‹ Etudes sur la monnaieChapitre 14 sur 29 · F.TL'DE SIIB LA MONNAIE · texte numérisé non relu

F.TL'DE SIIB LA MONNAIE

dépositions que le franc était une unité trop petite pour un système de circulation universelle et qu’il en serait de môme de la pièce de 5 francs, d'autres recommandaient une unité de la valeur de 25 francs, ou même plus grande encore, comme devant se trouver plus en rapport avec l’extension prise aujourd’hui par les transactions commerciales. Cette dernière opinion désigne tout naturellement l’adoption de la livre anglaise.

Il est incontestablement exact que les pays d’Europe qui ont pour unité monétaire le franc, forment une population plus nombreuse que ceux où la circulation repose sur la livre anglaise; mais il n'y a pas non plus le moindre doute que la livre anglaise, ou souverain, est plus généralement connue par tout le globe, et que le montant des affaires qui se traitent en livres, ainsi que le nombre des pays où la livre est une monnaie bien connue et admise, dépasse le montant des affaires traitées en francs et le nombre des pays où les francs et les louis sont ordinairement employés. En Portugal, au Brésil et en Égypte, les souverains sont reçus aussi bien que dans nos colonies lointaines; et pour se servir des expressions du directeur de la Monnaie des États-Unis dans son rapport précité, on peut dire : * La livre est admise partout, elle règle les « échanges du monde entier. » C’est donc une question très-discutable que celle de savoir si, en altérant la valeur de la livre ou souverain, il n’en résulterait pas pour les affaires une perturbation plus grande qu’en essayant d’élever le système monétaire qui a le franc pour unité, au niveau de celui qui repose sur la livre anglaise. Nous devons faire remarquer également qu’en Angleterre la cir-

APPENDICE

culation monétaire a toujours été exempte des chângements qui ont eu lieu fréquemment dans d’autres pays, et que la livre a conservé une valeur uniforme pendant un siècle et demi environ, sauf une courte période pendant laquelle, par suite de circonstances exceptionnelles, les paiements étaient suspendus.

En Italie, les différents systèmes des divers États furent remplacés, au commencement de ce siècle, par le système français. Après 1815, le royaume de Sardaigne le conserva seul tandis que la Lombardie, la Toscane, Rome et Naples rétablissaient des systèmes non-seulement différents du système français, mais môme distincts entre eux. Ce n’est que dans ces deux dernières années que le système français fut universellement rétabli.

Son introduction générale en Suisse est de date toute récente.

Le système français fut introduit en Belgique vers le commencement du siècle. En 1850, la monnaie d’or, ayant été démonétisée, l’argent devint le seul étalon légal ; mais en 1861, le système français fut rétabli.

En France, la Révolution modiOa entièrement le système monétaire ; il est aujourd’hui réglementé par la loi de 1803. Cependant il a subi, dans ces dernières années, un changement important; ainsi l’or s’est trouvé dans la pratique substitué à l’argent comme étalon, la valeur intrinsèque de la monnaie divisionnaire d’argent a été diminuée, et son cours forcé limité à un certain chitfre.

Nous voyons dans le rapport récent de la commission française chargée d’étudier la question de l’étalon monétaire, que les partisans de l’étalon unique ont fait reniar-

ÉTUDE Sun LA MONNAIE.

quer l’intention des législateurs de 1 803 de n’établir qu’un seul étalon, dont la base serait le franc contenant 5 grammes d’argent à 9/10 de fin ; et il résulte en outre des déclarations de ceux qui ont présenté cette loi que l’on comptait que la quantité de métal fin contenue dans les monnaies d’or serait de temps en temps combinée de façon à rendre l’argent l’étalon unique de la valeur. Il est singulier que la nouvelle loi ait servi à diminuer la valeur de la pièce d’un franc, laquelle ne contient plus la quantité d’argent qui en faisait l’unité du système monétaire français; et, si l’argent, qui dausla pratique demeura pendant si longtemps le seul étalon avait été réellement conservé comme étalon unique, la valeur de 25 franc en argent à 9/10 de fin, calculée sur le prix moyen de l’argent en Angleterre pendant les dix années qui ont précédé la convention de 1865. se trouverait excéder d’une fraction trèsinsignifiante celle du souverain anglais.

Si donc le gouvernement français, adoptant l’or comme étalon unique, venait à employer dans ses monnaies d’or autant de métal fin qu’il en faudrait pour leur donner la même valeur qu'aux monnaies d’argent de ces dix dernières années, alors, tout en établissant pour l’avenir un étalon unique, il conserverait à l’étalon sa valeur telle qu’elle était en 1 865 et dans le métal qui a servi à le déterminer depuis 1803, et de plus la pièce de 25 francs projetée aurait la môme valeur que le souverain anglais.

Pour cela la quantité d’or fin à ajouter à la pièce de 25 francs serait naturellement d’un grain, et la valeur de cette monnaie excéderait d’environ 20 centimes celle qui est aujourd’hui projetée. La valeur des autres mon-

APPENDICE

naies d’or devrait être élevée dans la môme proportion.

Un pareil changement causerait des embarras dans les transactions monétaires internationales des quatre puissances signataires de la convention de 1 865 ; et ces embarras auraient, mais en sens inverse et à un degré moindre, de l’analogie avec ceux qui, ainsi que nous l’avons établi, résulteraient chez nous d’une réduction de la valeur de la livre.

Il n’entre pas dans notre esprit de les amoindrir parce qu’il s’agit de nations étrangères, néanmoins nous ne pouvons faire autrement que de penser que les difficultés et les inconvénients d’un changement seraient moins sérieux et se feraient moins sentir dans un pays où le système en vigueur est d'une date relativement récente, et des changements ont déjà eu lieu peu de temps auparavant.

Si la livre anglaise faisait partie de leur système monétaire, ces nations auraient, dans leurs transactions avec l’étranger, l’avantage de se servir de l’unité de la valeur qui est généralement reconnue par le commerce du monde entier.

La refonte de leur monnaie d’or serait nécessaire, mais non celle de leur monnaie d’argent ; et cette mesure serait appliquée graduellement, les monnaies actuelles pouvant passer comme monnaie fiduciaire pour un peu plus de leur valeur intrinsèque jusqu'à ce qu’elles aient été remplacées par les nouvelles pièces.

Dans les pays où le souverain est admis, il n’y aurait pas de modification à faire et l’on ne ressentirait aucun

inconvénient; dans ceux où le système monétaire ne correspond ni au franc ni au souverain, un changement est nécessaire, quelle que soit la base adoptée.

Aux États-Unis la valeur du dollar-argent n’a pas varié depuis qu’elle a été fixée en 1792 par une loi du congrès. La valeur de l’aigle d’or, ou pièce de 10 dollars, fut réduite, en 1834, de 247 grains 1/2 à 232 grains, et à présent l’or est devenu réellement l’étalon monétaire des États-Unis. Il faudrait encore une légère modification pour abaisser le demi-aigle à la valeur du souverain, mais cette modification serait évidemment moindre que pour le ramener à la valeur de la pièces de 25 fr. Quel que soit l’abaissement subi par le demi-aigle, le dollar devrait en supporter un correspondant.

En Espagne, pour rendre le doublon égal au souverain, une réduction serait nécessaire, mais elle serait moindre que celle qu’il faudrait pour l’abaisser à la valeur de la pièce de 25 fr.

Il est inutile de nous reporter aux monnaies des autres pays, mais nous savons que dans certaines parties de l’Allemagne où il n’existe qu’un seul étalon, l’étalon d’argent, il y a une opinion qui gagne du terrain et qui consisterait à rendre le thaler égal à trois shillings anglais.

Avantage de la livre anglaise ou de la pièce de 25 francs comine monnaie internationale.

L’établissement de ces monnaies internationales, (soit en réduisant à 25 fr. la valeur de la livre, soit en élevant jusqu’à une livre la valeur de 25 fr.) et l’adoption corres-

APPENDICE

pondante des monnaies des différents pays établiraient un rapport beaucoup plus simple entre leurs principales monnaies. Quelques exemples suffiront pour le démontrer.

Une pièce de 5 fr. française et un dollar des États- Unis seraient l’un et l’autre l’équivalent de 4 shillings anglais.

Une pièce de 25 fr. et un demi-aigle des États-Unis équivaudraient à un souverain.

Quatre dollars des États-Unis et un louis français seraient l’un et l’autre égaux à 16 shillings.

Cinq dollars vaudraient un souverain anglais.

La réduction de toutes les sommes exprimées au moyen de ces diverses monnaies en sommes équivalentes dans la monnaie d’un autre pays serait plus simple et plus facile qu’aujourd’hui.

Le calcul du change serait simplifié.

Une monnaie commune serait également utile aux personnes qui désireraient acquitter en monnaies le montant d’une dette à l’étranger. Elle répondrait aussi à tous les besoins des personnes qui voyagent dans différents pays.

De l’adoption de la pièce de 10 francs comme base d'un système monétaire internationale.

Plusieurs membres de la conférence de Paris et quelques-unes des personnes dont nous avons examiné les dépositions ont parlé d’une pièce de la valeur de 10 fr.; ce serait selon eux l’unité à laquelle différents pays au-

ÉTUDE suit I.A MONNAIE.

raient le plus de chances de se rallier et la base la plus commode d’un système de circulation internationale. Nous devons ajouter que les partisans du système décimal universel la considèrent comme préférable à la pièce de 5 fr. et même à celle de 25 fr.

Dans le rapport de MM. Graham et Wilson, nous lisons qu’on devrait frapper chez nous une pièce d'or de la valeur de 10 fr., laquelle ne serait que de 3/4 de penny inférieure à 8 shillings; elle circulerait comme monnaie fiduciaire pour 8 shillings et aurait cours forcé jusqu’à concurrence de 4 livres. On pourrait ensuite l’adopter comme unité de compte et comme nouvelle livre anglaise.

Une semblable monnaie pourrait bien faire partie d'un système de circulation complètement nouveau, mais nous ne pensons pas que son émission comme monnaie fiduciaire puisse trouver aucun avantage. Elle se rapprocherait d’une façon incommode de la dimension et de la valeur du demi-souverain, tant que cette dernière pièce resterait en circulation, et à moins que notre système monétaire ne change entièrement, le demi-souverain est une monnaie dont on ne pourrait pas facilement se passer.

La nécessité de réviser les contrats et les obligations, qui résulterait de l’adoption de la pièce de 25 fr., se produirait également si l'on adoptait la pièce de 10 fr. comme monnaie internationale; et, si nous prenions cette dernière pièce comme unité monétaire, ce serait nous éloigner encore plus de notre livre sterling et nous entraîner dans un changement de circulation monétaire réellement complet et radical.

APPENDICE

Ou bien de la pièce de 10 shillings.

Il suffira de faire remarquer ici que les motifs invoqués en faveur de la livre s’appliqueraient également à l’adoption de la pièce d’un demi-souverain ou de 10 shillings de préférence à celle de 10 francs.

Conclusions.

Nous allons maintenant mettre humblement sous les yeux de Votre Majesté les conclusions auxquelles nous nous arrêtons.

Si l’on adoptait la proposition de la conférence de Paris, qui consiste à se borner à réduire la valeur de la livre à 25 fr., on faciliterait la comparaison des sommes exprimées en gros chiffres, mais la difficulté subsisterait pour celle des sommes énoncées en pence en Angleterre, en centimes en France, ou en cents aux États-Unis; et il est bien rare que des listes de prix, ou des documents statistiques, ne contiennent pas des sommes exprimées au moyen de ces désignations fractionnaires.

La réduction de la valeur de la livre modifierait toutes les obligations contractées intérieurement et causerait les difficultés nombreuses et sérieuses que nous avons énumérées ci-dessus, et si plus tard l’on venait à décider une assimilation plus complète des monnaies, il faudrait un nouveau changement dont l’application serait en quelque sorte plus difficile encore.

Cette mesure ne serait après tout qu’une mesure partielle; et, bien qu’elle soit reconnue par quelques per-

Digilized by Coogle

sonnes comme bonne en elle-même, et comme un pas fait vers une assimilation plus complète, cependant le but que recherchent nos négociants et nos savants ne pourrait être atteint entièrement que par assimilation complète des systèmes de circulation des différents pays.

Dans leurs dépositions plusieurs personnes, qui partageaient cet avis, se sont prononcées contre tout changement à moins d’une assimilation complète des monnaies de compte aussi bien que de toutes les pièces de monnaie; et ce qu’il y aurait de fAcheux dans cette mesure c’est que l’on subirait tous les inconvénients résultant de la modification de la valeur de la livre, tandis que l’on n’obtiendrait pas les avantages que l’on suppose devoir les compenser.

Tout bien considéré, nous ne sommes pas d’avis que notre pays doive se borner à adopter une monnaie d’or de la valeur de 25 fr. à la place du souverain.

Nous sentions qu’il était de notre devoir d’exposer les motifs pour lesquels , dans l'intérêt du commerce du monde entier, la livre anglaise ou souverain pourrait servir de base convenable à un système de circulation inlernalionale. Cependant l’examen de cette question nous conduit à une autre d’une nature beaucoup plus importante, je veux parler de l’assimilation complète des systèmes monétaires des principales nations commerciales au moins.

Nous ne doutons pas qu'un système uniforme de monnaies qui mettrait en harmonie les différents étalons de la valeur et les monnaies de compte, aussi bien dans

APPENDICE

leurs plus hautes désignations que dans leurs plus petites subdivisions, et qui établirait un système uniforme de poids et de mesures, nous ne doutons pas, dis-je, qu’un pareil système ne doive produire de grands avantages.

La dernière proposition cependant n’est pas dans notre programme; nous nous bornerons donc à dire que nous n’estimons pas qu’il soit nécessaire de retarder les dispositions à prendre, pour l’assimilation des systèmes monétaires des principales nations jusqu’au moment où l’on s’occupera de l’assimüation des poids et dos mesures.

Nous n’ignorons pas les difficultés nombreuses et sérieuses qui accompagnent nécessairement toute tentative faite dans le but d’effectuer l’assimilation du système monétaire de différentes nations. En tout état de choses il en résulte de grands inconvénients à supporter par la plupart des pays, sinon par tous ceux qui accèdent à une convention monétaire; mais c’est là un arrangement qui intéresse toutes les nations commerciales, et aucune plus fortement que la nôtre. On arriverait évidemment à tomber d’accord si la somme des inconvénients ne se réparlissait pas inégalement.

Quelle serait la base commune du système monétaire, quelle serait la monnaie internationale à adopter, quelle proportion d’alliage contiendrait-elle, quelles seraient ses subdivisions, quels seraient ses multiples, voilà autant de questions sur lesquelles il faut s’entendre avant de pouvoir obtenir aucune assimilation. Sur toutes ces questions il peut y avoir dans différents pays des opinions bien diverses, et c’est de leur solution que dépendent dos inconvénients que chaque pays aur.i à supporter.

27G KTUUE suit LA MONNAIE.

Ce n’est qu’en se mettant en rapport avec chacun des gouvernements que l’on peut connaître la somme des inconvénients qu’il peut être disposé à tolérer pour l’établissement d’un système international universel de circulation monétaire.

11 est évident qu’avant de conclure aucun arrangement il y aura lieu de décider des questions très-graves et trèscompliquées ; il y aura des concessions à faire de part et d’autre, il y aura de plus à examiner uue question importante, celle de savoir jusqu’à quel point cet arrangement peut se trouver facilité eu faisant supporter les modifications nécessaires par chaque pays, mais aussi légèrement que cela sera compatible avec le but .commun qu’on se propose. Plusieurs membres de la conférence de Paris semblent avoir désiré dans ce but la réunion d'une conférence internationale universelle. Nous pensons également que ces diverses questions seraient mieux examinées, que les divers intérêts des différents pays seraient mieux discutés, et que leur vues opposées se rapprocheraient plus facilement si des hommes d’une certaine autorité, désignés comme représentants de chaque pays, se réunissaient dans une conférence de ce genre.

Halifax. — C. P. Villiers. — Stephen Cave. — J. Wilson- Patten. — M. Longfield. — John Lubbock. — Thomas- BaRING. — L. N. DE UoTllSCHILD. — J. D. Smitu. — Tuomsom- Ha.nkey. — John G. IIlbbard. — Tiios. N. Hunt. — G. B. Airy. — Tnos. Graham.

Page 1