‹ Etudes sur la moule commune (mytilus edulis)Chapitre 10 sur 26 · SAR · texte numérisé non relu

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durcit, s'oppose à sa dilatation et ferme l'orifice aquifère en augmentant la profondeur de l’infundibulum et en retirant les lèvres de l'orifice. Dans ces conditions, le liquide compris dans les mailles du pied est comprimé et refoulé dans les veines de la région du foie et de la bosse de Polichinelle. Si l'on cherche alors l'orifice aquifère, il est impossible d’y pénétrer : il est gortement serré et profondément caché. Si l’on tente d’injecter ou d'insuffler le pied de la base vers l'extrémité, l'injection ou l'air ne pénètrent pas, car ils rencontrent une grande résistance de la part des muscles.

Si au contraire l'animal est au repos, et qu'il désire introduire de l’eau dans son système vasculaire, il relâche les muscles du pied : celui-ci s’allonge considérablement, les mailles reprennent un certain calibre dû à la simple tonicilé des muscles, l’infundibulum s'efface, l'orifice devient superficiel et béant, et l'eau pénètre dans les lacunes inférieures.

Alors surviennent des contractions antipéristalliques qui vont de l'extrémité libre à la base du pied, et des mouvements vermiculaires qu’il est facile d'observer et qui font remonter le liquide de bas en haut, en même temps qu'ils provoquent la pénétration de l'eau par aspiration dans l'orifice et les lacunes inférieures. Si, après avoir fait écouler l'eau que les Moules conservent ordinairement dans leur coquille, on place ces animaux dans un vase, avec une quantité d'eau insuffisante pour dépasser le bord de la valve sur laquelle repose l'animal couché latéralement, on peut observer que les Moules ouvrent bientôt leurs valves et laissent leur pied relâché plonger dans le liquide, pour aspirer ce dernier par des mouvements vermiculaires de bas en haut.

Celte eau ainsi absorbée peut avoir deux usages : réparer les perles dues à l'évaporation et à l'excrétion urinaire, el fournir de l’eau oxygénée au sang, qui n'est qu'imparfaitement hématosé par une respiration devenue très-incomplète.

Quand l'animal a ainsi le pied relâché et plein de liquide, s'il vient à être inquiélé, il y a immédiatement une contraction générale des muscles des valves du pied et du byssus, contraction qui exprime les liquides renfermés dans les vaisseaux de l'animal et qui provoque un jet brusque et court par l’orifice aquifère, avant que celui-ci ait eu le temps de se fermer. Mais c’est là une circonstance exceplionnelle et une action tout à fait acci-

= Ne — dentelle ; normalement, l'orifice aquifère sert à introduire dans le système circulatoire une quantité d’eau dont j'ai déjà signalé le rôle.

Cette eau aspirée passe des lacunes du tissu érectile du pied dans les grands sinus veineux intermuseulaires placés au voisinage des muscles rétracteurs du pied et du byssus. De là, ce liquide pénètre dans le réseau veineux de la partie antérieure du corps et dans les veines de la bosse de Polichinelle ; il s'y mêle avec le sang apporté par les artères. Par ces deux voies, le liquide mixte est conduit à l'organe de Bojanus, qu'il traverse avant de pénétrer dans la branchie (PI. XXVIF, fg. 3). Au sortir de la branchie il est conduit au cœur, et ce n’est qu'alors que le liquide hydro-sanguin pénètre dans l'aorte et les artères. C’est là, du reste, invariablement la voie que suivent les injections bien faites par l’orifice et les voies aquifères.

Il à été émis, sur le rôle et le jeu da système aquifère, des idées qui me paraissent mériter quelques observations. ;

On a pensé que, par ce système, l'animal pouvait introduire rapidement dans ses vaisseaux une grande quantité de liquide, et que c'était à cette réplétion instantanée du système vasculaire qu’étaient dus ce gonflement énorme et celte projection au dehors du pied, si remarquables chez les mollusques lamellibranches qui veulent changer de place. C’est là certainement une conception tout à fait erronée : la constitution même de l’appareil aquifère, l'exiguité de ses orifices, le mécanisme de son fonstionnement, ne permettent pas d'admettre cette introduction immédiate et rapide d’une quantité considérable de liquide. En outre, il n’est nullement rationnel d'attribuer la saillie brusque da pied à l'introduction non moins brusque d’ane quantité correspondante d'eau ; ce phénomène est dû, en réalité, à un déplacement, à un refoulement du liquide déjà contenu dans l'appareil circulatoire. Ce liquide, comprimé par des contractions musculaires dans tout le reste du corps, vient remplir et distendre les lacunes du pied, dont les muscles sont dans un état de relâchement relatif. L'effet est trop brusque et trop instantané pour qu'on puisse l'expliquer autrement.

Contrairement à l'opinion que je viens de combattre, quelques zoologistes ont peusé que les mollusques n'usaient que modérément de la faculté d’introduire de l’eau dans le système vasculaire. Le professeur Kollmann, qui

= partage cette manière de voir, s'appuie sur ce que, lorsque nos mollusques d’eau douce se trouvent tranquilles dans leur habitat, ils demeurent pendant des semaines avec leur coquille légèrement ouverte, sans que le pied soit jamais gonflé". I ressort de là que le gonflement du pied serait la condition et l'indice de l'introduction de l’eau, et que cette introduction n'aurait lieu qu'à des intervalles éloignés de une ou plusieurs semaines. Il y a là, je crois, une double erreur. L'étude de l'appareil aspirateur du système aquifère, aussi bien que l’observation directe des animaux, m'ont démontré que la condition essentielle de la prise d’eau était bien plutôt un relächement relatif des muscles du pied, accompagné de contractions fibrillaires et comme anlipérislaltiques. Quant à la fréquence du phénomène, je la crois très-variable suivant les circonstances, mais dans tous les cas bien supérieure à ce qu'en pense l'auteur que je cite.

L'animal peut être exposé à de fréquentes attaques, et appelé par conséquent à rentrer fréquemment dans sa coquille. Dans ce cas, les contractions brusques et répétées de tous les muscles vident la cavité de l’organe de Bojanus, expulsent par les orifices du pied une certaine quantité de liquide hydrosanguin, et augmentent la filtration liquide de la surface de l'animal. Il y aura donc des pertes assez importantes à réparer, et l’aspiralion sera assez active. Si l'animal est au contraire paisible, les pertes de liquide existeront encore, mais bien plus modérées. L’excrétion par l'organe de Bojanus, la filtration cutanée et branchiale, nécessiteront une prise d'eau, faible sans doute, mais assez souvent renouvelée. A ces conditions, ajoutons le besoin d’eau oxygénée pour l’hématose intravasculaire et pour l'excitation nutritive des tissus, et très-probablement aussi la nécessité pour l'animal de maintenir la composition du sang dans un état déterminé et pas trop différent de la composition du milieu, afin d’eviter une exosmose trop active à travers des membranes très-délicates, très-perméables et très-humeciées. En présence de ces considérations, nous serons porté à penser que l'eau est introduite par l'orifice aquifère à doses très-fractionnées sans doute, par petites gouttes, mais presque incessamment. [ne faut pas oublier de plus que nous sommes en présence d'animaux à tissus mous, presque spongieux, chez

1 Zeitschrift für viss. Zoologie, 1875, tom. XX VI, cahier 1.

= fl lesquels les changements momentanés de forme et de place sont dus au moins autant à des déplacements de liquide qu’à des contractions musculaires, et chez lesquels par conséquent le système vasculaire doit être maintenu dans ‘ un degré convenable de réplétion et de tension. Au reste, le fonctionnement normal de l'appareil de la circulation ne peut se faire régulièrement dans toutes les parties de l'animal qu’à cette condition.

ORGANES GODRONNÉS. — J'ai donné le nom d'organes godronnés à de petits organes très-délicats qui sont situés dans l'angle formé par la branchie et le manteau, et dont la forme plissée en jabot est vraiment remarquable. Quand on soulève le manteau, on aperçoit une série considérable de petits cordons parallèles qui se portent du manteau vers la base de la branchie. Ces petits cordons paraissent au premier abord n'être que des vaisseaux qui se portent du manteau au vaisseau afférent de la branchie. Au reste, M. de Lacaze-Duthiers' les a considérés comme tels, tandis que M. de Siebold? a cru y voir’ une portion de l'organe de Bojanus, opinion sur laquelle je reviendrai. Mais si l’on a soin d'examiner ces petits organes à la loupe et même à l'œil nu, si on les sépare des organes semblables voisins, on s'aperçoit que, au lieu d’être de simples vaisseaux, ce sont de véritables lames triangulaires qui offrent un plissement très-remarquable (PI. XXIV, fig. 2, 8, fig. 3, 8, fig. 4,6; PI. XXV, fig. 5, 4, fig. 4, fig.5; PI. XXVIT, fig. 2, 4).

Ces lames triangulaires adhèrent au manteau par leur bord externe à la base de la branchie et à la veine longitudinale par leur bord interne. Elles présentent un borû inférieur libre qui se voit lorsqu'on écarte le manteau, et qui a êté pris pour un vaisseau. Les bords adhérents de ces lames sont plissés en jabot suivant leurs faces, de manière à présenter de leur base libre à leur sommet une succession de gouttières et de saillies très-régulières, très-élégantes, el qui sont relativement nombreuses, puisqu'on peut en compter 50 ou 40 pour un même organe. Ces plis vont en décroissant régulièrement de dimension, de la base ou bord libre au sommet. L'inférieur

1 H. de Lacaze-Duthiers; Mém. sur l'organe de Bojanus. (Annal. des sciences natur.r 1895, 4e série, tom. IV, pag. 276.) 2 De Siebold et Stannius; Anal. comparée, tom. I, 2° partie, pag. 279, note 2.

est le plus grand et présente même, quand l'organe est distendu par l’injection, une sorte de renflement ampulliforme qui se voit bien sur la fig. 3 de la PI. XXV. La coupe d’une de ces lames, faite de la base au sommet, donne une figure comparable à la fig. 16 de la PI. XXVIT.

La structure de ces lames sinueuses est assez remarquable. Elles sont formées de deux membranes qui subissent parallèlement ‘les mêmes inflexions (PI. XXVIT, fig. 16). Ces deux membranes sont très-délicates, très-minces (PI. XXVI, Jig. 9), formées par du tissu conjonctif fibrillaire et réunies l’une à l'autre par des piliers de ce même tissu conjonctif. Ces piliers naisseni des deux membranes par des épaississements coniques qni s’effilent rapidement et se réunissent par leurs sommets (PI. XXVI, fig. 9, 5, 5, 5). L'espace compris entre les deux membranes, traversé ainsi par de nombreux piliers, renferme du sang avec ses corpuscules, dont quelques-uns adhèrent plus ou moins aux piliers (fig. 9, 3).

Quand l'organe est distendu par une injection solidifiée, sa surface présente au microscope un aspect capitonné, car les points correspondant aux piliers sont retenus et forment des enfoncements entourés par la saillie des parties voisines distendues (PI. XXVII*, fig. 1, 5). Sur la face externe de la membrane se trouve une belle couche de cellules épithéliales très-pâles, incolores et dépourvues de pigment (fig. 9, 1), ayant 0"®,01 de diamètre, pourvues d’un noyau de 0"%,006 et portant chacune un petit nombre de cils vibratiles remarquables par leur force, leur longueur et la forme de leurs mouvements. Ces cils en effet, examinés sur le bord d’un des replis, se courbent assez lentement suivant deux sens opposés, de manière à former un sigma dont la convexité est supérieure, et se détendent ensuite d’une manière brusque, parallèlement à la surface de l’épithélium. Ces deux mouvements, qui sont représentés #g. 9, PI. XXVI, sont bien faits pour chasser vivement l’eau de haut en bas et en amener le renouvellement complet à la surface des organes godronnés.

Les organes sodronnés ne sont point de simples expansions de la face interne du manteau, car ils en diffèrent notablement par la régularité de leur structure, par la disposition régulière et uniforme de leurs vacuoles, disposition en série simple et telle que toutes ont de larges surfaces de contact avec l'eau ambiante. Elles en diffèrent encore par la nature de leur

== Mi = épithélium, dont les cellules sont plus volumineuses que celles de la face interne du manteau, et surtout par la longueur et les mouvements de leurs cils vibratiles, car ceux de la face interne du manteau sont courts, très-serrès “et ont des mouvements simples et rapides.

Aux faits précédents il faut ajouter ces considérations que, dans les organes godronnés, la surface de contact avec l'eau a été considérablement multipliée par la formation des nombreuses sinuosités ou replis, et que de plus le sang, tout en circulant librement dans l'intervalle des deux lames, y trouve pourtant des causes de ralentissement dans les nombreuses courbes à parcourir et dans l'existence des piliers. Toutes ces conditions réunies portent à considérer les organes godronnès comme destinés à favoriser et à prolonger le contact du liquide sanguin avec l’eau oxygénée, et par conséquent à jouer le rôle d'organes respiratoires.

A cela on pourrait objecler qu'il y a déjà chez la Moule, comme chez tous les mollusques lamellibranches, un organe spécial de la respiration, c'est-àdire la branchie. Mais on peut répondre avec juste raison que certaines circonstances viennent mililer en faveur de l'utilité du rôle respiratoire des organes godronnés.

On sait en effet que chez les lamellibranches, comme chez les brachiopodes ou palliobranches, le manteau joue un rôle respiratoire important. Certaines conditions, telles que la présence de cils vibratiles et la situation superficielle des veines sur la face interne du manteau, favorisent cette fonction. Mais chez la Moule, ainsi que nous le verrons plus tard, le manteau est occupé par une portion considérable d'un organe très-important, c’eslà-dire la glande mâle ou femelle, dont les acini et les canaux occupent presque toute l'étendue du manteau et prennent, à l'époque de la reproduction, un développement remarquable. Pendant cette période, en effet, le manteau, autrefois mince et transparent, acquiert une épaisseur relativement grande et devient parenchymateux. Il résulte de cette modification que cette membrane, loin de rester un lieu d'hématose, est au contraire un lieu de nutrition très-active, et par conséquent de combustions importantes. Le sang s'y charge d’acide carbonique et s'y hématose d'autant moins que. le manteau ayant pris une grande épaisseur, le sang renfermé dans des lacunes profondes n’est plus en contact avec l'eau oxygénée que

LS ANR UEE par une surface restreinte. Pendant cette période, qui dure plusieurs mois dans le courant de l’année, les vaisseaux du manteau, qui sont le siège d’une circulation très-active, rapporteraient au vaisseau longitudinal, et par conséquent au cœur, une grande masse de sang qui n'aurait point respiré. L’existence et les fonctions des organes godronnés parent à cel inconvénient.

Le sang qui a respiré en passant par les organes godronnés se jette en partie dans l'organe de Bojanus, en partie directement dans la veine longitudinale, qui le conduit au cœur, C’est ce que dèmontrent bien les injections poussées par la veine longitudinale antérieure, injections qui pénètrent immédiatement dans les organes godronnés, et de là dans les veines du manteau. C'est ce que démontrent très-clairement aussi les coupes faites sur des sujets injectés et durcis (PI. XXVE, fig. 2, 5, fig. 5, 5.) Pour ce qui a trait aux relations des organes godronnés avec le tissu bojanien, nous verrons que ces relations sont considérables, et que le sang qui a traversé ce tissu tombe dans la veine longitudinale ; de telle sorte que le sang qui se rend au cœur, soit après avoir traversé les branchies, soil après avoir traversé les organes godronnés, a subi, du moins en grande partie, une épuration à travers le tissu bojanien. Seulement, dans le premier cas, cette épuration a eu lieu avant de traverser la branchie ; dans le second, c'est après le passage du sang à travers les organes godronnés.

Enfin je dois faire remarquer que lorsque les organes reproducteurs sont en pleine activité, il arrive beaucoup de sang au manteau, et une portion notable de ce sang ne peut revenir par les veines palléales ascendantes, attendu que la circulation lacunaire palléale est gènée par le gonflement des glandes génitales, ainsi que le démontrent clairement les injections et les coupes du manteau. Ce sang est recueilli par le sinus marginal du manteau, qui se vide, soit spontanément, soit par la contraction des muscles palléaux, dans l'embouchure postérieure de la veine horizontale du manteau. Cette dernière veine, qui est très-ample, très-dilatable, reçoit ce sang et le transmet aux organes godronnés; mais comme une contraction très-brusque des muscles palléaux pourrait refouler dans la veine longitudinale du manteau une quantité de sang trop considérable et capable d'amener des ruptures dans des organes aussi délicats que les organes godronnés, le sang en excès peut traverser, soit la veine anastomotique (PL. XXVII, fég. 1, 8), soit la

= le veine du muscle adducteur postérieur 6, el parvenir ainsi à l'organe de Bojanus et à l'extrémité postérieure de la veine longitudinale. La veine anastomotique et la veine du muscle adducteur jouent donc dans ce cas le rôle ” de soupape de sûreté.

MOYENS D'ÉTUDE POUR L'APPAREIL DE LA CIRCULATION.— Le meilleur moyen d’étude pour l'appareil de la circulation consiste évidemment dans les injections. C’est avec leur aide seulement que l’on peut arriver à se rendre compte de la distribution des vaisseaux, et surtout de leurs voies de communication, ce qui est parfois très-difficile. Les injections se font avec des matières qui varient selon le but que l'on veut atteindre. Je ne puis évidemment faire ici une revue complète des diverses substances qui peuvent être employées ; je me borne à indiquer celles qui m'ont donné de bons résultats dans le cas actuel. Pour l'étude des vaisseaux à l'œil nu, on à la loupe, pour des dissections ordinaires ou même délicates, je me suis très-bien trouvé d’un mélange, à proportions variables selon la saison, de saindoux el d'essence de térébenthine, mélange auquel j'ajoutais en été un peu de suif ou de cire pour augmenter la solidité de la pâte. Cette matière était colorée avec des couleurs broyées à l'huile. Parmi celles-ci, je recommande le jaune de chrome clair, qui est Lrès-brillant et très-lumineux, le vermillon et le bleu d’outremer. J'ai obtenu avec cette pâte des injections fort belles et fort brillantes. Pour l'étude microscopique, j'ai employé, lantôt les injections à l'essence de térébenthine colorée avec les couleurs précédentes, tantôt el plus souvent les injections avec la gélatine colorée par le carminate d’ammoniaque, ou par le bleu de prusse dissous dans l'acide oxalique, où encore par le précipité de chromate de plomb. Enfin, et pour certains cas, J'ai obtenu d'excellents résultats en insufflant de l'air dans les cavités vasculaires.

Je recommande beaucoup ce dornier mode de recherches , car il est très-facile, d’un emploi immédiat et rapide, et il donne des résultats trèsfrappants. Il est extrêmement utile, soit pour indiquer le parcours des vaisseaux, soit surtout pour révèler l'existence de voies de communication entre diverses cavités. Voici en quelques mots la manière de procéder et les précautions à prendre. Il faut se munir pour cela de tubes ou pipettes

de verre effilées à la lampe, et dont l'extrémité conique offre des dimen-

00 = sions variables, les unes étant lrès-aiguës et propres à piquer les tissus, et les autres élant plus ou moins larges et mousses. Il convient d'en avoir de droites, et d’antres coudées sous différents angles. On peut souffler directement avec la bouche, ce qui peut à la longue devenir fatigant, ou bien mieux avec une de ces boules en caoutchouc munies d'une seconde boule ou réservoir d'air, dont on se sert dans les appareils à pulvérisation, et qui donnent un courant d'air continu très-facile à régler. C'est avec un de ces instruments que je procède. Il faut placer l'animal dans l'eau, mais dé manière à ce que le point par où se fera l’insufflation soit au niveau de la surface du liquide, où un peu au-dessous. Par ce moyen, on évite la formalion très-nombreuse de bulles d'air qui embarrassent observateur, masquent la vue de l'objet et rendent l'opération et l'observation très-difficiles. D'autre part, il est bon que l'animal soil dans l’eau, parce que dans ce liquide l'air donne aux cavités qu'il distena un aspect brillant et argenté qui rend la préparalion très-éclatante et l'observalion très-facile. En outre, dès que l’insufflation est suffisante, il faut rapidement disposer l'animal dans l’eau, de manière à ce que l’orifice par où a été faite l’insufflation soit placé plus bas que les parties injectées, ear alors l'air n’a aucune tendance à s'échapper par l’orifice, et on peut observer la préparation tout à son aise. Quand on veut s’'éclairer sur le parcours d'un vaisseau, sur sa distribution, sur ses anastomoses, sur l'étendue et la forme d’une cavité, il faut, si le vaisseau est petit, le piquer délicatement avec une pipette aiguë, et procéder à l’insufflation. Si la cavité est considérable, on peut aussi faire une légère ouverture avec la pointe d’un scalpel et y introduire une pipette à pointe mousse et plus grosse. Quand il s’agit de reconnaitre s’il y a des orifices de communication entre deux cavités, il ne faut pas se borner à insuffler l’une des deux pour voir si l'air pénètre aussi dans l'autre. Il est indispensable d'insuffler alternativement l’une et l'autre, et de ne conciure à l'absence de tout orifice de communication que lorsque les deux épreuves ont donné un résultat négatif. Il arrive en effet quelquefois que les orifices sont disposés de manière à permettre le passage des liquides ou des gaz dans une direction, et à s’y opposer dans le sens contraire. L'insufflalion est aussi un bon moyen pour découvrir l'existence d’une savilé ou d’un orifice. Pour cela, il faut se servir d’une pipelte dont l'orifice ne soit pas trop étroit, et qui puisse donner un jet d'air assez fort. Pour

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s'assurer de l'existence d’une cavité, d’un vaisseau, il faut faire une petite ouverture avec la pointe du scalpel sur la paroi mince de la cavité présumée ; et puis il convient de projeter sur ce point un courant d'air énergique avec la pipelte, dont la pointe doit être tenue à une petite distance de l’orifice. S'il y a une cavité dans ce point, il arrive que le jet puissant de l'air, rencontrant l'orifice, pénètre dans la cavité, se réfléchit contre la paroi opposée, soulève la paroi libre et se répand dans la cavité, qu'il distend. Quand on soupçonne l'existence d'un orifice naturel, que son obliquité ou la flaccidité de ses parois cachent à la vue, on peut par ce procédé parvenir à en constater l'existence. Ce sont là des moyens très-précieux pour l'étude d'animaux à lissus mous, flasques, et qui s’affaissent au point de rendre les cavités el les orifices insaisissables. Aussi je les recommande beaucoup, el d'autant plus qu'ils n’exigent aucune préparation préalable et sont d'un emploi immédiat.

Comme exemple de résultat brillant donné par les insufflations, je citerai l'insufflation faite par la veine longitudinale antérieure. Si l’on fait une incision sur la paroi externe de cette veine (PI. XXIV, fig. 2, 6, 6) , et qu’on insuffle de l'air d'avant en arrière, la veine longitudinale antérieure, la veine longitudinale postérieure, la veine afférente oblique, l'oreillette et le ventricule, se gonflent aussitôt ; mais en même temps on a une dilatation des organes godronnés, de la veine horizontale du mantean et des veines ascendantes qui sont ses affluents. Ces dernières parties sont très-brillantes et forment un ensemble de traînées d'aspect argenté extrêmement élégantes. L'insufflation du sinus pédieux par l’orifice aquifère démontre immédiatement le trajet et les relations de ce sinus avec les grands sinus intermusculaires de la région. On peut également se rendre compte: de la distribution de l'organe de Bojanus et de ses relations avec le couloir péricardique et le péricarde, en employant convenablement la méthode des insufflations.

On peut employer des instruments très-variès et très-compliqués pour pousser les injections liquides dans le système vasculaire. Après avoir essayé plusieurs de ces instruments, tels que tube à mercure, pompe à compression, elc., j'en suis revenu à la simple seringue, qui avec un peu d'habitude permet de modérer, de règler l'injection et de l'arrêter juste

= (00 — au point nécessaire pour le but à atteindre. La petite seringue de Robin convient parfaitement pour l'injection des Moules.

Avant de procéder à une injection du système vasculaire, il faut préparer l'animal. C’est là une condition très-importante et sans laquelle on ne peut rien obtenir de convenable. C’est une grande illusion que de s’imaginer pouvoir réussir des injections sur une Moule fraiche et vivante. Dans ces cas, la contraction des muscles de l'animal et de ses vaisseaux oppose des obstacles presque insurmontables, et l'on ne va que d’insuccès en insuccès.

Il y a plusieurs manières de préparer l'animal , c'est-à-dire de l'obtenir dans cet état de résolution musculaire qui permette aux liquides injectés de parcourir librement les vaisseaux. Ces divers moyens reviennent du reste tous à obtenir la mort lente de l'animal sans détérioration, sans altération des tissus. On peut laisser mourir l'animal d’inanition, et attendre que, ses forces étant épuisées, il ouvre les valves et ne puisse plus les refermer. IL faut toujours plusieurs jours pour cela. Mais on peut en diminuer le nombre en tenant les valves ouvertes à l'aide d’un coin, et en disposant l'animal de manière à ce qu'il perde non-seulement l’eau de la cavité du manteau, mais successivement le liquide sanguin qui suinte de la surface du corps. Cette manière d'agir exige, surtout en été, une surveillance incessante. En effet, dès que l'animal est mort, il s’altère très-rapidement, et l'on se trouve en présence de tissus sans résistance, ce qui devient la source de ruptures et d’extravasations pendant l'injection. J1 faut que l'animal soit à point, et l’on risque fort d'agir quand il est en deçà ou au-delà de la limite désirable.

Dans le procédé précédent, l'animal reste intact, ce qui est indispensable dans certains cas ; mais quand l'intégrité de l'animal n’est pas nécessaire, pour des injections partielles, par exemple, on peut arriver plus rapidement en enlevant une valve de l'animal, et en le plaçant de manière à ce qu'il perde lentement le sang. En été, une Moule ainsi préparée le matin peut être injectée six où huit heures après. En hiver, il faut attendre au lendemain, et quelquefois plus.

J'ai obtenu aussi de bons résultats en prenant une Moule intacte, en maintenant ses valves écartées par un coin et en plaçant l'animal dans un vase bouché, au fond duquel se trouvaient quelques grammes d’êther. Le lendemain, l'animal pouvait être injecté.

Enfin j'ai indiqué aussi un moyen employé par quelques zoologistes, et qui consiste à plonger l'animal lout entier dans de l’eau additionnée d'alcoo! et d'acide chlorhydrique. On obtient au bout d’un jour ou deux des Moules très-propres à l'injection, et dont les tissus n’ont pas subi d’altération.

Une fois les tissus préparés pour recevoir l'injection, il faut s'occuper de la pratiquer, ce qui n’est pas toujours facile et ce qui exige une certaine habitude. Néanmoins, si au début on a beaucoup d’insuccès, on obtient aussi quelques succès, et leur nombre va croissant avec l'expérience et la pratique.

Si l’on doit pousser une matière coagulable, il est très-important, surtout

“en hiver, de plonger l'animal pendant une demi-heure environ dans de l’eau à 40° centigrades, qui en réchauffe les tissus et retarde la coagulation.

Une fois ces précautions indiquées, le sujet sur lequel je désire insister le plus ici, parce qu'il est le moins connu, surtout des débutants, c’est le choix des points d'attaque, c'est-à-dire des lieux où il faut placer les canules pour les injections.

Si l'on veut injecter le système artériel, on peut procéder de plusieurs manières. 11 faut d’abord avoir soin de détériorer l’animal aussi peu que possible, afin d'éviter des déchirures et des fuites qui causeraient une injection inégale et incomplète du système. Pour cela, il n’y a rien de mieux que d’attaquer la coquille, avec des pinces d'horloger ou d’opticien, au niveau de l'angle obtus et supérieur des valves, en arrière de la charnière, et précisément dans la région où se trouve le cœur. En procédant avec prudence, on saisit le bord des deux valves, qui est mince et qui se casse facilement; on enlève les fragments, et par l’ouverlure ainsi faite on introduit le manche d'un petit scalpel pour détacher des valves la partie du manteau qui correspond à la portion de la coquille que l'on veut enlever. Puis, avec les pinces, on casse peu à peu chacune des deux valves, et l’on agrandit l'ouverture. Cette dernière doit être assez grande pour que la région du péricarde soit entièrement découverte. Il faut du reste prolonger l’orifice en avant et en arrière pour ne pas être gêné par l'angle saillant que forme la rencontre des valves. On a ainsi mis a nu la région du péricarde, le bulbe de l'aorte et le tronc de la grande artère palléale (PI. XXIIE, fig 1, 9).

Si l'on veut pousser l'injection par l'aorte, il faut inciser le manteau, puis le péricarde (PI. XXIV, fig. 1, 1, 2), etenfin le ventricule du cœur 3. On

— die voit alors à nu le rectum cardiaque qui sert de point de repère. Nous savons en effet que l'orifice du bulbe aortique est à l'angle antérieur du cœur, immédiatement au-dessus du rectum cardiaque. On n’a qu'à introduire la canule dans ce point, et à pousser l'injection. On donne d’abord un coup de piston un peu brusque qui remplisse les gros vaisseaux; mais il faut aussitôt ralentir la marche de l’injection, et la pousser d’un mouvement lent interrompu par quelques légères secousses. Cette dernière pratique est assez utile pour imprimer quelques impulsions au liquide, de manière à vaincre des obstacles et à ouvrir certaines voies, soit obstruées, soit aplalies, soit rétrécies par un reste de tonicité. Pourtant, si les Lissus étaient mous el trèsrelâchés, il faudrait se borner à une poussée lente et constante, de manière à éviter les ruptures et les extravasations.

Une fois l'injection jugée suffisante, on peut, si la matière est coagulable, plonger immédiatement l'animal dans l'eau froide pour hâter la solidification; si l'injection doit rester liquide, il convient, comme du reste dans le cas précédent, de poser l'animal lonverture des valves en bas et la région du cœur en haut, et de laisser ainsi la matière à injection acquérir son droit de domicile dans les vaisseaux.

Au lieu de pousser l'injection par le bulbe aortique, on peut la pousser par le tronc aortique lui-même (PI. XXII, fg. 1), et pour cela il faut agrandir en avant l’orifice de la coquille. L'aorte fait sous la charnière une saillie transparente lorsqu'elle est remplie de sang, où bien une sorte de gouttière quand le vaisseau est vide. Il est généralement facile de distinguer ce vaisseau, etil suffit d'y pratiquer une petite ouverture avec la pointe du scalpel, ou de la piquer avec une canule aiguë. On peut par cette ouverture diriger l'injection, soit vers l’origine de l'aorte, ce qui donne de belles injections de la grande palléale et des artères péricardique et gastro-inteslinales, soit vers les branches terminales de l'aorte, que l’on injecte parfaitement.

On peut même pousser l'injection par une des deux branches de bifurcation de l'aorte (PI. XXII, Ég. 1, 9°”) vers les ramificalions terminales de ces vaisseaux.

Si l’on veut laisser l'aorte entièrement intacte, on na qu’à pratiquer l'injection par le tronc de la grande artère palléale (PI. XXIIE, fig. 1, 9), qui

en GS — est parfaitement visible à la surface du foie, en avant du péricarde. En poussant l'injection vers l'aorte, on obtient une injection générale ; en la poussant au contraire suivant la direction du sang, on produit une belle ‘injection de la grande palléale.

En injectant ainsi le système artériel, on peut s'arrêter à divers degrés de réplétion de ce système; mais l'on peut aussi pénétrer dans le système lacunaire, dans les veines, et arriver jusqu’au cœur, après avoir rempli tout le système circulatoire. Des injections aussi complèles sont surtout désirables pour les études microscopiques; mais il est bon de dire que, pour les recherches à l'œil nu et à la loupe, les injections trop bien réussies sont plutôt * incommodes qu'uliles, parce que les vaisseaux sont noyés dans un tissu lacunaire gorgé d’une injection de même couleur qu'eux, et qu'il est trèsdifficile d’en distinguer nettement le parcours.

Les injections générales du système veineux peuvent se faire par plusieurs voies. On peut, par exemple, remplir le système veineux par le pied. Il faut alors attirer le pied hors de la coquille, et, si celle-ci embarrasse, on en casse les bords sur chaque valve au voisinage du pied, après en avoir soigneusement détaché le manteau. On peut introduire la canule dans l'orifice aquifère du pied, si la résolution musculaire est complète; sinon, on fait avec la pointe d’un scalpel une petite fente dans le sillon du sinus pédieux, et on y introduit la canule. li faut ensuite, avec une pince légère à compression continue, où avec une pince ordinaire à mors plats, saisir à la fois le pied et la canule, sans quoi le pied fuirait et abandonnerait la canule dès que l'injection commencerait. Un lien cireulaire pourrait être posé dans ce cas, mais avec précaution, à cause de la friabilité des tissus. On peut aussi pratiquer une ouverture dans l'intervalle qui sépare la base du pied du disque da byssus; on pénètre alors dans les grands sinus veineux intermusculaires, el l'on peut obtenir de bonnes injections si l'on a la précaution de se servir d’une canule fortement conique, et de saisir à la fois le pied et le byssus avec une pince, pour les Lirer vers ia seringue et pour appliquer ainsi l'oavertare par où pénêtre la canule contre les parois mêmes de celte canule.

Par les voies précédentes, on injecte d’abord les veines du foie, de l’estomac, de l'intestin, de la bosse de Polichinelle. De là, l'injection passe dans tout le reste du système veineux par des voies que le lecteur connaît déjà.

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