‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 69 sur 79 · RECHERCHES NOUVELLES · texte numérisé non relu

RECHERCHES NOUVELLES

PAR Fr. LEYDIG, a TUBINGEN (i).

Il y a quelques années (2) en étudiant anatomiquement le coccus^ je rencontrai de petits corpuscules parasites qui se trouvaient en grand nombre dans la ca vite du corps. C'étaient des corps en forme de navette nettement limita 5, bi de YôVô d® millimètre, isolés, non enclos dans des cellules, insolubles dans l'acide acétique et la solution de soude. On pouvait aussi observer leur mode d'accroissement; sur ce point, on peut voir ce que j'ai dit ailleurs. Ces corpuscules rappelaient, par leur manière d'être, les pseudonavicelles.

Quelque temps après ( 3 ) je trouvai de petits parasites, mais moitié plus petits, en étudiant histologiquement les muscles des arachnides. Dans les muscles de diverses araignées, surtout en automne, et dans VÉpeire diadème^ on voit les muscles du tronc et du cœur remplis de quantités de corpuscules ovales, qui sont dans l'intérieur des faisceaux primitifs des muscles ; leurs contours sont clairs et nets ; ils sont longs de 7^ de millimètre et insolubles

(1) Extrait des Archives d'Anatomie et de Physiologie ^ 186 3.

(2) Journal des Sciences zoolog.^ t. V, i853, p. 1 1, Pi. I^fg» 5.

(3) Dansées Archives, i855, p. 397.

dans la potasse. Les endroits où ils sont entassés produisent à la lumière l'cflet de stries blanches dans les faisceaux musculaires.

Ces Communications ne furent pas remarquas, et les corpuscules furent une seconde fois découverts dans la chenille, la chrysalide, et le papillon du ver à soie par Frey et Lebert. Le parasite que j'avais laissé sans nom fut appelé alors PanJùstopliyton w»atum^ parce qu'il se trouve dans tous les tissus et parties du corps du ver à soie (i).

Ce parasite du ver à soie est bien celui que j'avais en vue ; je m'en suis convaincu, comme je Tai dit ailleurs, par Texamen des vers à soie malades.

En observant les daphnies, j'avais eu do nouveau l'occasion d'examiner ce parasite ; je le trouvai abondant dans le Daphnia sinm, le Lynceus sphœricus et le Polyphemus ocultts. Je trouvai en outre dans l'intérieur du Daphnia rectirostris vivant une autre forme d'es|)èce de |)arasito.

Les corpuscules parasites ovales furent encore si};;nalés dans un autre groupe animal : c'est Hermann Munk qui les montra dans un ver [Ascaris niystax), où dans certains cas ils remplissent, en quantité prodigieuse, les canaux sexuels.

Dans l'été de idGi, j'observai de nouveau que beaucoup d'individus de Daphnia io/igispina d'un vivier de TUbingen étaient pleins de parasites. Comme avec un filet fin, on prenait des centaines de daphnies, on iwuvait reconnaître que sur douze individus, il y en avait un attaqué ; les corpuscules ovales y étaient en telle abondance, qu'ils remplissaient presque tous les canaux du sang, et étaient emportés en partie par lui dans sa circulation ; ces individus se distinguaient à l'œil des individus sains, par leur couleur, la langueur de leurs mouvements, et évidemment ces animaux souffraient de cet excès de parasites.

Pendant ces derniers temps, j'ai de nouveau disséqué des insectes, où çà et là je trouvais des corpuscules parasites, de sorte que je puis ajouter à ce que j'ai dit pour le coccus. Je trouvai ces corpuscules dans la matière grasse du Tlpitla pratcnsis, puis au même endroit dans le Zj grvna JUipenduicp, mais en outre, dans la région de l'abdomen, dans les nerfs périphériques, par exemple ceux des antennes, et dans les muscles. Dans ce papillon, ils étaient en foule excessive, mais cependant bien moins grande que ce que j'ai vu dans le ver à soie malade. J'en trouvai aussi beaucoup dans les canaux du sang d'une abeille, dans la tète. Mais ici se présente cette remarque, que, outre ces corpuscules ovales si petits, il y avait d'autres formes de parasites, visiblement de la môme catégorie. Ils étaient environ huit fois plus gros, effilés aux deux bouts, comme des navettes, droits ou courbés en croissant, et en ce cas leur forme rappelait

(i) J'ai déjà fait observer qu'il y avait ici une erreur historique. M. Lcydig n'a pas découvert le premier les corpuscules dont il s'agit. Us ont été aperçus par Oaérin-Méneville |>our la première fois, en 1849, et étudiés ensuite par de Filippi» naturaliste italien, en i85o. (L. Pasteur.)

a06 MALADIE DES VERS A SOIE.

un petit Closierium lunula incolore. Dans leur intérieur on distinguait environ quatre traits régulièrement espacés, peut-être des cloisons transverses:

Si l'on compare les parasites observés autrefois avec ceux dont il s'agit, on voit qu'ils ont des points communs, mais aussi des différences évidentes; en d'autres termes, ils sont du môme genre, mais d'espèces différentes.

D'abord c'est la forme qui établit cette distinction. La plupart sont bien ovales, ou bien tronqués, ou bien effilés; au contraire ceux du Daphnia Iongirostris sont des cylindres plus allongés et courbés, a de petites saucisses recourbées jusqu'à ce que les bouts se touchent ». Vus de face, ils figurent un disque avec un trou excentrique. Enfin une forme différente existe chez ceux que j'ai signalés en dernier lieu dans l'abeille, qui sont en forme de croissant.

En second lieu, ils ne réfractent pas la lumière de la même manière. Les corpuscules parasites que j'ai vus dans les écre visses, daphnies, et vers à soie malades, ainsi que dans le Zygœna, réfractent très-fortement la lumière, sont brillants, et leurs contours bien taillés sont limités par une ligne sombre. Les corpuscules des nématodes sont dans le même cas, d'après ce qu'a vu Munk. Les deux formes de l'abeille et du (cousin des prés) m'ont paru un peu moins brillantes et moins noires sur les limites.

Quant à la structure de ces corpuscules, qui semblent tout à fait homogènes, je puis dire ;seulement que je crois avoir vu avec un très-fort grossissement, dans beaucoup de corpuscules du ver à soie (i), une ligne médiane suivant la longueur. Par l'iode, l'intérieur se sépare de l'enveloppe. Et chez les autres corpuscules moins brillants, des animaux que j'ai cités, je pense avoir vu vers un des pôles un point comme un noyau, tandis que rien de pareil ne se montre dans les corpuscules des daphnies par exemple.

Dans ceux des nématodes, Munk observa un point au milieu, mais sans contours nets, et que pour cela il ne voulut pas appeler noyau.

Mais pour les grands parasites du Daphnia rectirostris, on voit en examinant avec soin un nucléus pâle, dans les deux moitiés latérales, comme je l'ai dit déjà ailleurs.

Si Ton traite les corpuscules par l'acide acétique ou la potasse, il est remarquable comment ils se comportent avec ces réactifs ; ils ne sont pas changés, et montrent une grande résistance à ces liquides.

Les corpuscules en croissant de l'abeille, et ceux de }& Daphnia longirostris à l'état recourbé sont gros comme les corpuscules incolores du sang de l'homme; mais les autres corpuscules sont très-petits, en général, jjj de millimètre au plus; aussi montrentrils un mouvement oscillatoire ou moléculaire. Je n'y ai jamais remarqué d'autre mouvement; Frey et Lebert parlent aussi de ce mouvement moléculaire ; cependant Munk déclare avoir observé

(i) Daphnies^ p. a6, remarque.

que les corpuscules bien intacts ont un mouvement propre, différent du mouvement moléculaire.

Pour ce qui est de leur situation dans l'organisme^ on les voit dans les espaces où est le sang, et aussi dans divers tissus et organes ; mais à cause de leur petitesse, on peut à peine les discerner des autres parties des tissus. Dans le Daphnia sima, ils se montrent en masses lobées blanches sur le tube digestif, dans le Poljrphemtis il y en a de môme au voisinage de l'ovaire. On peut croire^ en rejetant la génération spontanée, qu'ils entrent par les ouvertures du corps, peut-être par les organes génitaux, et de là se multiplient en envahissant le reste des organes.

Au sujet de la nouvelle maladie qui dans ces dernières années a fait périr tant de vers à soie, il m'a paru intéressant de pouvoir montrer que le parasite, qui est en rapport intime avec la maladie^ est répandu chez beaucoup d'insectes, d'araignées, d'écrevisses et même d'autres invertébrés. Il rend malade non-seulement les vers à soie, qui sont soignés par l'homme, mais encore des animaux vivant à l'état naturel, bien qu'on ne doive pas trop s'étonner si le ver à soie, en sa qualité d'animal soumis à la domestication, est plus attaqué que les animaux sauvages.

Pour conclure, il y aurait encore une question non sans importance; c'est de savoir si ce parasite appartient au règne végétal ou animal. Comme on le voit d'après mes Communications antérieures, il m'a toujours fait l'efTet d'être comme les psorospermies, et je l'ai toujours comparé à ces animaux et aux pseudonavicelles. Le botaniste Nageli, qui observe à Zurich^ consulté sur ce point, prend ce parasite pour une algue unicellulaire, qu'il place dans le groupe, établi par lui, des Schizomycètes. Munk remarque qu'il s'est posé aussi de son côté cette question, savoir si les corpuscules ovales sont des psorospermies

ou pseudonavicelles, ou si ce sont des algues Jusqu'ici il n'est arrivé à

ma connaissance aucune Communication sur ce sujet (i).

Il me semble maintenant que le jugement de NSgeli et le mien doivent devenir identiques. Caries psorospermies et pseudonavicelles ont passé jusqu'ici pour des organismes animaux ; mais j'ai fait dernièrement une observation qui me permet de motiver le transport de ces corps parmi les plantes inférieures. Et si l'on me demande où je placerai les grégarines qui sont liées d'une manière évidente aux psorospermies et aux pseudonavicelles, je répondrai que je ne les considère plus comme des animaux, mais comme des plantes. Il en sera question dans un autre Mémoire.

(i) En corrigeant ces épreuves, je remarque un travail de Keferstein sur le champignon parasite de V Ascaris mystax. [Journal des Sciences Zoologiques ; 1862, p. i35.)

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