CHAPITRE III DES NÉPHRITES
DIVISION DES NÉPHRITES
Nous nous sommes étendus dans les précédents chapitres sur des lésions assez faciles à analyser, et dont le mode de production était rendu plus démonstratif grâce à l'expérimentation faite sur les animaux.
Ici, nous nous trouvons au contraire en présence d’un des plus difficiles problèmes de l'anatomie pathologique. Définir la néphrite ou les néphrites paraît impossible aujourd’hui, et l'on a rangé sous cette dénomination des altérations bien dissemblables, il faut le reconnaître. Si l’on en excepte la dégénérescence graisseuse et les tumeurs, toutes les autres altérations du rein ont été rangées sous le vocable de néphrites, et l’on voit chaque jour employer couramment les expressions de néphrite suppurée, néphrite congestive, néphrite interstitielle, néphrite amyloïde. Pour ne parler que de ces quatre espèces, y a-t-il entre elles un lien quelconque, peut-on les comparer les unes aux autres? Nous ne le pensons pas. Déjà nous avons décrit à part la congestion rénale aiguë ou chronique que l’on peut distraire avantageusement du groupe des néphrites. On peut également retrancher complètement de ce groupe lanéphriteamyloïde qui est une altération purement dégénérative, isolée ou associée à d’autres lésions du parenchyme. Quant à la néphrite suppurée, elle forme une espèce bien distincte et mérite une place à part.
Pour les autres altérations du rein, le terme générique de néphrite peut être conservé jusqu’à nouvel ordre, mais c’est là un terme d'attente et qui donne une idée bien imparfaite de la nature intime du processus pathologique. La nature inflam-
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matoire de la néphrite interstitielle n’estrien moins que prouvée, et c'est bien arbitrairement que nous plaçons cette altération à la suite de lésions plus nettement irritatives. Nous verrons bientôt combien les auteurs sont divisés au sujet de la néphrite interstitielle, puisque quelques-uns n’en font même pas une altération rénale proprement dite.
En dehors de la néphrite suppurée, le seul groupe qui subsiste intact est celui des néphrites qui ont été dénommées parenchymateuses. Cette expression nous paraît également impropre et peut être avantageusement modifiée.
Dans ce court préambule à l'étude détaillée des néphrites, nous n’avons nullement l'intention de les envisager dans leurs rapports avec la maladie ou le mal de Bright, nous aurons occasion d'y revenir ; mais nous voulons essayer d'établir parmi les néphrites une classification plus rationnelle, en nous appuyant exclusivement sur des caractères anatomo-pathologiques.
Lorsqu'on étudie avec soin, à ce point de vue, les néphrites, on remarque que les lésions portent tantôt sur tous les éléments du rein, très inégalement sans doute, mais sur tous; tantôt au contraire elles portent spécialement, et dès Le début, sur un des éléments du rein à l'exclusion des autres. Dans le premier casles altérations sont générales ou généralisées, totales, diffuses ; dans le second, elles sont locales ou localisées, partielles, systématiques. Chacun de ces groupes donnera donc lieu à deux classes bien tranchées de néphrites. Les premières seront les néphrites diffuses, les secondes les néphrites systématiques. Les néphrites diffuses peuvent se présenter à l’état aigu, à l’état subaigu ou à l’état chronique. Les néphrites systématiques, au moins celles que nous connaissons jusqu’à ce jour, sont subaiguës ou chroniques d'emblée, elles portent primitivement soit sur l'élément glandulaire, soit sur l'élément vasculaire de l'organe. Celles qui atteignent la portion glandulaire ont leur type le mieux défini dans la néphrite saturnine expérimentale ; celles qui se localisent sur les vaisseaux, correspondent à la néphrite interstitielle proprement dite, à la sclérose rénale d'origine artérielle. On peut se demander si ces deux espèces rentrent bien dans le cadre des néphrites ou si elles ne sont pas d'ordre tout différent; c’est là un point qui sera discuté plus loin. Quant aux néphrites diffuses dans leurs différents états,
elles correspondent aux néphrites dites parenchymateuses ou épithéliales, néphrites superficielles et profondes. Pour nous résumer, nous décrirons successivement :