alors ayez toute confiance dans la graine que de tels papillons pourront vous donner. Faites grainer toute votre chambrée, si vous le désirez, en procédant au grainage d'après les errements et avec les soins d'autrefois. Enfin, procédez pour elle à un bon hivernage. Généralement les papillons de la fin et de l'origine ont la même prof)ortion. Si l'on craint un mélange ou que ceci ne soit pas, il faut attendre la sortie des derniers.

Si, dans vos visites à l'époque des grainages, ou djins les indications qui vous seront données de vive voix, vous apprenez que telle personne est satisfoite et de sa chambrée et de son grainage, et que l'idée vous vienne d'acheter une portion de la graine de ce grainage, comme eh fait de papillons il £aut se défier des apparences, priez le graineur de vous remettre ses {>apillons mftles après le désaccouplement et aussi les femelles après qu'elles ont pondu. Examinez-en une cinquantaine ou davantage au microscope, et si ces papillons sont en grande majorité privés de corpuscules, achetez en toute confiance leur graine.

Le grainage dont il s'agit, dont on vous a vanté la beauté des vers, des cocons et des papillons, s'effectue-t-il loin de vous? Faites de même. Priez qu'on vous envoie par la poste une centaine de papillons après qu'ils auront donné leur graine. Le voyage doit-il être long, craignez- vous les insectes, etc.? Dites que Ton place les papillons dans une bouteille avec de l'eau-de-vie. Vous pourrez les conserver ainsi pendant plusieurs mois, et bien plus longtemps si vous le désirez. Il faudrait arriver à faire le commerce de la graine avec la garantie des papillons.

Une objection s'est présentée certainement à votre esprit. Comment faire

pour se donner le temps d'envoyer à la filature, si besoin est, dans le cas où

miserait reconnu que les cocons sont défectueux pour graine?

Au lieu d'agir comme il a été dit tout à l'heure, lorsqu'il était question, non de grainages déjà en train, mais de chambrées, on prélèvera sans choix, de côté et d'autre, dans la chambrée, quelques centaines de cocons, et on les portera dans un local dont la température soit de quelques degrés audessus de celle de la chambrée, afin d'avancer la sortie de ces cocons, et ce sera sur ce lot de cocons qu'on fera les épreuves indiquées ci -dessus pour les i5, 20, '25 et 3o juin.

Quant aux petites éducations pour graines, tant préconisées et si peu suivies, les résumés de M. Pasteur nous apprennent à quelle condition elles peuvent réussir. Rien n'est plus utile que les petites éducations pour graines; mais c'est à la condition expresse que l'on partira d'une bonne graine. Sans doute, on a toujours dit cela, et il n'y a persojine à convaincre à ce sujet; mais M. Pasteur y ajoute le critérium pour reconnaître la bonne graine, sans laquelle les petites éducations ne sont qu'un moyen propre à favoriser la multiplication des graines défectueuses. Prenez des pontes appartenant à des papillons mâle et femelle, exempts de corpuscules, et élevez ces pontes en petites éducations. Elles vous donneront d'excellents reproducteurs et nombreux. Songez qu'avec un seul couple non corpusculeux de nos belles races, vous aurez, en général, i kilogramme de cocons, lesquels ne vous donneront pas moins de a à 3 onces de graine. Quoi de plus facile que l'éducation soignée, loin de la magnanerie, dans votre cuisine ou dans votre chambre à coucher, d'une ou de deux ou trois pontes dont vous vous serez assuré que les deux, quatre ou six papillons étaient privés de corpuscules!

Avez-vous par hasard quelque raison de croire que votre petite éducation vous a donné des cocons suspects pour la reproduction? Ayez recours à votre microscope. Il vous dira exactement à quoi vous devez vous en tenir sur vos doutes.

Le microscope vous fait-il peur? Sachez bien qu'en Allemagne, dans beaucoup de localités, il est défendu de vendre de la viande de porc sans la garantie de l'observation microscopique, et que dans les plus petites communes, moyennant i à a francs, on se procure, auprès d'une personne désignée à cet effet, un certificat de constatation microscopique.

Avez-vous un peu de mauvaise graine d'une race très- belle que vous désiriez régénérer, c'est-à-dire faire pulluler chez vous? M. Pasteur vous dit encore que rien n'est plus facile. Élevez à part quelques centaines d'œufs seulement de cette graine avec de grands soins de propreté. Ainsi, éloignez jour par jour les petits, les morts, les pourris.... Garantissez- vous des poussières de vos litières et des poussières des mauvaises éducations. Vous aurez certainement des papillons, peu ou beaucoup, n'importe. Comme vous serez parti d'une mauvaise graine, la plupart de ces papillons seront mau\^is; mais, comme vous aurez évité autant que possible l'infection par contagion qui résulte des expériences positives de M. Pasteur ( novembre 1 866, Comptes rendus de l^ Académie des Sciences) y il arrivera que parmi ces papillons quelques-

uns seront excellents, c'est-à-dire privés de corpuscules. Le microscope vous en instruira; mais il est essentiel, pour découvrir ces papillons avec profit, de procéder d'abord par grainage cellulaire. En d'autres termes, vous ferez pondre à part chaque couple en numérotant les cellules, et vous examinerez les papillons des diverses pontes. Conservez alors, pour les élever l'année suivante, les pontes des couples non corpusculeux, en petites éducations trèssoignées. Celles-ci vous donneront une abondante récolte do bons cocons reproducteurs.

Mais, direz- vous, cette bonne graine s'altérera de nouveau. Que vous importe ! Vous avez à votre disposition et le moyen de savoir si elle s'altère et le moyen de la conserver pure par les petites éducations dont il a été |)arlé en premier lieu.

11 y a un point sur lequel M. Pasteur appelle l'attention des éleveurs et qui pourra avoir beaucoup d'intérêt dans l'avenir si l'expérience parle en sa £iveur. Convaincu, par ses propres observations sur des cocons étouffés d*avant l'époque de la maladie, que les corpuscules ont toujours été abondants chez les papillons^ M. Pasteur se demande quel est le degré de tolérance qu'on pourrait accorder à des papillons chargés de corpuscules pour qu'ils fussent jugés propres à faire de la graine rénumératrice , c'est-à-dire bonne, industriellement parlant, A cette question, M. Pasteur répond que toutes les fois qu'une chambrée a été détestable, qu'elle a fourni peu de produit, qu'il y a eu des petits et des petits corpusculeux, etc., les chrysalides des cocons obtenus sont toujours chargées de corpuscules dès les premiers jours de leur formation. La montée, par exemple, a-t-elle eu lieu le lo juin, dès le i5 juin vous trouverez 20, 3o, 5o pour 100 et davantage de chrysalides avec corpuscules, et ce nombre augmente rapidement les jours suivants. Dans ce cas, la graine issue de tels cocons est absolument mauvaise.

n y a, au contraire, des circonstances où une chambrée dans laquelle la montée sera faite le 10 juin et dont tous les papillons offriront des corpuscules le 3o juin, qui n'offrira pas de corpuscules dans ses chrysalides ni le i5 juin, ni le 20 juin, ni le 22, ni le 25, ou du moins à peine celles-ci commenceront-elles à en montrer dans ces derniers jours. M. Pasteur pense que c'est dans ce cas, assez fréquent selon lui, que les papillons peuvent encore fournir des graines industrielles.

Mais, pour le moment et jusqu'à ce que les études se soient assez multipliées sur ce point, il est prudent de ne rechercher pour graines que les

chambrées dont la totalité ou la grande majorité des papillons sera privée do

corpuscules. Les résumés de M. Pasteur prouvent qu'il est assez facile, de

trouver de telles chambrées, môme parmi les races du pays.

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