DE M. GAETAN CANTONI
On trouve dans la troisième Partie de ces Documents les diverses Notes que j'ai publiées de i865 à 1869. Chacune de mes Communications donna lieu à des controverses plus ou moins vives. En ces matières, comme pour les expériences agricoles en général , il n'est pas possible de vérifier l'exactitude des résultats annoncés par un auteur au moment où ils sont connus. Ces lenteurs obligées, jointes aux contradictions des personnes que l'ignorance ou l'intérêt excitaient à nier la vérité ou l'utilité de mes recherches, retardèrent l'adoption de mon système. Les journaux séricicoles notamment firent une grande opposition ; mais la vérité triompha peu à peu de tous les obstacles, car le nombre des personnes qui jugent froidement un procédé industriel est bien autrement grand que celui des opposants de parti pris, quoique ces derniers aient plus d'activité et d'audace. A la fin de l'année 1868 et au commencement de l'année 1869, j'eus la satisfaction de constater un mouvement très-marqué en faveur de mes études. Reaucoup de personnes avaient mis en pratique mon procédé de grainage et en proclamaient la valeur incontestable. C'est alors que je vis se manifester, dans les articles de mes adversaires, comme il arrive d'ordinaire dans les questions de cette nature, certaines velléités de m'enlever la priorité de mes observations.
Après avoir soutenu que mon procédé de grainage était défectueux , on essaya de prétendre qu'il ne m'appartenait pas en propre. Les explications suivantes firent justice des prétentions auxquelles je fais allusion (i).
Dans une Notice ayant pour objet de faire connaître un moyen de distinguer la bonne graine de la mauvaise. Notice publiée en 1869, M. Comalia s'exprime ainsi :
« M. Chavanne (de Lausanne) propose les éducations sur les mûriers en
(1) Cette rectification a paru dans le Messager agricole du Midi (n** du 5 mars], et dans le Moniteur des soies du qo février 1869.
plein air, afin d'obtenir des cocons pour graine, en partant de ce princi|)e que la maladie résulte de l'afFaiblissement de la race devenue domestique, et que les corpuscules vibrants, qu'il considère comme des cristaux d'un acide particulier, s'engendrent par suite de la faiblesse de l'animal Que les corpuscules puissent être un produit morbide provenant de la diminution des forces vitales, on en aurait la preuve dans cette circonstance qu'ils se voient aussi chez les papillons avancés en âge et tout à fait sains d'ailleurs, d'abord dans les tissus , ensuite dans le sang. Cela ne me permet pas de proposer l'examen du papillon pour que l'on puisse se prononcer sur la graine. Dans ce cas, de graves erreurs pourraient en résulter, chose véritablement regrettable, puiscju'on aurait ainsi un pronostic anticipé et précieux pour les fabricants de si»mences. »
Trois ans après (jue ces lignes étaient écrites, en i863, M. Cantoni, savaiit professinir italien, lit de la graine avec deux couples provenant de papillons exempts de corpuscules. Les vers issus de la graine de ces deux couples se comportèrent bien en 1864. Malheureusement M. Cantoni eut le tort de n'avoir pas fait une éducation comparative entre les œufs provenant de couples non corpusculeux et les œufs provenant de couples avec corpuscules et issus de la même famille de vers à soie , de telle sorte que son expérience n'avait aucune signification. C'est lui-même qui s'exprime ainsi dans une Note datée du '21 août 1867, et qui a été insérée dans la Repiie universelle de sériciculture.
M. Cantoni répéta son expérience, en 1864, sur i'25 couples. Cette fois, son éducation échoua complètement. Il ajoute, toujours dans la Note que je viens de rappeler, (juil en fut découragé et qu'il jugea inutile de poursuivre ses essais.
Voilà tout ce qu'a fait M. Cantoni, et les opinions que lui et M. Cornalia ont émises avant moi dans la direction d'études dont il s'agit.
En résumé, M. Cornalia, partageant une erreur introduite dans la science par le naturaliste Filippi, de Turin, déclare qu'il n'est pas possible de proposer l'examen du papillon pour que l'on puisse se prononcer sur la graine, parce (|ue les corpuscules se voient chez les papillons avancés en âge et tout à fait sains d'ailleurs, et (lu'en conséquence de graves erreurs pourraient résulter de cet examen. Quant à M. Cantoni, il a apporté dans ce sujet les résultats d'expériences très -incomplotes et mal conduites, plus propres à jeter la défaveur sur ce (ju'il pouvait y avoir de fondé dans l'opinion de M. Cornalia, (ju'à encourager ceux qui auraient Tidée d'en vériGer l'exactitude. Loin de rien enlever au mérite de mes recherches, ces observations ne font iiu'ajouter à leur nouveauté, et il est fort heureux qu'au début de mes études, en i865, je les aie ignorées, car j'aurais pu me confier à leurs résultats et abandonner la voie où je m'étais engagé, qui devait me conduire sûrement à la découverte d'un procédé pratique de confection de la bonne graine en supprimant la préparation de la mauvaise. L'auteur d'une application
nouvelle est celui qui en démontre l'efficacité et qui en établit les principes sur des bases expérimentales rigoureuses. Ma méthode est bien à moi ; je la revendique comme ma propriété exclusive. Elle repose sur des observations entièrement neuves. Il ne suffisait pas de démontrer que la graine issue de papillons privés de corpuscules était une graine exempte de la maladie régnante, démonstration que personne n'a donnée avant moi ; il fallait établir les propositions suivantes, qui sont le principal fondement de la méthode et la preuve de son caractère éminemment pratique :
I** Il existe partout des chambrées dont la totalité ou la très-grande majorité des chrysalides et des papillons sont privés de corpuscules ;
îi® On peut les multiplier à volonté ;
3° Une graine issue de telles chambrées ne peut pas périr à l'état de vers par la maladie des corpuscules , bien que cette maladie soit contagieuse au plus haut degré.