NÉPHRITE DIFFUSE AIGUË EXPÉRIMENTALE
NÉPHRITE CANTHARIDIENNE
Lorsque l’on empoisonne un animal avec de la cantharidine ou de la poudre de cantharides, on détermine une néphrite albumineuse dont l'intensité varie avec la dose du poison et la durée, avec la continuité de l’action toxique. On peut donner les noms d’empoisonnement aigu à celui qui résulte de l’administration d’une seule dose assez élevée de poison, et d’empoisonnement subaigu ou chronique à celui qui succède à l’absorption de doses répétées,
a. — Æmpoisonnement aigu par la cantharidine.
Si l’on injecte sous la peau d’un lapin une solution de cantharidine contenant 05,005 à 08,01 de la substance toxique, on détermine le passage de l’albumine dans les urines une demiheure environ après l'injection *. À ce moment, c'est-à-dire une demi-heure après l'injection, la substance corticale du rein est très manifestement altérée. A l’œil nu elle parait conges-
4. Browicz, Centralblatt f. d. med. Wiss., 1819. — Conrniz, Journal de l'analomie de Robin, 1880. — Aurrecuar, Centralblatt, 1882. — Germonr, Thèse, 1883, — Th. Dunin, Virchow's Archiv., 1883. — Ina Ecrascuorr, Uber die Wirkung des Cantharidin auf die Nieren, Virchow's Archiv., 1883.
2. On se servira avec avantage d’une solution concentrée de cantharidine dans l’éther acétique. Le degré de solubilité est en rapport avec la température.
A la température de 15 à 18° il suffit d’une injection de # centimètres cubes de la solution pour déterminer des accidents qui se terminent même quelquefois en deux ou trois heures, par la mort de l'animal. Il est bon d’être prévenu que la cantharidine n'a pas toujours une action aussi violente, et il est probable que les divers échantillons que l’on se procure dans le commerce ne sont pas comparables entre eux.
tionnée et tuméfiée. A l'examen microscopique, fait sur des coupes après le durcissement dans l’acide osmique, un certain nombre des glomérules présente un épanchement de liquide et de cellules lymphatiques entre le bouquet glomérulaire et la capsule (V. pl. XI, fig. 1 et fig. 2). Les cellules des tubes contournés, aussi bien que les cellules des branches montantes des tubes de Henle sont comme noyées dans un liquide contenant de fines granulations. Quarante minutes ou une heure après l'injection, les lésions de la substance corticale sont portées au plus haut degré.
Lorsqu'on examine alors les glomérules avec un grossissement de 100 diamètres, on observe une zone granuleuse plus ou moins large qui entoure le bouquet vasculaire et qui confine à la capsule.
Cette zone existe partout, excepté au niveau du hile du glomérule, parce qu'il n’y a pas d'espace libre entre la capsule et les vaisseaux afférents. Dans cette zone, on voit de nombreuses granulations, et une assez grande quantité de cellules rondes qui ne sont autres que des cellules Ilymphatiques dont le noyau volumineux, tuméfié, se colore nettement par le carmin.
Ces cellules lymphatiques sont volumineuses parce qu’elles baignent dans un liquide et elles présentent le même aspect que lorsqu'elles se sont gonflées dans l’eau. Elles sont beaucoup plus grosses que celles qui sont encore situées à l’intérieur des capillaires du glomérule.
Les granulations qui existent à côté d'elles proviennent évidemment du sang et leur reflet un peu jaunâtre fait penser qu'elles sont constituées par des granulations hématiques dues à la destruction des globules rouges, cependant c’est encore là un point sur l'interprétation duquel il convient de rester dans le doute. Quant à la provenance des cellules lymphatiques épanchées dans la cavité glomérulaire, il ne paraît pas douteux qu'elles ne soient dues à la diapédèse et qu'elles ne proviennent du sang contenu dans les vaisseaux du glomérule. Les cellules plates de la capsule n’ont aucune part, du moins au début du processus, à la formation des cellules rondes que l’on constate déjà, ainsi que nous le répétons, une demi-heure après l’injec tion sous-cutanée de cantharidine.
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Mais dans d'autres glomérules, surtout une heure et demie ou deux heures après le début de l’empoisonnement, les cellules plates de la capsule sont tuméfiées, et beaucoup d’entre elles se détachent en devenant sphériques, et tombent dans la cavité du glomérule. Le paroi en est quelquefois complètement dépouillée ; certains de ces éléments présentent deux noyaux.
En même temps l’épithélium des tubes contournés estcomme lavé, plus transparent qu'à l’état normal; la lumière de ces tubes est distendue et contient un liquide rempli de fines granulations. On y rencontre aussi quelques globules rouges et des cellules lymphatiques qui viennent en grande partie, sinon exclusivement, des glomérules.
Pendant une heure ou une heure et demie à partir du début de l'empoisonnement, la substance corticale, ou pour mieux dire les glomérules et les tubes contournés sont seuls altérés. Les voies d’excrétion de l’urine, les anses de Henle, mais principalement les tubes droits et collecteurs, sont absolument intacts. Dans la néphrite cantharidienne, comme dans beaucoup d’autres, c’est par le labyrinthe que commence l’altération, et c'est là qu'elle présente les phénomènes les plus importants.
Les lésions que nous venons d’énumérer se résument à ceci : congestion intense portant sur les glomérules, tension exagérée du sang dans les vaisseaux, passage à travers leurs parois des parties liquides du sérum entraînant avec lui des granulations, quelques globules rouges et blancs qui s'accumulent en assez grand nombre dans la cavité glomérulaire. Cet exsudat chemine ensuite à travers le système des tubes excréteurs.
Une heure, une heure et demie après le début de l’intoxication, l’épithélium des tubes droits commence à montrer des modifications importantes qui s'accomplissent très rapidement.
On sait que les tubes droits du lapin possèdent un épithélium cubique qui se rapproche de la forme cylindrique à mesure qu'on avance vers l'extrémité de la pyramide, et que l'épithélium des tubes collecteurs formés par la réunion des tubes droits offre la forme cylindrique la plus accusée.
Ces cellules cylindriques a, figure 3, planche XI, sont disposées en une couche unique, et elles laissent au milieu des tubes une large lumière libre.
Au lieu de cette disposition si régulière, les cellules de revè-
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Explication de la planche XI.
NÉPHRITE CANTHARIDIENNE
Fic. 4. — Congestion, diapédèse dans la cavité glomérulaire. a, membrane anhyste de la capsule du glomérule; b, b, cellules plates de l'endothélium de la capsule formant un revêtement à peu près complet; v, vaisseau du bouquet glomérulaire, contenant des globules blancs et des globules rouges g. Entre la capsule et le bouquet vasculaire, on voit un liquide granuleux d contenant en suspension une grande quantité de cellules rondes e,c. — 350 diamètres.
Fic. 2. — Diapédèse dans la cavité glomérulaire. v, vaisseau du bouquet vasculaire; ce, cellules rondes contenues dans le liquide granuleux situé entre le glomérule et la capsule a. — 250 diamètres.
FiG. 3. — Tube collecteur normal (près de la papille) chez le lapin. a, cellules d'épithélium cylindrique disposées en palissade sur une section longitudinale; b, noyau des cellules; g, globules rouges contenus dans un vaisseau. — 200 diamètres.
Fio. 4. — Lésions de la pyramide, deux heures après le début.
a, revêtement d’un tube collecteur; 6, d, cellules d'un tube collecteur devenues pavimenteuses et remplissant la lumière du tube; v, vaisseaux remplis de globules rouges; 0,0, segments de tubes collecteurs; c, coupe d'un tube mince appartenant à une anse de Henle. — 180 diamètres.
FiG. 5. — Tube collecteur vu suivant sa longueur.
b, paroi propre du tube; n, cellules pavimenteuses aplaties par compression les unes contre les autres; d, cellules irrégulières à angles mousses et retournés; a, a protoplasma des cellules avec globules rouges adhérents g, g'; ©, c, f, cellules en forme de coin, munies d’un noyau, intercalées entre les cellules pavimenteuses. — 350 diamètres.
F1G. 6. — Tube collecteur, deux heures après l'introduction du poison sous la peau.
b, b, paroi du tube; a, cellule pavimenteuse avec son noyau n; c, petite cellule intercalaire; f, f’, petites cellules de même nature, irrégulières, dont les faces sont moulées sur les cellules voisines; d, d, deux noyaux appartenant à des cellules de même ordre.
Fic. 7. — Trois petites cellules intercalaires isolées a, a’, b contenant toutes un noyau x. Ces petites cellules présentent trois ou quatre faces concaves moulées sur la convexité dés cellules voisines et séparées par des arêtes saillantes,
lornil et Âarmarnské del “ e Lrrp. Pecguel Mercier lit.
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tement des tubes collecteurs, examinés deux heures après le début de l’empoisonnement, sont absolument modifiées. Elles sont devenues polyédriques au lieu d'être cylindriques, a, a, figure 4, planche XI, et elles se sont aplaties par compression réciproque au lieu d’être allongées. Elles se sont multipliées au point de remplir toute la cavité des tubes. Les cellules, qui de cylindriques sont devenues polygonales, présentent des facettes moulées sur les cellules voisines. Leur protoplasma granuleux contient quelquefois des globules rouges g. Des globules rouges s'interposent assez souvent entre elles. Leur noyau, plus ou moins régulier, est discoïde ou sphéroïde, tandis que le noyau des cellules normales était ovoïde. Ces cellules sont adhérentes à la paroi du tube et entre elles, partout, excepté au centre du tube qu’elles remplissent. Elles sont habituellement libres au centre d, figure 4, planche XI. Dans les tubes droits et dans les tubes collecteurs, on peut voir, le long de la paroi, et appliquées contre elle, des cellules qui ont la forme d’un coin €, c, figure 5, planche XI, situées entre les cellules pavimenteuses, aplaties par leur base contre la paroi, et interposées entre deux cellules par leur extrémité. Elles possèdent un petit noyau rond, et elles se colorent fortement par le carmin. Leur extrémité pénètre entre deux cellules pavimenteuses beaucoup plus grandes qu'elles. Lorsqu'on réussit à isoler ces petites cellules après qu’elles ont été fixées dans leur forme par l'acide osmique, on voit qu’elles présentent des facettes concaves ou planes, et des crêtes d’empreinte. Les facettes se moulent sur les cellules voisines, et les crêtes sont la preuve de l’aplatissement de leur protoplasma par les cellules plus volumineuses qui les compriment.
Ces petites cellules, en forme de coin ou d'étoile, qui s’intercalent entre les grosses cellules polyédriques des tubes collecteurs enflammés, paraissent provenir d’une diapédèse des globules blancs du sang.
Elles sont, en effet, le plus souvent accolées contre la paroi propre des tubes; en dehors de la paroï il existe habituellement des globules blancs situés dans le tissu conjonctif. Ces cellules intercalaires ont d’ailleurs une forme différente des cellules pavimenteuses ; elles sont beaucoup plus petites et ne paraissent nullement en provenir.
Les vaisseaux du rein, petites artérioles et veinules, étudiés
soit à la base de la substance corticale, soit dans la substance tubuleuse, présentent presque toujours une rangée de cellules lymphatiques contre leur paroi interne. Sur les préparations obtenues après durcissement par l'acide osmique, ces cellules forment une couronne limitée en dedans par le coagulum noirci représentant le sérum et les globules. Ge coagulum envoie des prolongements entre les cellules, et dessine autant d'arceaux qu'il y a de cellules. Il ne présente cet aspect que parce qu'il est rétracté.
D. — £'mpoisonnement lent par la cantharidine.
Lorsqu’au lieu d'agir sur un rein par une intoxication cantharidienne rapidement mortelle, on emploie des doses insuffisantes pour causer la mort et répétées tous les deux ou trois jours, pendant un mois chez un chien, on détermine à chaque ingestion du poison une congestion rénale avec passage de globules rouges, d’albumine, et de cylindres hyalins dans les urines. Si l’on sacrifie au bout d'un mois l'animal ainsi empoisonné, on trouve dans le rein toutes les lésions de la néphrite albumineuse aiguë ou subaiguë telle qu'on l’observe chez l’homme.
Dans la substance corticale, les glomérules présentent, entre la capsule et le bouquet vasculaire, un exsudat réticulé contenant quelques globules rouges et de rares globules blancs. Les cellules endothéliales de la capsule sont tuméfiées et les anses glomérulaires adhèrent souvent les unes aux autres. Sur les préparations obtenues après l’action de l’acide osmique, on voit que les tubes contournés, très dilatés, contiennent, dans leur lumière agrandie quelques globules blancs, des boules claires ou granuleuses de volume variable, tantôt plus petites, tantôt plus volumineuses que les globules blancs.
Dans d’autres tubes, la lumière agrandie est remplie par un exsudat réticulé, dont les travées plus ou moins fines enserrent souvent des globules rouges, et convergent du bord libre des cellules épithéliales vers le centre du tube.
Les cellules épithéliales sont coiffées par cet exsudat. Ailleurs, le liquide contenu dans la lumière des tubes est coagulé par l'acide osmique et teinté d’une façon homogène: il
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montre dans son intérieur des boules claires ou grenues ou des globules sanguins. (V. fig. 10, 11, 12, 12 bis, 18, pl. XIL.)
Les exsudats accumulés dans la lumière des tubes cheminent ensuite dansles branches de Henle et formentdes cylindres par le procédé que nous avons indiqué plus haut dans un chapitre spécial.
Dans l’empoisonnement chronique par la cantharidine, les altérations des cellules sont assez communes ; elles se rencontrent avec les mêmes caractères que dans les néphrites albumineuses aiguës et subaiguës de l’homme, et elles expliquent l'abondance des exsudats trouvés dans les tubes urinifères de la substance corticale.
Dans la substance des pyramides, les anses de Henle et les tubes collecteurs montrent de nombreux cylindres hyalins.
En outre de ces modifications des cellules, accompagnées de sécrétions pathologiques et d’exsudations de substances protéiques, les cellules des tubes contournés offrent assez souvent des granulations graisseuses dans leur protoplasma.
Mais l'intoxication cantharidienne chronique ne borne pas son action au parenchyme cellulaire; elle détermine en même temps un-trouble profond dans le tissu conjonctif du rein. On trouve le long des artérioles une quantité notable de petites cellules rondes indiquant un commencement de néphrite diffuse.
Tout récemment M. Aufrecht ‘ a fait insérer dans le Centralblatt une note pour annoncer qu'il avait déterminé chez le lapin une néphrite interstitielle par l’empoisonnement chronique dû à la cantharidine. M. Aufrecht a employé des doses très minimes de cantharidine en injection sous-cutanée, 08°,0025 par jour, pendant plusieurs semaines, et il a produit ainsi une néphrite interstitielle. Dans cette communication qui renferme peu de détails histologiques, M. Aufrecht annonce la publication ultérieure d’un travail complet sur ce point.
M. Aufrecht, d'après M. Germont?, aurait pu reproduire également la néphrite parenchymateuse, la néphrite interstitielle diffuse et la rétraction du rein. M. Germont qui a repris ces
4. Aurrecar, Die Schrumpfniere nach Canthraridin. Centralbiatt f. d. med,
Wiss., novembre 1882, 2, GERMONT. Thèse citée.
Explication de la planche XII.
NÉPHRITE CANTHARIDIENNE
Fig. 8. — Lésions du glomérule après vingt heures d’empoisonnement. a, capsule; v, bouquet vasculaire du glomérule; 6, cellules pariétales de la capsule; d, une de ces cellules montrant un groupe de trois noyaux; c, e, exsudat coagulé et noirei par l'acide osmique, qui coiffe les cellules et s'interpose entre elles par des prolongements; il s'insère par des filaments minces » sur les vaisseaux du bouquet glomérulaire. — 300 diamètres.
Fia. 9, — Lésions du glomérule deux heures après l'empoisonnement. | o, cavité de la capsule (les vaisseaux n'ont pas été dessinés); 4, paroi de la capsule; b, cellules libres dans la cavité de la capsule; &', deux noyaux
accolés à la capsule de Bowmann et appartenant à ses cellules de revêtement. :
m, tubes urinifères. — 300 diamètres.
Fig. 10. — Section d'un tube contourné dans un cas d'empoisonnement chronique.
a, protoplasma granuleux des cellules ; b, granulations graisseuses colorées par l'acide osmique; ce, noyaux des cellules; e, boules claires limitées par un exsudat réticulé, très fin, coagulable par l'acide osmique sous forme de fibrilles f. — 350 diamètres.
Fic. 11. — Segment d'un tube contourné dans le même cas. a, protoplasma des cellules; à, granulations graisseuses. Les boules qui constituent l’exsudat sont claires, ou à contenu granuleux m; on trouve
aussi dans l’exsudat des cellules lymphatiques et des globules rouges g. — 300 diamètres.
Fia. 42. — Segment d'un tube contourné dans l’empoisonnement chronique.
a, paroi propre du tube; p, protoplasma des cellales ; 7, noyau; "”,m, boules claires qui coiffent les cellulles. — 300 diamètres.
FrG. 12 bis. — Segment d'un tube contourné (même provenance).
a, paroi propre du tube; b, protoplasma; », noyau des cellules; m, grosse boule claire entourée de boules plus petites », suspendues dans un exsudat granuleux. — 300 diamètres.
Fig. 13. — Détail des lésions cellulaires.
a, protoplasma; x, noyau des cellules; m, boule claire coiffant une cellule.
Fia. 14. — Cellules de la vessie chez le lapin (empoisonnement aigu). a, cellule contenant huit noyaux; ”, cellule contenant six noyaux ; b, cellule très allongée contenant cinq noyaux; n, cellule plus petite con-
tenant six noyaux; c, cellule à deux noyaux; 4, g, cellules contenant un seul noyau. — 180 diamètres.
Corrul et Âarmanské del Lip. Pecguet. Mercier Li.
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NÉPHRITE CANTHARIDIENNE 157 expériences est arrivé à des résultats un peu différents de ceux que nous signalons.
Dans une première expérience, pratiquée sur un lapin vigoureux quatre jours après l'injection de 08',002 de cantharidine, il a constaté les lésions suivantes : inflammation des glomérules d'intensité variable, très marquée sur certains d’entre eux; inflammation de certains tubes droits des rayons médullaires situés dans le voisinage des glomérules malades. Autour des glomérules et des tubes les plus malades, il existait une infiltration embryonnaire assez marquée. De plus, les tubes contournés présentaient des cellules atteintes de dégénérescence granulo-graisseuse (tuméfaction trouble), ils contenaient peu ou pas de cylindres, mais de place en place un exsudat réticulé. L'auteur fait remarquer en terminant que la néphrite qu'il décrit est à la fois conjonctive et épithéliale, que l’altération épithéliale est générale et s'étend à tous les tubes contournés, tandis que la lésion du tissu conjonctif est limitée à certains systèmes glomérulaires ; il est donc probable, ajoute-t-l, que celle-ci correspond à un processus histologique spécial, et indépendant des lésions épithéliales, mais sans que toutefois on en ait de preuves directes.
Dans une autre expérience, un lapin reçut en quinze jours onze injections variant de 05,001 à 08,003 de cantharidiue; les lésions occupaient presque exclusivement les tubes collecteurs et les tubes droits. A leur niveau, il existait une desquamation cellulaire assez abondante et des cylindres de plusieurs espèces.
Discutant les résultats obtenus par les différents auteurs et les siens propres, M. Germont conclut ainsi : « Des expériences précédentes, il semble donc qu'on est autorisé à conclure que la néphrite cantharidienne aiguë, subaiguë ou chronique, ne revêt pas une forme anatomique spéciale. MM. Browicz et Cornil ont observé une néphrite parenchymateuse, et j'ai pu souvent vérifier leur description; M. Aufrecht a vu la néphrite interstitielle et le fait qui précède peut être considéré comme un cas de néphrite catarrhale. À quoi tiennent ces différences? Il est probable que l'on doit tenir compte, en une grande mesure, de l'intensité avec laquelle a agi la substance toxique, c’est-à-dire de la dose, et en second lieu du temps pendant lequel
elle a agi, Cependant ces deux éléments sont insuffisants pour expliquer la variété des phénomènes. Ainsi M. Aufrecht, tout en faisant remarquer que les animaux les plus forts et les plus vigoureux résistent le plus longtemps, et supportent les plus grandes doses, note la mort rapide, avec néphrite parenchymateuse aiguë, d’une femelle vigoureuse qui avait à peine achevé sa lactation et chez laquelle les glandes lactifères n'étaient pas encore revenues à l’état normal : une seule injection de 05°,0025 fut mortelle.
M. Germont signale également ce fait que nous avons constaté souvent, à savoir que chez les chiens les injections de cantharidine déterminent rapidement des abcès avec décollement de la peau, et lorsqu'on garde plusieurs jours un chien avec ces abcès, on peut penser que la pyohémie n’est pas sans exercer une influence sur les lésions des organes internes et sur le résultat final de l’expérience.
Il convient sans doute de ne rien exagérer, mais il semble que toutes les conditions indiquées plus haut doivent être prises en considération, lorsqu'il s’agit d'interpréter des phénomènes pathologiques aussi complexes. La dose de la matière irritante, le mode sous lequel on l’administre, la répétition plus ou moins fréquente de l'expérience à intervalles à peu près fixes, l’idiosyncrasie des animaux en expérience, tout cela doit être pesé et discuté.
Mais il est un autre facteur, non moins important et dont la valeur ne peut être facilement appréciée, c'est la qualité de l'irritant. En ce qui concerne la cantharidine, les physiologistes nous apprennent qu'elle circule en nature dans le sang, et qu’elle n’est nullement modifiée dans ce véhicule ‘; d’ailleurs, si elle s’élimine par le rein, il s'en faut qu’elle ne lèse que cet organe. Bien d'autres sont touchés et pour ne citer que les plus importants nous signalerons le foie, mais surtout l'appareil broncho-pulmonuire et l'appareil intestinal. Les bronchopneumonies et les entérites produites par l'injection sous-cutanée de cantharidine présentent une intensité extrême.
L'action irritante de la cantharidine (lorsque nous comparons entre elles les lésions des principaux organes) nous apparaît
1. GALIPPE €t LABORDE, Comptes rendus de la Socièté de biologie, 1814-1875.
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comme une action irritante, locale, presque traumatique, La réaction des tissus est plus forte là ou l'irritant est en plus grande quantité et l'on sait que la proportion de l’irritant dans une quantité déterminée de sang, varie, non seulement par rapport à la dose de l'injection, mais par rapport à la plus ou moins grande régularité dans l'absorption de la matière injectée.
En tous cas les expériences de Browiez, Aufrecht, Germont, les nôtres, montrent qu’il existe une certaine variété dans les résultats; il ne nous semble pas cependant qu'il soit impossible de trouver l'explication de ces dissemblances.
La cantharidine est, en effet, un irritant chimique dont l’action est assez simple. Les vaisseaux sont les premiers pris; dans le rein en particulier, les modifications de la circulation glomérulaire sont les phénomènes les plus appréciables au début; il s’y joint dans les jours qui suivent des lésions épithéliales. Les descriptions de Browiez, celles que nous avons relatées plus haut, se rapportent à ces faits.
Si la dose injectée, quoique faible, est répétée assez fréquemment, rien ne s'oppose à ce que la forme décrite par Aufrecht ne soit réalisée; mais, comme avec des doses faibles l’action de la cantharidine est beaucoup moins générale, on comprend que la substance irritante puisse attaquer certaines parties du rein à l'exclusion de certaines autres, et donner lieu aux variétés qui ont été indiquées par M. Germont. Ilexiste des néphrites dans lesquelles les lésions de certains systèmes glomérulo-tubulaires conservent une autonomie presque absolue. Le même fait, d'après M. Germont, se produirait quoique d'une façon moins nette dans l’empoisonnement par la cantharidine. Si l'animal est vigoureux et la dose injectée faible, les lésions peuvent se réparer à mesure qu'elles se produisent.
Maintenant, quel nom convient-il de donner à cette néphrite? néphrite parenchymateuse ou néphrite interstitielle ? Libre à ceux qui donnent indistinctement le nom de néphrite interstitielle à toutes les néphrites dans le cours ou à la fin desquelles le tissu conjonctif offre un certain développement, de conserver cette dénomination pour désigner la néphrite cantharidienne obtenue par le procédé d’Aufrecht. Mais il n'en est pas moins vrai que dans ses premières périodes la néphrite cantha-
ridienne offre des lésions irrégulièrement distribuées sur les éléments du rein et que dès le début elle ne soit surtout diffuse.
Ceux qui attachent une valeur exagérée aux Mois parenchymateux et interstitiel voient dans cette manière de dénommer les lésions du rein un sujet de confusion. Mais s’il y à confusion,
. . Q , qu’on nous permette de dire qu'elle provient justement de l’emploi qui est fait chaque jour des expressions signalées plus haut. Suivant nous, on ne peut caractériser une néphrite que par des termes rappelant son évolution. Or la néphrite cantharidienne n’est pas une néphrite systématique, c'est-à-dire attaquant exclusivement soit les artères, soit les glomérules, soit les épithéliums des tubes contournés, ou des tubes collecteurs.
Au contraire, elle est essentiellement diffuse parce qu’elle irrite violemment, dès le début, les plus fins vaisseaux et simultanément les épithéliums, les glomérules et le tissu conjonctif. Qu’une pareille inflammation du rein se termine à la longue par la production de tissu fibreux et par la rétraction du rein, cela n’a rien que de très naturel, mais il serait absolument inexact de se servir pour caractériser cette lésion du terme de néphrite interstitielle.
Nous pensons que la seule dénomination qui soit applicable à la néphrite cantharidienne est celle de néphrite diffuse, cette épithète rappelant que les lésions peuvent se rencontrer sur tous les éléments du rein, et cela d’une façon très irrégulière suivant les cas. La terminaison par atrophie s'explique par le seul progrès des lésions du tissu conjonctif et de l’affaissement de certains systèmes glomérulo-tubulaires sans qu'il soit utile d'invoquer un mécanisme spécial *.
1. Tu. Du, Virchow's Archiv., 1883, n'admet pas que les lésions consécutives à l'empoisonnement par la cantharidine soient telles que nous venons de les exposer. Il trouve les expériences de Browiez et celles que nous avons indiquées tout à fait insuffisantes et critique l'appellation de néphrite parenchymateuse.
D'après ses propres expériences, il conclut que l’altération rénale consiste principalement dans une dégénérescence hyaline des cellules, et une nécrose par coagulation. Les boules hyalines seraient le résultat d'une nécrose partielle. Il compare les lésions nécrosiques qu'il a obtenues avec celles qui ont été indiquées par Litten et Kabierske dans l’empoisonnement par l'acide chromique. Nous ajouterons qu'il est possible que la cantharidine, injectée à certaines doses, amène la nécrose par coagulation, mais elle est capable de produire des lésions beaucoup moins avancées, congestion, néphrite diffuse aiguë ou subaiguë, sui-
vant son mode d'administration, ainsi que cela résulte des faits que nous venons de passer en revue.