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Soit, 100 pour 100 de papillons corpusculeux.
Le lot témoin composé de 36 vers a fourni 32 cocons, ct 2 vers paraissant morts-flats; il y a eu 2 vers voyageurs perdus à la montée. Les 32 cocons ont donné 32 papillons très-beaux, dont un seul avait des corpuscules, 50 par champ.
Les expériences précédentes jettent une vive lumière sur la maladie qui nous occupe, et permettent de se rendre un compte exact de sa funeste influence dans les éducations. De tous les effets du fléau que l’observation a pu recueillir dans ces vingt dernières années, celui qui a le plus excité la surprise et dérouté les efforts des éducateurs, c’est assurément l’impossibilité des grainages productifs dans les départements de grande culture. Il n’est pas de localité séricicole, même parmi les plus
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éprouvées, qui n'ait eu à enregistrer chaque année de très-belles réussites, des rendements même supérieurs à ceux des plus beaux temps de la prospérité des éducations. Maïs, quand on essaye de faire de la graine avec les cocons de ces belles chambrées, on constate à peu près infailliblement l’année suivante que cette semence est tout à fait improductive. Comices agricoles, savants, praticiens ont fait à ce sujet les épreuves les plus multipliées. Il en est résulté déceptions sur déceptions et souvent les méprises les plus préjudiciables. Fréquemment des éducateurs honnètes ont livré au grainage de très-belles récoltes parce qu’ils n'avaient observé chez les vers, ni taches de pébrine accusées, ni corpuscules, même à l’époque de la mise en bruyère, et que la montée s'était d’ailleurs effectuée dans les meilleures conditions. L'année suivante, au contraire, 1ls avaient la douleur de voir périr toutes les éducations de ces graines faites sous des auspices trompeurs.
Sans insister davantage sur des faits dont tous les éducateurs ont eu sous les yeux de nombreux exemples, je me bornerai à renvoyer le lecteur à quelques extraits des procès-verbaux des séances du Comice du Vigan, reproduits dans la quatrième Partie du second volume de cet Ouvrage. Il y trouvera les preuves des efforts tentés sans succès par divers membres de ce Comice éclairé, pour lutter contre cette impossibilité presque absolue du grainage indigène. Soins dans les éducations, choix des localités les plus salubres, pratiques diverses dans le but d’éloigner les mauvais reproducteurs, rien n’a été épargné, mais tout a été inutile. C’est ainsi que l’industrie séricicole s’est trouvée tarie dans sa source et qu’il a fallu recourir au commerce pour procurer à la France Îles semences qu’elle ne pouvait plus préparer elle-même. C’est ainsi, comme je lai expliqué dans l’Introduction, que l'Espagne, le Portugal, l'Italie ont été mis successivement à contribution, et que, ces pays ayant été envahis à leur tour par le fléau, il a fallu étendre plus loin la recherche et la confection de la graine.
Toutes ces circonstances si pénibles, si bien faites pour jeter le découragement parmi les éducateurs et donner au fléau un caractère mystérieux trouvent leur explication naturelle dans les faits de contagion que nous venons d’exposer.
Placez, en effet, l’éducateur le plus habile, mème le micrographe le plus exercé, en présence de grandes éducations qui offriront les mèmes symptômes que nos quatrième, cinquième et sixième expériences, son jugement sera nécessairement erroné s’il se borne aux connaissances qui ont précédé mes recherches. Les vers ne lui présenteront pas la plus légère tache de pébrine; le microscope n’accusera pas l'existence des corpuscules ; la mortalité des vers sera nulle ou insignifiante: les cocons ne laisseront rien à désirer. Notre observateur devrait donc conclure, sans hésiter, que l'éducation est bonne pour graine. La vérité est, au contraire, que tous les vers de ces belles récoltes sont empoIsonnés et qu'à SON insu ils portent en eux le germe de la maladie, prèt à se multiplier outre mesure dans les chrysalides et les papillons pour passer de là dans les œufs et aller frapper de stérilité la génération prochaine. Et quelle est Ta cause première de ce mal caché sous des dehors si trompeurs ? Dans nos expériences, nous pouvons la toucher du doigt pour ainsi dire : elle est tout entière dans les eflets d’un seul repas corpusculeux, eflets plus ou moins prompts, plus ou moins dangereux, suivant l’époque de la vie du ver à laquelle ce repas a été donné.
Quant aux grandes éducations industrielles, les choses s'y passent à très-peu près de la même manière. Sans doute l’éducateur n’empoisonne pas directement ses vers, mais nous allons reconnaître, par de nouvelles expériences, que, dans toute éducation où il existe des vers corpusculeux, les tables sont couvertes de poussières contagionnantes et que ce sont tantôt les feuilles, tantôt les vers qui se chargent de porter le poison dans l’intérieur des organes. Les eflets produits dépendent d’ailleurs de la proportion de ces vers corpusculeux parmi les vers sains, comme aussi des conditions d'élevage propres à restreindre ou à favoriser la contagion. Dans les éducations diverses d’une mème graine, il ne faut donc pas s'attendre à rencontrer rigoureusement les mèmes circonstances ni les mêmes résultats. Toutefois si le nombre des vers corpusculeux à l’origine est considérable, par exemple, de 20, 30, 0 pour 100 ou davantage, et quelquefois même pour des proportions moindres, soyez assuré que votre chambrée sera dé-
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truite à peu près entièrement, car, d’un côté, les vers, corpusculeux dès leur naissance, périront infailliblement, et, d’autre part, ils multiplicront tellement les occasions de la contagion dès le jeune àge, à cause de leur grand nombre, qu'il vous sera difficile de faire arriver jusqu'à la bruyère un certain nombre de vers en état de filer leur soie. |
Nous voyons, en outre, combien il était illusoire de rechercher la maladie dans les vers à soie, par le caractère des taches ou par l'examen des corpuscules dans une goutte de sang comme on Île faisait généralement, lorsqu'il s'agissait de décider si éducation serait propre à la reproduction. Chrysalides et papillons peuvent être chargés de corpuscules et les vers qui leur ont donné naissance ne pas offrir la moindre tache de pébrine, ni déceler le parasite aux yeux les plus exercés.
Quant à la contagion du mal, non-seulement elle est indiscutable, mais ses eflets sont immenses, incalculables, car on peut admettre que, dans une éducation quelconque, tous les papillons corpusculeux le sont précisément par le fait de Ja contagion. En eflet, tout ver corpusculeux à sa naissance est destiné à périr avant de pouvoir devenir papillon; d'autre part, tout ver exempt de corpuscules à sa naissance restera exempt de corpuscules pendant toute l’éducation et encore à l’état de chrysalide et de papillon, pourvu qu'il fasse partie d’une éducation où les corpuscules sont absents. On ne saurait en douter quand on considère la marche de nos lots témoins comparée à celle des lots infectés. Les rares papillons corpusculeux trouvés dans ces lots témoins doivent être attribués à la contagion, ou mieux à l'infection à petite distance, comme nous l’expliquerons bientôt; mais ils sont assez peu nombreux pour qu'on donne au principe que je viens de poser la plus grande généralité.
En présence de l’effrayante proportion de chrysalides et de papillons corpusculeux dans toutes les éducations actuelles, l’importance de ces déductions expérimentales ne saurait échapper à personne.