LA GRÈVE DU MILLIARD
Il y a quatre aos, lorsque nous défendions la Banque de France contre les attaques injustes dont elle était l’objet l’escompte était à 7 et 8 p. “/». le niveau de l’encaisse était descendu au-dessous de 200 millions, elles billets au porteur atteignaient le chiffre de 800 millions. A ce moment, on se plaignait de la rareté du numéraire, on accusait la Banque de France de la produire, ou tout au moins de ne pas l'empêcher, par les moyens qu'on supposait être à sa disposition. On disait tout haut qu’elle abusait de son monopole, qu’elle avait intérêt à ce que l’argent fût cher, et que tant que ce monopole subsisterait, on ne verrait plus jamais l’argent à bon marché. On faisait des tableaux charmants de ce que serait la prospérité publique, si l’ar-
' Ce Iravail a paru dana la Revue des Deux-Mondes du 15 Mai 18G8. ’ Voyez la Revue des Deux-Mondes du 1" janvier 1864.
gent revenait, par exemple, au taux uormal de 4 p. */o, on ne demandait pas davantage. Nous n’avons plus besoin de démontrer aujourd’hui, après les faits qui se sont accomplis, que ces reproches étaient aussi peu fondés que peu désintéressés. Si pour remédier à la cherté de l’argent, on avait adopté notamment le moyen que l'on proposait, la création d’une seconde banque d’émission aux mains du Crédit mobilier, nous aurions à déplorer d’autres désastres que ceux éprouvés par cette dernière société.
Il y a une chose certaine au moins, c’est que le monopole de la Banque de France n’était pas un obstacle absolu au bon marché de l’argent, puisque depuis plus d’un an l’escompte est à 2 I /2 p. % après avoir été longtemps à 5, et que la Banque ne trouve pas à placer à ce prix tous les capitaux dont elle pourrait disposer. Il est démontré, en outre, que le bon marché du capital, dont on se promettait tant de merveilles, n’a pas, sur le développement de la richesse une influence aussi efficace qu’on se plaisait à le dire. Depuis plus d'un an le taux de l’escompte est à 2 1/2 p. "/„, et cependant nous sommes loin d’ôlre dans une ère de prospérité. D’où cela vientil? D’où vient surtout que nous ayons vu s’accomphr un changement aussi complet dans l’état du capital disponible? Au mois de novembre 1804, l’argent était à 7 et 8 pour °/o avec un encaisse de moins de 200 millions; au moi.s de mars suivant, il n’était plus qu’à 3 I /2 p. et l’encaisse était déjà remonté à plus de 400 millions. Depuis lors, les deux tendances, l’une à la baisse du taux de l’intérêt, l’autre à l’augmentation de l’encaisse, n’ont fait que s’accuser davantage. En 1866, l’encaisse atteignait
APPUNDICE.
700 millions, et l’escompte était à 3 p. °/o; en 1867, le premier arrivait à 1 millard et l’autre descendait encore ; aujourd’hui l’encaisse atteint 1,150 millions, l’escompte est à 2 1/2 p. ®/o. C’est le fait le plus extraordinaire qui se soit produit jusqu’à ce jorurdans l’histoire de la Banque de France. Jamais on n’avait vu l’encaisse monter si haut, et jamais deux situations aussi opposées que celle du mois de novembre 1864 et celle du mois d’avril 1868 ne s’étaient produites à si peu d’intervalle l’une de l’autre.
Les cas de révolution politique mis à part, ce qui, dans le courant ordinaire des choses, modifie d’une manière sensible le chiffre du capital disponible, ce qui le rend tout à coup abondant, de rare qu’il était la veille, ce sont les crises commerciales ou financières et la liquidation qui en résulte. Les capitaux, éprouvés par des pertes plus ou moins considérables, se retirent momentanément des affaires, et ils attendent que les circonstances leur paraissent plus favorables pour s’y engager de nouveau ; mais il est rare que cet effet persiste plus d’une année. Bientôt le souvenir du passé s’efface, la confiance revient et les alfaires reprennent. C’est ce qui est arrivé, uotammentaprèsl’avantdernière crise, celle de 1857. Dès 1859, malgré la guerre d'Italie et les alarmes qu’elle a fait naître, tous les capitaux cherchaient et trouvaient à s’employer. Depuis la liquidation de 180i, les choses ont complètement changé de face. Il y* a bien eu encore une certaine activité de transactions en 1865 et surtout en 1866 malgré la guerre d’Allemagne ; toutefois ce mouvement favorable n’a pas été de longue durée. Il n’a pas eu non plus l’importance qu’il aurait dû avoir, étant données l’abondance des ressources
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