IL. — CONTAGION DIRECTE PAR LA PEAU DES VERS A L'AIDE DE PIQURES
Le 30 mars 1867, on partagea en trois lots une éducation de Go vers sains, race blanche de pays à trois mues (1). |
Les vers avaient fait, depuis deux jours, leur troisième et dernière mue. Le premier lot fut contagionné avec un repas de feuilles corpusculeuses; le deuxième, en piquant un à un chaque ver sur un des derniers anneaux et en introduisant dans la blessure une aiguille que l’on venait de tremper dans une goutte d'un liquide chargé de corpuscules, avec la précaution de laver à grande eau le corps des vers pour enlever les corpuscules qui auraient pu rester adhérents extérieurement et passer de là sur les feuilles (2). Enfin le troisième lot ne recut aucun traitement et servit de lot témoin.
La montée pour les trois lots eut lieu du 2 au 4 mai. Tous les vers firent leurs cocons, mais l'examen microscopique des papillons fut bien différent dans ses résultats pour les trois lots.
Dans le lot témoin, pas un seul des papillons n’a offert la moindre trace de corpuscules.
Dans le lot contagionné par la nourriture, tous les papillons, sans exception, furent corpusculeux de 100 à 200 corpuscules par champ.
(1) J'ignore l’origine de cette race. Les cocons étaient énormes. La graine provenait d’une éducation de M. Desmolles, ancien député de la Lozère, propriétaire dans le Gard.
Puisque j'ai l’occasion de parler d’une race à trois mues, j'ajouterai que ces races m'ont toujours paru beaucoup moins sujettes à prendre la pébrine que les races ordinaires à quatre mues, circonstance qu'il faut attribuer, je pense, à la moindre durée de la vie des vers. On arrive au mème résultat en élevant la température des éducations et en multipliant les repas. J'ai vu une chambrée de 20 onces d’une race à trois mues, faite à Alais, ne donner que des papillons sains. Outre qu’elle était à trois mues, l’éducateur, le sieur Sollier, de Saint-Ambroix, avait pour système de porter la température à 26 et 28 degrés Réaumur pendant toute la durée de l'éducation; en revanche, il y eut, au moment de la montée à la bruyère, une foule de vers atteints de grasserte.
(2) La blessure se cicatrise très-vite ; à sa place il reste une tache noire.
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Enfin dans le lot contagionné à l’aide de blessures injectées, sept papillons seulement offrirent des corpuscules, de 50 à 200 par champ.
La contagion par piqüres infectées a donc lieu, mais elle est moins sûre que par le canal intestinal, ce à quot il fallait s’attendre, parce que le sang qui sort de la blessure ne laisse pas toujours pénétrer les corpuscules qu’on cherche à inoculer (1).
Pour comprendre toute la part d'influence que peut avoir, dans la propagation de la pébrine, le mode d’inoculation dont nous venons de parler, il suflit de rappeler les observations que j'ai exposées antérieurement dans le Paragraphe relatif aux taches sur la peau des vers à soie. Nous avons reconnu qu'il existait deux espèces de taches, les unes occasionnées par le développement des corpuscules dans lintérieur des organes et particulièrement dans le tube digestif : ce sont les taches de pébrine propres seulement aux vers corpusculeux. Les autres, infiniment plus nombreuses, sont dues à des blessures que les vers se font en marchant les uns sur les autres. Ces blessures sont faites principalement par l’extrémité des six crochets qui terminent les pattes des anneaux antérieurs de la larve. À l’époque de la montée à la bruyère, il est rare de trouver une éducation industrielle dont tous les vers ne portent pas de ces taches de piqüres. Je ne reviendrai pas ici sur les preuves péremptoires que j'ai données dans le Paragraphe précité pour démontrer que ces taches sont uniquement produites par le fait de la vie en commun des vers.
Qu'un ver enfonce les crochets de ses pattes antérieures, ici dans un crottin, là dans un ver corpusculeux ; qu'il aille ensuite, de ces mèmes crochets, piquer un ver sain, il n’en faudra pas davantage pour que ce dernier soit contagionné. Prenez, dans une éducation où règne la pébrine, des vers quelconques, et lavez dans une goutte d’eau l’extrémité des crochets qui terminent les
(1) Dans les expériences qu’il fit, en 1838, pour contrôler la découverte du professeur Bassi, de Lodi, concernant la contagion de la muscardine par le botrytis bassiana, le célèbre naturaliste Audoin avait déjà remarqué un fait de cette nature.
pattes, la goutte d’eau vous montrera ensuite au microscope un assez grand nombre de corpuscules.
& IV. — COoNTAGION PAR LES POUSSIÈRES FRAICHES DES ÉDUCATIONS COURANTES.
Le 1° mai 1869, on contagionne 25 vers sains, race jaune de pays (les mêmes que ceux de la deuxième expérience du $ I), en se servant, pour matière contagionnante, de crottins de petits vers corpusculeux éclos le 25 avril. Ces crottins ont été écrasés et délayés dans quelques gouttes d’eau, puis on a étendu le liquide au pinceau sur la feuille d’un seul repas. On constate que les vers mangent assez bien. Ils étaient à trois jours de distance de la troisième mue. Celle-ci a eu lieu le 3 mai. Le premier repas après la mue a été donné le 4 maï à 5 heures du matin. Le 7 mai, on examine deux vers; le premier offre une petite tache sur la tête. Dans la tunique interne de lestomac on voit des corpuscules ovoides vieux, pas de pyriformes ni de jeunes à parois peu distinctes. Dans les glandes de la soie on trouve un centre où les corpuscules commencent à se développer. Ils sont très-jeunes et à vacuoles. Le deuxième ver ne présente ni taches, ni corpuscules visibles.
Le 8 mai,nouvel examen de deux vers. Le premier n’a ni taches, ni corpuscules, le deuxième a deux petites taches sur le troisième anneau. Dans la tunique interne de l'intestin, on trouve un grand nombre de corpuscules jeunes et à vacuoles. Quelques-uns sont pyriformes. Il y a aussi beaucoup de corpuscules vieux commençant à former des amas. La tunique externe, les tubes de Malpighi et les glandes de la soie commencent également à être envahis, car on trouve quelques corpuscules dans le liquide où on les a broyés.
Le premier repas après la mue est donné le 10 mai, à à heures du soir. Au délitage du 12 mai, on trouve 20 beaux vers dont les taches n’ont pas encore reparu. L’inégalité commence à être
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sensible. Elle s’accuse davantage le lendemain. Montée à la bruyère le 19 et le 20.
La sortie des papillons s’est faite le 11 juin et les jours suivants. On a examiné 15 de ces papillons :
1. 500 corpuscules par champ. 9. 800 corpuscules par champ. 2. 5oo0 » » 108500 » »