‹ Études sur la maladie des vers à soie 1870 v. 2Chapitre 74 sur 79 · SDR LA RESPIRATION ET L'ASPHYXIE DES GRAINES DE VERS · texte numérisé non relu

SDR LA RESPIRATION ET L'ASPHYXIE DES GRAINES DE VERS

A SOIE, PAR M. E. DUaAUX (i).

J'ai l'honneur de présenter à l'Académie une étude sur la respiration et l'asphyxie des graines de vers à soie, dont je résume ici les principaux résultats.

La respiration de ces œufs, qui est très-lente, a été étudiée en les laissant séjourner dans des flacons de 16 centimètres cubes environ, dont j'analysais l'air après un temps variable. Je produisais ainsi, il est vrai, un commencement d'asphyxie, à laquelle les graines sont très-sensibles. Dès les premiers moments elles ralentissent leur respiration, mais ce ralentissement n'est jamais très-grand et, de plus, ne paraît pas les éprouver beaucoup, car au sortir d'asphyxies, même prolongées, elles respirent tout aussi activement que des graines normales.

Le procédé employé pour mesurer les variations de l'activité respiratoire à diverses époques est, du reste, indépendant en quelque sorte des effets de l'asphyxie, car il consiste à mesurer les temps nécessaires à produire un même degré de viciation dans un même volume d'air. Ces temps seront évidemment en raison inverse des activités respiratoires, et Ton trouve pour celles-ci les nombres suivants, en prenant celle du mois de janvier pour unité.

Age Tempe- Actlflté Age Tempe- AcllTlté

de la graine. rature, respiratoire.

1 mois 21^ 3,2

de la graine. rature, respiratoire

I jour 31** i3,8

Lendemain de TécloBion 3oo ?

5f» II I

Veille de réclosion. 38 48

(1) Extrait des Comptes rendus de T Académie des Sciences; séance du 36 octobre

Ces résultats se traduisent graphiquement par la courbe ci-dessous, remarquable par la raçon brusque dont elle se relève à ses doux extrémiti's.

II' l'eapiroloira du la unino Jo ver a diïiîiEaa êpoqu.'B.

Ces nombres ne sont pas du reste absolus, car, à une époque quelconque, la respiration est plus ou moins active suivant que la température est plus ou moins élevée. Ils se rapportent à la graine conservée dans les conditions ordinaires. J'ai préféré l'étudier ainsi que de chercher â séparer l'influence de l'flge et celle de la température. On voit d'ailleurs que l'effet de celle-ci n'est pas prédominant, et que ce n'est pas elle seule qui commande le sommeil de la graine pendant l'hiver.

La respiration très-active des premiers jours coïncide avec le phénomène bien connu du changement de couleur de la graine, qui passe peu à peu du jaune serin à la couleur lie de vin, couleur qu'elle conserve jusqu'aux jours qui précèdent l'éclosion. A ce moment la respiration s'accélère de nouveau, et très-brusquement, La vie est alors très-active, et la graine perd, en quatre ou cinq jours, sous forme de vapeur d'eau, 6,5 pour loo de son poids, ou i peu près autant qu'elle en a perdu en dix mois depuis sa ponte.

Ces résultats faisaient présumer que les effets de l'asphyxie sur les graines ne devaient pas être les mêmes aux diverses époques. Pour en suivre autant que possible la progression, j'enfermais i gramme de graine dans des flacons de i6 centimètres cubes, que je reprenais ensuite un à un à divers in-

tervalles pour on analyser l'air. Tous les lots de graine ainsi étudiés ont été mis à récloeion. Quelques-uns ont été sacri&âs aussitAt après qu'on a eu compté le nombre de vers fournis par looo graines. Sur les autres, on a pris It certain nombre de vers que l'on a élevés.

tfû d'abord vu, eD opérant ainsi, qu'à toutes les époques la respiration de ! assez de puissance pour aller chercher dans l'air les domièrei l'ne, puis, qu'une fois tout l'oxygène disparu, la vie pouvait on- ^wfl se ctinliniRT pendant quelque temps. Seulement, ce temps était variable. S ^tait dp douK Iieures au plus au moment de l'éclosion, de deux ou trois 9 la ponte, de plus de six jours chez la graine âgée d'un •f de viogt Jours au mois de janvier. Je donnerai seulement les nombres ) rapportent à ce dernier mois.

i5,ii

On voit d'abord que l'acide carbonique produit n'est jamais égal à l'oxygène absorbé, et la disproportion devient d'autant plus grande que l'asphyxie dure plus longtemps. Puis, l'oxygène disparu, la vie ne cesse pas pour cela, et la graine continue à exhaler de l'acide carbonique. En n'envisageant que cette dernière partie du phénomène, on se trouve dans les conditions des expériences qui ont été faites sur divers animaux par Spallanzani et W. Edwards, et qui ont conduit ce dernier à admettre que l'acide carbonique est un produit d'exhalation. En tenant compte du phénomème (out entier, on rattache directement l'acide carbonique produit à la fin, à l'oxygène qui semblait avoir disparu avant, mais qui était en réalité combiné assez faiblement avec les tissus de la graine pour que celle-ci pût s'en servir pour sa respiration, lorsqu'il n'y en avait déjà plus de libre autour d'elle. Maintenant change-t-elle brusquement, à ce moment-là, de mode de respiration?N'estil pas plus naturel d'admelire qu'elle respire de la mémo manière à toutes les époques, non pas au moyen de l'oxygène libre, mais au moyen de celui qu'elle doit d'abord fîxer sur tout ou partie de ses tissus, dont elle a toujours un fonds disponible, qu'elle renouvelle si elle en trouve le moyen, et dont l'entière disparition cause seule sa mort? C'est ainsi que, chez les êtres su-

3i4 MALADIE DES VERS Â SOIE.

périeurs, l'oxygène ne sert qu'à la condition d'être fixé sur les globules do sang. Seulement, chez la graine, l'absorption de l'oxygène se fait avec une telle puissance qu'on peut se servir de ces œufs, au lieu d'acide pyrogallique ou de phosphore, pour faire une analyse d'air, et qu'on trouve par ce procédé, excellent en principe, mais un peu grossier comme manipulation, des nombres qui dépassent toujours ao pour loo d'oxygène. On voit, en passant, que s'il se dégage de l'azote pendant la respiration, il s'en dégage peu.

La respiration de la graine serait alors identique à celle des animaux supérieurs avec une puissance d'absorption plus grande pour l'oxygène, et, par suite, une puissance plus grande à décomposer la combinaison instable d'oxygène formée.

Ce qui confirme cette manière d'interpréter le phénomène, c'est l'absence complète d'un saut brusque dans les effets de l'asphyxie, correspondant au moment où tout l'oxygène a disparu. Ces effets, lents mais réguliers, sont de tuer un certain nombre de graines, ou du moins de les empêcher d'éclore. Jusqu'au moment de l'éclosion, en effet, les graines sont restées très-belles d'aspect, et auraient été achetées avec confiance. Elles avaient pourtant en elles un défaut caché, et, si celles qui ont le moins souffert de l'asphyxie ont donné d'aussi beaux résultats que la graine normale, les dernières n'ont éclos qu'au -f|. Cependant les vers qu'elles ont donnés étaient sains, et paraissaient, de même que ceux des autres lots, n'avoir gardé aucun souvenir du traitement auquel ils avaient été soumis à l'état d'œufs. Us ont donné 90 cocons • pour 100 vers comptés à la première mue, la graine normale en ayant donné gS.

Malgré la singularité de ce résultat, l'asphyxie est funeste, et toutes les conditions qui peuvent l'amener doivent être évitées soigneusement. D y a plus : un même degré de viciation de l'air est d'autant plus à redouter pour les graines, qu'elles sont plus voisines de leur éclosion. Ainsi j'ai laissé, en janvier, mars et mai, des graines dans un flacon, jusqu'à ce qu'elles y aient produit 7 pour 100 environ d'acide carbonique. Celles de mai n'ont éclos que vingt jours après leur sortie du Qacon, et leur respiration n'était pas encore très-active. Elles n'ont pourtant fourni que ia6 cocons par 1000 œufe; celles de mars en ont donné 480, et celles de janvier 790.

La graine qui, pendant six mois de l'année, peut être assimilée aux animaux hibernants, dont elle se rapproche par sa résistance à l'asphyxie, la lenteur de sa respiration, etc., commence donc trois mois avant son éclosion à ressembler à un être dans sa période d'activité normale.

Encore, à ce moment, elle peut résister sans grand péril à de brusques variations de température, souvent utilisées pour suspendre son éclosion, soit pendant un ou deux mois, soit seulement pendant quelques jours. Seulement l'effet est d'autant plus marqué que la suspension a été plus longue, et que la graine était plus avancée. De la graine qui avait commencé à éclore en avril, et dont j'ai suspendu au moyen du froid l'éclosion pendant un mois

et demi, a donné seulement a63 cocons par looo œufs. Une autre, dont j'ai suspendu pendant deux jours seulement Téclosion, à donné 8io cocons par 1000 œufs, la graine normale en ayant donné 8ao. L'identité est donc aussi parfaite que possible, et l'on peut considérer cette dernière pratique comme tout à fait sans danger.

DE L'INFLUENCE DU FROID DE L'HTVER SUR LE DÉVELOPPEMENT DE L'EMBRYON DU VER A SOIE, ET SUR L'ÉCLOSION DE LA GRAINE ; PAR M. E. DUCLAUX.

(Extrait d'une lettre adressée à M. Pasteur) (i).

Sachant, d'après mes expériences de 1868, que le froid de l'hiver

est nécessaire pour la formation de l'embryon et la bonne éclosion de la graine, j'ai voulu reconnaître si cette condition est suffisante, et, par exemple, si en refroidissant artificiellement de la graine en août, on pourrait avoir des vers en novembre. Pour cela, j'ai partagé un lot de graine en deux portions, dont l'une a été conservée à la manière ordinaire, et l'autre placée pendant quarante jours dans une glacière ; puis, au 20 septembre, j'ai partagé chacune de ces deux portions en deux lots différents. Deux de ces lots, l'un ayant subi l'action du froid et l'autre non, ont été portés peu à peu à la température de 20 degrés. J'ai le plaisir de vous annoncer que je viens de trouver en pleine éclosion le lot refroidi, tandis que dans l'autre il ne s'est formé aucun embryon ; et, d'après mes expériences de l'année dernière, si je continue à le chauffer, il ne s'en formera jamais.

Les deux autres lots sont conservés comme à l'ordinaire et seront mis à éclore en mai, si le lot refroidi n'a pas, d'ici là, accompli son éclosion.

Il résulte de ces observations que la période de formation de l'embryon, période qui précède l'éclosion, ne commence et ne poursuit son cours régulier qu'à la condition nécessaire et suffisante de succéder à une époque de froid et d'hibernation véritable. Une graine maintenue toute l'année à la température de son éclosion, n'éclôt pas, et périt sans que l'embryon s'y forme. Est-elle soumise au froid, mais d'une manière insuffisante, ou pendant un temps trop court, l'embryon s'y organise et réussit à vivre jusqu'au moment de l'éclosion. Mais alors il meurt d'autant plus d'embryons, et l'éclosion de

(1) Extrait des Comptes rendus de T Académie des Sciences; séance du i5 no- ▼embre 1869.

ceux qui résistent est d'autant plus longue et plus irrégulière que l'hibernalion a été moins longue et le froid moins accusé. La graine, pour bien éclore, a donc un besoin absolu du froid de l'hiver. Beaucoup d'insuccès dans l'édosion sont dus à un hiver trop doux, ou a une mauvaise conservation des œufs.

Enfin un résultat immédiat des faits qui précèdent serait d'obtenir à volonté des bivoltins, ou d'avoir, en profitant de l'action du froid et de la chaleur sur la graine, le moyen de se procurer des vers toute Tannée, ce qui serait très-favorable à l'étude (i).

PROCÉDÉS D'ÉDUCATION AU JAPON (a).

<c Conserver la graine dans un lieu frais , sans humidité , sans mauvaises odeurs.

Maintenir l'ensemble do la graine à une température uniforme.

Ne hâter l'éclosion par aucun moyen factice .

N'élever ensemble que les vers nés le môme jour. »

Ainsi, dès la naissance, l'auteur se montre préoccupé d'établir l'harmonie dans son éducation ; il est à présumer que la même préoccupation doit présider au grainage.

« Que les vers soient clair-semés, dès leur naissance.

Pour 20 à 25 grammes de graine qui représentent à peu près le carton japonais, les vers, au moment où ils naissent, doivent occuper une superficie de 2 mètres carrés ; il faut ensuite les éclaircir nécessairement, de manière à ce qu'ils se trouvent occuper : au premier sommeil, 5 mètres carrés ; au deuxième

(i) En transmettant à T Académie cette Note, M. Pasteur fait observer que le fait principal signalé par M. Duclaux aura certainement, dans la suite, des conséquences pratiques importantes. Dès aujourd'hui, il parait nous donner la clef d'une pratique des Japonais, qui consiste à placer la graine, au cœur de l'hiver, pendant quelques jours dans de l'eau glacée. 11 fait naître aussi l'espérance de pouvoir faire éclore en toute saison les graines de races dites annuelles^ ce qui supprimerait une des plus grandes difficultés de l'étude des vers à soie. Peut-être M. Duclaux troavera-t-il aussi dans la continuation de ses curieuses recherches, un moyen de fortifier les jeunes vers, de façon à les mettre davantage à l'abri des maladies aed' dentelles.

(a) Ces renseignements sont extraits du Bulletin de la Société impériale d'JccUmatation (n<* de janvier i868) [traduction d'un ouvrage japonais, par le D' Mooriep].

NOTES ET DOCUMENTS. 3i7

sommeil, lo mètres carrés; au troisième sommeil, 20 mètres carrés ; au quatrième sommeil, 40 mètres carrés ; à la montée, 60 mètres et plus.

Préférer la feuille au bourgeon, même pour le plus jeune âge.

Jusqu'au deuxième sommeil, donner six repas dans les vingt-quatre heures;

Du deuxième au troisième sommeil, cinq repas;

Du troisième au quatrième sommeil, quatre repas.

Après le quatrième sommeil, donner en abondance la plus belle feuille jusqu'à la montée.

Pendant les sommeils, faire huit ou neuf données de feuilles hachées menu, tombant comme pluie. Aussitôt qu'on voit quelques vers éveillés, cesser ces données d'extra et séparer les vers en retard pour les favoriser, en leur prodiguant la feuille, et rétablir la régularité qui tend toujours à disparaître. Donner invariablement un des repas entre la quatrième et la cinquième heure, l'heure la plus froide. Si l'air devient humide ou froid, allumer un feu clair de bois de sapin sans odeur, préserver les vers par des écrans de l'action directe du feu, donner de l'air et de la feuille ; si l'air devient chaud, aérer et donner de la feuille. L'aération doit être continue, convenablement ménagée, sans courant d'ait* violent. Tout ce qui touche au ver doit être parfaitement net et sec; les personnes qui leur donnent des soins doivent se laver fréquemment les mains, bien qu'elles ne touchent aux vers qu'avec de légères baguettes. La feuille doit être cueillie sans pluie et sans rosée.

Pour soigner les vers d'un carton de graines (ao à 25 grammes] avec perfection, il faut quatre personnes ; pour nourrir parfaitement ces vers, il faut vingt-cinq charges de cheval ( feuilles et branches ) . »

Au Japon, les feuilles sont détachées du bois à l'atelier avec des ciseaux. Cette quantité est évaluée d'une façon trop vague ; mais les expressions : « mûrier en abondance, no jamais laisser les vers la bouche vide, donner de façon à ce que les vers restent en quelque sorte au milieu de la feuille fraîche, » s'entendent assez.

RAPPORT SUR LES ÉTUDES SÉRIQCOLES FAITES PAR UNE MISSION ITALIENNE DANS L'INTÉRIEUR DU JAPON (i).

Yokohama, i"' juillet 1869.

L'atrophie qui existe depuis quelques années déjà sur le ver à soie européen a fait naître la crainte de voir se détruire cette source de richesse pour notre pays. Quoique l'introduction en Italie des cartons de vers à soie im-

(1) Extrait delà Revue universelle de Sériciculture ; septembre 1869.

portés du Japon ait donné de bons résultats, le bmit avait couru, depuis un certain temps, en Italie et en France, que le ver à soie japonais était aussi infecté de cette maladie. De \k, crainte d'être obligés sous peu d^aller chercher ailleurs, et peut-être avec moins de succès, la semence que depuis plusieurs années le Japon nous fournit en si grande quantité.

Ces bruits répandus, soit à dessein, soit par hasard, et auxquels on prêtait facilement foi, empruntaient leur origine spécialement de ce fait que, tandis que plusieurs commerçants étaient venus d'Italie, de France et d'autres pays pour y {aire achat de cartons originaires, aucun cependant d'entre eux n'avtit encore pu pénétrer dans l'intérieur du Japon et ne se trouvait à mén^ de constater de visu quel degré de bonté on pouvait attribuer à cette semence.

La nécessité d'éclaircir cette assertion inspira au comte de la Tour, ministre d'Italie au Japon, l'idée d'entreprendre une expédition dans l'une des provinces de l'Empire qui jouit de la meilleure renommée dans l'industrie séricicole, afin de suivre de près la méthode employée par les cultivateurs japonais pour l'éducation des vers à soie.

Le comte de la Tour choisit comme l'époque la plus opportune pour l'exécution de ce projet le commencement du mois de juin, moment où le ver à soie se présentant dans ses deux dernières périodes, celle de la montée à la bruyère et celle de sa transformation en papillon^ aurait donné plus de facilités aux observations à faire.

Interprétant le désir souvent manifesté par les graineurs de pouvoir visiter les provinces séricicoles du Japon, et considérant les motifs qui s'opposent pour eux à la réalisation d'un semblable désir^ ils avaient voulu entreprendre à eux seuls un voyage dans l'intérieur du Japon : le comte de la Tour pensa (aire une chose utile aux intérêts commerciaux de notre pays, et être en même temps agréable à ses compatriotes en associant à son entreprise quelques Italiens qui, par leurs connaissances spéciales en matière de culture des vers à soie et de sériciculture, fussent à même d'étudier avec soin la question et rendre ainsi plus profitable le but que cette expédition avait à atteindre.

Le manque absolu des moyens de communication et l'incertitude de l'accueil que la première expédition étrangère dans l'intérieur du Japon aurait rencontré auprès des populations exigeaient que le gouvernement japonais fût informé de ce voyage, afin qu'il pût prendre toutes les dispositions qu'il aurait jugé nécessaires pour rendre plus aisés le passage et le séjour de l'expédition italienne dans les différentes localités qu'elle se proposait de visiter. L'appui et les facilités de toutes sortes que la mission rencontra dans tout son parcours, par suite de la demande du comte de la Tour, prouvent le bon vouloir et l'empressement montrés par le gouvernement pour prévenir tout ce que cette excursion pouvait avoir de dangereux et d'incommode.

L'expédition, composée du comte de la Tour, du baron Galvagna, secrétaire de la Légation, de MM. Ernest Prato, Ferdinand Meazza, Ernest Piatti, Pierre Savio, et d'un interprète japonais accompagné d'une forte escorte donnée par

le goayerneiDent local, partit de Yokohama le 8 juin ; passant par Yedo, Warabi et Konossu, elle arriva le 1 1 à Menuma. Cette partie du pays, qui constitue le côté septentrional de la province de Musachiou,est une vaste plaine qui s*élève insensiblement à mesure qu'elle s'approche du nord. Le sol, d'une fertilité merveilleuse, arrosé de tous côtés par des rivières et des ruisseaux, se prête à toute espèce de culture. On voit le riz croître spécialement dans les environs de Warabi, l'orge et le froment dans les districts de Konossu et de Menuma, outre l'indigo, le colza et les fèves.

La province de Musachiou est séparée de celle de Giochiou par le Tonenga^a, fleuve principal de l'île de Nipon. Ce fleuve, qui a sa source dans les montagnes du Sinchiou, descend presque en ligne droite de l'ouest à l'est, et, après s'être considérablement accru dans son long cours des eaux qui coulent des hauteurs du Giochiou, se verse dans l'océan Pacifique.

Le mûrier^ très-cultivé déjà dans le Musachiou, n'acquiert une importance réellement de premier ordre que sur la rive gauche du Tonengawa. Le Morus à fruit blanc n'existe pas au Japon, où l'on ne connaît que celui à fruit noir avec la feuille soit ronde, soit dentelée. On le trouve partout, le long des sentiers, sur le bord des canaux, en masses touffues au milieu des champs cultivés. 11 s'élève rarement au-dessus de 3 mètres; les Japonais le cultivent ordinairement en buisson, et ils en coupent les branches au ras de terre, recouvrant ensuite la souche et la fumant, soit avec des excréments humains^ soit avec la fiente des vers à soie, levée du treillis et séchée au soleil. Le même engrais est employé pour les mûriers qu'on laisse pousser en arbres, et on le répand dans ce cas sur la terre qui entoure la base du tronc.

La reproduction du mûrier ne s'obtient pas par semence mais par provins. Au printemps, on coupe au ras de terre une plante âgée de huit ans au moins ; de la souche recouverte de terre poussent de nouveaux bourgeons. Ceux-ci, à l'automne suivant, sont coupés contre le tronc et servent à former de nouvelles plantes qu'on engraisse avec du fumier humain.

Pendant l'automne et l'hiver, les Japonais tiennent leurs cartons dans des petits sacs de papier suspendus au plafond dans des chambres sèches et dans lesquelles il n'y a aucune odeur, et surtout on n'emploie pas de l'huile pour l'éclairage. Afin de les préserver encore plus de l'humidité, quelques cultivateurs mettent les cartons dans des boîtes faites en bois de Paulonia.

C'est par l'inQuence seule de latmosphère qu'on obtient l'éclosion de la semence. Dans les saisons régulières, elle a lieu généralement du 20 au a5 avril. Les graines d'un carton éclosent ordinairement dans l'espace de trois jours; mais cette opération se produit même en un seul jour pour les qualités supérieures. Dans le but d'obtenir une certaine égalité dans les vers à soie , ce n'est qu'au second jour qu'on donne à manger aux premiers éclos.

Pendant les trois premiers âges, les vers sont élevés dans de petits paniers de bambou, dans une chambre aérée et réchauffée par un feu de bois. Pour les quatrième et cinquième âges on les place sur des treillis dans des lieux

bien aérés. Ces treillis, également en bambou, ont i"^,8o de longueur sur I mètre de largeur. Us sont recouverts d'une natte faite en paille de riz et superposés les uns aux autres (ordinairement au nombre de dix) à la hauteur de ao centimètres.

On donne d'abord la nourriture six fois dans les vingt-quatre heures, et on diminue d'âge en âge jusqu'à quatre et même trois fois. Jusqu'au quatrième ftge, la nourriture donnée aux vers à soie se borne aux feuilles coupées assez minces ; au dernier ftge, ce sont les petites branches, en repas très-abondants. Pour couper la feuille, on se sert d'un large couteau de fer. Les Japonais ne craignent pas de nourrir les vers à soie avec des feuilles encore humides de la rosée, néanmoins ils préfèrent qu'elles soient sèches. On a vu, dans quelques localités^ des cultivateurs qui arrosaient légèrement la feuille avec de l'eau lorsque la température était très-élevée, ou bien avec de l'eau mélangée à du saké (eau-de-vie de riz), si le ver donnait des signes de faiblesse.

Les vers à soie sont tenus assez espacés. Après la quatrième mue on n'en place en moyenne qu'un millier par treillis.

La litière est ôtée chaque jour. On fait passer les vers à soie sur la feuille fraîche à travers des filets étendus sur le panier ou le treillis. Ces filets ont des mailles plus ou moins larges, selon l'ftge pour lequel ils doivent être employés. Entre la natte en paille et le ver, les Japonais étendent ordinairement une légère couche de gousses de riz, afin de préserver les animaux de l'humidité.

La bruyère pour la confection des cocons est faite le plus souvent avec de la paille de riz mélangée avec des branches de colza après semence, de différentes formes, et d'une hauteur qui ne dépasse pas 3o centimètres.

Les cocons, recueillis de six à huit jours après la montée des vers à soie à la bruyère, s'ils sont destinés à la filature, sont exposés au soleil, afin d'en étouffer les chrysalides; s'il n'y a pas de soleil, après les avoir enfermés dans de petites boîtes en papier, on les suffoque avec la chaleur produite par la braise de charbon de bois.

Les cocons destinés à la reproduction sont dépouillés de leur bourre et rangés avec ordre sur les treillis l'un à côté de l'autre ; on les recouvre de feuilles de papier troué afin de séparer le papillon du cocon.

La sortie des papillons a lieu, d'habitude, de quinze à vingt jours après la montée à la bruyère. Les papillons placés sur d'autres feuilles de papier sont accouplés pendant six heures. Alors on jette les mftles et on secoue les feuilles sur lesquelles sont restées les femelles, afin de provoquer chez elles la sécrétion des humeurs. Les papillons sont enfin transportés dans une chambre obscure, sur des cartons disposés horizontalement l'un à côté de l'autre, dans un carré entouré d'un cadre de bois laqué. On les y laisse de douze à seize heures. Sur chaque carton on dépose cent à cent cinquante papillons; le nombre dépend de leur vigueur.

Il a été dit plus haut que les cocons destinés à la filature sont exposés au

soleil ou au feu de charbon, afin de suffoquer les chrysalides. Il n'y a pas de grandes filatures au Japon. Chaque cultivateur fait filer par les femmes de sa maison le produit de son éducation. S'il n'a pas d'ouvrières chez lui, il vend les cocons

Ainsi que pour la filature, la culture des vers à soie au Japon n'est pas faite sur de larges proportions. La plus importante qui ait été vue était de seize cartons.

Les Japonais portent une attention toute spéciale aux conditions locales des magnaneries. Toutes celles qui ont été visitées dans les principaux centres de culture de la province de Giochiou, à Sig-naï, à Nakassé, Iratska, Chimamoura et Maibachi, tant auprès des cultivateurs aisés qu'auprès des simples colons, se distinguaient par la salubrité et la ventilation des locaux, jointes à la propreté la plus scrupuleuse. Partout on a trouvé les vers à soie vigoureux, sains et sans le moindre indice de pébrine.

La récolte des cocons se présentait très-abondante. À Chimamoura, dans la magnanerie de M. Yahé, qui est un des plus grands et des plus renommés cultivateurs du Giochiou, on a observé que sur seize cartons qu'il avait fait éclore, la mortalité n'atteignait pas la proportion de i sur looo.

L'expédition italienne, après avoir séjourné quelque temps dans les centres séricicoles du Giochiou, poursuivit sa marche vers Ikawo, Takasaki et Oniichi. De là, elle traversa la partie montueuse du Musachiou, et rentra le 28 juin à Yokohama, en passant par Omija et Achiougi.

Les études auxquelles la Mission s'est livrée sur la culture des vers à soie dans les différentes localités qu'elle a visitées, et les observations minutieuses qu'elle a été à môme de faire sur l'état sanitaire de ces petits animaux, ont donné les plus heureux résultats. Elle a pu constater que, non-seulement il n'existe aucun cas de pébrine dans les vers à soie, mais que cette maladie est môme entièrement inconnue aux Japonais. Cette constatation est de nature à donner un démenti formel à l'opinion répandue en Europe sur l'infection de la graine du Japon, et servira à calmer les appréhensions de nos cultivateurs et à leur inspirer, pour l'avenir, pleine confiance dans la qualité des cartons originaires de ce pays.

Avant de clore ce Rapport, la Mission tient à ajouter qu'elle a voulu aussi se rendre compte des motifs qui occasionnent des prix de revient très-élevés dans les cartons, ces prix n'étant pas en rapport avec les récoltes abondantes qui se font au Japon, ni avec le nombre considérable de cocons qui sont destinés au grainage. La Mission croit devoir attribuer la cause de ce fait aux pertes qu'apporte, à la reproduction de la semence, la présence d'un insecte parasite, appelé ougi en japonais [mystère). Ce petit animal, qui est déjà connu ici depuis longtemps, existe à l'état d'embryon dans le ver à soie avant sa montée en bruyère ; il prend vitalité dans la chrysalide et sort du cocon après avoir causé la mort de la chrysalide même.

Les dommages oocasionnés par ce parasite varient selon les années et les H. 21

;î22 maladie des vers a soie.

conditions atmosphériques, de 20 jusqu'à 80 pour 100. Cette proportion est basée uniquement sur les cocons destinés au grainage ; pour ceux qui vont à la filature, l'étouffement de la chrysalide a lieu avant que Vougi sorte du cocon.

Signé : de la Tour, F. Galvagna, Emesto Prato, Ferd. Meazza, Ernesto Piatti, Pietro Sa VIO.

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