‹ Etudes sur la moule commune (mytilus edulis)Chapitre 5 sur 26 · APPAREIL MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

APPAREIL MUSCULAIRE

L'appareil musculaire de la Moule est assez complexe. II se compose : 1° de muscles destinés à rapprocher les valves, muscles adducteurs des valves; 20 de muscles agissant sur le pied, ou rétracteurs du pied; 3° de museles agissant sur le byssus, ou #uscles du byssus, dont l’action est complexe; 4° des muscles palléaux, et 5° des muscles anaux.

1° Les muscles adducteurs des valves sont au nombre de deux, l’un antérieur et l'autre postérieur. Leurs dimensions sont très-inégales, le postériéur étant un muscle volumineux, et lantérieur un muscle si petit et si rudimentaire qu'il est passé inaperçu pour quelques observateurs, qui ont placé la Moule parmi les bivalves monomyaires. L'adducteur postérieur est un muscle puissant (PI. XXII, fig. 1, 6; PI. XXIV, fig. 1, fig. 2, 10, fig. 5, 10, fig. 4, 1, fig. 6, 9), transversalement étendu d’une valve à l’autre, et présentant une coupe ovalaire, quelquefois légèrement bilobée. Jai déjà indiqué ses insertions ou empreintes sur la coquille.

Le muscle adducteur antérieur est trés-petit (PI. XXII, fig. 6, 11) ; il occupe transversalement le capuchon antérieur du manteau, et s'insère à la face interne de chaque valve, dans une fosselte placée à l'extrémité antérieure du bord inférieur. La partie moyenne de ce muscle est SALES dans l'épaisseur même du manteau.

Le rôle de ces deux museles est évidemment de rapprocher les valves et de fermer la coquille; leur action, celle du postérieur Surtout, est très-puissante, ce qui est en rapport avec les dimensions du muséle postérieur, avec la courte étendue et le parallélisme parfait de leurs fibres, avec leur insertion perpendiculaire sur les leviers qu'ils ont à mouvoir, et avec là longueur du bras de levier pour le musele postérieur, qui est relativement éloigné de la charnière. Aussi est-il très-difficile d'ouvrir une Moule, et faut-il déployer

une force considérable pour écarter les valves. Quand on veut étudier ces animaux à l'état frais et vivants, il faut employer certains procédés pour les emettre à nu sans leur faire subir des altérations trop considérables. Je les indiquerai, en vue des débutants, après avoir décrit les autres muscles.

. 2 Les muscles rétracteurs du pied sont, les uns antérieurs et les autres postérieurs. Il:y à deux muscles antérieurs et deux postérieurs.

Les muscles antérieurs forment deux faisceaux très-volumineux qui, partant du pied, se portent en avant et un peu en haut, et vont s'insérer dans une fossetie allongée située un peu en arrière de l'extrémité antérieure de la charnière. Ces deux muscles comprennent entre eux un angle trèsaigu ouvert en avant, angle qui s'agrandit d'autant plus que les valves s’écarlent davantage. Ils forment deux faisceaux blancs nacrés parfaitement visibles au-devant du pied (PI. XXI, fg. 6; PI. XXVII fer, fig. 6, 11).

Les museles rétracteurs postérieurs sont de petits museles composés d’un ou deux petits faisceaux aplatis, et qui, insérés sur la face interne de la coquille, aù-dessous de la cavité péricardique, se portent en bas et en avant et pénêtrent dans la base du pied, qu'ils parcourent dans toute sa longueur. Ces muscles sont essentiellement rétracteurs du pied, sur lequel ils agissent bien plus directement que les rétracteurs antérieurs. Tandis que l’action de ces derniers ne porte que sur la base du pied, et par conséquent sur la position de cet organe, les muscles rétracteurs postérieurs, pénétrant dans le pied lui-même et venant s’insérer dans toute la longueur du pied, à l'enveloppe cutanée de cet organe, influent non-seulement sur la situation du pied, mais encore sur la forme et la longueur de cet organe. Quand ces museles se contractent dans leur totalité, le pied est non-seulement ramené enhaut, mais il est fortement raccourci, et son épaisseur est accrue. Quand ces museles sont le siége de contractions partielles de certaines de leurs fibres, le pied est déformé de telle ou telle manière et présente des dépressions et des saillies diversement distribuées. Nous verrons plus tard quelle peut être l'influence de ces muscles sur la pénétration de l’eau dans le système circulatoire.

5° Les muscles du byssus sont constitués par une série de faisceaux musculaires volumineux qui, partant de la base du byssus, s’écartent en un éventail composé de quatre ou cinq faisceaux qui vont s'insérer sur cette

empreinte musculaire longitudinale et horizontale qui est au-devant du muscle adducteur postérieur des valves et au-dessous de la région péricardique. Ces muscles s'appliquent sur les flancs de l’animal et limitent en dehors cette cavité que j'ai décrite sous le nom de cavité des flancs. On les apercoit sur la fig. 6 de la PI. XXI, et fig. 6, 10 de la PI. XXVII éer. Ils S'insérent ordinairement sur le disque (PI. XXVIL, fig. 14, 5) qui renferme la glande du byssus, et ils forment à ce niveau une sorte de décussation, soit avec ceux du côté opposé, soit même quelquefois avec le muscle rétracteur antérieur da pied, qui au lieu de s’arrêter au pied s'étend en arrière jusqu’à la base du byssus et semble parfois même se continuer directement avec le faisceau postérieur des muscles du byssus. Il y a donc de grandes variations à cet égard, et il faut, pour être exact, dire que les muscles rétracteurs antérieurs du pied etles muscles du byssus forment dans leur ensemble un système qui vient converger indifféremment à la base du pied et du byssus, tandis que le rétracteur poslérieur du pied appartient exclusivement à ce dernier organe. Il résulte de celte disposition que la masse du corps de l'animal est comprise dans l'intervalle des branches d'un X musculaire qui doit exercer sur elle une certaine compression.

On comprend quelle peut être l’action de ce groupe de muscles, soit pour rapprocher l'animal de l'extrémité du byssus qui se fixe à l'extérieur, et par conséquent pour diminuer sa mobilité, soit pour rapprocher les deux valves et venir en aide aux adducteurs. Ces muscles, prenant leur point fixe sur le byssus, peuvent en effet rapprocher les valves, de telle sorte que la même action musculaire consolide l'animal sur le rocher, auquel il adhère, et contribue à l'occlusion énergique de la coquille; deux effets qui tendent à le défendre contre certains dangers. Mais je répète que le muscle rétracteur postérieur du pied est toujours indépendant de ce groupe et pénètre seul dans le pied, pour se distribuer successivement à la peau de la moitié terminale de set organe. Nous verrons quel est son rôle spécial dans les fonctions du système aquilfère.

ñ° Les muscles palléaux occupent tout le bord libre du manteau et le bord supérieur jusqu'à la charnière (PI. XXHE, fig. 1,1; PL XXIV, fig. 1, 7). Ils forment sur chaque lobe du manteau une bande qui se rétrécit en pointe à ses deux extrémités. Cette bande est composée de pelits faisceaux

En RL musculaires dont la direction est perpendiculaire aux bords du manteau. Ces petits faisceaux nacrés s’anastomosent obliquement entre eux. Quand ces muscles sont relächés, la lèvre festonnée et papillaire des bords du manteau proëémine entre les valves; mais, dès que ces muscles se contractent, les bords du manteau et les festons papillaires sont retirés au dedans de manière à

° ce que l’animal puisse fermer hermétiquement sa coquille en appliquant les valves l’une contre l’autre ; les lèvres saillantes et papillaires du manteau, ramassées en dedans, s'appliquent aussi l’une à l’autre, et contribuent à fermer la cavité du manteau et à y retenir une certaine quantité d’eau nécessaire à la vie de animal.

Les muscles palléanx, en se contractant, tendent la lèvre lisse ou externe du manteau, et aplatissent un grand vaisseau veineux ou sinus marginal, qu’ils contribuent ainsi à vider. Nous verrons quelle est l'influence de cetie action sur la cireulation.

5° Les muscles anaux prennent leur insertion derrière le muscle adducteur postérieur des valves, sur une petite impression triangulaire. Ces muscles s’épanouissent dans la membrane anale, qu’ils tendent et retirent en dedans quand l'animal veut fermer sa coquille. Ils ferment ainsi lorifice anal du manteau, et représentent précisément, au point de vue anatomique et physiologique, les muscles des siphons des bivalves siphonés.

Pour étudier la Moule à l’état frais dans de bonnes conditions, il convient de l'ouvrir sans léser les organes. Ce n’est pas toujours facile, et il faut avoir recours à quelque tour de main, Voici celui que j'emploie. J'introduis peu profondément entre les deux valves, au niveau du byssus, un corps large et mince, comme le tranchant d’un ciseau ou la lame d’un fort couteau. En faisant pirouetter cet instrument sur son axe longitudinal, j’écarte légèrement les valves, entre lesquelles j'introduisun coin d’un demi-centimètre d'épaisseur environ. Puis, avec la pointe d’un scalpel étroit, je détache le bord adhérent du manteau au niveau de la région anale. Je glisse soigneusement le scalpel entre le manteau et la coquille, et je vais détacher de son insertion le muscle adducteur postérieur des valves. Une fois ce muscle coupé, les valves s'écartent avec assez de force pour amener des déchirures. Je Jes maintiens entre les doigls de manière à régler leur écartement, et je continue avec le

FU 6 scalpel à détacher d’abord les muscles postérieurs du byssus et du pied, en ayant la précaution de ne pas entamer le péricarde et la veine afférente oblique. Je délache ensuite successivement les muscles palléaux jusqu’à l'extrémité antérieure, et je finis par les muscles adducteur antérieur des valves et rétracteur antérieur du pied.

On peut aussi obtenir une Moule détachée de ses valves sans déchirure, en la plongeant pendant quelques instants dans de l’eau à 60° centigrades environ. Les muscles se détachent alors très-nettement des valves, et lon à l'animal, mort il est vrai, mais dans un état suffisamment normal, si l'on a eu la précaution de le retirer de l’eau chaude dès que les valves se sont entr'ouvertes.

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