‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 65 sur 79 · L. PASTEUR · texte numérisé non relu

L. PASTEUR

Membre de l'Institut.

MOYEN DE RECONNAITRE LE PLUS OU MOINS DE VIGUEUR DE DIVERS LOTS DE GRAINTS (i).

Lorsque des vers à soie issus de graines pures, c'est-à-dire de graines préservées de la pébrine par le procédé de grainage que j'ai fait connaître, sont soumis à un seul repas de feuilles chargées de corpuscules, tous, sans exœption, deviennent corpusculeux.

Si Texpérience est faite entre la première et la seconde mue, beaucoup de vers meurent avant de faire leur cocon ; ceux qui résistent donnent des cocons très-faibles. Le nombre de ceux qui font leur co^on varie d*ailleurs avec la vigueur des vers et la qualité de la graine.

Dans le cas où les graines ainsi éprouvées sont prédisposées à la maladie des morts-flats, il y a mortalité complète avant le coconnage, comme si l'affaiblissement correspondant à Tétat latent encore de cette maladie prédisposait à une influence plus funeste des corpuscules.

Si, au contraire, les graines doivent résister à la maladie des morts-flats, UD certain nombre de \\ rs, la moitié, par exemple, arrivent à faire leur cocon quoiqu'ils soient corpusculeux.

n résulte de là que Ton peut reconnaître aux essais précoces les graines prédisposées à la maladie des morts-flals, par des études comparées sur la mortalité qu'entraîne la maladie des corpuscules, communiquée directement aux vers par un repas de feuilles chargées de corpuscules.

LETTRE DE M. PASTEUR A M. DUMAS. - RÉSULTATS DES OBSERVA- TIONS FAITES SUR LA MALADIE DES M0RTS-FL4TS , SOIT HÉRÉDI- TAIRE, SOIT ACCIDENTELLE (2).

Alais, le 22 mai 1869.

Vous VOUS rappelez que dans l'intéressante lettre que M. Cornalia m'a adressée au mois de mars dernier, et qui a été insérée aux Comptes rendus de l'Académie, le savant directeur du Musée de Milan a mis en doute le carac-

(1) Extrait des Comptes rendus de V Académie des Sciences; séance du 26 octobre 1868.

(a) Extrait des Comptes rendus de V Académie des Sciences ; séance du 3 1 mai 1 869.

tère héréditaire de la maladie des morts-flats. En France, un membre de la Commission impériale de Sériciculture, M. Duseigneur, très-versé dans la connaissance de tout ce qui touche à l'industrie de la soie, partage la même opinion, qui est en désaccord avec les résultats d'expériences que j 'ai publiés en 1868, à la suite des éducations précoces faites à Ganges et à Sainl- Hippolyte, où j'avais institué divers essais concernant la question dont il s'agit. Dans mon Rapport au Ministre de l'Agriculture du mois d'août dernier, j'ai soutenu ma manière de voir, et j'ai môme indiqué un caractère physique à l'aide duquel on peut facilement reconnaître les cocons dont les chrysalides et les papillons peuvent fournir une graine prédisposée à la maladie des morts-flats. Ce caractère consiste dans la présence d'un petit ferment en chapelets de grains que j'ai, le premier, découvert dans la poche stomacale des chrysalides et des papillons.

En vous envoyant la lettre de M. Cornalia, je vous disais : « Pour démontrer à mon savant confrère de l'Institut lombard que la maladie des mortsflats peut être héréditaire, il me suffira sans doute de lui faire parvenir plusieurs lots de graines en lui annonçant à l'avance que les vers qui en naîtront périront tous entre ses mains uniquement de la maladie des morts-flats. »

J'ai satisfait à cet engagement dès le commencement du mois d'avril en adressant à M. Cornalia trois lots de graines provenant de papillons absolument exempts de corpuscules, mais dont plus de la moitié offraient le ferment précité. Je n'ai pas encore reçu de M. Cornalia les résultats de ses éducations, mais j'ai élevé moi-môme ces trois lots de graines, ainsi que quatre autres sortes placées dans les mômes conditions, c'est-à-dire pondues par des papillons dont un grand nombre montraient le ferment en chapelets de grains dans leur canal intestinal. Les résultats auxquels je suis arrivé ne peuvent laisser aucun doute sur le caractère héréditaire de la maladie dont je parle. Les sept lots de graines ont péri de cette maladie alors que des graines de môme race et de môme origine, mais dont les papillons producteurs étaient sains, ont donné de très-belles réussites. L'intensité du mal à été variable dans ces sept divers lots, c'est-à-dire que les uns ont présenté la maladie des morts-flats dès la troisième mue, et les autres seulement après la quatrième. Mais tous ont échoué : les meilleurs n'ont donné qu'un petit nombre de cocons.

L'hérédité de la maladie des morts-flats, dans des circonstances bien déterminées, est donc un fait acquis à la science et à la pratique, et, en outre, il est facile de la prévenir en rejetant tout grainage dont les chrysalides et les papillons offrent en plus ou moins grand nombre le ferment que j'ai figuré dans mon Rapport au Ministre de l'Agriculture.

D'où vient ce ferment? et comment se fait-il qu'on le rencontre dans le canal intestinal de la chrysalide et nulle part ailleurs, dans aucun des tissus, pas plus que dans les œufs? Voici comment les choses se passent. La maladie des morts-flats est souvent accidentelle. Une trop grande accumulation des vers aux divers âges de l'insecte, une trop grande élévation de température

au moment des mues, la suppression de la transpiration par les effets du vent que, dans le Midi^ on appelle marin, un temps orageux qui prédispose les matières organiques à la fermentation, l'emploi d'une feuille échauffée et mal aérée, souvent même un simple changement subit dans la nature de la feuille qui sert de nourriture aux vers, sont autant de causes propres à développer, quelquefois dans Tespace de vingt-quatre heures, la maladie des morts-flats. Elle se présente alors sous deux formes différentes, mais qui ont toutes deux une origine commune, à savoir : la fermentation de la feuille dans le canal intestinal des vers.

Cette fermentation est toujours la conséquence de l'apparition, dans les matières du canal intestinal, de deux ferments organisés distincts. Ouvrez un ver, encore bien vivant, mais qui commence à présenter les symptômes de la maladie ; examinez au microscope le contenu du tube digestif, vous y trouverez soit des vibrions, soit le ferment en chapelets de grains dont j'ai |)arlé précédemment, soit l'association de ces deux organismes que les vers sains ne montrent jamais. Or, toutes les fois que la maladie s'accuse par des vibrions, le ver meurt presque toujours avant de faire son cocon, rarement à l'état de chrysalide, et ce n'est que dans des cas plus rares encore que les papillons vivants offrent des vibrions.

Mais il arrive fréquemment que la fermentation de la feuille dans le canal

intestinal ne se montre que dans les derniers jours de l'âge de la larve, au

moment où elle va filer sa soie, et qu'elle est en outre occasionnée seulement

par le développement du ferment en chapelets de grains sans association avec

des vibrions. Dans cette circonstance le ver devient chrysalide, la chrysalide

devient papillon, et le papillon est fécond. Bien plus, rien absolument, ni dans

Son aspect, ni dans sa vigueur apparente, ni dans la quantité de graine qu'il

peut fournir, n'annonce qu'il soit affaibli ou soumis à l'influence d'un mal

caché. C'est alors pourtant que sa graine sera entachée de la maladie des

morts-flats par hérédité à un degré plus ou moins marqué, suivant que la

fermentation de la feuille dans l'intestin du ver aura duré plus ou moins de

temps avant la montée à la bruyère.

La maladie des morts-flats présente également le caractère contagieux au plus haut degré. Les poussières des magnaneries infectées, déposées à l'état sec sur les feuilles, provoquent une mortalité considérable en quelques jours. Le contenu du canal intestinal des vers atteints de la maladie agit de la même manière. La contagion est si facile, qu'il suffit de mêler des vers sains avec des vers malades pour que ces derniers communiquent la maladie aux premiers. Cette communication se fait principalement par les déjections des vers malades, soit fraîches, soit desséchées. Une infusion de poussières sèches de magnanerie infectée montre déjà, après quelques heures, des vibrions, et, si l'on vient à humecter la feuille d'un seul repas avec le liquide, tous les vers sont empoisonnés ; dans l'intervalle de quelques jours la mortalité dépasse 5o pour loo, et le restant des vers ne mange plus et dépérit à vue d'œil.

Ces effets de contagion de la maladie des moris-flats sont surtout très-prononcés sur les vers arrivés au milieu du cinquième âge*.

L'une des circonstances qui affaiblissent le plus les vers à soie et les prédisposent à la maladie des morts-flats accidentelle est leur trop grande accumulation.

On arrive à des résultats du plus haut intérêt, soit au point de vue de la maladie des morts-flats, soit au point de vue de la pébrine, en appliquant la méthode de l'isolement absolu des vers dès Téclosion, méthode qui m'a déjà permis l'an dernier, vous le savez, de résoudre toutes les difficultés que soulevait la question des taches des vers à soie. Rien de plus intéressant que ce genre d'éducation lorsqu'on l'applique à des vers issus d'une graine qui, en chambrées ordinaires, ne fournirait pas un seul sujet capable d'arriver jusqu'à la bruyère. C'est qu'il n'est pas de si mauvaise graine qui ne renferme des œufs sains. Ceux-ci sont mis à part à l'aide de la méthode dont je parle, et ils donnent lieu à des vers très-beaux et très-sains qui^ le plus souvent, ne manifestent sous aucun rapport la maladie des morts-flats ou celle des corpuscules. La contagion a été empêchée.

Mélangez, au contraire, à parties égales, des vers très-sains avec les mômes vers que vous aurez contagionnés par un seul repas de feuilles corpusculeuses ou par les ferments propres à la feuille du mûrier, et la pébrine ou la maladie des morts-flats se développeront peu à peu au degré le plus intense dans les vers sains.

La contagion de la pébrine se fait par deux modes distincts.

Un ver qui marche sur un ver corpusculeux enfonce dans le corps de celui-ci les ongles qui terminent ses pattes, et se trouve prêt à aller inoculer à d'autres vers le germe de la maladie au moyen de ses crochets souillés de corpuscules.

Mais la matière contagionnante par excellence est la matière excrémentielle qui sans cesse tombe sur la nourriture des vers. Chose remarquable, el assurément fort heureuse, cette matière perd son activité assez rapidement. La dessiccation à l'air ordinaire détruit chez le corpuscule sa faculté de reproduction. C'est que le corpuscule, tel qu'on le connaît ordinairement, brillant, très-nettement délimité, est un organisme caduc ; il ne peut plus se régénérer. Sa faculté de reproduction n'existe que lorsqu'il est entièrement jeune, état sous lequel la dessiccation le fait périr.

Tandis que la poussière des crottins frais ou la matière d'un tissu quelconque d'un ver corpusculeux possède de la façon la plus marquée le pouvoir contagionnant, on ne réussit pas à rendre les vers corpusculeux par des repas de poussières très -corpusculeuses, non plus que par les tissus ou les déjections de papillons corpusculeux conservés depuis Tanné 3 précédente.

Il résulte de ces faits qu'en passant d'une année à une autre, il n'y a de corpuscules pouvant se reproduire et se multiplier que ceux qui se trouvent dans l'intérieur même des œufs, de telle sorte que, par l'application bien

entendue de mon procédé de grainage, on arriverait à supprimer d'une manière absolue la maladie des corpuscules, puisque les poussières de magnaneries qui offrent des corpuscules par myriades quand la pébrine a sévi sur les éducations qu'elles ont renfermées (vo/r ma Communication du 23 juillet 1866 à l'Académie des Sciences] sont incapables de communiquer cette maladie au bout d'une année.

On pourrait croire qu'un ver corpusculeux doit porter sur sa nouvelle peau, au moment des mues, des corpuscules en grand nombre, il n'en est rien. Je citerai en passant un fait curieux. On sait que les vers, après le changement de peau, deviennent comme cendrés. Ils ont un aspect farineux. J'ai observé que cet effet est dû uniquement à la présence d'une poussière de cristaux identiques à ceux que l'on rencontre dans les tubes de Malpighi. La matière humide qui recouvre la nouvelle peau au moment de la mue cristallise subitement au contact de l'air par évaporation dès que le ver s'est dépouillé.

J'ai fait de nouvelles études sur les taches des vers corpusculeux. Elles ne se montrent jamais qu'à la suite de l'apparition des corpuscules dans l'intérieur du canal intestinal. Ce sont comme des pétéchies de la peau extérieure, consécutives aux altérations de la peau intérieure. Elles ne sont pas du tout un effet du développement sous-cutané des corpuscules dans les tissus périphériques de l'insecte.

Quand les éducations industrielles seront termint'es, je vous écrirai de nouveau afin de vous démontrer par des faits très-précis que l'application de mon procédé de grainage, en vue de prévenir l'une et l'autre des deux maladies qui pèsent si lourdement sur la production do la soie, est tout à fait sûre dans ses résultats. Les échecs, quand ils se présentent, ne peuvent être attribués qu'à des vices d'éducation ou à des accidents imprévus, et nullement à la qualité de la graine.

En communiquant à l'Académie les résultats qui précèdent, et dont vous avez bien voulu contrôler vous-même quelques-uns au milieu do nous, dites bien, je vous prie, à nos savants confrères avec quel zèle je suis secondé ici par le dévouement de MM. Gernez, Duclaux et Raulin. N'oubliez pas davantage M. Maillot, qui, sur la demande de M. le sénateur comte de Casablanca, a consenti à s'éloigner de nous pour aller en Corse appliquer mon procédé de grainage. Ses éducations sont achevées, et toutes avec succès, tandis que les échecs sont généraux dans l'île cette année. M. Maillot a élevé six lots de graines toutes confectionnées en France d'après ma méthode.

NOTE SUR LA CONFECTION DE LA GRAINE DE VERS A SOIE ET SUR LE GRAINAGE INDIGÈNE, A L'OCCASION D'UN RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES DE LYON (i).

La Commission des soies de Lyon, composée de MM. Parisel, président; Jourdan, Faivre, Maurice, Biétrix, Billoud, Platon, Locart, Tabourin, Guinon, Sauzey , Charvériat, Perret ; Chaurant. président de la Société d'Agriculture ; Paul Eymard, secrétaire-rapporteur, entretient à ses frais une magnanerie expérimentale et présente annuellement dans un Rapport imprimé l'exposé de ses travaux. Le compte rendu qu'elle fit paraître au mois de septembre de l'an dernier était loin d'être favorable à ma méthode de grainage, mais il faut dire qu'aucune expérience sérieuse n'avait été faite par la Commission pour se rendre compte de l'efficacité de cette méthode. C'est ce que je m'empressai de faire observer dans une lettre motivée à son rapporteur, M. Paul EymanJ, lettre qui a été insérée au Moniteur des soies du lo octobre 1868.

La Commission, appréciant sans doute ce qu'il y avait de judicieux dans les critiques que je lui avais soumises, m'écrivit spontanément le 22 mars dernier en m'exprimant son intention de mettre à l'épreuve des faits les résultats de mes recherches. A la demande qu'elle voulut bien me faire d'un ou deux lots de graine que je jugerais saine et qui aurait été confectionnée suivant mes indications, je répondis par l'envoi de sept lots différents, quatre de graines saines et trois de graines malades avec le pronostic anticipé concernant chacune d'elles.

La Commission des soies vient de publier le Rapport de ses opérations de cette année.

« De toutes les expériences suivies pendant cette campagne, dit le Rapport, celles qui ont offert le plus d'intérêt et qui ont le plus sérieusement occupé votre Commission ont été celles concernant les graines qui lui avaient été confiées par M. Pasteur. Vous connaissez le système d'éducation reposant sur l'examen microscopique des chrysalides, des papillons et des graines proclamé par ce savant. Vous savez quelle polémique passionnée s'est élevée à ce sujet- Vôtre Commission, voulant se tenir complètement à l'écart de ces débats, n'a eu qu'un but, celui de constater aussi exactement que possible des £uts dont vous jugerez vous-mêmes l'importance.

» Au mois de mars dernier nous nous sommes adressés à M. Pasteur, qui, pour rendre nos expériences plus complètes , nous a envoyé sept lots de

(i) Extrait des Comptes rendus de l' Académie des Sciences, t. LXIX, séance du 4 octobre 1869.

graines portant chacune l'indication de la marche présumée des vers qui en proviendraient. »

Voici ces indications, textuellement extraites de ma lettre d'envoi de graines, lettre reproduite, in extenso, dans le Rapport de la Commission :

La boîte portant Tétiquette lo grammes, n^* 3, renferme une graine industrielle faite à Paillerols (Basses-Alpes). J'ai examiné moi-même les chrysalides et les papillons. Je n'y ai rencontré ni corpuscules, ni le ferment en chapelets de grains, que je considère comme un témoin de l'existence de la prédisposition héréditaire à la maladie des morts-flats.

100 onces de cette graine ont été livrées, par M. Raybaud-Lange, à M. Meynot, juge d'instruction à Alais. M. Meynot a bien voulu m'en céder une petite quantité, sur laquelle j'ai prélevé lo grammes que je vous envoie.

La boite portant l'étiquette i grammes, n® 41, renferme encore une graine industrielle faite également à Paillerols, et dont j'ai examiné moi-même les chrysalides et les papillons. Je juge que cette graine est à l'abri des corpuscules et de la maladie des morts-flats par héréilité. M. de Lachadenède, président du Comice d' Alais, élèvera 20 onces de cette graine.

La boite portant l'étiquette 1 grammes, n^ 8, renferme une graine industrielle faite également à Paillerols et dont j'ai examiné moi-même les chrysalides et les papillons. Je juge que cette graine est à l'abri des corpuscules et de la maladie des morts-flats par hérédité. La famille de M. de Lachadenède doit élever 5i onces de cette graine; M. Gcrvais, notaire à Anduze, doit en élever ib onces.

La boite portant l'étiquette a grammes, D. S., renferme une graine qui a été faite cellulaircmcnt au collège d' Alais, par M. Despeyroux, professeur dans cet établissement, avec 5 grammes d'une graine cellulaire faite par moi en 1867 (race de Perpignan).

Cette dernière graine ofl're un intérêt particulier, car elle a été confectionnée dans une localité qui passe à bon droit comme l'une des plus aflectées par les maladies régnantes. J'estime encore, d'après mes propres informations, que cette graine est à l'abri de la maladie des corpuscules et de la maladie des morts-flats par hérédité. Cette graine sera élevée au collège d' Alais et chez divers propriétaires du Gard. Sur vingt papillons, un seul offrait le ferment en chapelets de grains.

La boîte portant pour étiquette 2 grammes, C. C, renferme une graine dont les papillons ne contenaient pas trace de corpuscules et qui, en conséquence des principes que j'ai établis, ne peut périr de la maladie des corpuscules ou pébrine ; mais ces mêmes papillons contenaient 70 pour 100 de sujets dont la poche stomacale renfermait le ferment en chapelets de grains dont j'ai parlé précédemment. Presque tous les vers périront de la maladie des morts-flats héréditaire. Cette graine a été faite ceilulairemcnt par M. de Lachadenède à l'aide d'une de ses chambrées tes mieux réussies.

La boîte portant l'étiquette 1 grammes, S. Del., renferme une graine qui ofl're également un intérêt tout spécial. En 1867, le Comice du Vigan, voulant mettre à l'épreuve de l'expérience mon procédé de grainage, fit élever dans le canton de Saint-Hippolyte, à* Sauve, sous la surveillance de deux de ses membres, i once d'une graine dont j'avais examiné les papillons producteurs, et que j'avais déclarée saine au point de vue de la pébrine. Cette graine produisit 46''5,5oo de cocons. Le Comice me chargea d'examiner ces cocons et de déclarer s'ils pouvaient servir au grainage.

Je les reconnus sains. On fit grainer toute la chambrée, et le Comice décida qu'une once de la nouvelle graine serait encore élevée à Sauve sous sa surveillance. L'once de 10 grammes produisit 5i^S,5oo de cocons en 1868. J'examinai de nouveau ces cocons et je les reconnus malades. Le Comice, séduit par la belle réussite de la chambrée et la beauté des cocons et voulant mettre de nouveau à l'épreuve mon jugement, les a fait grainer en totalité. La boite dont il s'agit renferme 2 grammes provenant de ce grainage et que je dois à l'obligeance de M. Delettre, docteurmédecin, chargé par le Comice de la surveillance de la chambrée de Sauve. Je juge que cette graine périra à peu près complètement et uniquement par la maladie des corpuscules, car les papillons n'étaient que corpusculeux.

La boite portant pour étiquette 2 grammes, n® 12, renferme une graine dont moitié des papillons producteurs étaient corpusculeux en partie et en partie aussi oiTrant le ferment, témoin de la maladie des morts-flats par hérédité. L'autre moitié des papillons était saine. Cette graine présentera une mortalité partielle due aux corpuscules, et une autre plus considérable due à la maladie des morts -flats.

La Commission fait connaître ensuite les résultats qu'elle a obtenus pour chacun de ces sept lots de graines, puis elle s'exprime ainsi :

« Les tableaux de la marche de nos éducations, notés jour par jour et joints à ce Rapport, vous démontrent avec quelle saisissante exactitude les prédictions de M. Pasteur se sont réalisées. Sur sept indications, cinq ont été rigoureusement exactes, une a été moins certaine, quoique probante, et une seule n'a pas rempli les conditions annoncées (i). Mais si l'on tient compte du peu de certitude qu'offre la marche de l'éducation la mieux menée, par suite d'incidents non prévus, on peut dire qu'il était difficile d'arriver à un résultat plus concluant.... La Commission, devant ces résultats, ne peut que se rendre

(1) La graine qui a échoué est celle de la boite n^ 8. Elle a échoué, dit le Rapport de la Commission, par les morts-flats, et il ajoute : la flacherie accidentelle est peut-être la cause de V échec non prévu par M. Pasteur,

Cette présomption du Rapport de la Commission est parfaitement justifiée par les très-nombreuses réussites constatées de cette même graine sortant du même sac.

Des 5i onces achetées par la famille de M. de Lachadenède, ainsi qu'il est dit à la page précédente, 48 seulement ont été élevées, un des fermiers en ayant perdu volontairement 3 onces à l'éclosion, par crainte de manquer de feuille. Les 48 onces ont produit 928 kilogrammes en trois chambrées. (Lettre de M. de Lachadenède à M. Pasteur, datée d'Alais le 20 octobre 1869.) M. Gervais, d'Anduze, ne m'a pas fuit connaître le résultat de ses 26 onces du même numéro, mais je sais que la réussite en a été très-satisfaisante.

Chez M. Sirand, pharmacien à Grenoble, éducation à Voreppe, 5 grammes ont produit 7''S,8oo de cocons, et 36''',5o de la boîte n^ 41 ont produit 5'''S,35o.

On trouvera ces derniers faits relatés dans le -numéro du mois d'août dernier du journal le Sud-Est, p. S^C. Ce numéro renferme un travail des mieux faits et des plus consciencieux, intitulé : « Résultat donné par les graiuages étudiés suivant le procédé Pasteur, » par M. Sirand, pharmacien à Grenoble. Ce travail est résumé dans le présent volume, p. i4i.

à révidence des faits, et se croit autorisée à proclamer qu'à Taide d'observations microscopiques bien faites sur les chrysalides et sur les papillons, on peut fixer la valeur d'une graine, sa réussite ou sa non-réussite, tant au point de vue de la maladie des corpuscules qu'à celui de la maladie des morts-flats. Mais il est évident que ces prévisions ne peuvent être qu'indicatives, et que les mauvaises chances qui peuvent se produire, soit par suite de milieux infectés, d'intempéries, de défauts de soins ou de mauvaise nourriture, peuvent donner de très-mauvais résultats, sans que pour cela le principe de la méthode de M. Pasteur soit infirmé. »

Ces conclusions du Rapport de la Commission des soies de Lyon n'ont pas besoin de commentaires.

Une circonstance digne de remarque, c'est que, des quatre graines saines que j'avais envoyées à la Commission, celle qui s'est comportée de la manière la plus satisfaisante est précisément cette graine D. S. déjà deux fois reproduite, à Alais môme, et que j'avais signalée d'une manière toute particulière à l'attention de la Commission : nouvelle et précieuse preuve de la possibilité du grainage indigène et de l'efficacité de ma méthode, môme dans les localités qui passent, à bon droit, pour ôtre le plus facilement et le plus gravement atteintes par le fléau.

L'Académie jugera peut-ôtre qu'il serait utile de répandre ces faits et ces jugements par la voie de ses Comptes rendus. Émanant d'une Commission d'autant plus scrupuleuse dans la recherche de la vérité, que son précédent Rapport la rendait circonspecte et lui donnait moins de confiance dans l'exactitude de son appréciation nouvelle, les conclusions de la Commission confirment d'une manière éclatante celles des Communications de notre illustre confrère M. le Maréchal Vaillant, de MM. Cornalia et Henri Mares, dont l'autorité est si grande en ces matières, et de toutes les personnes, aujourd'hui très-nombreuses, qui ont pris la peine de répéter mes expériences. Je puis donc assurer avec confiance à l'Académie que le problème que je me suis posé, il y a cinq ans, est résolu. La sériciculture peut faire revivre, si elle le veut, son ancienne prospérité, non par la connaissance d'un remède que, pour ma part , je n'ai pas cherché , mais par l'application d'une méthode sûre et pratique de confection de la bonne graine.

Jamais les circonstances ne furent plus solennelles pour l'avenir de la sériciculture. Le Japon est la seule contrée qui fournisse aujourd'hui à l'Europe des semences saines, malheureusement bien peu rémunératrices pour les éducateurs. Mais l'affaiblissement de ces graines a été très-sensible et trèsremarque cette année. Il est à craindre que, d'ici à deux ou trois ans au plus, les maladies qui déciment les vers à soie en Europe n'aient envahi le Japon. L'application des pratiques que j'ai fait connaître deviendra alors une question de vie ou de mort pour l'industrie séricicole, si un progrès supérieur à celui de mes recherches n'est accompli dans cet intervalle.

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