SANT ME
rouge. Dans la réaction du bioxyde d'azote sur la méthémoglohine, de l'oxygène est mis en liberté ; il oxyde le bioxyde d'azote, le transforme en peroxyde qui, au contact de l’eau, se décompose en acide azotique et azoteux. On peut déduire la quantité d'acide azoteux formé de la quantité d’urée décomposée, et pour calculer cette quantité il suffit de mesurer le volume d'azote dégagé. Toutefois, comme on ne connaît pas exactement la marche des réactions, on ignore le rapport qui existe entre la quantité d'oxygène détaché de la méthémoglobine et la quantité d'acide azoteux formé ou d'azote dégagé. Mais en prenant deux solutions dont l’une contient approximativement la même quantité d'oxyhémoglobine que l’autre de méthémoglobine, et les traitant toutes deux par le bioxyde d’azote et l’urée, Hüfner et Richard Külz constatèrent, dans deux séries d'expériences, qu'il se dégageait à peu près dans les deux cas la même quantité d'azote, ce qui démontre clairement pour eux que la quantité d'oxygène, séparé par le bioxyde d'azote de sa combinaison avec l’hémoglobine, est la même, qu'il s'agisse d’oxyhémoglobine ou de méthémoglobine. La combinaison est seulement plus stable dans le deuxième cas que dans le premier; mais les auteurs ne donnent aucune notion sur la nature de cette combinaison.
Dans une étude sur l’action du ferricyanure de potassium sur le sang, von Mering démontre par une série d'expériences que si l’on ajoute à une solution sanguine du ferricyanure de potassium, il ne se produit pas toujours de la méthémoglobine. Il faut, pour que cette action ait lieu, que le sang ait été préalablement additionné d’eau, d’éther ou de chloroforme, ou encore qu'on l'ait congelé et dégelé, etc.; il faut, en un mot, que les globules sanguins aient été détruits et que leur matière colorante se soit dissoute dans le liquide ambiant. Une solution - concentrée de ferricyanure de potassium, de même qu'une solution de sel de cuisine, de sulfate de soude, ajoutée à du sang
en) me
frais, n’altère nullement sa couleur et laisse subsister intactes les bandes de l’oxyhémoglobine. C’est que ces solutions n’attaquent pas les globules, elles les conservent. Le chlorate de potasse peut, pendant un certain temps, exercer la même action ; mais ce n’est là qu'un phénomène transitoire : il se forme bientôt de la méthémoglobine.
Hüfner indiqua, l’année suivante, un procédé pour préparer la méthémoglobine de chien cristallisée ; il détermina les constantes photométriques de solutions faiblement alcalines de ces cristaux. [l obtint enfin la méthémoglobine du sang de cheval cristallisée en employant le même procédé que pour le sang de chien.
Jæderholm fait connaître également un mode de préparation de la méthémoglobine cristallisée du sang de chien. Les cristaux qu'il obtient sont constitués par de longs prismes et des aiguilles ; le spectre d'absorption de leur solution est caractérisé par quatre bandes. L'auteur maintient, malgré la critique de Hoppe-Seyler, sa première manière de voir : la méthémoglobine est un peroxyde. Toutefois, dans une nouvelle communication, il se range aux idées de Otto, Hüfner et Külz, mais affirme l’exactitude des résultats de ses expériences, malgré les critiques de Hoppe-Seyler.
Jæderholm a examiné au microspectroscope les cristaux de la méthémoglobine du chien, et il a reconnu qu’ils présentaient exactement le même spectre que les solutions. Il a, du reste, déterminé les longueurs d'onde qui correspondent aux quatre bandes d'absorption des solutions acides de méthémoglobine et aux trois bandes des solutions alcalines. Jæderholm remarque, en outre, qu'une solution de méthémoglobine ordinaire à quatre bandes d'absorption peut, sous l’action d’un courant d'hydrogène chimiquement pur, prendre une coloration rouge et présenter le spectre à trois bandes de la méthémoglobine alcaline. Par agitation avec l'air, elle présente de
A Tador
nouveau le spectre à quatre bandes. Une solution de méthémoglobine contenant seulement 0,02 °/, de carbonate de soude peut également être transformée en solution à quatre bandes d'absorption, par une agitation énergique avec l'air. L'auteur suppose, par suite, que la méthémoglobine à quatre bandes est plus riche en oxygène que celle à trois bandes, ou encore que la méthémoglobine cristalline contient de l’acide carbonique ou un acide volatil, dû à l'alcool employé à la préparer; ces acides seraient déplacés par le courant d'hydrogène.
Tout récemment Kruckenberg fait un retour aux premières idées de Hoppe-Seyler sur la nature de la méthémoglobine ; il n'admet pas l'existence propre de cette substance et s'efforce de démontrer, principalement par la critique des travaux de Jæderholm, que la méthémoglobine, qu'il dote du nom d’hoppéine, sans doute pour spécifier qu’elle est un produit dé l'imagination de Hoppe-Seyler, n’est qu'un mélange, en proportions variables, d’hématine, d’oxyhémoglobine et d’hémoglobine réduite.
À la même époque, Halliburton, plus confiant dans l’existence de la méthémoglobine, parvenait à en obtenir des cristaux avec du sang de différents animaux, par une méthode sur laquelle je reviendrai au chapitre suivant.
Enfin, Ewald observa que des cristaux d’oxyhémoglobine conservés dans une préparation microscopique se transformaient en hémoglobine, puis en méthémoglobine, ou directement en cette dernière substance.
D'autre part, on se livrait en France à des recherches plus physiologiques et l’on étudiait plutôt la production de la méthémoglobine dans l’organisme.
En 1884, Brouardel et P. Loye démontrent par une série d'expériences que la quantité des gaz normalement contenus dans le sang diminue sous l'influence de la kairine ; le
PE ue sang des animaux kairinisés absorbe moins d'oxygène que le sang normal de ces mêmes animaux. Ce sang, couleur sépia chez les animaux morts à la suite d'injection de kairine, présente à l'examen spectroscopique une bande d'absorption dans. le rouge entre Cet D, que Quinquaud appelle « bande d’absorption de la kairine ». Pour Morokhowetz, de Moscou, ce spectre, qui varierait avec la concentration de la solution de kairine, serait constitué par quatre bandes et ne serait autre que celui de la méthémoglobine.
Dans une première communication à l’Académie (Comptes rendus, mars 1884), Hayem établit par une série d'expériences que les corps qui transforment l’hémoglobine en méthémoglobine n’ont pas la même action sur l’hémoglobime dissoute et sur l’hémoglobine qui fait partie intégrante des globules ; cette dernière est plus résistante que la première; de plus, l’hémoglobine dissoute, une fois transformée en méthémoglobine, reste dans cet état, tandis que l’'hémoglobme des globules qui à subi cette modification reproduit, au bout de quelques heures, de l’hémoglobine capable de fixer de l’oxygène, pour former de l’oxyhémoglobine. Il résulte de là que les substances qui n’altèrent pas les hématies n’entrainent pas d’anémie notable.
Dans une deuxième communication {Comptes rendus, mars 1886), Hayem classe les substances qui font passer l’hémoglobine du sang à l’état de méthémoglobine en deux grandes classes, suivant qu’elles transforment en méthémoglobine l’hémoglobine du globule rouge, sans provoquer d’autres altérations des hématies ou du sang ou qu’elles forment de la méthémoglobine et altèrent plus ou moins complètement les globules. La méthémoglobine produite par les substances de la première classe (nitrite d'amyle, chlorhydrate de kairine), est rapidement réduite dans l’organisme ; celle produite par les substances de la deuxième classe (nitrite de sodium,
— 31 — | chlorates, ferricyanures, etc.), est définitive, en ce sens qu’elle ne peut plus se transformer en hémoglobine. Elle se détruit en formant, en particulier, de l’urobiline; quand la méthémoglobine existe dans l’organisme en proportion suffisante, elle peut être | éliminée en nature, en produisant de la méthémoglobinurie.
La dépression de température produite par certains antithermiques qui provoquent la formation de méthémoglobine, ne peut nullement être attribuée à cette modification de l’hémoglobine.
En 1885, Quinquaud communiquait à la Société de biologie une série d'expériencesrelatives à l’action del’acide pyrogallique sur le sang, à la désoxygénation que cet agent lui fait subir et à la transformation d’oxyhémoglobine en méthémoglobine que l’on peut observer chez des animaux soumis à des doses variables de cet acide.
Enfin, dans un article paru dans la Revue Scientifique, du ÿ juin 1886, Hayem fait une étude assez complète de la méthémoglobine d’origine médicamenteuse. Il a recours dans ses recherches au spectroscope, comme seul moyen pratique et expéditif de reconnaître la méthémoglobine, et il fait remarquer, à cet égard, que l’on peut facilement, grâce à cet instrument, déterminer la présence de traces de méthémoglobine, lorsque celle-ci a été mise en liberté et dissoute dans le sérum, tandis que, sielle se forme dans le globule sanguin, on pourra observer sa bande caractéristique seulement lorsque sa proportion atteindra environ 10 °/, de la matière colorante du sang.
Le sang normal, même fortement asphyxique, ne contient pas de méthémoglobine ; si donc il s’en produit à l’état physiologique dans l'organisme, elle est immédiatement réduite, puisqu'on ne peut y déceler sa présence.
Dans la fièvre hématurique et dans l’hémoglobinurie paroxystique les urines des malades sont souvent couleur café et ont fré-
AUS hs
quemment présenté au spectroscope les bandes caractéristiques de la méthémoglobine. Si l’on examine le Sang de malades atteints d'hémoglobinurie, il ne présente que les bandes de l’oxyhémoglobine. « La méthémoglobine peut done prendre naissance aux dépens de l’hémoglobine, dans les voies urinaires, sans être préformée dans le sang. »