‹ Etudes sur la moule commune (mytilus edulis)Chapitre 11 sur 26 · GG · texte numérisé non relu

GG

Si l'on veut injecter plus particulièrement les veines du manteau, les organes godronnés, le corps de Bojanns, la veine longitudinale, on peut faire choix de plusieurs points d'attaque. Ainsi, on peut introduire la canule dans les sinus veineux qui séparent les faisceaux du muscle adducteur postérieur des valves. Pour cela, il convient de faire aux deux valves une échancrure postérieure qui permetle le libre passage de la seringue. Avec une canule assez longue, cette précaution est inutile, et il suffit que les valves soient écartées, ce qui a toujours lieu chez un animal convenablement préparé pour être injecté. Il est bon de munir la canule d’une petite plaque de liège, dans laquelle celle-ci est enfoncée de manière à faire une saillie suffisante pour atteindre la partie centrale du muscle. Cette plaque a le double avantage de limiter la pénétration de la canule, et de s'opposer au reflux de l'injection, en venant presser contre le muscle. Pour pratiquer l'injection, on pique avec la pointe d’un scalpel la face postérieure du muscle adducteur dans l'interstice de deux faisceaux ; puis on introduit la canule jusqu’à ce qu'on soit arrêté par la plaque de liége qui doit presser modérément sur le muscle, On pousse le liquide en augmentant la pression de la plaque de liége à mesure que l'injection avance et que la tension du système vasculaire s'accroît. Le liquide pénètre dans les sinus veineux du muscle (PI. XXVII, fig. 1, 4), dans l'organe de Bojanus, et de là dans la veine longitudinale et dans la veine horizontale du manteau par l'intermédiaire de la veine du muscle adducteur. De la veine horizontale, le liquide passe dans les veines ascendantes du manteau, dans les organes godronnés, dans le canal afférent de la branchie, dans le sinus marginal, ete., etc.

On peut faire, par le muscle addacteur, d'excellentes injections de tout le système vasculaire, en employant un moyen qui fixe la canule dans ce muscle ets’oppose aux pertes de liquide. Voici le moyen que j'emploie : Sar une Moule qui à séjourné dans l'eau alcoolisée chlorhydrique jusqu'à résolution musculaire, je détache de l’une des valves le muscle adducteur, ce qui, dans ce cas, se fait très-facilement et très-nettement, ear ce liquide, en attaquant la coqaille et les tissus, diminue et finit même par détruire l'adhérence du muscle à la coquille. La valve étant détachée, j'en casse avec des pinces la partie postérieure, de manière à conserver intactes les insertions des muscles du byssus, et à éviter les perles qui pourraient avoir lieu par là.

La surface d'insertion du muscle adducteur étant ainsi mise à nu, je passe une épingle à travers le muscle, perpendiculairement à ses fibres et au voisinage de cette surface; cette épingle doit dépasser le muscle par ses deux - extrémités. Une canule est enfoncée dans un des interstices lacunaires du muscle, jusqu'au milieu environ de la longueur de ce dernier; puis un fil ciré est passé au-dessous des deux extrémités de l'épingle, de manière à entourer le muscle, On fait un nœud, et l’on serre assez fortement pour fixer solidement la canule. L’épingle, en empêchant le fil de glisser et d'échapper, rend cette ligature fixe et efficace. Il ne reste plus qu'à pousser l'injection, ce qai doit être fait avec beaucoup de lenteur et de régularité, si l'on veut éviter les extravasations ; car il ne faut pas oublier que, dès l'instant que l'injection ne peut fuir par les côtés de la canule, la pression peut être fortement accrue et provoquer des ruptures.

Un point d'attaque très-important du système veineux se trouve sur la partie postérieure de la veine horizontale, en arrière du point où elle reçoit la veine anastomotique (PI. XXVII, fig. 1, 10). À ce niveau, celte veine se distingue très-facilement, comme une bande plus transparente que le reste du manteau. Elle est de plus d’un beau calibre qui permet l'introduction facile de canules relativement grosses. Lorsqu'on a détaché une des valves de l'animal, on aperçoit ce vaisseau sur la face externe du manteau, et l’on peut y pratiquer une ouverture el y poser la canule.

Si la canule est introduite d’arrière en avant, c’est-à-dire de maniere à diriger le jet vers le muscle adducteur postérieur, l'injection pénètre trèsfacilement dans la veine horizontale du manteau et dans ses dépendances (veines ascendantes, organes godronnés, veine anastomotique, veine longitudinale, sinus de l'organe de Bojanus, veine afférente de la branchie, veine afférente oblique et cœur). Une partie du liquide s’échapp> par le muscle adducteur, dont une des surfaces d'insertion a été détachée. Mais si l'on veut obtenir une belle injection pour préparations microscopiques, on doit prendre soin de détacher délicatement la partie postérieure du lobe du manteau, et de casser avec les pinces la partie correspondante de l’une des valves, sans arriver aux insertions du muscle adducteur. On a alors l'avantage de mettre à nu le vaisseau et d'y pousser l'injection, sans s’exposer aux pertes causées par l’ouverture des sinus du muscle. On obtient

2 die par ce moyen de fort belles injections du système veineux tout entier, et, par suite, du système artériel, car du cœur et même des lacunes veineuses le liquide passe dans les artères.

Si, au lieu de pousser l'injection en avant, on la pousse en arrière vers le bord postérieur du manteau, on injecte les veines palléales ascendantes postérieures, les veines du bord papillaire et le sinus marginal.

Quand on veut étudier le trajet des veines palléales ascendantes et leurs rapports avec la veine horizontale du manteau et les organes godronnés, on oblient de très-élégantes injections partielles en prenant pour point d'attaque les troncs des veines ascendantes elles-mêmes. Ces troncs sont très-petits et quelquelois très-difficiles à reconnaitre. Ils ne peuvent même être bien vus que pendant la saison de la reproduction, alors que le manteau n’est pas transparent. Ces petits troncs se distinguent alors sur la face interne du manteau, comme de petites bandes claires, sinueuses. On peut en piquer un ou deux avec un scalpel, très-délicatement, de maniére à ne pas atteindre la paroi opposée ou externe ; alors, en plaçant près de l'ouverture l'extrémité de la canule, et en appuyant très-légèrement, on parvient quelquefois à obtenir de très-bons résultats. C’est par ce moyen que j'ai obtenu la préparation qui est représentée PI. XXV, fig. 5. On a dans ce cas-là l'avantage d'obtenir une injection des veines seules et de leurs fines branches, et il en résulle une préparation très-nelte et très-claire.

On peut faire aussi de belles injections du système veineux par la veine longitudinale antérieure. Lorsqu'une valve a été enlevée, l'animal étant couché sur l’autre valve, on distingue très-bien le trajet de la veine longitudinale antérieure qui correspond au bord adhérent de la branchie. Il suffit d'y pratiquer une petite incision et d'y introduire une canule fine. Si l'on pousse l'injection d'avant en arrière, on injecte facilement tout le système veineux, mais d'abord et surtout la veine afférente oblique, les organes godronnés et les veines du manteau. Si l'on pousse l'injection d’arrière en avant, l’injection pénètre d’abord dans les veines de la région antérieure et dans la veine efférente de la branchie.

Enfin on peut pousser l'injection par la veine afférente oblique du cœur (PI. XXIV, fig. 2, 5) ; il suffit pour cela de piquer celle veine près de son bord postérieur, afin d'éviter le couloir péricardique. L'injection pénètre

immédiatement dans les grosses veines, le cœur, et de là dans les artères. On obtient par là une belle injection des systèmes artériel et veineux. On peut aussi, par la voie des injections, se rendre un compte exact de la distribution et de l’étendue des cavités de l’organe de Bojanus. Pour cela, il convient de piquer le couloir péricardique vers son bord antérieur, pour ne pas atteindre la veine afférente oblique, et d’y pousser une injection. Si l'on à préalablement injecté le système veineux avec une masse colorée, et qu'on pousse dans l’organe de Bojanus une masse d’une coloration différente, on obtient des résultats très-nets et très-propres aux coupes microscopiques.

due

Page 1