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I] sufht de mettre en regard ces papillons de douze grainages faits au Japon en 1866 avec ceux des quatorze grainages dont j'ai rendu compte, effectués à Saint-Hippolyte (Gard) dans cette même année 1866, pour se convaincre du développement extraordinaire que la maladie des corpuscules à pris en France.
Que l’on fasse toutes les hypothèses qu’on voudra sur les causes qui ont pu amener les désastres de la sériciculture, il n’en restera pas moins établi par toutes les observations qui précèdent, que dans les contrées où sévit lépizootie il existe un parasite infiniment plus multiplié que dans les pays où règne encore la prospérité de l’industrie de la soie et qui ont le privilége d’avoir des semences généralement très-saines.
Ce que nous venons de dire de Ja France comparée au Japon s'applique plus particulièrement à nos départements de grande
culture, tels que le Gard, la Drôme, l'Ardèche; mais il est loin
d'en être de mème pour ceux où la culture du mürier est peu développée et où léducation des vers à soie ne peut compter comme une des branches de l’industrie agricole. Dans ces derniers départements, dont le nombre ne s'élève pas à moins de trente ou trente-cinq, on retrouve à très-peu prés, souvent mème améliorée, la situation qui est propre au Japon. Il est tel de ces départements où le plus habile micrographe aurait eu peine, dans ces dernières années, et pour toutes les éducations, à rencontrer quelques sujets corpusculeux. Je citerai, par exemple, le Cantal et le Puy-de-Dôme. Aussi tous nos départements de petite culture ont eu, depuis vingt années que dure Île fléau, le privilége de fournir des graines excellentes. On a importé tour à tour dans les départements de grande culture, où elles produisaient de magnifiques récoltes, des graines confectionnées dans la Côte-d'Or, l'Yonne, Saône-et-Loire, le Cher, lIndre-et-Loire, le Cantal, le Puy-de-Dôme, la Corrèze, le Lot, le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne, le Gers, le Tarn, les Pyrénées-Orientales, l'Aude, quelques localités de l'Hérault, les Hautes et Basses- Alpes. Aujourd'hui encore on vante certaines semences provenant de ces divers départements. Toutefois, on peut assurer qu'il n'est peut-être pas un seul des éducateurs dans tous les lieux que je viens de nommer, qui ait su conserver la pureté de sa graine. Après avoir réussi à la reproduire toujours saine pendant plusieurs années consécutives, ils ont eu la douleur de la voir manifester, soit chez eux, soit surtout dans les départements de grande culture, l'existence de la maladie régnante ; en d’autres termes, les éducations des pays de petite culture n’ont pu se maintenir indéfiniment propres à la reproduction, chez un même éducateur. Cette terminaison fatale s'annonce le plus souvent, j'en donnerai les preuves les plus péremptoires, par la présence dans les grainages successifs d’un nombre toujours croissant de papillons corpusculeux.
Je me bornerai pour le moment à un exemple particulier, mais fort curieux par les circonstances qui l’ont entouré et par les commentaires auxquels il a donné lieu. Il est relatif à une graine de la Corse devenue célèbre sous le nom de graine de M"* Rocca-
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Serra, dont voici l’histoire d’après des documents authentiques.
Dans un Rapport lu à la Société d'Agriculture de Bastia en 1865, M. Limperani, président de cette Société, s'exprime ainsi {r) :
« J'ai eu plusieurs fois occasion d'appeler lattention de la Société sur les résultats si dignes de remarque obtenus depuis plusieurs années sans interruption par des sériciculteurs italiens dans la magnanerie de M€ Rocca-Serra à Porto-Vecchio. Pendant qu'une affreuse épidémie s’obstinait à sévir sur les races de vers à soie de l’ancien monde et désolait de nombreuses contrées, les vers à soie obtenus à l’une des extrémités de Pile, à Porto- Vecchio, se conservaient exempts de toute contagion, donnaient un rendement égal à celui des meilleures récoltes d'autrefois et produisaient une graine qui avait la faculté de se reproduire, du moins dans la localité, sans qu’on eût jamais remarqué dans Îles transformations successives la moindre dégénérescence. »
Un pareil succès ne pouvait manquer de stimuler le zèle des sériciculteurs italiens dont parle M. Limperani. Dès 1863, ils avaient passé un contrat de sept ans avec Mme Rocca-Serra pour se faire réserver tous les produits de sa magnanerie; puis, recon- | naissant que, la graine Rocca-Serra donnait d'aussi bonnes récoltes dans d’autres parties de la Corse qu’à Porto-Vecchio, cette Compagnie italienne prit des arrangements avec presque tous les propriétaires de muüriers de Pile. Les succès de ces chambrées, toujours d’après le Rapport de M. Limperani, furent très-remarquables en 1863, 1864, 1865 et 1866. « La graine Rocca-Serra, poursuit M. Limperani, n’a pas tardé à acquérir en Italie la célébrité qu’elle méritait à tous égards; elle y est vendue à des prix inouïs et vous avez pu vous en faire une idée lorsque dans mon Rapport du 30 décembre dernier (1864) je vous citais ce fait significatif, que la Compagnie italienne payait à M" Rocca-Serra à raison de 45 francs le kilogramme, la part de cocons qui lui revenait dans le produit de sa magnanerie. »
Dans un Rapport adressé au Ministre de l'Agriculture par
(1) Voir l’Observateur de la Corse, numéro du vendredi 11 août 1865.
M. Guérin-Méneville et reproduit dans le Journal d'Agriculture de M. Barral (numéro du 3 avril 1868), ce sériciculteur aflirme, d'après les assurances qui lui ont été données en Corse, que la Compagnie italienne a confectionné dans ce département, en 1866, plus de douze mille onces de graine et réalisé sur la vente un bénéfice net de plus de 300000 francs. Dans ce mème Rapport M. Guérin-Méneville s'extasie sur la beauté des vers de Me Rocca-Serra au moment où il les inspecta en 1867. Ils étaient, dit-il, sortis du quatrième sommeil et magnifiques de santé et d'aspect. Dans les litières, il ne trouva aucun ver malade ou mort, ni aucune moisissure (1). M. Guérin-Méneville à admiré également la beauté des muüriers de M"* Rocca-Serra; il n’a vu sur leurs feuilles aucune trace de maladie.
Eh bien, cette graine fameuse est aujourd'hui corpusculeuse au plus haut degré. Les éducations qui vont être faites cette année {ces lignes sont écrites au mois d'avril 1869) périront toutes par la maladie des corpuscules. Voici un examen microscopique de Ja graine produite l’an dernier par lPéducation de M"* Rocea-
Serra à Porto-Vecchio.
(1) Ces assertions de M. Guérin-Méneville sont reproduites dans le Rapport au Sénat de M. le comte de Casabianca (juillet 1868). Four t. I, p. 35.
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