DE L'ARRONDISSEMENT DU VIGAN
Dès le mois de juillet i853, le Comice émit le vœu que le Gouvernement, prenant en considération l'état fâcheux où se trouvait plongée l'industrie de la soie, fît étudier par l'Académie des Sciences, avec toute la rigueur des méthodes scientifiques, les diverses maladies qui frappent les vers à soie. A la suite de la malheureuse récolte de i855, dans la séance du i6 juillet, le môme Comice renouvela le même vœu dans les termes suivants :
« Attendu que la dégénérescence des vers à soie a pris de telles proportions qu'il devient presque impossible de se procurer des graines sur lesquelles les éducateurs puissent raisonnablement fonder des espérances de réussite un peu certaines ;
» Attendu que la production de la soie est la richesse des Cévennes et constitue une des branches principales de la fortune agricole de la France;
» Le Comice émet de nouveau le vœu que le Gouvernement veuille bien faire étudier par une notabilité scientifique, et de préférence par notre illustre compatriote, M. de Quatrefages, les diverses maladies des vers à soie, en re-
29i MALADIE DES VERS A SOIE.
chercher les causes, et trouver, s'il est possible, un remède efiBcace, ou tout au moins examiner et faire connaître les meilleures méthodes pour la confection de la graine, ainsi que les indices auxquels on pourrait peut-être à priori reconnaître sa qualité. »
SÉANCE DU 1**^ MARS l856.
En i855, le Comice du Vigan fit distribuer à des éducateurs un grand nombre de lots de graines de races de pays provenant d'éducations faites avec des soins particuliers par le Comice en i854. Sur un nombre de cinquante éducateurs qui avaient reçu une ou plusieurs onces de graine, il n'y eut pas une seule réussite (i).
(i) Voici quelques détails extraits des Rapports des membres du Comice qui s'étaient chargés de faire élever les graines distribuées par ce dernier.
Rapport de M, Paul Séryès^ d^Avèze,
« J'ai acheté 5 kilogrammes de cocons d'une chambrée très>réussie, faite au
Vigan (graine importée d'Italie) J'ai rejeté 600 grammes de cocons doubles ou
faibles. Le grainage a traîné plus de i5 jours; cependant il était fait dans une température de 17 a 18 degrés Réaumur, l'hygromètre étant toujours de 70 à 75.
» 11 m'est resté 600 grammes de cocons à éclore, lesquels joints aux
600 grammes de déchet, précédemment indiqués, donnent une perte de i''?,200. Les 3''&,8oo de bons cocons restants n'ont produit que 7 { onces de graine. Les papillons étaient très-beaux. »
Rapport de M. Durand, vice- président du Comice,
« Grainage de 2 kilogrammes de cocons jaunes de race du pays.
■ Produit : 1 08 grammes de graine.
» Les papillons étaient sains, mais la femme qui les soignait a remarqué que plusieurs d'entre eux n'avaient pas percé leurs cocons.
» Autre grainage de 3 kilogrammes de cocons jaunes, première reproduction dans le pays d'une graine importée d'Italie.
» Produit : ai 2 grammes de graine.
» Les papillons étaient très-blancs et parfaitement sains. »
Rapport de M. le JX Beau. (Canton de Sumesne.)
« Grainage de 3 kilogrammes de cocons blancs.
» Première reproduction d'une graine importée d'Italie. La chambrée de 4 on***
d'où ces 3 kilogrammes ont été extraits, avait merveilleusement réussi Chaque
cocon, à une douzaine d'exceptions près, fournit son papillon.
M Pendant] les premiers jours les papillons furent beaux et vigoureux ; dans les deux ou trois derniers jours, il y en eut beaucoup de défectueux, jaunâtres et
porteurs de petites ailes recoquillées Ceux des premiers jours vécurent deux
ou trois jours après la ponte. Ceux des derniers, après une ponte qui laissait
« L'Assemblée, reconnaissant que les races de vers à soie de France, comme aussi celles d'Italie, ont dégénéré, et qu'il est cependant de la plus haute importance d'avoir le plus tôt possible des graines provenant de pays non infestés de maladie^ décide qu'il sera formé sous le patronage du Comice, entre les divers propriétaires qui désirent y prendre part, une association ayant pour but de faire confectionner, par un ou plusieurs représentants dignes de confiance et sur le lieu môme de production, de la. graine provenant des meilleurs cocons élevés dans les montagnes du Liban. »
SÉANCR DU 2 AOLT l856.
Le total des souscriptions ouvertes dans toutes les communes de l'arrondissement du Vigan en vertu de la décision rapportée ci-dessus ne s'éleva qu'à environ 600 onces. Dès lors le Comice autorisa ses mandataires à faire en Orient une partie de leur graine pour leur propre compte.
Revenant sur sa première idée d'envoyer ses mandataires en Syrie, le Co-
beaucoup à désirer, tombaient sans vie. I^ produit a été seulement de 60 grammes par kilogramme, mais la graine est do belle apparence.
» Autre grainage :
» Deux kilogrammes de cocons blancs, race indigène, provenant d'une chambrée dont la réussite avait été parfaite : deux onces de graine avaient donné 108 kilogrammes de cocons d'une qualité supérieure; ces deux kilogrammes de cocons, choisis sur une plus grande quantité, firent bientôt concevoir des doutes sur le bon résultat que j'en attendais. La sortie des papillons fut extrêmement lente et laborieuse; je fus obligé de venir en aide à beaucoup d'entre eux, qui ne pouvaient sortir entièrement du cocon ; beaucoup d'entre eux périrent dans leurs enveloppes. Ils n'ont produit que 35 grammes de graine par kilogramme.
» Autre grainage :
» 85o grammes envoyés de Novi ont fourni 70 grammes de graine; chaque cocon donna son papillon, et tous les papillons furent beaux et vigoureux. »
Rapport de M. Rivet de Sabatier. (Canton de Quissac.)
» Grainage d'environ 5 kilogrammes de cocons milanais fournis par deux chambrées où la réussite avait été très- satisfaisante.
» L'opération traina en longueur; les papillons étaient lents à sortir. Beaucoup de femelles étaient noirâtres, les mâles faibles, les accouplements difficiles. I « produit en graine a été très-faible. »
Rapport de M. Uljsse Chabal. (Canton de Valleraugue. )
« Les cocons (environ 5 kilogrammes) ont été choisis sur une chambrée provenant d'une première reproduction indigène d'une graine importée d'Italie. Le grainage s'est parfaitement bien accompli : à peine sur 100 cocons un seul est resté sans éclore. On a obtenu 70 grammes de graine par kilogramme de cocons. »
mice, sur de nouveaux renseignements, choisit la Roumélie et principalement Andrinople pour le lieu de TOrient qui lui paraissait le plus propice à la confection d'une bonne graine. Il choisit parmi les nombreux concurrents qui se présentèrent pour aller en Roumélie, au nom du Comice agricole, M. Arnal fils, de Loves près le Vigan, et M. Galtier, de Lasalle. Le Comice obtint pour eux de MM. les Ministres de l'Agriculture et de la Marine le passage gratuit sur un navire de TËtat ainsi que l'admission à la table de TËtat-Major aux frais du Gouvernement. Ces mandataires s'embarquèrent le i^'^mai i856, et, arrivés en Roumélie, ils se séparèrent dans l'intérêt de leurs opérations : M. Galtier s'établit à Andrinople pour faire confectionner de la graine de cocons blancs, et M. Arnal à Philippopoli pour se procurer principalement de la graine de cocons jaunes.
Voici des extraits de deux lettres écrites par ces graineurs au mois de juillet i856, pendant le cours de leurs opérations, et adressées au président du Comice :
« .La récolte s'est terminée abondante, comme elle le faisait espérer.
Aujourd'hui 2 juillet, j'ai commencé à recevoir des cocons Je confectionnerai peu ; les ouvriers manquent La graine, provenant de vers robustes et vigoureux, ne peut qu'être saine et pure, n'ayant en elle aucun germe de cette épidémie qui a ruiné les Cévennes. Elle doit incontestablement nous assurer une bonne réussite pour Tannée prochaine. Sinon, il faudrait renoncer à élever des vers à soie, car les échecs ne seraient plus causés par la graine.
» Signé : Arnal. »
« Karagatch, 8 juillet i856.
» Depuis six ans que je m'occupe de grenaisons, jamais, je puifi le
dire, je n'avais vu de plus beaux papillons, s'accouplant aussi vite, et les femelles donnant de la graine en aussi grande quantité.
» Les cocons que nous avons payés dans le début au prix de 3o à
3i piastres, c'est-à-dire environ 5 francs le kilogramme, sont montés jusqu'au prix de 6 à 7 francs. Je vous avais dit que vous pouviez disposer d'environ 1 000 onces au prix de 8 francs l'once; mais, à cause de nos dépenses, je vous prie, tant en mon nom qu'en celui de M. Arnal, de n'en promettre qu'au prix de 16 francs. Nos autres collègues venus de France sont, comme nous, décidés à vendre à ce prix.
» Signé : Galtier. »
Voyons comment se comportaient ces bonnes graines de l'Orient élevées en France dans les départements de grande culture.