‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 39 sur 72 · I . Justice, vol. VI, f · texte numérisé non relu

I . Justice, vol. VI, f

LA MORALE DE PKOUOllON I [\ I

l'esprit, une question sans solution, mais l'expression claire d'un sentiment, d'une faculté, du sentiment le plus profond et de la faculté essentielle de lame, de la conscience, par suite une fin, la fin suprême pour sa liberté, et qu'il en peut attendre de lui-même la réalisation progressive ; enfin en lui apprenant à reconnaître dans le couple humain le groupe naturel qui est le seul organe d'abord possible de la justice, et qu'il faut fortifier avant tout en vue d'assurer le progrès de la moralité sociale.

(( Fondée sur la justice, consistant uniquement dans une exposition de la justice, la philosophie de la Révolution est a priori irréfutable. Je puis défier le dialecticien le plus subtil de trouvera cette cuirasse le moindre défaut, et, en attendant qu'il le trouve, lui signaler moimême le côté par lequel sa critique, quelle qu'elle soit, tombera.

« Aucun homme ne peut nier la justice. Qu'il l'essaie, un concert de protestations va s'élever de toutes les poitrines humaines autour de lui.

« Or la justice n'est rien, ou elle est nécessairement telle que je l'ai dite : c'est plus qu'une notion, un rapport, une spéculation économique, un procédé utilitaire ; c'est un sentiment impérieux de lame, une puissance énergique qui s'affirme, se veut, s'impose, ne souffre ni réclamation, ni raillerie ; de toutes les facultés de l'être vivant la plus dominatrice, la plus nécessaire, à laquelle la nature a donné pour organe, non un appareil particulier, comme à l'entendement, non pas même un individu, comme à la liberté, mais un couple, uneàme double, une existence en deux volontés et deux personnes.

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« Accorder la justice, comme loi essentielle del'humanité, c'est accorder sa réalité comme puissance, c'est accorder toute la philosophie de la Révolution. Inversement, attaquer cette philosophie sur un point, c'est attaquer la justice, non seulement dans sa réalité, mais dans son idée, ce qui est impossible1. »

Ainsi Proudhon n'a pas seulement détruit : fidèle à sa devise : « Destruam et aedijicabo ». il a reconstruit. Mais cette construction n'est pas comme un nouveau dogme ; prise dans la réalité, la justice est progressive, lente dans son avènement, et la pratique est le terrain de la conciliation. Sur de son idée directrice, ferme dans sa foi pratique, il sait qu'on ne peut aboutir en un jour, et même qu'on n'aboutit jamais complètement. 11 sait aussi que pour qu'un progrès soit considérable et pour qu'il soit sûr, il faut le concours de tous, la paix sociale. « Les révolutions ne s'improvisent pas : nous ne l'éprouvons aujourd'hui que trop. Pour convertir une société, faire d'une multitude asservie de longue main une nation intelligente, libre et juste, c'est peu (pic des remaniements politiques : l'éducation même ne suffit point : il faut une régénération de la chair et du sang. J'accorde donc toutes les transitions que l'on voudra 2. »

« L'homme a beau étendre le cadre de ses idées, sa lumière n'est toujours qu'une étincelle promenée dans la nuit immense qui l'enveloppe !. » Le mysticisme esl ainsi un élément indestructible de l'âme ; il faut seulement, autant qu'il esl possible, le surveiller et en assurer la place : on ne peut le supprimer. Et le livre finit

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