LES JUGES
pie, maintenir son unité extérieure jusqu^à ce que Dieu le jugeât dans ses chefs. Dieu était encore seul chef reconnu en Israël ; en sorte que le peuple portait constamment lui-même la peine de son péché.
La misère où son infidélité le jetait, excitant les compassions de Dieu, sa puissante grâce suscitait par son Esprit des libérateurs au mi-^ lieu du peuple déchu et malheureux. « Car il fut » touché en son cœur de Taffîiction d'Israël, o <( Et rËternel leur suscitait des Juges qui les » délivraient de la main de ceux qui les pil- 2> laient. x> «Or, quand FÉtemel leur suscitait des D Juges, l'Éternel était aussi avecle Juge« et il »les délivrait de la main de leurs ennemis, penx> dant tout le temps du Juge » car TËternel se re- Dpentait pour les sanglots qu'ils jetaient à cause «> de ceux qui les opprimaient et qui les acca- »blaient.o Mais Israël n'était pas changé, a Ils »De voulaient pas même écouter leurs Juges. » « Puis il arrivait que , quand le Juge mourait , »ils se corrompaient de nouveau plus que leurs » pères, allant après d'autres dieux pour les ser- »vir et se prosterner devant eux; ilyne dimij»nuaient rien de leur mauvaise conduite ni de » leur train obstiné. » Voilà la triste histoire du peupledeDieu; mais c'est aussi celle de la grâce de Dieu et de ses compassions envers son peuple.
Ainsi , au commencement du livre , nous
yoyons du mal et des chutes, et aussi des déli-^ vrances simples et bénies. Mais, hélas! le tableau s'assombrit de plus en plus. Les Juges eux-mêmes nous présentent des traits aiQigeanls dans leur conduite, et l'état d'Israël va toujours en empirant , jusqu'à ce que, fatigué de l'effet de sa propre incrédulité , malgré la présence du Prophète et la parole expresse de Dieu, il abandonne la royauté du Tout-Puissant, pour entrer dans les formes du gouvernement humain et s'établir régulièrement sur le même pied que le monde, lorsqu'il avait Dieu pour son Roi ! — C'est pourquoi, aussi. Dieu a laissé des nations au milieu de son peuple, pour l'éprouver. La présence de ces nations était déjà une preuve du manque d'énergie et de confiance du peuple dans la puissance de Dieu , qui cependant l'aurait garanti des désastres qui lui sont arrivés plus tard. Mais , dans ses sages conseils, Dieu, qui connaissait son peuple, a laissé ces nations au milieu de lui , comme moyen de l'éprouver. Il sera béni pleinement dans le Messie , qui introduira sa bénédiction par sa puissance, et par sa puissance la lui conservera.
Hélas! cette histoire d'Israël en Canaan, est aussi celle de l'Ëglise ; plantée en bénédiction céleste sur la terre, elle a, dès le commencement, manqué à la réalisation de ce qui lui était donné, et le mal s'est développé en elle lors du départ
rituelle du cœur qui précède les victoires et retrempe rame, pour qu'on soit victorieux dans les combats) , et vient s'établir dans la place de8 pleurs , au milieu du peuple » en déclarant qu il ne chasserait plus les ennemis qu'Israël avait laissés là.
Dieu avait donc é(é à Guilgal ! Quelle gràee dans ces exercices et ces combats intérieurs do cœur, où s'accomplit la vraie circoncision prar tique , où la source et l'influence du péché u font sentir pour être jugés devant Dieu, afin que le péché étant mortifié, on puisse dans les combats ( et aussi dans la communion) , jooir de la force de Dieu, qui ne saurait l'accorder à la chair et au péché. Cette mortification intérieure est one œuvre sans éclat et sans apparence , petite et mesquine aux yeux des hommes; historiquement il ne paraissait pas que la force de Diea y fut; lorsqu'on l'a abandonnée, on trouve que TAnge de TÉternel y avait été. On l'échange contre des pleurs. — En Bokim, on peut adorer Dieu. Sa relation avec le peuple n'est pas changée. Il accepte ces pleurs. Mais, quelle différence! la force et la clarté delà face de TÉterael n'y sont pas. Triste position, bien qu'adoucie par la grâce. Ce changement de Guilgal i Bokim, est la clef du livre; ce n'est que trop souvent, hélas I celle de l'état des enfants de Dieu.
Le Saint-Esprit ayant posé ces bases générales, en vient au développement historique de cette position d'Israël.
Pendant la durée de Josué et des anciens qui lai ont survécu, Israël a marché devant TÉ* ternel. C'est l'histoire de l'Église : tant que les apôtres ont été là , elle était gardée ; mais saint Paul (Actes, XX, 29} et saint Pierre (2 Pierre, [I) ont également averti les fidèles, que leur lépart amènerait les fâcheuses conséquences de 'infidélité et de la révolte. Déjà, les principes ta étaient là. Le mélange avec des personnes afidèles» œuvre de l'ennemi, deviendrait le noyen par lequel le mal se développerait et les mvahirait.
Le Seigneur l'avait dît (Matth., XIII), et Jade en développe la marche et les conséquences avec une clarté et une précision solennelles.
Mais, lorsqu'il s'élève en Israël une génération qui n'a pas connu l'Éternel, qui n'a pas été témoin oculaire des œuvres de sa puissance, et qu'elle sert les dieux des nations qu'elle avait laissé subsister , Dieu ne veut pins la protéger. Infidèles au dedans, les Israélites tombent entre les mains des ennemis du dehors. Puis, comme nous avons dit, dans leur affliction , l'Éternel , touché de compassion , suscite des Juges , qui , reconnaissant son nom, ramènent la manifestation de sa puissance au milieu du peuple.
médiate de Tennemi , mais Texercice du peuple à la guerre, pour le faire sortir de l'étal d'abattement moral dans lequel il était. Le commencement était petit. Une femme en était Tinstroment, car la crainte n'honore pas Dieu, et Dieu ne peut pas faire reposer sa gloire sur un tel état ; mais peu à peu a la puissance des enfants d'Israël s'avançait contre Jabin, jusqu'à ce qu'ils l'eussent exterminé. »
En général, l'effet d'une œuvre pareille da Saint-Esprit est de présenter le peuple comme étant de bonne volonté. (Gbap. V, 2.) Toutefois, l'Esprit de Dieu nous a fait voir que l'effet de l'incrédulité dans le peuple a été que plusieurs se soient tenus en arrière ; ce qui les a fait manquer à la manifestation et à l'expérience de la puissance de Dieu. Le jugement de Dieu va jusqu'à la malédiction, là où il y avait une réserve complète, un refus de s'associer au peuple dans sa faiblesse.
Mais de nouveau les Israélites firent ce qui déplaît à rÉlernel, et II les livra entre les mains des Madianiles. Et les enfants d'Israël crièrent de nouveau à l'Éternel. Dieu révèle à la conscience du peuple la cause de sa détresse. C'était déjà une réponse ; mais, pour le moment. Il les laissa dans leur état. II n'agit pas au milieu d'eux en les délivrant aussitôt ; mais il agit pour eux dans l'instrument qu'il a choisi pour opéreif
leur délivrance. Dieu se glorifie eu lui ; mais cetteaction, concentrée en Gédéon, montre dans le peuple un état plus bas qu auparavant. Toutefois, dans ces circonstances humiliantes, Dieu choisit les moyens qui déploient sa gloire de toutes manières. Là où II agit, là est la force, et la foi qui agit selon cette force dans la sphère qui lui est propre.
Nous examinerons un peu l'histoire deGédéon et les traits de Tœuvre de TEsprit dans cette délivrance, ainsi que dans la foi de celui qu'il a suscité. Il est évident que bien des pensées et de sérieuses réflexions ^'étaient présentées à Gédéon , avant que l'ange lui eut parlé. Mais la visite de Tange a été l'occasion qui lui a fait formuler et exprimer les pensées dont son cœur était occupé. Gédéon souffrait avec les autres de l'oppression des ennemis de Dieu, mais cela l'a porté à penser à Dieu , au lieu de prendre son parti de subir le mal comme un esclavage nécessaire. L'ange lui dit : «Fort et vaillant homme, l'Éternel est avec toi. »
C'est ici que nous voyons ce qui préoccupait le cœur de Gédéon : ce n'était pas sa position à lui, mais la relation entre l'Éternel et Israël, a Si l'Éternel, dit-il, est avec nous, pourquoi tontes ces choses nous sont-elles arrivées? Où sont toutes ces merveilles que nos pères nous ont récitées, en diaant : L'Éternel ne nous a-t-il
^as fait monter d'Egypte ? Et msântenant TÉter* nel nous alivré^ entre les mains des Madianites.» C'était en effet la foi qui faisait jailtir tous ces raisonnements, c^s exercices du ôœur. L'Éternel avait fait toute^i^es merveilles. Il avait fait monter le peuple du pays d'Egypte. Si l'Éternel était avec Israël , n t^le était la relation de rËternel avec ison peuple , comment le peuple pouvait-il être dan^ ce triste état? (Ô comme un semblable raisonnement peut s'appliquer à l'Église! ) Aussi Gédeon reconnait-il que c'est rËteroel qui a livré le peuple entre les mains des Madiànites. Comme la pensée de Dieu élève l'àme au-dessus des misères. où l'on est; en pensant à Lui on reconnaît dans ces misères mêmes , la maiA et tout le caractère dé Celui qui les a envoyées. C'est là ce qui relève ce pauvre Israélite travaillant ^ous le poids de l'oppression, « L'Éternel le regardant lui dît: r Va avec cette forée que tu as et lu délivreras Israël. » Là visite et le commandement de l'Éternel prêtaient leur forme el leur force , à ce qui auparavant n'était qu'un exercice de coàur. Néanmoins , c'était tet exercice de cœur qui était sa force ; car c'était un lien intérieur de foi avec tout ce que l'Éternel était pour son peuple opprimé, dans là conscience de la rela-* iion qui subsistait entre eux^ Voyons mainte-* liant le développement et la mise à e^i^écution ^
^èttô foi , poàr la délivrance du peuplé de ï)ieti. GédéoQ éprouve d'abord lé senliiàent de sa pro^ pre petitesse , quelle qu'ait été la relation ^ntre l'Éternel et le peuplé (v. 15). La réponse de l'Éternd lui montre le seul moyen , si simple , — « Parce que je serai avec toi. » Précieuse condescendance « doux et puissant encouragement pout l'àme! La foi de Gédéon était faible. L'état présent du peujrfe tendait par ;sa durée à ^effacer le souvenir des merveilïes opérées par rÉternel à la sortie d'Egypte^ et à affaiblir là «conscience de sa présence^ Maintenant Taifge de rÉternel daigné s'arrêter auprès de lui pour l'affermir. G^déon qui s'était adressé à lui, dans la conscience secrète que c'était le Seigneur , sait actueliement qu'il a vuTange dé l'Éternel face à face . C^étaitune révélation positive, pro*^ pre à l'anéantir en lui-mèmé , ainsi que cela eut lieu, mais aussi à le fortifier d'une manière puissante, dans sa marche au milieu des autres, qui n'avaient pas connu de la même manière l'Éternel. Quoique cène soit pas avec de telles visions , il en est toujours ainsi lorsque Dier^ suscite un instrument spécial, pour la déli*^ vrance des siens.
L'Éternel s'était n!iànifestÀ et maùnlénànt \\ rassure Gédéon. «; Paix te soit> dit-il , ne crains l^oint, tu ne mourras point* i^
L'hômmé anéanti par la présèàèë àè Siètt \
jouit de sa force si cette présesce est en béoé* diction. C'est ce que Gédéon saisit et reconnaît pour lui-même , rËternel est avec lui en paix et en b:éoédiction. Le mot (Shalom) que Martin traduit par a II ya bien pour toi d , est le même que celui qui est traduit « paix u dans lé nom de TauteK
Lorsque Dieu agit puissamment sur le cœnr^ le premier. eiFet se montre toujours dans les re-^ lotions avec lui. Gédéon est préoccupé de l'Éter* tel, il Tétait avant cette manifestatian. Mais étant rempli de rËternel, c'est par l'adora-^ tion(i) qu il exprime les sentiments de son cœur» lorsqu'il reçoit de lui la réponse (2) à tout ce
(t) On voit un sentiment analogue chez Ëliézcr. (G^ XXIV, 27.) Il est Irès-intéressant cl*éladîer les diverses. circonstances dans lesquelles on a bâti des autels à UËn ternel. Je cite ici quelques passage». ( Gen. Ylll « 20 . et XII , 7 ; comp. XIll , 4 ; voyez XX,l , 33 ; XXII, 9 i XXVI . 25 ; XXXm , 20 ; XÎXV , 7, — On peut remarquer encore , Exod. XXIV , 4 ; Jos. VIII , 30. Ici» Juges Vï. ) Il paraît inènae que Gédéon en a bàlî deux : l'un pour lui-^môme en adoration. , et Taotre par (Commandement en témoignage. (1. Sam. VH, 17 ; 1. Siim. XIV , 35 ; 1. Rois XVIII . 32. — Oa peut ajouter 2 Sam. XXIV , 25 ; Esd. III , 2. )
(2) Il est instructif de remarquer ici la différence entre les exercices de cœur qui résultent de la foi ♦ et la réponse de Dieu aux besoins et aux difficultés que pro^. duisent ces exercices. Auyeirsetl2, noqs avons Vex^-y
qui s'y passait. Il élève un autel à TËterûel de paix. Ainsi, les relations de paix sont établies entre Dieu et son serviteur; mais tout ceci est entre GédéonetrËternel. Maintenant vient son service public, qui aussi s'accomplit en réta*^ blissant premièrement au sein de sa famille et
pression de ces exercices dans une âme sous le poids do la même oppression que ses frères , mais qui la sent • parce que sa foi en rËternel élail réelle. Ici , nous avons la réponse qui produit la paix , et , avec la paix , Taduration. Il en est de même , lorsque , après avoir subi la mort f Jésus, ressuscité , se révèle à ses disciples avec les mêmes mots dont Dieu se sert ici , et pose les bases de rÉglise réunie en culte. En Luc VII, nous relrouvons les mêmes expériences dans la femme de mauvaise vie. Elle croyait en la personne de Jésus. Il était son tout par sa grâce ; mais elle ne savait pas encore qu'une femme comme elle était pardonnéd et sauvée, et pouvait aller en paix. Cette assurance fut la réponse donnée à sa foi* Or , celte réponse est ce qu'annonce l'Èvaugile à tout croyant. Le Saint-Esprit annonce Jésus. Cela produit des convictioiisde péché. La connaissance de Dieu en Christ et de soi-même atterre ( car le péché est là , et l'on est esclave vendu au péché ] ; mais elle produit des combats, peut-être des angoisses. Souvent l'âme se débat avec le péché et ne peut se tirer d'aCfaire ; elle demeure au même point, ainsi que la plupart des discours dans lesquels elle cherche la lumière. Mais l'Évangile annonce les ressources de Dieu lui-même pour sortir de cet état. — Paix vous soit, vos péchés vpus sont jiardonnés. — Ta foi ( elle existait ) t'a sauvée'. Voilà ce qu'elle ne savait pas encore. (Comp. , Actes II , 37 , 38.)
de sa ville, les celations entre Dieu et son pen^ pie. Il faut que Babal soit ôté d'Israël avant quei Bleu chasse les Madîanites. Pourquoi le feraitij , si la bénédiction pou,vait être attribuée à B^hal ?
Il esjt donp copoimandé à. Gédéon d^ rendre; un témoignage éclatant , qui attire Tattention. de tout le peuple sjur la nécessiié de rejeter BahaU afin que Dieu puisse intervenir.
La fidélijté au dedans précède la force au^
dehors : le mal doit être â|é d'Israël , avant que les ennemis soient chassés. L'obéissance , puis la force : voilà Tordre de Dieu.
Lorsque la puissance de Satan en superstition» manifestée extérieurement de quelque manière quei ce soit, es^t méprisée ^ elle> es{ détruite ;, ea supposant toujours que Dieu est avec celui qui la méprise, et qu'il eistdans le chemin de l'obéissance.
Gédéon renverse^Bahal; et que peut faire ce Dieu? dijL celui-là mj&me à qui Tautel appartenait. La puissance de Dieu agissait sur leS: esprits , caf* il y avait la foi. Mais l'opposition) de l'ennemi ne cesse pas pour cela : rien de plus méprisable qu'un Dieu méprisé. Si Satan ne peut pas être. Dieu parmi les hommes, il sus^citera les hommes en hostilité ouverte contre ceux qui renversent ses autels ; mais lorsqu'on «Igit de l^.par,t dp Dieu^,, cetjtei gujerj;^ dte i'enpi
nemi n'aura d'autre eiFet que de faire remportées la victoire et obtenir la délivrance et la paix.
Les Madianites montent conti:e Israël. Tout est préparé pour que TËternel intervienne. L'esprit de Dieu revêt Géd^n. Nou*velle phase dans cette histoire ; ce n'est pas seulement la fidélité, c'est la puissance. Gédéon sonne de la trompette , et ceux qui naguère avaient voulu le tuer, marchent maintenant à sa suite. 11 envoie des messages à toute sa tribu. Ceux de Zabulon, d'Âser et de Nephtali viennent aussi. La puissance de TEsprit qui mène les esprits des. hommes, est avec la foi qui reconnaît Dieu, qui le reconnaît dans sa relation avec son peuple > et rejette fidèlement le mal^ incompatible avec cette relation.
Dieu donne encore une pretive de sa gi^ander condescendance en accordant un? signe pour fortifier la foi , faible, mais réelle et sincère de Gédéon , qui sent , lorsqu'il répète sa demande (v* 39) , que Dieu pourrait bien le châtier pour son manque de foi. Cependant l'Élernel lui accorde ce qu'il demande.
Trente-deux mille hommes suivaient Gédéon. Mais l'Éternel ne veut pas un si grand nombre. Lui seul doit être glorifié dans cette délivrance .v En efi*et , la foi était si faible , lors même que l'Esprit de Dieu agissait, qu'une fois en pré-^ S£nQ^ d^ l'ennemi yin^trdeux^ mill^ hommes^
sont contents de se retirer , sur Tinvitation de Gédéon. Le mouvement produit parla foi d'autrui est loin d'être une foi propre. — Mais dix mille hommes sont encore trop. Le nom de rÉternel doit seul paraître. Ceux-là seuls doivent rester, qui ne s'arrêtent pas pour se désaltérer à leur aise, mais se rafraichissent à la hâte , comme l'occasion se présente , plus occupés du combat que de leurs aises pendant le chemin.
Ici , Gédéon déploie une entière confiance en Dieu. Précédemment, la faiblesse de sa foi f<Msait que son cœur se reportait trop sur luimême , au lieu de regarder simplement à Dieu. Le profond sentiment qu'il avait de l'état d'Israël l'empêchait d'hésiter un instant, parce que le peuple n'était pas avec lui ; que faire de ce peuple? Dans une défiance qui venait d'une disposition à se reporter trop sur lui-même , ce dont il avait besoin , c'était de s'assurer que l'Éternel fût avec lui. Mails maintenant qu'il a la certitude que l'Éternel veut délivrer Israël par son moyen , il s'en rapporte entièrement à lui.
L'Éternel jette l'effroi et l'épouvante au milieu des ennemis , et en donne la conscience à Gédéon. Il est touchant de voir les soins que Dieu prend pour inspirer de la confiance à son serviteur, selon les besoins que l'état de choses
^vaîlcrèés.Àussi, le nom de Gédéoa retentissaitil déjà avec effroi dans la nombreuse armée des Madianites. Saisis de terreur, ils se détruisent les uns les autres. La confiance des Madianites, basée seulement sur Tincapacité d'Israël , se fondait devant Ténergie que donnait la foi ; car les instruments de l'œuvre de l'ennemi ont toujours une mauvaise conscience.
C'est l'Eternel qui fait tout. Les trompettes «t les flambeaux seuls annonçaient sa présence et celle de son serviteur Gédéon. La foule du peuple poursuit les ennemis , profitant de l'œu* vre de la foi sans en avoir : résultat ordinaire d'un pareil mouvement. Tous cependant ne se joignirent pas à Gédéon pour la poursuite de l'ennemi. Mais , pour le moment, Gédéon méprise la lâcheté qui le méconnaît , craignant encore la force de l'oppresseur. En revenant , il châtie selon la juste indignation de sa foi ^ ceux qui s'étaient montrés favorables à l'ennemi dans un tel moment, lorsque les serviteurs de Dieu étaient fatigués dans cette poursuite.
Taudis que l'œuvre était à faire, ils s'occupaient de l'œuvre et passaient outre ; on a tout le temps de se venger lorsqu'elle est achevée. Gédéon a aussi la prudence de s'effacer pour calmer la susceptibilité de ceux qui se sentaient blessés dans leur importance, parce que Gédéon avait eu plus de foi qu'eux. Ils ne se van-
346' tiaiéni pas' dé^ leur itariportaoce , et ne dèmaR)>T ({aient pas d*ètre appelés lorsque Madian était en force sur le ter,ritoir«d* Israël. On aurait tort de contester avec de telles gens. Ci Ton est coq-. tentrd^avioir fait rœuvre de Dieu» ils seront contents des dépouilles qu'ils trou verront àla poursuite de 1, ennemi : ils s'en feront une victoire. Il faut la leur laisser ; car, en effet , ils ont été. utiles à la cau&^^de rËternel, quoique tardif&à y entrer., Ils soi)l venusç lorsqu'ils ont été appelés, et à ce qu'il paraît de bon.cceur ; ils ont suivi; la direction de Gédéon et lui ont rapporté les^ tètes des chefScv Le secret de la foi et de TÉter-i^ nel était s^yec Gédéon* C'était inutile de leur en parler* hrSf^l ne comprenait pas sa fai^ blesse. Il fallait être fort dda pari de l'Éternel pour Israël, puisque Israël ne pouvait ètne avec luiv Or^.par cette, mème^ raison , ils n^ pouvaient comprendre pourquoi ils n'avaient pas été appelés auparavant., La^ phosea dû être, laissée sans explication ; preuve du triste état; d'Israël. Mais Je danger a été écarté etla.diffi-. Quité résolue: en ce que Gêd^on était sagen^ent content de les tranquilliser, en n'insistant* pas Siur son importance qui tenait' à une fbi dpnt ils ne se sentaient pas incapables'et dont ils ne sen-^ talent pas les difBcultëSi parce qu'ils^ne l'avaient pas. Il faut être près de Dieu pour sentir ce qui mnque dfins les: restions de son peuple aye^^.
UT Ibi ; car c'est en lui qu'on trouve ce qui fàitt comprendre et soi force et les exigences de ces Frelations.
Pendant les jours de Gédéon, Israël fut en paix.
Bien que les détails de cette délivrance soient d'un intérêt particulier y il me parait que Tétat du peuple s'y montre plus bas qu'à Tépoque des précédentes. Alors on trouvait tout simple que quelque serviteur de l'j^ternel , comptant sur son bras, délivrât le peuple du joug qui pesait sur lui. Ou bien, le peuple rév.eillé par les paroles d'une propbétesse , se délivrait et remportait lui-même, par le secours de Dieu , la victoire sur ses ennemis. Ici, il faut rétablir la conscience des relations de l'Éternel avec son peuple. C'est ce que Dieu fait avec Gédéon commenous l'avons vu, et cela avec une tendresse et une condescendance touchantes. Mais il a fallu le faire. Âussi^Dieu accomplit-it seul la délivrance de son peuple* Il ne faut pas y employer le peuple, de peur que le peuple ne s^* l'attribue ; car plus on est éloigné de Dieu, plus, on est disposé à se faire une gr:ande part dâos ses Œuvresv
Après la mort de Gédéon, nous voyons les suites de cet éloignementde Dieu, dans lesluttes intestines qui eurent lieu entre les enfants d'is* tg^ël. Us sont ingrats envers la postérité de Gédj^on, et la g.uerre éclate entre eux par le chef:.
qu'ils s'établissent, et qui, au lieu de combattre les ennemis de Dieu, ne cherche qu'à dominer sur le peuple actuellement en repos.
La chute des seigneurs de Sichem et d'Abimelech est suivie d'une paix momentanée, après laquelle Israël recommence son iniquité idolâtre, et l'Éternel les livre entre les mains des peuples dont il sert les dieux. Serré de près {)ar les ennemis, Israël crie à l'Éternel, qui lui reproche son passé et le renvoie aux dieux qu'il servait. Alors le peuple ôte du milieu de lui ses faux dieux. L'Éternel est touché de compassion. Israël, sans conducteur , s'adresse au capitaine d'une bande de gens sans aveu , et lui promet de le reconnaître pour son chef s'il veut se mettre à leur tête.
Jephté y consent. Mais, quoique ce fût une délivrance, on voit en tout ceci, combien Israël est tombé. Jephté lui-même souffre cruellement de son vœu téméraire, et de plus l'orgueil d'Éphaïm l'ayant poussé à se plaindre de ce qu'on ne tenait pas assez compte de lui , on ne trouve pas chez lui le calme et la sagesse d'un homme aussi près de Dieu que l'était Gédéon. Quelle différence entre cette époque et celle de Josué l Dieu multiplie ses délivrances ; mais ces délivrances n'arrêtent point l'incrédulité du peuple, et son état ne cesse d'aller en empirant.
Après Jephté, Israël jouit encore d'un temps
de calme, sous la direction des Juges que Dieu lui suscite. Mais il ne tarde pas de retourner à son ancien train de péché, et d'être livré par rÉternel entre les mains des Philistins. L'histoire de Samson nous raconte le commencement des rapports d'Israël avec ces ennemis acharnés, et qui ne cessèrent que lorsque David les eût subjugués. Les Philistins étaient à cette époque au faite de leur puissance. Mais ici l'histoire importante est celle de Samson.
Samson, comme figure, nous présente le principe du Nazaréat , la séparation entière à Dieu > source de force dans les combats contre nos ennemis , envisagés comme des ennemis qui cherchent à prendre le dessus au milieu du peuple de Dieu , dans leur territoire même et dans leur propre cœur.
Les Philistins n'étaient pas des fléaux, des cha* timents envoyés du dehors ; ils habitaient dans le territoire même d^Israël, au pays de promesse. Auparavant, sans doute, d'autres nations laissées dans l'intérieur de Canaan par l'infidélité du peuple, lui avaient été en piège, l'entraînant à des mariages avec des idolâtres et au culte des faux dieux , et l'Éternel les avait livrés entre les mains de leurs ennemis. Mais actuellenaent ceux qui avaient été laissés dans le pays conquis, prétendent dominer sur Israël.
Ici donc, ce qui peut rendre la victoire et la
sso
paii aux héritiers de la promesse, c'est la forcer que donne la séparatioQ de tout ce qui tieot à l'homme naturel^ et là consécration complète à Dieu, autant quelle est réalisée. Ce Nazaréat est la puissance spirituell0 , ou plutôt ce qui la caractérise lorsque les ennemis sont au dedans^ du pays. Car Samson a jugé Israël pendant la do» mination des Philistins. (XV. 27.) Dans I21 suite, Samuel, Saiil et surtout David oqt entièriemeni: changé l'état de choses.
Quand les Cananéens , quand lâ^ puissance de l'ennemi domine dans le pays, il n'y a que le^ Nazaréat qui puisse donner la supériorité à celui qui est fidèle. C'est un secret inconnu des mondains^ Christ en était le parfait exemples. Le mal dominait dans, le peuple« La marche de Christ était une^marjche à part, séparée du mal. Il était du peuple , mai$ comme Lévi {Deut.t XXXIII , 9), il a'en était pas. Il était Nazaréen.; Or, il y a unp distinction à faire à cet égard. Moralement , Christ était aussi séparé des pécheurs pendant sa vie. sur la terre , qu'Jl l'est maio^enant^ Mais extérieurement II était aa milieu d'eux ; et, comme témoin et expression de la grâce, 11 étjftit spirituellem$inta]assi au milieu d'eux.
Depuis sa résurrection , Il est complètement séparé des pécheurs. Le monde ne le voit et ne le verra plus , sinap, s^ui jugement. C'çst dansi
eette dernifere position et comme ayant revêtu ce^ caractère de séparation entière du monde , que^ rÉglise, que les chrétiens sont en rapport avec Lui. Un tel souverain Sacrificateur nousconve^ nait. L'Église garde sa force, les vrais chré^ tiens gardent leur force, en tant qu'ils se tiennent dans cet état de séparation complète dont le^ monde ne se rend pas compte et auquel il lui est impossible de participera La joie, la sociabilité humaines n'y entrent pas; la joie divine, k puissance du St-Esprit s'y trouvent. La vie de notre adorable Sauveur était une vie sérieuse, toujours sérieuse et en génëraljà l'étroit, pas au dedans de lui, car son cœur était une source jaillissante d'amour , mais à cause du mal qui le serrait de tous côtés. Je parle de sa vie et dC' son cœur à Lui. Pour ce qui concerne les autres^ sa mort levait Us écluses, pour que cet amour débordât en plein suf le» pauvres pécheurs. Cependant, quel que fut le recueillement contini^el du Sauveur, il pouvait dire à; l'égard de ses disciples : Je dis ces choses dans le monde, afin qu'ils aient ma JQJe accomplie en eux. C'était le meilleur des souhaits^ c'était la joie divine au lieu de la, joie humaine. Le temps viendra où cesdeux joies seront réunies lors-^ qu'il boira du vin, de nouveau avec les siens dans le royaume de son Père ; et tous seront, syieas.;&|ais, pour le moment ycela. ne se peuti
{ras; le mal domine dans le monde , il dominait en Israël , où la justice aurait dû être. 11 domine dans la chrétienté, où la sainteté et la grâce de' vraient être manifestées dans toute leur beauté. Cette mise à part pour Dieu est , dans ce cas , le seul moyen de jouir de la force de Dieu ; c'est la position essentielle de TËglise. Si elle y a manqué, elle a cessé de manifester le caractère essentiel de son chef, en rapport avec elle, « séparé des pécheurs, élevé au-dessus des Gieux. » Elle n'est qu'un faux témoin , une preuve au milieu des Philistins que Dagon est plus fort que Dieu, une aveugle prisonnière.
Toutefois, il est remarquable que toujours, lorsque le monde,parses séductions, entraîne ce que Dieu en a séparé pour être à lui, cela provoque le jugement de Dieu sur le monde et l'entraîne à sa ruine. (Voyez Sarah dans la maison de Pharaon, et dans ce cas*ci, Samson, aveugle et prisonnier dans les mains des Philistins ; et même aussi Sarah dans la maison d'Âbimielec , quoique Dieu, par égard pour l'intégrité du cœur de ce dernier, n'eut fait que le châtier.)
Le Nazaréen représente donc Christ, tel qu'il était ici-bas de fait et par nécessité, et aussi tel qu'il est maintenant complètement et de plein droit, assis dans le Ciel à la droite de Dieu , caché en Dieu , où notre vie est cachée avec lui. Le Nazaréen représente rËglise ou un cbré-
tien pris individuellement , en tant que l'un el l'autre sont séparés du monde et consacrés à Dieu, et qu'ils gardent le secret de cette sépa*' ration.
C'est la position de TÉglise, la seule qui soif reconnue de Dieu, TÉglise étant unie à Christ séparé des pécheurs et élevé auxCieux, ne peut être à lui d'une autre manière. Elle peut être infidèle à cette relation, mais c'est dans cette relation qu'elle a été placée avec Christ. Elle ne peut pas être reconnue dans une autre.
Samson nous représente aussi la tendance de l'Église et du chrétien à sortir de cette position , tendance qui ne produit pas toujours ses mauvais fruits au même degré, mais qui entraine la négligence pratique et intérieure du Nazaréat , et amène bientôt la perte de to ute force, jusqu'à ce que l'Eglise se livre au monde. Dieu peut encore se servir d'elle, se glorifier par les dégâts qu'elle fait sur le territoire de l'ennemi (qui devrait être sien), et même la garantir du péché auquel conduit la pente glissante où elle se trouve. Mais la disposition qui l'a amenée là, tend à l'entraîner plus loin.
Dieu se sert du mariage de Samson avec une femme d'entre les Philistins, pour punir ce peuple. Encore dans la fraîcheur de sa force, le cœur près du Seigneur, et mû par le St-Esprit , Samson agit dans la puissance de cette force au
milieu, des enneaiis qa'il s'est suscité, et> de^Hr il n'épouse jamais la femme de leur nation. J'ai dit : Dieu sren sert. C'est ainsi que Dieu peut employer la force spirituelle de l'ÉgUse , aussi longtemps que pour. 1^ fond; elle lui démeure attachée» quoique sa marche ne soit pas Qdèle et qu'il n^^puisse l'approuver. Car iE est clair que le mariage de Samson avec la fille de Timnah, était un péché positif, une contravention flagrante aux ordonnances de l'f^ernel; que ne justifie nul|jement la bénédiction que Dieu lui accorde, lorsque les Philislins lui faisaient tort. (Car ce n'est pas dans son mariage qu'il a trouvé de la bénédiction, mais bien le contraire.) Aussi, Samson n'a pas Israël avec lui dans les combaHs que luji suscite son mariage; l'esprit de Dieu n'agit pas sur le^ peuple comme il Ça fait dans le ça^ de Gédéon, de J^phté ou Barac. Du reste, quand il s'agit du Nazaréat, il faut s'attendre à l'opposition du peuple de Dieu. On est Nazaréen au milieu du peuj)le, parce que le peuple ne Test plus., Or, s'il ne l'est plus,/ il n'a. plus de force et&'accommode delà domination du monde, pourvu qu'on lui laisse sa paix terrestre, et ne veut pas qu'on agisse par la foi, parce que cela inquiète le monde et I^excite contre^ lui. aNesavez-vonspas,» dit braël^ «que les. Philistins dominent sur nous? n Tout en reconnaissant Ç^mson pour un d^es leui;s, les Isra^Un.
les reulent le livrer aux Philistins, afin de conserver leur tranquillité.
Mais dans cette première phase de la vie de Samson, il y a quelques détails qu i exigent plus d'atteotion.
Son mariage était un péché.. Mais la séparation du peuple de Dieu a.vait cessé de recevoir &on application pratique dans la mesure que lui assignent les pensées de Dieu. Le fait était inexcusable,parce qu'il avait pour motif la volonté de Sa^mson et que Dieu n'avait pas été consulté. Mais, par l'effet des circonstances, Samspn n'avait pas, en ce moment, la conscience du mal qu'il commettait, et Dieu permit qu'au lieu de la guerre avec le monde cananéen (c'est-à-dire; ],ç monde d^ans l'ençeipte du peuple de Dieu), il eherchàt la paix et ramitié> avec lui ;^ de sorte*. qjae , quant aux Philistins , Samson était dans, son droit à l'égard des combats qiii ont suivi.
Avant son mariage, Saojson avait tué le lion et il y avait trouvé du miel. C'était la force de* la part de Dieu pendant qu'il marchait dans son intégrité. C'est l'énigme du peuple de Dieu, son seci;ct. Le lion est privé de force contre celui qui est à Christ. Christ a détruit la force de celui: qui avait l'empire de la mort. Par la puissance de l'Esprit de Christ notre combat est victoire, et le miel en découle. Mais ceci s'effectue dan&, le ^c;cret, de la communion de l'Ëlernel., David, a,
mieux gardé cette position dans la simplicité du devoir.
Samson ne s'est pas préservé avec le monde, des liaisons auxquelles prêtait Tétat du peuple. C'est toujours le danger pour le chrétien.. Mais quelle que soit leur ignorance, quand les enfants de Dieu s'allient au monde et poursuivent ainsi un chemin opposé à leur vrai caractère, ils y trouveront infailliblement des mécomptes. Ils ne segacdent pas pour Dieu; ils ne gardent pas leur secret avec Lui, secret qui ne se trouve que dans sa communion et seulement en elle. Leur sagesse s'en va, le monde les séduit, leurs relations avec le monde deviennent plus mauvaises qu'auparavant, et le monde les méprise et fait ses affaires, sans égard pour eux quand ils s'indignent des choses qu il leur fait éprouver.
Qu'est-ce que Samson avait à faire là? Sa volonté s'ingère « et se mêle dans l'emploi de la force que Dieu lui avait donnée, de même que Moïse lorsqu'il tua l'égyptien. On porte toujours un peu du monde avec soi, lorsqu'on y a été mêlé étant enfant de Dieu. Mais Dieu se sert de cela pour nous en séparer forcément et tout de bon , et rendre nos rapports impossibles , en nous mettant en conflit direct avec le monde , là même où nous étions liés avec lui. On eût mieux fait de ne pas l'être. Mais ces voies de Dieu sont nécessaires, lorsque l'union deTEglise
avec le monde est une chose habituelle et reconnue d'elle (1). On ne s'aperçoit pas des circonstances les plus flagrantes. Pensez à un Nazaréen marié avec une Philistine ! Dieu doit rompre cette union en faisant naître des inimitiés et des hostilités , puisqu'il n'y a pasTintelligence delà proximité morale de Dieu, qui sépare du monde et place dans cette tranquillité qui, puisant sa force en Dieu , sait vaincre et chasser l'ennemi , lorsque Dieu mène au combat par la révélation claire de sa volonté. Mais lié avec le monde , le monde a toujours de l'empire sur nous ; nous n'avons pas le droit de nous refuser à des relations que nous avons nous-mêmes formées. Nous pouvons nous approcher du monde, car la chair est en nous. Le monde ne saurait s'approcher réellement des enfants de Dieu, car il n'a que sa nature déchue et pécheresse. Le rapprochement est tout d'un côté, et toujours en mal, quelles que soient les apparences. Porter un témoignage au milieu du monde, jc'est autre chose,
(1) Dans celte qdîod , lorsqa*eUe a lieu entre le monde et les vrai s*^ chrétiens , ou du moins là où la vérité est professée , le monde domine toujours ; lorsque c*est au contraire avec la hiérarchie que le monde a affaire , c'est la hiérarchie superstitieuse qui domine , parce qu'elle est nécessaire pour restreindre la volonté de Thomme , par des liens religieux; qui s'adaptent à la chair.
Xassi , Ton ne saurait plaider le secret èe rÉternel» les relations intimes du penple de Dieu avec Lui et les sentiments qui en décou^' lent; car le secret et là force de T Éternel sont exclusivement lé droit et la force de son peuple racheté. Gomment le dire à sa femme philistine? Quelle influencé auraient les privilèges exclusifs du peu()le de Dieu* sur elle qui n'en fait pas partie? Gomment en parler, quand on les renie par la relation même dans laquelle on se trouve? t)n les renie en comniuniquant ce secret; car on cesse d'être séparé et consacré à Dieu, dans une confiance qui ne peut reposer sur d'autre que Lui.Gette expérience aurait dû, pour l'avenir , préserver Samson d'une marche pareille. Mais, isous bien des rapports, dans les choses dé Dieu, l'expérience est inutile, parce qu'il faut la foi au moment même , car il faut Dieu lui^^ même. Gependant ici la forcé dé Samson demeure. Les conseils souverains de Dieu s'accomplissaient dans cette aflaire , quoique à travers des défauts assez graves, suite de l'état général des choses auxquelles Samson participait. Une fois dans lé combat , il manifeste U force de TËternel qui était avec lui, et, en réponse à ses plaintes, l'Éternel lui fournit le rafraîchissement dont il avait besoin.
C'est là que se termine l'histoire générale dé Bamson. Nous avons vu que le peuple de Die«^
ses frères étaient contre lui : règle générale en pareil cas. C'est Thistotre de la puissance de TEsprit de Christ agissant dans h Nazaréat,dans la séparation d'avec le inondé, pour Dieu; mais au milieu d*un état de choses entièrement contraire à cette séparation, et dans lequel celui qui est soutenu par la force de cet Esprit se retrouvant placé dans la sphère de ses habitudes, «st toujours en danger d'être infidèle , et cela 4'autant plus (s'il ne se tient pas près de Dieu dans le calme de L'obéissance ) qu'il sent que la force est avec lui. C'est la puissance de l'Esprit agissant dans les circonstances i où pour ainsi dire l'infidélité du peuple Ta placé. Christ était la perfection de la lâarche divine en pareil cas. On voit que personne n'a compris quelle était la source de sa puissance et ce qui lui donnait le droit d'agir. Il a du renoncer à tout espoir de "satisfaire les hommes sur les principes d'après lesquels II marchait. On aurait du être comme Lui pour le comprendre, et, dans ce cas, on n'au rait plus eu besoin d'être convaincu. Agir devant Dieu et lui laisser Ha justification, voilà tout ce qu'il y avait à faire. Il réduisait ses adversaires au silence sur des principes réconnus de Dieu et de toute bonne conscience ; mais il ne pouvait point révéler le secret entre lui et le Père, le principe de sa vie et le ressort de toute sa conduite. Si la vérité a percé quand
Satan a poussé les choses au point qu'il n'y avait que cela à dire, ses adversaires l'ont traité de blasphémateur, et Lui les a dénoncés ouvertement comme enfants de Satan. C'est ce qui se trouva en saint Jean. Mais alors Jésus n'a plus sa même relation avec le peuple , qui , dès le commencement de cet Évangile, est traité en réprouvé , et la personne du Fils de Dieu mise en évidence. Dès le début de son ministère, il a conservé la place d'un serviteur obéissant, ne commençant à agir en public que lorsqu'il y fat appelé de Dieu, après s'être placé au plus bas, par le baptême de Jean. Ce fut la question débattue lors delà tentation dans le désert. Le tentateur a voulu le faire sortir de sa position d'homme obéissant,parce qu'il était Fils de Dieu. Mais l'homme fort fut lié là : demeurer dans l'o^ béissance est le seul moyen pour lier l'adversaire. Christ a toujours marché dans cette séparation parfaite de Thomme intérieur, dans la communion de son Père et dans une entière dépendance de lui ; dans l'obéissance, sans avoir un seul instant de volonté propre. C'est pourquoi on le voit le plus débonnaire et le plus ac^ cessible des hommes ; on remarque dans ses démarches une tendresse et une bonté qui ne se voient en aucun homme, mais on sent toujours un étranger. Ce n'est pas qu'il soit venu pour i^tre étranger dans ses relations avec les hoo^-i
mes ; mais ce qu*il y avait de plas profond en lui, ce qui constituait sa natare même, et, par conséquent, déterminait sa marche en vertu de sa communion avec le Père , était entièrement étranger aux mobiles qui agissent sur les hommes. Cet esprit d'abnégation, de renoncement à toute sa volonté propre , d'obéissance et de dépendance de son Père , perce constamment dans la vie de Jésus. Après le baptême de Jean, il priait lorsqu'il reçoit le St-Esprit. Avant de nommer les Apôtres, il passe toute la nuit en prières. Après le miracle des cinq pains pour nourrir cinq mille hommes, il passe aussi la nuit sur la montagne, en prières. Si l'on demande de s'asseoir à sa droite et à sa gauche dans son royaume, ce n'est pas à lui de le donner, sinon à ceux pour lesquels il est préparé de son Père. Dans l'agonie de Gethsémané, son attente et frayeur de la mort est toute présentée à son Père, et la coupe que son Père lui a donné à boire, ne la boirail-il pas? Aussi , tout est calme en présence des hommes. Il est le Nazaréen, séparé des hommes par sa parfaite communion avec son Père, et l'obéissance d'un fils qui n'avait d'autre volontéqued'accomplirle bon plaisir desonPère. C^était sa nourriture de faire la volonté de Celui qui l'avait envoyé et d'achever son œuvre.
Mais c'est lorsque l'homme n'a pas voulu le recevoir , et qu'il n'y eût plus de relation quel-»
conque entre rbomme et Dieu, que Jésu&a pris pleinement le caractère de Nazaréen, de séparé des pécheurs, élevé plus haut que les cieux. C'est Christ dans les cieux qui est le vrai Nazaréen, et qui, ayant reçu du Père la promesse du Saint* Esprit, Ta répandu sur ses disciples, afîa que par la puissance du Saint-Esprit ils fassent dans la même position sur la terre , par la conhmunion avec Lui et avec son Père , iqarchaDt dans le recueillement de cette communion , et capables ainsi de se servir de cette puissance avec une intelligence divine , propre à éclairer et soutenir Tobéissance pour laquelle ils sonl mis à part pour la gloire de Jésus et pour soo service. « Si vous demeurez en moi , dit-Il à ses disciples, et que me$ paroles demeqreRt en vous, demande? ce que voudrez, et cela vous seniaccordé.»llsn'étatentpas du monde, comme Lui n^était pas du monde. L'Église, qui a été formée de ses disciples, doit marcher comme séparée du monde et consacrée à Lui dans une vie céleste.
Christ est donc Tanti^type de cettç histoire de Samson, pour le fond du principe qui s'y trouve. Mais les faits nous montrent ce principe depuis^ sance confiéà ceux qui n'étaient, bêlas! que trop capables de manquer dans la communion et Tobéissanoe, et ainsi d'en perdre la jouissance.
Samson pèche encore par ces liens avec U^
fille d'un faux dieu , avec des femmes d*entre les Philistins , là où étaient la maison de son père et la tribu de Dan. Mais il retient sa force jusqu'à ce que l'influence de ses liaisons soit telle, qu'il révèle le. secret de sa force en Dieu. Son cœur, séparé de Dieu, place dans une Philistine la confiance qui ne devait exister qu'entre son âme et Dieu. Posséder et garder un secret, c'est ce qui témoigne de l'intimité avec un ami. Mais le secret de Dieu, jouir de sa confiance, c'est le plus haut des privilèges. Le trahir auprès d'un étranger» de qui que ce soit , c'est mépriser la précieuse position que sa grâce nous a faite ; c'est la perdre. Qu'est-ce que les enpemis de Dieu ont affaire avec ses confidences? C'est ainsi que Samson se livre à ses ennemis. Tous les moyens étaient sans force contre lui, aussi longtemps qu'il garde son Nazaréat. Cette séparation une fois perdue, quoique en apparence Samson fût aussi robuste» son extérieur aussi beau qu'auparavant, l'Éternel n'était plus avec lui. c< Je me lèverai et je me secouerai ainsi que je l'ai fait d'autres fois ; et il ne savait pas que TËternel l'avait abandonné. » On ne peut guère supposer une folie plus grande que celle de confier son secret à Dé* lilah , aprè$ avoir tant de fois été saisi par les Philistins, au moment où elle le réveillait. — Da même 4 une fois que VÉgUse s'est laissée ^Uer
au monde , elle perd toute intelligence , même humaine. Pauvre Samson! le voilà aveugle pour toujours, lors même que sa force lui reviendra.
Mais qui est-ce qui s'enorgueillit contre Dieu et qui prospère ?
Les Philistins veulent attribuer leur succès à eur faux dieu. Dieu se souvient de sa gloire et de son pauvre serviteur humilié et châtié de sa faute. Les Philistins veulent jouir de leur victoire et glorifier leurs faux dieux. Mais rËternel avait l'œil sur tout cehi. Dans l'humiliation « h pensée de l'Éternel était plus puissante chez Samson ; son Nazaréat reprenait de la force. Il fait à Dieu son touchant appel. — Qui crain* drait un aveugle déjà prisonnier et abattu? Mais qui, du monde, connaît le secret de rÉternel? Esclave et aveugle pour toujours, son état amène une occasion que sa force n'avait pas su obtenir avant que son infidélité l'en eût privé. Mais il est aveugle et esclave « et il faut qu'il périsse lui-même dans le jugement qu'il attire sur l'impiété de ses ennemis. Il s'était identifié avec le monde en l'écoutant, il faut qu'il le soit dans le jugement qui tombe sur le monde.
Si l'infidélité de TÉglise donne lieu à la puissance du monde sur elle, d'un autre côté, le monde, lorsqu'il corrompt l'Église, porte atteinte aux droits de Dieu, et s'attire ainsi , au moment même de son plus grand triomphe , an
jugement qui, s'il met fin à l'existence comme à la misère du Nazaréen, détruit en même temps, dans une ruine commune, toute la gloire du monde.
Dans les détails de la prophétie , ceci s'applique à la fin de l'histoire du peuple juif.
Les chapitres qui suivent ne sont pas compris dans l'ordre historique de ce livre. Ils soulèvent le voile pour nous montrer quelques détails de la vie intérieure de ce peuple que la patience de Dieu a supporté si longtemps, louché de l'affliction de son peuple dans les maux qui lui arrivaient à cause de son péché. Si le peuple avait été obéissant quand TÉternel était son Roi, son bonheur eût été assuré. Avec l'esprit de propre volonté qui agissait en lui, l'absence de frein, lorsqu'il n'y avait point de roi, lâchait la bride à tous les écarts. Le dernier événement raconté dans ce livre , montre jusqu'à quel point le désordre était allé en Israël; mais il en ressort une leçon très-importante. Si l'état de l'ensemble du peuple de Dieu donne occasion à des iniquités qui exigent la discipline, le peuple entier est entraîné dans les châtiments qui en résultent , et dont l'effet est de lui faire prendre à cœur l'état qui les lui a attirés. Cet état a empêché que l'iniquité fut réprimée ou punie, au moment où elle a été commise. Mais le peuple est placé en présence de Dieu , qui juge toute l'af-
faire 9 et tout le peuple doit s*cq mêler. Israël, au commencement, n'a pas même consulté TÉternel, pour savoir ce qu'il y avait à faire contre le péché. Il a agi dans l'indignation naturelle (qui du reste était bien juste). L'Éternel a permis tout 'cela , pour que le peuple apprit où il en était. Le mal, qui exigeait le châtiment, le rendait incapable de consulter l'Éternel; il était éloigné de Lui. Battus quand ils comptaient sur un succès facile , ils consultent l'Éternel pour savoir ceux qui doivent monter au combat. L'Éternel désigne Juda. Mais encore, Juda est battu. Le peuple, humilié et en pleurs, a de nouveau recours à l'Éternel pour demander s'il fallaitsortir. Alors l'Éternel leur donne la victoire. Guibah avait mérité cette discipline ; mais pour en être exécuteur, Israël avait besoin d'être discipliné lui-même , et Dieu a permis que tous y prissent part , afin de la faire porter sur tous.
Mais dans quel état étaient-ils tous , pour que la tribu entière de Benjamin se joignit aux seigneurs de Guibah, coupables d'une telle énormité? Et remarquez que Phinée était encore souverain sacrificateur, lui qui était déjà homme fait dans le désert. Quelle patience de Dieu avec le peuple, en le délivrant lorsqu'il s'était si vite jeté dans le péché, et dans un pareil état de péché !