OBSERVATIONS
Les vers morts examinés au microscope n'offrent pas de corpuscules.
Vibrions constatés dans plusieurs des vers morts sans qu’on recherchàt particulièrement ces organismes. À cette époque de mes études, j'ignorais la signification qu'il fallait
attribuer à leur présence.
| Je ne l'ai reconnue qu’en
Je pourrais présenter un grand nombre d’éducations semblables à celles des tableaux précédents et non moins propres à démonter l'indépendance de la flacherie et de Ta pébrine.
Je m'empressai de compléter ces observations par la visite et l’étude attentive d'une multitude d’éducations industrielles pour y rechercher la part d'influence de la nouvelle maladie. Il me fut bientôt démontré que les résultats de mes expériences de Taboratoire avaient un caractère très-général, et que, contrairement à l'opinion commune, deux maladies distinctes se partageaient les causes de tous les malheurs; que la pébrine était la plus répandue, mais que la flacherie lui était associée dans une proportion considérable ; que, toutefois, cet état de choses était seulement propre aux départements de grande culture : dans les autres, le mal se bornait à peu près exclusivement aux ravages de la pébrine (x). C'est alors que j'adressai à M. Dumas, à la date du 21 mai 1867. la lettre suivante, qui fut insérée dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences du 3 juin de la mème année :
Alais, le 21 mai 1867.
Dans ma lettre du 30 avril dernier, je vous ai fait connaître les résultats de mes essais précoces et de l'examen de tous les papillons qui les avaient fournis. Joints à ceux de mes observations antérieures, ces résultats donnent
(1) En Autriche, comme en France et en Italie, tout le mal a été rapporté à la pébrine seule, jusqu’à l’époque de mes observations relatives à la maladie des morts-flats, c'est-à-dire jusqu’en 1867 et en 1868. La preuve de ce fait se trouve dans le texte suivant, d’une proposition de prix fondé par le Gouvernement autrichien pour récompenser l'Auteur du meilleur remède ou préservatif d'une application générale et capable d'empécher la vésrixe.
Le Ministère de l’ Agriculture, en Autriche :
Considérant les ravages considérables eausés depuis plus de dix ans dans l’Empire d'Autriche par { ‘épidémie qui a frappé les vers à soie ;
Considérant que les pertes qui en sont résultées constituent un des principaux obstacles au développement de la sériciculture, en Autriche ; grès des sériciculteurs, réuni à Vienne en 1863, et sur la proposition de la Commission de sériciculture ;
D'accord avec les résolutions arrétées par le Con
A décide de décerner un prix de 5000 florins d'Autriche à celui qui aura reussi
& découvrir un remède ou préservatif efficace. d’ licati oénérale, et € préservatif efficace, d’une application générale, et capable d’empécher la vérRixE, maladie épidémique sévissant actuellement sur le ver a sote ( Bombyx Mort). (Publication du Consulat général d'Autriche, à Paris, 1868.)
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la connaissance, presque aussi complète qu’il est possible de le désirer, de la maladie des corpuscules, puisqu'ils nous montrent qu'il est aussi facile de la prévenir que de la faire apparaître à volonté.
J'ai ajouté, contrairement à l'opinion générale, que cette maladie des corpuscules n’était pas tout le mal dont souffrait la sériciculture, qu'elle était associée à une autre affection confondue à tort avec elle, mais qu’il faut soigneusement en distinguer, parce que, dans un grand nombre de circonstances, ces deux maladies n’ont pas de rapport, au moins direct.
Cette maladie, nouvelle quant aux idées que l’on se fait de l’état des chambrées depuis vingt.années que sévit le fléau, me paraît être, vous allez en juger tout à l'heure, la maladie connue anciennement sous le nom de maladie des »orts-blancs où des morts-flats. Vai peut-être tort de me servir d’une expression vulgaire dont la définition donne lieu à bien des variantes, mais cela importe peu. C'est sur la réalité de l’existence d’une maladie, très-distncte de celle des corpuscules, que je veux insister dans cette lettre. Je supposerai que nous visitions ensemble une chambrée où règne, comme on dit, la maladie, c'est-à-dire une chambrée où l’on observe une grande mortalité chez les vers, sans que d’ailleurs il y ait matière à blâmer l’éducateur dans son travail ou la disposition du local. |
Afin de mieux fixer les idées, j'admettrai que les vers aient franchi leur quatrième mue, car c’est le moment vraiment critique. L'aspect de la chambrée différera du tout au tout, suivant qu'elle sera sous l'influence de l’une ou de l’autre des deux maladies dont je parle. Si c’est l'affection corpusculeuse qui détruit la chambrée, les tables seront couvertes de vers ayant, pour ainsi dire, toutes les tailles, depuis celle du ver qui vient de muer où qui va muer de la quatrième mue, jusqu'au ver prêt à filer son cocon, où qui paraît devoir le filer sans peine; en outre, bon nombre de vers (également de toutes les tailles) sont étendus morts sur la litière dans un état de putréfaction plus ou moins avancée. On peut classer ces vers dans trois catégories distinctes :
1° Au moment où les vers ont fait en grand nombre leur quatrième mue, beaucoup d’entre eux n'ont pu s’exdormir : il est facile de les reconnaitre, soit à leur teinte verdâtre, soit à leur museau, soit à cet aspect un peu luisant des vers qui vont bientôt se mettre en mue. Observés à la loupe, et même à l'œil nu, ils sont fréquemment couverts de taches plus ou moins accusées.
2° Parmi les vers qui ont pu faire leur quatrième mue, un très-grand nombre ne mangent pas, où à peine, et conservent plus où moins, pour ce motif, la teinte rouillée que possèdent les vers bons où mauvais, au sortir de la quatrième mue.
3° Un certain nombre de vers se nourrissent convenablement, deviennent chaque jour de plus en plus gros, blanchissent.. Ce sont les moins mauvais parmi les vers de la chambrée, ceux qui ont au moindre degré subi l’influence du mauvais état des papillons producteurs de la graine, ou les moins atteints par la contagion au voisinage des vers morts ou mourants.
Dans ces trois catégories de vers, dans la troisième, comme dans les deux premières, mais principalement dans ces deux-ci, bon nombre périssent chaque jour. De là l'existence de vers de toutes les tailles que l’on remarque chez les vers morts.
Observons maintenant au microscope les vers de ces diverses catégories. Ceux de la première qui n’ont pas mué sont chargés de corpuscules, qu'ils soient morts ou vivants. Prenez-les au hasard, broyez-les séparément avec quelques gouttes d’eau, et la plupart d’entre eux vous offriront à l'examen microscopique des centaines et des milliers de corpuscules par champ. Tous leurs tissus en sont comme imprégnés; quelquefois le sang qui sort par une blessure faite à la peau est laiteux au lieu d’être limpide, tant il est chargé de corpuseules. Ici le grand nombre des taches est une conséquence de l’intensité de la maladie des corpuscules.
L'examen microscopique des vers rouillés de la seconde catégorie présente des résultats de même ordre : beaucoup d’entre eux sont chargés de corpuscules. Au contraire, parmi les vers de la troisième sorte qui mangent, grossissent et ont la teinte normale de leur âge, c’est tout à fait exceptionnellement qu'ils offrent un seul sujet corpusculeux. Mais tous sont empoisonnés, car, Si vous attendez qu'ils aient fait leurs cocons et que vous les observièz à l’état de chrysalides ou de papillons, pas un seul de ceux-ci ne sera exempt de corpuscules. Bien plus, à cause de la gravité que je suppose en ce moment à la maladie, déjà les chrysalides jeunes se montreront corpusculeuses. La graine issae des papillons d’une telle chambrée serait détestable ; personne ne songerait à s’en servir, et néanmoins les principes que j'ai établis sont si rigoureux, qu'il serait facile d'utiliser cette graine, si cela était nécessaire, pour régénérer la race et la rendre aussi saine qu'au temps de la prospérité des éducations. Deux éducations successives, avec le mode de sélection des papillons que j'ai indiqué, conduiraient sûrement à ce résultat.
Ce sont là les caractères de la maladie des corpuscules considérée après la quatrième mue, dans une chambrée où elle provoque une grande mortalité, telle, par exemple, qu'une once de graine fournisse 1, 2, 3 kilogrammes de cocons.….Vous auriez les mêmes symptômes, mais seulement avec une intensité moindre, si la mortalité, toujours par le fait de la maladie des corpuseules, permettait d'obtenir le tiers, la moitié ou les trois quarts d’une récolte normale. Je veux dire qu'on observerait toujours les mêmes catégories de vers, et qu'ils seraient corpusculeux en plus ou moins grand nombre. Il y aurait également absence de corpuscules chez les vers capables de monter à la bruyère; mais les papillons seraient encore tous corpusculeux ou presque tous; il y aurait seulement des différences dans l’époque à laquelle les corpuscules auraient apparu dans la chrysalide.
Je n'aurais pas le loisir de vous parler plus longuement de la maladie des corpuscules en l’envisageant à d’autres périodes de l’éducation, ni d'insister à nouveau sur ce qu'il y a d'aléatoire dans l'examen microscopique des graines;
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j'ajouterai seulement, pour compléter ce qui précède, que si nous avions observé notre chambrée malade depuis le moment de l’éclosion de la graine, nous aurions reconnu à toutes les époques l’existence de vers retardataires plus ou moins corpusculeux. Enfin toutes les chambrées provenant de la même graine qui a fourni notre mauvaise chambrée auraient également échoué.
J'arrive maintenant aux symptômes extérieurs de la nouvelle maladie : c’est le principal objet de cette lettre. Si c’est à elle qu'il faut attribuer la destruction de la chambrée, l'aspect général de celle-ci, au moment où nous y pénétrerons, sera tout autre que celui dont je viens de parler, et les différences n'auront pas été moins accusées dans les phases antérieures des deux éducations :
1° Il arrivera le plus ordinairement que la mortalité n’aura pas été de plus de 2 à 3 pour 100 dans l’ensemble des diverses mues, ce qui est insignifiant ;
2° En examinant au microscope les vers petits qui ne muent pas en même temps que les autres, les rares vers morts trouvés dans les litières, pas un seul d’entre eux n'offrira de corpuscules ;
3° Toutes les mues, notamment la quatrième, se seront opérées avec un ensemble parfait, si peu que l’éducateur connaisse son métier ;
4° Les papillons producteurs de la graine d’où la chambrée est issue auront été tous, ou au moins la très-grande majorité d’entre eux, privés de corpuscules.
Malgré ces circonstances et en dépit des espérances qu'elles faisaient concevoir à l’éducateur, la litière (la bruyère également, si l'éducation en est là) est couverte de vers ayant tous la grosseur qui convient à leur âge: mais, chose étrange! ces vers sont morts ou mourants. Ils sont si languissants, que leurs mouvements sont à peine sensibles, et pourtant leur aspect extérieur est si satisfaisant, qu'il faut toucher les morts et les manier pour s'assurer qu'ils ne sont plus vivants. Si déjà quelques-uns sont montés sur la bruyère, ils s’allongent sur les brindilles et y restent sans mouvement jusqu'à leur mort, ou bien ils tombent pendus et retenus seulement par quelques-unes de leurs fausses pattes, comme le montre la figure de la page suivante. Dans ces positions, ils deviennent mous en un temps plus ou moins long, qui est quelquefois très-court, puis ils pourrissent en prenant une couleur noire dans l'intervalle de vingt-quatre ou quarante-huit heures. Leur corps n’est plus alors qu’une sanie brun-noirâtre, remplie de vibrions dont les premiers ont apparu dans les matières dont le canal intestinal au moment de la mort était gonflé et comme obstrué à quelque distance de son extrémité postérieure. Que l’on observe par centaines des vers morts dans ces conditions, pas un seul ne sera corpusculeux. Il y a plus : les papillons des cocons formés en plus ou moins grand nombre ne montreront pas davantage le moindre corpuscule, dernière et convaincante preuve que la mortalité de la chambrée n’a eu aucun rapport direct avec la maladie des corpuscules.
Si maintenant nous consultons les nombreux auteurs qui ont écrit sur les
maladies du ver à soie, vous reconnaîtrez, je pense, qu'il faut appliquer à la maladie dont je viens de parler l'expression de maladie des #orts-flats. vous suffira de lire à cet égard le petit ouvrage de Nysten, et surtout une note du
traducteur de l'ouvrage de Dandolo ainsi conçue : « Dans la maladie des mortsblancs où morts-flats, le ver conserve étant mort son air de fraicheur et de santé. Il faut le toucher pour reconnaître qu'il est mort. »
D'après ce qui précède, la maladie des morts-flats peut exister, sans être associée à un degré quelconque dans une même chambrée, avec la maladie des corpuscules. Mais l'inverse n’a peut-être jamais lieu. Toutes les fois que la maladie des corpuscules existe, elle s'accompagne chez un plus ou moins
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grand nombre de vers de la maladie des rvorts-flats (1). Dans ce cas, cette dernière maladie paraît done liée d’une façon plus ou moins étroite avec la maladie des corpuscules. Aussi, bien que dans nombre de circonstances la maladie des norts-flats soit sans relation directe, absolument parlant, avec la maladie des corpuscules, il se pourrait que des observations ultérieures vinssent établir que la fréquence de la maladie des orts-flats est due à un afaiblissement des races produit par la maladie des corpuscules, et ce qui tendrait à le faire croire, c’est que les races indigènes m'ont présenté bien plus fréquemment que les races japonaises des exemples de la maladie dont je parle. Quant aux causes plus prochaines de cette maladie et aux moyens de la prévenir, Comme son existence indépendante de la maladie des corpuscules ne s’est manifestée à moi que dans mes études récentes, et alors que j'étais tout occupé de mes expériences sur la maladie corpusculeuse, vous comprendrez facilement que leur connaissance approfondie m’échappe encore. Pourtant, je crois que la maladie des zorts-flats peut être soit héréditaire, soit produite par des circonstances survenues accidentellement dans l'éducation. Elle serait héréditaire lorsqu'on aurait le tort de faire de la graine avec des chambrées dont les vers offrent, après la quatrième mue, une mortalité plus ou moins grande de norts-flats, et en général toutes les fois que les vers sont mous au toucher, languissants dans leurs mouvements et sans agilité sur la bruyère. Les éducations d’une telle graine peuvent présenter à peu près généralement la maladie des parents, si les vers ne se sont pas guéris d'eux-mêmes en quelque façon par les bons soins et les bonnes conditions des éducations. Je suis porté à croire également qu'il existe des circonstances à l’époque de l'incubation et de l’éclosion, mais dont je ne me rends pas encore bien compte, pouvant contribuer à l’apparition subséquente de la maladie des morts-flats.
Cette maladie serait accidentelle, principalement dans le cas où, soit par suite de la disposition des locaux, soit par l'effet des conditions atmosphériques, telles que l’abaissement de pression et l’état hygrométrique au moment d’un orage, la transpiration si nécessaire au ver à soie se trouve arrêtée pendant un temps plus ou moins long, surtout au moment où son appétit augmente considérablement, entre la quatrième mue et la montée à la bruyère.
(1) Cette observation est exacte mais mal interprétée. Dans une graine industrielle, c’est-à-dire faite en assez grande quantité et corpusculeuse, il se trouve généralement beaucoup d'œufs affaiblis par l’état maladif des papillons produeteurs, au point de donner des vers très-prédisposés à la flacherie. Voilà pourquoi il est très-rare de rencontrer une chambrée décimée par la pébrine, et n’offrant pas simultanément des vers flats. Mais l’indépendance des deux maladies n’en est pas moins absolue. On peut avoir des éducations exclusivement atteintes de pébrine ou exclusivement atteintes de flacherie. (Entre autres preuves, voir par exemple ma lettre du 28 mars 1869 à la Commission des soies de Lyon et le Rapport de cette Commission sur ses éducations de 1869, t. II, p. 288.)
Alors le ver à soie doit assimiler une quantité énorme de nourriture trèsaqueuse, et, comme il n’urine pas, il faut de toute nécessité que le grand excès d'eau de ses aliments s’évapore par transpiration cutanée. Cela exige un renouvellement continuel de l’air dans lequel il se trouve. Je viens de visiter un grand nombre de magnaneries de Perpignan et de ses environs : beaucoup d’entre elles sont des chambres ordinaires, n’ayant qu'une seule croisée, et sans cheminée; si elles sont placées sous les toits, le toit est maçonné. Il y à done impossibilité à un mouvement de l’air. Heureusement on n'y fait jamais de feu, et l'on ouvre assez souvent la fenêtre; mais que le vent humide et chaud, dit marin, vienne à souffler au moment de la montée, rien ne peut plus obvier à l'inconvénient si grave, que je viens de signaler, de l'absence de transpiration des vers. Les conditions atmosphériques dont je parle ont existé précisément pendant quelques jours après la quatrième mue dans le département des Pyrénées-Orientales. Aussi ai-je vu de graves insuccès dus à cette cause, portant sur des graines d'excellente qualité, et certainement privées d’une façon à peu près complète de la maladie des corpuscules. C'est alors que l’on remarque ces faits, si étranges au premier abord, de chambrées admirables plus ou moins voisines ou plus ou moins éloignées de chambrées dont l’échec est absolu, alors même que ces deux espèces de chambrées proviennent d'une même graine, sortie du même sac.
Vous trouverez une expérience très-instructive à ce sujet dans l'Ouvraze de Nysten, qui fut chargé, comme vous le savez, en 1807, par le Gouvernement, d'aller étudier dans le département de la Drôme une épidémie locale de morts-flats. HN rapporte qu'ayant placé 15 000 vers dans un cabinet sans autre ouverture que celle de la porte, laquelle n’était ouverte que lorsqu'on entrait pour donner à manger aux vers et pour les déliter, il a obtenu environ 3600 morts-flats, tandis que 10000 des mêmes vers, dans des conditions à peu près normales, n'ont fourni que 200 ou 300 vers morts de cette maladie. J'espère pouvoir éclaireir tous ces faits par de nouvelles expériences que je vous ferai connaître ultérieurement.
En résumé, et au point où je me trouve dans l'étude de la nouvelle maladie, je ne vois présentement d'autres moyens de faire de la bonne graine, et d’une bonté durable, qu'en s'adressant à des chambrées très-bien réussies (c'est d’ailleurs la prescription de tous les temps et de tous les pays, mais peu observée souvent par les marchands de graines), dont les vers ont été agiles à la montée et dont la grande majorité des papillons est exempte de corpuscules. La maladie des corpuscules, maladie terrible, excessivement répandue, disparaîtra sûrement, et celle des »orts-flats ne pourra se déclarer qu’accidentellement, point du tout d'une manière nécessaire, je l'espère du moins, parce que la maladie n'aura pas 6té communiquée par hérédité congéniale. Pour éviter même ces cas accidentels de maladie des norts-flats, le remède préventif le meilleur consistera dans l'emploi de magnaneries où le mouvement de l'air est facile et naturel. Si les conditions atmosphériques font néan-
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moins craindre l'approche du mal, il faudra s’'empresser de provoquer le mouvement de l'air, en d’autres termes, la transpiration des vers par des moyens artificiels, tels que des feux clairs souvent renouvelés, une chaleur convenable et l'ouverture des trappes, s’il en existe dans le plancher de la magnanerie. Ces dernières prescriptions peuvent se résumer par cette phrase dont j'emprunte l’expression pittoresque à votre Rapport sur le procédé André Jean : « Un air constamment renouvelé, comme si les vers étaient placés dans une gaine de cheminée. »
Beaucoup de personnes, qui se rendent un compte inexact des principes physiques dont l'application est le plus profitable aux chambrées, blâment la disposition des magnaneries dans le département du Gard. Je ne vois rien de mieux entendu au contraire que ces éducations sous un toit dont les tuiles ne sont pas réunies par du mortier et simplement imbriquées les unes sur les autres, surtout lorsqu'il existe des trappes au plancher, ou des ouvertures latérales grillagées situées très-bas, si la magnanerie est au rez-de-chaussée, et si enfin la magnanerie est très-élevée comparativement à sa largeur. Ces magnaneries sont, au point de vue physique, de véritables cheminées : le soleil ne peut pas frapper les tuiles sans qu'un mouvement de l'air de bas en haut ne s’établisse aussitôt, surtout si l’on a le soin de garnir le joint des fenêtres de bandes de papier ; c’est encore là une de ces pratiques de métier que bien des personnes ont le tort de blämer, à mon sens. De même qu’une cheminée tire moins bien quand on fait un trou dans sa hauteur, de même les ouvertures aux fenêtres peuvent ralentir le tirage d’une magnanerie. Mais il y à des circonstances atmosphériques où tout à coup, par un abaïssement considérable de la pression de l'air, la magnanerie-cheminée dont je parle ne tire plus, et où le mouvement de l'air tend à se faire en sens inverse du mouvement naturel qui lui est ordinaire, tout comme on voit la flamme d’un poêle sortir en langue de feu par l'ouverture de la porte du foyer, au moment d'un brusque changement dans la pression atmosphérique. Alors se trouve arrêté subitement tout mouvement d'air dans la magnanerie, c’est-à-dire toute transpiration chez le ver, et en quelques heures apparaît la maladie caractérisée des mn0rts-flats.
Ce sont des effets de ce genre qu'il faut éviter autant que possible, principalement dans les cas où les vers ont, par hérédité ou par affaiblisement progressif, certaine prédisposition à cette maladie des rorts-flats, sur laquelle j'appelle toute l'attention des éducateurs.
L'imimense désastre de la sériciculture depuis vingt années est tout entier dans cette maladie et dans celle des corpuscules, bien plus répandue que celle des mnorts-flats et plus irremédiable une fois qu’elle est déclarée, mais trèsfacile à prévenir en suivant les indications que j'ai données.
La publication de cette lettre produisit une vive émotion dans
nos départements séricicoles. Les résultats qu’elle signalait à
l'attention des éducateurs au sujet de la flacherie et de sa malheureuse influence étaient si vrais, que beaucoup de personnes en exagérérent les conséquences à tel point, qu'elles furent portées à attribuer tout le mal à la présence des morts-flats. A les entendre, la flacherie était seule redoutable, et, jusque dans ces derniers temps. sous l'empire de ces opinions erronées, on à vu soutenir les propositions les plus étranges touchant la maladie des corpuscules ou pébrine. Un médecin de Lyon alla jusqu’à prétendre qu’une graine renfermant quatre-vingts œufs corpusculeux
sur cent avait donné um récolte splendide (x).